République et canton de Genève
Grand Conseil
Séance du jeudi 11 décembre 2025 à 17h
3e législature - 3e année - 7e session - 37e séance
M 3134-A
Débat
La présidente. Nous reprenons les urgences et examinons à présent la M 3134-A, classée en catégorie II, trente minutes. Je passe la parole à M. Florey.
M. Stéphane Florey (UDC), rapporteur de majorité. Merci, Madame la présidente. Chères et chers collègues, aujourd'hui, nous allons parler un peu de mobilité, comme c'est souvent le cas dans ce parlement.
Le vrai problème du BHNS, c'est que vous ne pouvez pas créer une ligne allant directement d'un point A à un point B sans prévoir des infrastructures. Or, c'est exactement ce qui arrive actuellement avec ce projet de BHNS: on envisage de fermer le bas de la rue de Lyon pour y faire passer exclusivement le BHNS et les quelques lignes qui subsisteront sur ce tronçon. Le transport professionnel y sera largement péjoré et, par là même, le transport individuel privé aussi.
Le bas de la rue de Lyon constitue une pénétrante essentielle vers le centre-ville, si l'on veut encore y circuler. Ce n'est donc pas en fermant ce tronçon sans prévoir d'autres alternatives que nous allons améliorer la situation de la mobilité au centre-ville. A juste titre, des associations, comme l'ASTAG, ont massivement recouru contre le BHNS et les mesures qui accompagnent sa mise en place. Elles ont été auditionnées, elles sont venues en commission s'en expliquer: leurs représentants ont convaincu d'une part les auteurs du texte - la motion dont nous parlons aujourd'hui a été déposée à raison - et, d'autre part, une large majorité de la commission qu'il n'était pas souhaitable à l'heure actuelle de créer cette ligne de BHNS sans aucune mesure pour en accompagner la réalisation.
La présidente. Vous passez sur le temps de votre groupe.
M. Stéphane Florey. Cette motion a été amendée à la lumière des éléments apportés par l'ensemble des personnes auditionnées. Plutôt que de se diriger clairement vers un refus du BHNS... La majorité n'est pas fondamentalement opposée à l'installation de BHNS ni à l'amélioration de l'attractivité des transports publics, mais nous ne voulons pas créer ces lignes de BHNS au détriment du transport professionnel et privé. C'est pour cette raison que ce texte a été amendé; il demande désormais de surseoir à l'extension de ce BHNS le temps que des alternatives crédibles soient mises en place, en particulier le fameux barreau de Montfleury et la demi-jonction de Vernier-Canada - cette région sera aussi concernée par le BHNS. En conclusion, nous vous invitons à soutenir cette motion amendée en commission, je vous en remercie d'avance.
Mme Caroline Marti (S), rapporteuse de première minorité. Mesdames et Messieurs les députés, le fait est que la situation actuelle en matière de desserte de transports collectifs dans l'axe Cornavin-Vernier-ZIMEYSA, qui est le trajet de ce BHNS, est insatisfaisante. Aujourd'hui, la zone industrielle de ZIMEYSAVER constitue un bassin d'emplois majeur non seulement de la rive droite, mais aussi de l'ensemble du canton, voire de l'ensemble de l'agglomération. Pourtant, elle n'est desservie par aucune ligne de transports collectifs allant directement vers le centre-ville de Genève, à l'exception du train, avec une cadence à la demi-heure - c'est évidemment bien insuffisant pour répondre aux besoins de cette zone.
A cela s'ajoute une desserte interne à la zone, qui est très étendue, mais pauvre en matière de transports publics, comme d'ailleurs en matière de logement. Cette infrastructure serait appelée à traverser des quartiers très densément peuplés; c'est en particulier le cas de Châtelaine, qui s'est beaucoup densifiée ces dernières années, notamment parce qu'il était prévu d'y construire une halte, qu'on ne voit pas encore venir, mais c'est également le cas de Vernier village. Actuellement, l'offre des transports publics est inadaptée en raison de la cadence, de la performance, et on doit pouvoir y remédier. On a surtout un problème de vitesse commerciale: celle-ci est beaucoup trop faible, surtout aux heures de pointe, puisque la durée des trajets entre Cornavin et Vernier atteint presque le double en fonction des heures de la journée.
