République et canton de Genève

Grand Conseil

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M 2094-A
Rapport de la commission de l'économie chargée d'étudier la proposition de motion de Mmes et MM. Lydia Schneider Hausser, Melik Özden, Roger Deneys, Loly Bolay, Marie Salima Moyard, Prunella Carrard : L'Emploi : une priorité pour Genève !
Ce texte figure dans le «Recueil des objets déposés et non traités durant la 57e législature».
Rapport de majorité de M. Jacques Jeannerat (PLR)
Rapport de minorité de M. Roger Deneys (S)

Débat

Le président. Nous passons au point suivant de l'ordre du jour, en catégorie II, trente minutes. Le rapport de majorité est de M. Jacques Jeannerat, remplacé par M. Hiltpold. Monsieur le rapporteur de majorité ad interim, vous avez la parole.

M. Serge Hiltpold (PLR), rapporteur de majorité ad interim. Merci, Monsieur le président. Mesdames et Messieurs les députés, mon intervention va se focaliser presque exclusivement sur la nouvelle demande d'amendement déposée sur vos tables, à savoir trois propositions. Mais d'abord, plus généralement concernant ce texte, nous lui avons consacré cinq séances. On peut constater que l'emploi est en mutation constante et qu'il y a une certaine inertie du politique par rapport au monde économique, parce qu'un certain nombre des invites sont déjà désuètes, notamment ce qui concerne Merck Serono et les nouvelles structures qui l'ont remplacé à ce jour. S'agissant plus particulièrement des amendements proposés par le parti socialiste, et de la première invite, «à établir un plan d'action afin de proposer des formations qualifiantes aux demandeuses-eurs d'emploi», l'Etat n'est pas resté les bras ballants sur ce dossier, puisque existent les allocations de retour en emploi, les formations «Qualifications+», le label «1+ pour tous», et une des mesures phares, en tout cas soutenue par les associations professionnelles, et de manière paritaire, la Cité des métiers, Cité des métiers pour laquelle on aurait espéré un soutien un peu plus massif de la part de la conseillère d'Etat, qu'il a fallu prier à moult reprises pour qu'elle vienne à l'inauguration; ce n'était semble-t-il pas sa priorité.

L'autre élément que j'aimerais souligner, c'est la deuxième invite de l'amendement: «à étudier la possibilité de créer des aides logistiques ou financières aux entreprises qui offrent des places de travail stables aux jeunes». Nous avons déjà la FAE, Fondation d'aide aux entreprises, la FONGIT, avec laquelle nous, les membres de la commission de l'économie, avons pu visiter la BlueBox; on voit donc qu'il y a un plan d'action peut-être un peu réduit, un peu modeste, mais qui porte ses fruits et est efficient.

La troisième invite me semble un peu plus paradoxale: «à stimuler la création d'emplois en développant notamment les services à la personne et un vrai pôle en matière d'énergie renouvelable et de rénovation énergétique des bâtiments». Pas besoin de créer un nouveau pôle: on a voté une loi sur l'énergie, il y a la mise en conformité des fenêtres au 31 janvier 2016, c'est-à-dire au début de la semaine dernière. Les chiffres sont là: il manque 500 millions pour faire les rénovations. Faisons donc ces travaux, développons les budgets, si nécessaire, mais ne créons pas une structure.

Sur la philosophie de l'emploi - et je pense que le parlement doit être un peu plus responsable par rapport à ça: il serait temps de donner plus d'autonomie à l'office de formation professionnelle, qu'il soit en lien plus étroit avec le monde de l'économie. Pourquoi ? Pour favoriser l'intégration des jeunes notamment, et pour que la formation continue devienne plus efficiente et en lien avec les vrais emplois en train d'être créés et qui vont bouger. Lorsque vous faites une formation maintenant, vous êtes appelé, dans votre métier ou votre corps de métier, à changer peut-être quatre ou cinq fois d'orientation, parce que ça évolue; donc il faut éventuellement être un peu plus précis sur la formation continue.

