République et canton de Genève

Grand Conseil

Chargement en cours ...

M 3063-B
Rapport du Conseil d'Etat au Grand Conseil sur la motion de Céline Bartolomucci, Cédric Jeanneret, Angèle-Marie Habiyakare, Julien Nicolet-dit-Félix, Dilara Bayrak, Léo Peterschmitt, Emilie Fernandez, Marjorie de Chastonay, Sophie Bobillier, Laura Mach, Diego Esteban, Lara Atassi, Grégoire Carasso, Thomas Bruchez, Nicole Valiquer Grecuccio pour un soutien actif aux lignes internationales de trains de nuit desservant Genève

Débat

La présidente. Nous poursuivons avec la M 3063-B (catégorie III). Je cède le micro à Mme Bartolomucci.

Mme Céline Bartolomucci (Ve). Merci, Madame la présidente. Pour rappel, cette proposition de motion a été votée dans sa version amendée par la plénière de ce Grand Conseil à la quasi-unanimité - un seul non. En tant qu'autrice de ce texte, j'étais enthousiaste devant le soutien de mes collègues de l'ensemble des groupes, d'autant plus que le sujet est actuel, peu clivant et qu'il s'agit là d'une vraie demande. Ce texte porte spécifiquement sur le développement des liaisons internationales en train de nuit au départ de Genève.

Quelle ne fut donc pas ma surprise en prenant connaissance du rapport du Conseil d'Etat, qui fait moins d'une page, de constater qu'il porte principalement sur le soutien aux liaisons de jour, notamment pour le trajet Genève-Lyon ! Bien sûr que ces liaisons sont importantes, mais ce n'est tout simplement pas le sujet de la motion.

Alors même que la demande pour les trains de nuit augmente fortement partout en Europe, Genève reste à l'écart. Nous nous rendons compte à la lecture de cette réponse que ce n'est même pas seulement à cause des discussions en cours au niveau fédéral, mais également parce que le sujet n'est tout simplement pas porté au niveau cantonal.

Pour le groupe des Vertes et des Verts, il s'agit donc d'un hors sujet. Nous attendons une vision plus ambitieuse et des pistes concrètes pour renforcer la place de Genève dans le réseau européen des trains de nuit. Pour ces raisons, nous demandons le renvoi de ce rapport au Conseil d'Etat. Je vous remercie. (Applaudissements.)

M. Murat-Julian Alder (PLR). Mesdames et Messieurs les députés, chers collègues, si dans le cadre de l'objet précédent, le Conseil d'Etat a répondu à la motion, il faut constater que pour celle-ci, tel n'a manifestement pas été le cas, puisqu'il a fallu six mois au Conseil d'Etat pour nous répondre en une page. Et pour dire quoi ? Rien du tout ! Absolument rien du tout ! De toute évidence, la réponse à cette motion a été rédigée dans l'urgence, à la hâte, lorsqu'on a réalisé qu'on n'avait pas pris le temps de la traiter. Ce travail n'a donc pas été fait correctement.

On nous parle des liaisons entre Lyon et Genève. Alors c'est très intéressant, mais entre Genève et Lyon, il n'y a pas vraiment besoin d'un train de nuit ! On en aurait plutôt besoin entre la Suisse et la Belgique peut-être, ou bien entre la Suisse et les pays scandinaves ou l'Italie, mais certainement pas entre Genève et Lyon, qui est un trajet qui dure sauf erreur à peu près une heure et demie. Là, on est clairement en présence d'une réponse à une motion qui est parfaitement à côté de sa cible. Pour cette simple raison, indépendamment du fond, je vous invite à la renvoyer au Conseil d'Etat ! Merci d'avance. (Applaudissements.)

M. Matthieu Jotterand (S). Mesdames et Messieurs les députés, le groupe socialiste arrivera à la même conclusion, après vous avoir dit quelques mots. Pour ce qui est du ferroviaire international, quand on regarde une carte des dessertes au départ de la Suisse, on voit qu'il y a foison de destinations accessibles depuis Zurich et Bâle, mais que depuis Genève, c'est peau de chagrin ! Or, on a la liaison Genève-Lyon, qui, comme le rapport le dit, doit être améliorée, mais on a aussi à peu près deux tiers du top 10 des destinations de Genève Aéroport qui peuvent être facilement accessibles en train et qui ne le sont pas à l'heure actuelle.

Alors on discute de cette thématique; il y a une motion sur Genève-Londres, une autre sur les trains de nuit, bref, pas mal de choses. Et puis, comme réponse du Conseil d'Etat, on reçoit une petite page qui tait le fait que les trains de nuit sont enterrés suite à l'inaction politique, il est vrai plus fédérale que cantonale. Le train de nuit, ça coûte relativement cher, il y a un enjeu à ce niveau-là, il faut le reconnaître. Mais c'est aussi ce qui permet de rêver de voyages en train. Là où l'aviation dépense des sommes astronomiques en publicité pour promouvoir les voyages en avion, le train de nuit doit participer à la construction du récit du voyage en train. C'est donc une part importante de la question qui est passée complètement sous silence.

Hier, on a reçu un rapport à l'intention du Conseil d'Etat du groupe de pilotage, dont l'une des mesures propose tout simplement de supprimer le département de la santé et des mobilités et de virer M. Maudet. Heureusement, en tant que députés, nous sommes solidaires, et via ces dernières motions, nous vous renvoyons plusieurs textes, sur la fumée, sur la sécurité routière et maintenant sur le ferroviaire, afin de vous permettre, cher Monsieur Maudet, de nous prouver à toutes et tous votre utilité par des réponses et des actions plus fournies ! (Commentaires.)