Le projet de BHNS a été mis en place précisément pour répondre aux besoins des habitants et des travailleurs de ce secteur, pour améliorer l'offre de transports publics. C'est l'option BHNS qui a été retenue - à mon regret: j'aurais préféré qu'on étudie l'option d'un tram. Ce BHNS, qui circulera sur un site propre, large et bien séparé des voitures, aidera à répondre à la demande de transports collectifs dans cette région grâce à sa capacité.
Cette infrastructure permettra aussi d'accroître le report modal, puisqu'un bus remplace environ cent voitures, et de désengorger le réseau routier dans ce secteur. In fine, cette infrastructure entraînera une augmentation de 20% de l'offre de transports et apportera évidemment un plus pour la fluidité du transport individuel motorisé.
Cette proposition d'infrastructure s'inscrit dans une planification de longue date, qui répond au principe de la LMCE, qui bénéficie d'un crédit voté par le Grand Conseil en 2018, qui est intégrée dans tous les outils de planification, le PATC et le PARR adoptés en 2024.
La présidente. Vous passez sur le temps de votre groupe.
Mme Caroline Marti. Ce projet n'a pas fait l'objet d'oppositions politiques. Les décisions ont été prises, la mise en oeuvre est lancée, certains travaux sont déjà en cours, en particulier dans le secteur de Meyrin. Le projet bénéficie de 23 millions de financement fédéral par l'entremise du plan d'agglomération 3, et cette motion arrive à la vingt-sixième heure pour absolument tout remettre en question, tout bloquer et nous faire passer pour des guignols auprès de la Confédération.
Aujourd'hui, on a besoin de cette infrastructure. Des mesures ont été prises pour qu'elle n'entrave pas le transport professionnel. On doit pouvoir aller de l'avant. Ce texte est anachronique, il faut impérativement s'y opposer. Je vous remercie.
M. Julien Nicolet-dit-Félix (Ve), rapporteur de deuxième minorité. Mesdames et Messieurs les députés, il faut évidemment refuser ce texte pour des questions de crédibilité, et ce pour trois raisons.
Premièrement, et on ne l'a peut-être pas assez dit, il s'agit de la crédibilité que nos institutions doivent avoir aux yeux des résidents de la deuxième commune de ce canton, Vernier, durement éprouvée par des séismes politiques, vous le savez, Mesdames et Messieurs. Or, cette commune se sent parfois un petit peu l'angle mort de ce canton, et en l'espèce, elle n'a pas tort. Elle sera en effet la seule commune urbaine à ne pas être traversée par un tram, une fois que le Grand-Saconnex sera relié par le prolongement de la ligne 15. Comme l'a dit ma collègue Caroline Marti, le projet qui aurait permis de relier Vernier par un tram aurait été excellent. Le BHNS est parfois surnommé le tram du pauvre - je ne trouve pas cette comparaison très, très heureuse, mais c'est bien de cela qu'il s'agit. En l'état, Vernier est relié par deux lignes de trolleybus qui effectivement, selon les heures, prennent un temps excessif, avec une vitesse commerciale bien trop basse pour une commune de cette importance.
Deuxièmement, Mesdames et Messieurs les députés, si d'aventure vous acceptiez ce texte, c'est nous-mêmes qui perdrions de la crédibilité s'agissant de la continuité de nos travaux. Nous avons voté, ou plutôt vous avez voté - je ne faisais pas partie du Grand Conseil à l'époque - un crédit en 2018; on a accepté à deux reprises des plans d'actions indiquant clairement que l'objectif d'enfin améliorer un petit peu la connexion de Vernier avec le centre-ville par des transports en commun était largement partagé.