Le message final que j'aimerais adresser à ce parlement est que ce n'est pas par une motion qu'on va soutenir l'emploi. Pour l'emploi, la prochaine échéance est la réforme de la fiscalité des entreprises, RIE III, pour laquelle le parlement vaudois a réussi à trouver des solutions pratiquement à l'unanimité, avec des formations politiques de gauche et de droite. La plus belle leçon qu'on puisse donner sur l'emploi, c'est de voter la RIE III. Je constate malheureusement qu'une partie de ce parlement attaque déjà le taux d'imposition. Si vous voulez garder des emplois, commencez par garder les entreprises qui elles, seront sur place, formeront des jeunes, occuperont des aînés, et joueront leur rôle social, comme il leur est demandé. Je vous demanderai donc de bien vouloir refuser ces amendements ainsi que cette motion, merci.

Le président. Je vous remercie, Monsieur le rapporteur. Vous avez pris sur le temps de votre groupe. Je passe la parole au rapporteur de minorité, M. Deneys.

M. Roger Deneys (S), rapporteur de minorité. Merci, Monsieur le président. Mesdames et Messieurs les députés, cette proposition de motion a été étudiée il y a un certain temps, puisque c'était en 2013. Ce texte socialiste, «L'emploi: une priorité pour Genève», venait dans la foulée de l'annonce de la fermeture de Merck Serono et de la perte de mille emplois à Genève sans qu'on ait pris en considération, au niveau de notre Grand Conseil et du Conseil d'Etat, des mesures rapides pour essayer d'éviter cette disparition d'emplois, que ce soit au sein de Merck Serono ou des nombreux petits fournisseurs de cette entreprise, qui tout à coup se retrouvaient dans des situations difficiles parce qu'on n'avait - et c'est bien le problème aujourd'hui à Genève en matière d'emploi - pas eu les moyens d'anticiper d'éventuels désastres économiques pareils. On menait une politique assez conservatrice, disons: on a des formations pour les chômeurs, des possibilités de stages pour les jeunes, mais en fait, quelque part, on est toujours en retard, et on se trouve en face de situations réellement problématiques. On le voit très bien aujourd'hui. Vous dites que des formations qualifiantes existent déjà, parce qu'il y a les allocations de retour en emploi. Qu'est-ce qu'on voit ? M. Poggia, avec le Conseil d'Etat, démantèle les allocations de retour en emploi, il en diminue la durée ! Il en diminue les budgets ! Et dans le même temps, on supprime des emplois de solidarité, on en réduit les budgets, parce qu'on veut faire des économies partout ! Mais cela se fait au détriment des jeunes qui cherchent du travail, au détriment des aînés qui n'en retrouvent pas, et ça, c'est bien la question de l'anticipation ! Et aujourd'hui, des formations qualifiantes, ce sont bien des formations dans les entreprises, non simplement des formations d'orientation qu'on fait au début avec un conseiller qui vous dit comment écrire un CV sur une demi-page ! Ce n'est pas ça ! Pour les socialistes, le problème, c'est de demander au conseiller d'Etat de réellement faire preuve de plus d'anticipation dans les problèmes et d'être plus prospectif dans les solutions ! Aujourd'hui, nous n'avons pas cette réalité au niveau du Conseil d'Etat, ce qui est un vrai problème, et c'est pour ça que la première invite invitait d'ailleurs à fusionner le département de l'économie avec celui de l'emploi, à fusionner la promotion économique et l'emploi dans un même département, parce qu'il faut anticiper les mutations.

Pour revenir sur la RIE III, M. Hiltpold fait un magnifique autogoal, parce qu'en l'occurrence, Merck Serono est parti du jour au lendemain, alors qu'on ne parlait même pas de RIE III et que ce n'était pas là la question; il s'agissait du bénéfice des actionnaires, des délocalisations: c'est ça le problème, ce n'est de loin pas que la fiscalité. Je vous invite, Mesdames et Messieurs les députés, à voter les amendements socialistes sur cette motion pour la rendre, disons, plus contemporaine par rapport aux travaux de l'époque. (Quelques applaudissements.)