Mme Danièle Magnin (MCG). Il y a à peine quelques jours, il m'est tombé sous les yeux un article d'un quotidien qui racontait quelle calamité c'était de prendre des trains de nuit depuis Genève. Je n'ai donc pas eu l'impression que c'était un truc recommandable. Les personnes interrogées, ou en tout cas ce qu'avait vécu la journaliste qui a fait le trajet entre Genève et Bruxelles ou entre Genève et Amsterdam, je ne me souviens pas... Elle raconte qu'elle n'a quasiment pas dormi de la nuit, bref, que tout était vraiment calamiteux !

En ce qui me concerne - je ne sais pas quelle est la position de mon groupe, parce que je n'ai pas eu le temps de demander -, cela ne me semble pas une bonne idée. Faire le voyage de Genève à Lyon en pleine nuit, ça ne peut être que pour aller à l'hôtel. Parce que comme l'a dit mon préopinant PLR, on met tout au plus une heure et demie pour se rendre à Lyon en train, en arrivant à la gare de Part-Dieu - je l'ai fait, d'autres aussi. Franchement, voyager de nuit dans ces conditions, c'est dommage, sauf éventuellement pour se rendre à Venise et arriver au centre de la ville pour prendre le vaporetto et aller à son hôtel. Je ne vois pas tellement d'autres destinations qui pourraient susciter l'enthousiasme des foules. C'est pourquoi nous ne soutiendrons pas cette motion. Merci.

M. Pierre Maudet, conseiller d'Etat. Merci à ma préopinante d'avoir rappelé le souvenir des trains pour Venise; peut-être que d'aucuns ici ont lu «Train de nuit pour Lisbonne», excellent roman de Pascal Mercier. Evidemment, les trains de nuit favorisent l'imaginaire; ils permettent de rêver à l'évasion vers des destinations lointaines. Mais ces rêves se heurtent souvent aux réalités parlementaires. Songez au train de nuit Bâle-Malmö, cet esquif qui s'est échoué au Conseil national sous les coups des groupes UDC et PLR, lesquels ont laminé ce qui, on doit bien le reconnaître aujourd'hui - et c'est le résultat des discussions que le Conseil d'État a eues avec certaines compagnies d'opérateurs de nuit -, constitue une aberration ferroviaire. Le train de nuit, c'est beau, c'est sympathique, ça flatte peut-être le sentiment écologiste de certains, mais en réalité, ce sont des wagons dévolus à cela et à cela uniquement qui se retrouvent mobilisés pour un trajet par jour.

Mesdames et Messieurs les députés, il n'y a que très peu de compagnies ferroviaires qui investissent dans le train de nuit. Pourquoi ? Parce que ça coûte trop cher, ce n'est pas rentable ! Ce n'est pas la position du gouvernement genevois, mais une position largement exprimée, comme le travail en commission a permis de l'établir. Le Conseil d'Etat a fait son job, mais il ne va pas délayer dans un rapport de trente-six pages la réalité, peut-être dure et brute, que je vous livre ici. Il n'y a que très peu de compagnies ferroviaires intéressées par le train de nuit. Parce que pour beaucoup d'entre elles, c'est une aberration ferroviaire, et pour la plupart, c'est un problème économique.

C'est dommage, je pleure avec vous, mais c'est ainsi. On peut toujours imaginer que dans le cadre du rapport qu'on nous a rendu hier, où d'aucuns veulent lire un certain nombre de choses qui n'y figurent pas, Genève crée sa propre compagnie d'opérateur de trains pour se lancer à la conquête de l'Europe - je sais qu'il y a des amoureux du ferroviaire dans la salle, et j'en fais partie d'ailleurs ! -, mais non, ce n'est pas le projet.

Donc malheureusement, à une question simple, pour laquelle on a de la sympathie, je le dis ici à l'endroit de l'autrice qui s'est exprimée tout à l'heure, on ne peut amener qu'une réponse simple: non, il n'y a pas d'intérêt. Quand on vous dit que Genève-Lyon est prioritaire, ce n'est pas pour faire ce trajet de nuit, c'est évidemment pour considérer que le raccordement stratégique de Genève aux grandes lignes européennes passe par Lyon et que la première priorité - sinon la seule, vous savez que c'est un terme qui s'accommode assez mal du pluriel -, c'est d'investir rapidement et massivement dans la liaison Genève-Lyon, pour le jour, pour la nuit, pour toutes les configurations. Cela nous permettrait ensuite, par exemple, de réaliser un Genève-Barcelone - ce serait idéal, j'aimerais beaucoup ! Mais personne n'est intéressé à développer cela pour le moment, parce que Lyon-Barcelone, ça fait sens en quatre heures et demie, cinq heures, mais le dernier bout, qui est beaucoup trop long et qui est un tortillard à travers le Bugey, rend impossible cette option.

On peut donc vous renvoyer les mêmes explications si vous le souhaitez et poursuivre le ping-pong ainsi, mais je suis navré de vous dire qu'entre les compétences fédérales, les choix assumés par les CFF et la réalité des retours auxquels nous nous sommes heurtés, vous n'aurez malheureusement pas d'autre réponse de notre part. Merci de votre attention.

La présidente. Merci, Monsieur le conseiller d'Etat. Je lance la procédure de vote sur la demande de renvoi au Conseil d'Etat de son rapport.

Mis aux voix, le renvoi au Conseil d'Etat de son rapport sur la motion 3063 est adopté par 69 oui contre 15 non et 1 abstention.

Le rapport du Conseil d'Etat sur la motion 3063 est donc rejeté.