M. Bernhard Riedweg (UDC). La situation des chômeurs de plus de 50 ans est délicate car la période de chômage est plus longue, ce qui a un impact sur le retour à l'emploi. Le chômage des jeunes est également préoccupant. Pour résoudre au mieux cette problématique, les efforts de coordination entre les divers départements sont très fortement souhaités, mais en plus, la politique de l'emploi avec un suivi personnalisé du chômeur sur l'ensemble de la durée est à prioriser.

Il y a lieu d'être réticent concernant cette motion, car il existe le danger d'une focalisation des mesures sur les jeunes, ce qui pourrait contribuer à attacher moins d'importance aux catégories de chômeurs plus âgés, voire prétériter celle des plus de 50 ans. En matière d'apprentissage, les PME sont en mesure de remplir à satisfaction leurs engagements sans qu'une subvention financière leur soit octroyée. Faut-il rappeler que la première difficulté que rencontre un jeune, c'est de décrocher un premier emploi, de quelque durée qu'il soit ? A l'échelon universitaire, les stages utiles devront être développés afin que les étudiants en provenance de facultés comme celles de sciences humaines puissent être engagés sur le marché du travail. Le stage est un moyen de connaître une entreprise, ce qui peut favoriser un engagement à plus long terme voire définitif, le candidat pouvant être jusque-là à l'essai. Un certain nombre d'emplois nécessitant des compétences relativement faibles tendent à s'amenuiser, ce qui rend un retour en emploi des jeunes en difficulté d'autant plus difficile. Dans ce cas, les emplois de solidarité remplissent un créneau utile. Le chômage tel que nous le connaissons dans notre canton est dû au phénomène urbain et aux exigences linguistiques très importantes des entreprises locales. Le comportement face à des droits garantis est différent dans les cantons latins par rapport aux cantons alémaniques. On le constate à la date exacte de la fin des droits, avec un saut significatif de retour à l'emploi !

Ce n'est pas au Grand Conseil d'organiser les départements de l'Etat concernant l'emploi et la promotion économique. Ce n'est pas le rôle de l'Etat de s'immiscer dans l'organisation du travail dans les PME. Leur imposer l'engagement du personnel dont elles n'ont pas vraiment besoin n'est pas recommandé. Pour répondre à la cinquième invite, c'est la loi de l'offre et de la demande qui fixe le montant des salaires dans les entreprises. Concernant cette même invite, il y a lieu d'être particulièrement prudent et de ne pas favoriser la rémunération des stages, car cela pourrait avoir un effet pervers sur la poursuite de la formation et des études: un jeune pourrait préférer un revenu qu'il trouve attirant en début de carrière.

Nous vous invitons à rejeter la motion qui vous est soumise, mais si l'amendement du MCG venait à être accepté, il est évident que l'UDC accepterait cette motion. Merci, Monsieur le président.

M. François Baertschi (MCG). Mesdames et Messieurs les députés, le groupe MCG est tout à fait favorable aux considérants de cette proposition de motion. Nous sommes tout à fait d'accord: c'est vrai que le taux de chômage a augmenté, c'est vrai qu'il y a eu le problème Merck Serono, qui n'est pas encore réglé pour beaucoup de chômeurs. Néanmoins, nous proposons une autre invite: cette invite, qui ne vous étonnera pas, d'ailleurs, consiste à favoriser l'engagement de résidents genevois. (Remarque.) C'est l'élément important, déterminant, pour le MCG, qui va nous permettre de sortir de l'impasse où nous nous trouvons aux niveaux social et économique. Je prendrai un exemple justement tout récent, puisque vous parlez de Merck Serono. Tout récemment, j'ai rencontré une personne au chômage suite au départ de cette entreprise, qui avait là-bas un poste important, et qui, grâce à la politique du département, a pu retrouver un emploi dans une régie publique, peut-être pas du niveau de son poste chez Merck Serono, mais qu'elle a trouvé grâce à une politique de l'emploi protectionniste, telle que le MCG la prône, telle qu'elle est appliquée par le Conseil d'Etat, ou qu'elle commence à l'être en partie, et telle qu'elle devra encore être développée. Non pas uniquement pour l'emploi public et les régies publiques, mais également pour les entreprises privées auxquelles nous demandons du civisme, c'est-à-dire d'être des entreprises citoyennes, qui engagent de manière préférentielle les résidents genevois, qu'ils soient suisses ou de nationalité étrangère, afin qu'on arrive véritablement à une situation où on pense avant tout aux citoyens, où on les protège, où on leur favorise l'accès à l'emploi et ne crée pas le véritable jeu de massacre social auquel on assiste actuellement. C'est cela, la solution, une solution générale que nous proposons, et c'est pour cela que nous vous invitons chaleureusement à soutenir notre amendement.

M. Jean-Marc Guinchard (PDC). Mesdames et Messieurs, chers collègues, cette motion est l'exemple type du décalage que nous rencontrons entre les travaux du Grand Conseil et l'actualité, puisqu'elle date de 2012 et que - M. le député Hiltpold l'a clairement démontré - la plupart des invites, si ce n'est toutes, anciennes ou nouvelles, ont d'ores et déjà été réalisées. J'aimerais aussi mettre un accent particulier sur le travail remarquable réalisé en matière de lutte contre la sous-enchère salariale et le travail au noir par les partenaires sociaux en collaboration avec l'Etat, activité qui a valu à Genève une reconnaissance unanime pour ce travail de pionnier remarquablement mené. Plutôt que de déposer ce type de motion, je conseillerais au parti socialiste d'inciter peut-être sa conseillère d'Etat à manifester à la direction et aux collaborateurs de l'office d'orientation et de formation professionnelles un soutien un peu plus massif et marqué, tel que nous le souhaiterions, compte tenu du travail remarquable que cet office réalise, non pas seulement dans le cadre de la Cité des métiers, mais aussi dans d'autres activités en faveur des jeunes et de leurs recherches d'emploi. Je vous incite donc à rejeter cette motion, les invites anciennes et nouvelles ainsi que l'invite du MCG, bien entendu, qui n'apporte rien de nouveau sous le ciel genevois. Je vous remercie. (Applaudissements.)

M. Boris Calame (Ve). Chères et chers collègues, les Verts tiennent à saluer ici l'évolution positive de cette motion au travers des amendements des socialistes déposés ce jour. Il faut bien constater que les considérants de 2012 restent d'actualité, et aussi qu'un certain nombre des invites initiales ne le sont plus, notamment depuis notre vote sur l'inspection paritaire des entreprises. Revenons donc aux trois invites de l'amendement d'aujourd'hui. «Etablir un plan d'action afin de proposer des formations qualifiantes aux demandeuses-eurs d'emploi»: quoi de plus évident que de tout faire pour donner des compétences métiers complémentaires à ces personnes afin de leur assurer une mise à niveau et qu'elles puissent retourner en emploi ? Etudier des aides aux entreprises qui engagent des jeunes: quoi de plus évident qu'après la formation, notamment au travers des entreprises formatrices, les jeunes puissent mettre en oeuvre leurs compétences ? Cette jeunesse qui est la relève, notre relève, doit être soutenue au travers d'un engagement des collectivités. Enfin, stimuler le développement dans les domaines d'avenir, notamment en matière d'énergies renouvelables et de rénovation énergétique: quoi de plus normal que d'intervenir dans des domaines liés d'une part au vieillissement de la population, d'autre part au défi énergétique et climatique ? Les Verts vous invitent, chères et chers collègues, à soutenir cette motion telle qu'amendée par les socialistes aujourd'hui, et à la renvoyer ainsi au Conseil d'Etat. Par avance, je vous remercie.

Le président. Merci, Monsieur le député. Je passe la parole à M. le député Marc Falquet pour vingt secondes.

M. Marc Falquet (UDC). Merci, Monsieur le président. J'aimerais juste dire une chose. Les emplois de solidarité, les EPI, où l'on fait tourner en rond les travailleurs, c'est provisoire, ça va un certain temps ! Après, c'est quand même la responsabilité des entreprises d'employer des chômeurs, des gens qui sont à l'Hospice général. C'est vrai, ce que dit M. Baertschi, ça paraît tellement logique, mais maintenant, comme tout va à l'envers, non...

Le président. Il vous faut conclure.

M. Marc Falquet. Voilà, il faut donc favoriser les emplois locaux.

M. Romain de Sainte Marie (S). Tout d'abord, je tiens à vous faire part d'une certaine consternation quand j'entends l'autosatisfaction dont fait preuve M. Guinchard: en effet, les choses sont magnifiques à Genève, beaucoup de services se donnent beaucoup de peine, mais tout n'est pas si beau encore, et notamment en matière de chômage des jeunes. Je n'afficherais donc pas cette autosatisfaction, mais je tiens aussi à féliciter les différents services de l'Etat, qui participent à cette lutte contre le chômage des jeunes. Il suffit de voir notamment l'un des derniers rapports de la Cour des comptes, qui fait état de chômeurs en fin de droit de plus en plus jeunes et de mieux en mieux formés. C'est une réalité dont il faut prendre compte.

On entend le MCG mentionner la préférence cantonale, comme d'habitude depuis des années: favoriser l'emploi de résidents genevois. Mais quoi de mieux, justement, que d'essayer de faire en sorte que nos jeunes, formés ici, à Genève, puissent trouver un emploi, et le plus tôt possible, pas après trois à cinq années d'expériences de stages, qui chacun durent quelques mois et sont plus ou moins rémunérés, avec des ARE ? Monsieur le conseiller d'Etat, je suis désolé, mais les ARE sont ridicules et précarisent, avant toute chose, les jeunes en situation de difficulté professionnelle, puisque passer de six mois d'ARE au chômage, puis faire peut-être ensuite un stage non rémunéré, ne constitue pas une solution en matière d'emploi. Quand vous regardez les offres d'emploi, vous constatez qu'on demande constamment aujourd'hui trois à cinq années d'expérience professionnelle, et il faut lutter contre cela. Cela demande de développer des plans d'action. Il est vrai que cette motion peut paraître ambitieuse, mais elle a au moins le mérite, et je dirais que le parti socialiste a le mérite d'être ambitieux et de penser que tout n'est pas si merveilleux aujourd'hui à Genève en matière d'emploi.

Tout n'est pas si merveilleux, en effet, parce que notre canton connaît un manque de moyens latent. On parlait de formation continue: le chèque-formation, 750 F par année pour la formation continue, c'est quand même extrêmement faible si vous regardez les prix des formations alors que vous êtes en emploi. 750 F, c'est dérisoire, en réalité. Il faut savoir que le fonds de formation continue est actuellement à sec, il est totalement à sec ! J'ai déposé récemment un projet de loi, qui n'est toujours pas à l'ordre du jour du Grand Conseil, puisque le rapporteur de majorité - le même que pour cette motion - n'a toujours pas rendu son rapport, depuis près d'une année...

Le président. Il vous reste trente secondes.

M. Romain de Sainte Marie. Merci, Monsieur le président. ...et pourtant, c'est un vrai problème: le problème des stages non rémunérés, le problème de la formation continue. Dans notre canton, nous n'avons plus de moyens aujourd'hui pour l'assurer. Il existe le problème, aussi, de la création d'entreprises. M. le rapporteur de majorité citait la FONGIT et la Fondation d'aide aux entreprises, qui ne crée pas directement d'emplois, mais aide indirectement à la création d'entreprises: eh bien récemment, nous avons voté des baisses...

Le président. Je vous remercie, Monsieur le député.

M. Romain de Sainte Marie. ...des budgets de fonctionnement de ces fondations, et cela à cause d'une fiscalité trop basse...

Le président. Merci beaucoup, c'est terminé.

M. Romain de Sainte Marie. ...et si nous acceptons la RIE III... (Le micro de l'orateur est coupé. Quelques applaudissements à l'issue de l'intervention.)

Le président. Je passe la parole à M. le député François Baertschi pour quarante secondes.

M. François Baertschi (MCG). Merci, Monsieur le président. Je souhaite apporter une précision: c'est vrai, et je vais dans le sens du député Sainte Marie - vous transmettrez - la question est toujours d'actualité, d'autant plus quand on voit par exemple la situation délicate où se retrouvent même d'anciens chômeurs de Merck Serono. J'ai eu l'occasion de rencontrer l'une ou l'autre de ces personnes. (Remarque.) Il y a des gens qui sont encore en difficulté; malheureusement, certains ne sont pas sortis de l'ornière, et c'est un problème. En revanche, concernant l'ARE, je pense que ce peut être un dispositif intéressant; j'ai quelques exemples positifs sur le sujet. Mais je crois qu'il faut se garder des généralités...

Le président. Il vous faut conclure.

M. François Baertschi. ...et essayer plutôt de trouver des solutions...

Le président. Merci beaucoup, c'est terminé.

M. François Baertschi. ...c'est ce qu'on attend de nous et je pense que c'est un des éléments positifs de cette... (Le micro de l'orateur est coupé.)

Le président. Merci. Je passe la parole au rapporteur de majorité à qui il reste une minute cinquante-deux.

M. Serge Hiltpold (PLR), rapporteur de majorité ad interim. Merci, Monsieur le président. Mesdames et Messieurs les députés, je vais revenir sur quelques propos tenus dans cet hémicycle. Tout d'abord, souligner qu'il y a en effet un problème d'orientation: le canton se rend compte qu'on ne peut pas diriger tout le monde vers des formations académiques, qu'il y a aussi besoin de personnel, de profils issus des formations professionnelles qualifiantes, les maturités professionnelles, les HES; et c'est vrai qu'on n'a pas encore le recul nécessaire, maintenant, pour voir des personnes munies de masters de HES tout de suite sur le marché de l'emploi, parce que ce sont des mesures récentes, et les jeunes arrivent au bout du cycle. Autre élément, en ce qui concerne les allocations de retour à l'emploi, il faut aussi être juste sur cette mesure. Elle porte bien son nom: c'est un tremplin qui doit susciter une période de formation qui n'est peut-être pas nécessaire et de durée identique pour tout le monde. Vous pouvez avoir une ARE qui dure trois, six, douze mois, il faut être parcimonieux dans la distribution, pour que la personne ne se précarise pas dans le stage. Le retour à l'emploi doit évaluer le niveau nécessaire de formation. (Remarque.) Merci, Monsieur Deneys, de me laisser terminer. C'est une mesure liée à la réalité de la formation. Je reviens, et j'insiste...

Le président. Il vous reste vingt-cinq secondes.

M. Serge Hiltpold. ...si vous voulez garder de l'emploi à Genève, arrêtez de voter des charges supplémentaires qui renchérissent le coût du travail ! C'est le problème de notre pays à l'avenir, le coût de la main-d'oeuvre ! Et soyez raisonnables en ne votant pas de charges supplémentaires, il en va de l'emploi ! (Quelques applaudissements.)

M. Mauro Poggia, conseiller d'Etat. Mesdames et Messieurs les députés, le Conseil d'Etat vous demande de rejeter cette motion. Personnellement, j'ai évidemment de la sympathie pour l'amendement déposé par le groupe MCG, car en effet, le gouvernement doit pouvoir favoriser l'engagement de nos résidents. Je voudrais cependant faire quelques remarques pour répondre à ce qui a été indiqué en appui à cet objet. On nous demande d'établir un plan d'action afin de proposer des formations qualifiantes: il ne faut pas oublier que les demandeurs d'emploi ne sont pas un groupe homogène que l'on pourrait envoyer dans des formations qui par définition seraient susceptibles de trouver un débouché; il s'agit de faire appel aux compétences des uns et des autres, de les améliorer pour faire correspondre offre et demande en mettant en évidence ces compétences et en les améliorant, en les mettant à jour pour celles et ceux qui sont restés éloignés du monde du travail. Pour le surplus, il va de soi que nous avons des moyens pour les jeunes. (Brouhaha. Le président agite la cloche.) On a parlé de CAP Formations: c'est une collaboration interdépartementale avec le DIP pour les jeunes de 15 à 25 ans. Sachez que les résultats sont époustouflants - je pense qu'on peut le dire, avec 86% de résultats favorables, avec des jeunes qui retournent en formation, trouvent des emplois ou entrent en apprentissage. C'est donc véritablement un travail admirable, fait en collaboration avec le DIP et l'Hospice général. Il existe les stages de requalification pour les demandeurs d'emploi non qualifiés, avec un résultat de 74%. Concernant les ARE, pour répondre à M. le rapporteur de minorité, selon qui le Conseil d'Etat, et ma personne en particulier, démantèlerait les ARE: vous-même, qui considérez que les ARE sont indirectement une subvention à l'entreprise lorsque celle-ci n'a pas besoin de cette aide financière pour engager la personne... (Remarque.) Quand je dis vous, je pense à la gauche, Monsieur le rapporteur de minorité. Je considère qu'à enveloppe constante, si nous pouvons faire bénéficier d'allocations de retour en emploi le nombre le plus important de demandeurs d'emploi, nous devons le faire. Aujourd'hui, la loi nous fixe des maximums de douze mois pour les demandeurs d'emploi de moins de 50 ans et de vingt-quatre mois pour ceux de plus de 50 ans. Il s'agit de discuter avec chaque employeur pour savoir si réellement il a besoin, pour engager une personne de plus de 50 ans, de recevoir durant vingt-quatre mois la moitié du salaire. Et nous allons aussi être beaucoup plus attentifs sur ce qui se fait au-delà de la période de l'allocation de retour en emploi, car il ne s'agit pas par ce biais, évidemment, de financer l'économie privée; je suis sûr que vous soutiendrez notre action dans ce sens.

Pour ce qui est des deux autres invites, vous nous demandez - et cela vient de la gauche, je le souligne - d'étudier la possibilité de «créer des aides logistiques ou financières aux entreprises» - merveilleux ! - de «stimuler la création d'emplois» - formidable ! Excusez-moi, mais s'il suffisait de créer des emplois pour faire disparaître le chômage, je crois que nous le saurions. Il se trouve que pour qu'il y ait des emplois, il faut que des entreprises aient un intérêt à engager l'un de nos demandeurs d'emploi. Je dirais que le travail est à faire des deux côtés: du côté de l'Etat pour faire en sorte que nos demandeurs d'emploi aient ou acquièrent les qualifications nécessaires pour répondre aux besoins de notre économie, et du côté de l'économie, que celle-ci joue le jeu, et je le dis ici, de manière sérieuse - je suis encore convaincu qu'aujourd'hui, nos entreprises, dans leur grande majorité, ne jouent pas le jeu: elles n'ont pas compris qu'il est essentiel, pour maintenir notre cohésion sociale, de donner une priorité à nos demandeurs d'emploi. Et en cela, le groupe qui a déposé cet amendement pour favoriser les résidents a raison: nous devons véritablement, en raison de la responsabilité sociale qui est la nôtre, faire en sorte que nos demandeurs d'emploi ne restent pas sur le carreau. Je rappelle qu'en 2015, le nombre de permis frontaliers a encore augmenté, et vous pouvez compter sur moi pour regarder de manière extrêmement attentive si les secteurs dans lesquels ces permis sont délivrés ne sont pas précisément ceux dans lesquels le taux de chômage a augmenté. Je vous remercie. (Applaudissements.)

Le président. Merci, Monsieur le conseiller d'Etat. Mesdames et Messieurs les députés, je vais commencer par vous faire voter sur les amendements, tout d'abord celui du MCG, qui annule et remplace les invites actuelles par celle-ci: «à favoriser l'engagement de résidents genevois».

Une voix. Merci pour les Genevois ! (Remarque. Commentaires.)

Le président. Je vous remercie pour votre silence, qui est appréciable !

Mis aux voix, cet amendement est rejeté par 60 non contre 27 oui et 2 abstentions.

Le président. Nous votons à présent sur le deuxième amendement, qui émane des socialistes et annule et remplace les invites par celles-ci:

«- à établir un plan d'action afin de proposer des formations qualifiantes aux demandeuses-eurs d'emploi;

- à étudier la possibilité de créer des aides logistiques ou financières aux entreprises qui offrent des places de travail stables aux jeunes;

- à stimuler la création d'emplois en développant notamment les services à la personne et un vrai pôle en matière d'énergie renouvelable et de rénovation énergétique des bâtiments.»

Mis aux voix, cet amendement est rejeté par 51 non contre 38 oui et 3 abstentions.

Mise aux voix, la proposition de motion 2094 est rejetée par 57 non contre 25 oui et 11 abstentions.