Ce projet est à bout touchant, Mesdames et Messieurs, les travaux ont débuté, les chantiers sont ouverts sur la commune de Meyrin. Il serait véritablement absurde d'améliorer la desserte de la ZIMEYSA tout en la coupant du reste du canton en refusant de faire les travaux nécessaires sur l'axe qui permet précisément de relier la ville à Vernier et à la zone industrielle en aval. Les véhicules sont là, Mesdames et Messieurs, ils sont en train d'être livrés aux TPG, on les voit sur nos routes, ils sont en phase de test. On ne parle plus d'un projet à long terme, mais d'un projet à bout touchant, que chacun et chacune soutenait, à part peut-être quelques contestataires, et qu'il convient aujourd'hui de confirmer.
Troisièmement - ce n'est peut-être pas le moins grave, Mesdames et Messieurs les députés -, nous perdrions de la crédibilité aux yeux des autorités fédérales, alors que l'on a tant de peine à la construire, en particulier en matière de transport. J'ai eu l'occasion d'aller défendre à Berne une résolution demandant que Genève soit enfin connectée de façon un petit peu digne au reste du réseau ferroviaire suisse. Accepter cette motion équivaudrait à un refus des 23 millions que la Confédération mettrait, à notre échelle cantonale, pour relier la deuxième ville du canton au centre de celui-ci. Il est clair que si nous les refusions, ce serait un signal absolument désastreux - sans parler, évidemment, des montants, des millions que les communes concernées, Meyrin, Vernier et Genève, ont mis sur la table pour améliorer cette desserte.
La présidente. Vous passez sur le temps de votre groupe.
M. Julien Nicolet-dit-Félix. Alors oui, la commission a été saisie d'un amendement. Le texte originel demandait simplement d'effacer de la carte ce projet de BHNS. C'était totalement inacceptable. Or, l'amendement proposé est en définitive parfaitement équivalent, car il conditionne à un projet qui n'a rien à voir... Il ne s'agit pas de savoir si l'on est en faveur ou non de la création de cette demi-jonction autoroutière et du barreau de Montfleury; il est évident que notre groupe est très, très méfiant par rapport à ce genre de projet. La question n'est pas là, Mesdames et Messieurs. La question est la suivante: si d'aventure ce projet devait se réaliser, il le serait dans un horizon insupportable pour les Verniolanes et les Verniolans, car extrêmement lointain, et pendant cinq, dix ans, ces gens devraient se contenter de la situation actuelle, intenable en particulier pour cette commune et la zone industrielle qui lui est rattachée. Il faut donc évidemment refuser cette motion. Je vous remercie.
M. Jean-Louis Fazio (LJS). Chères et chers collègues, le groupe LJS n'entrera pas en matière sur cette motion. En effet, il appartient maintenant à la justice de régler ce dossier; le temps politique est derrière nous, car des recours sont pendants. Laissons la justice dire son mot.
M. Pascal Uehlinger (PLR). Mesdames et Messieurs les députés, il a été dit en commission qu'on héritait des scories du précédent Conseil d'Etat. Le nouveau Conseil d'Etat, que je tiens à remercier, agit dans le sillage de l'ancien, puisqu'il assume la continuité de l'Etat. Néanmoins, on ne sait pas si c'est avec une forte conviction qu'il met en place ce projet.
Il est évident que refuser cette motion revient à se décrédibiliser. Il en va de la crédibilité de l'accepter. Si l'on considère l'origine de cet objet, des choses devaient être mises en place d'abord, pour qu'elles soient viables. Il s'agit en effet du barreau de Montfleury et de la demi-jonction de Vernier-Canada.
Bien entendu, la gauche va combattre à tout prix ce texte, et ce pour une seule raison: ils ont conscience du chaos qu'ils vont créer dans la zone pour les TIM. En fait, c'est leur unique but: provoquer un chaos ultime pour les TIM et ensuite dire qu'il faut forcer les gens à utiliser les transports publics. La justification de cet objet est d'éviter un chaos probable, puisque le barreau de Montfleury, la demi-jonction de Vernier-Canada n'ont pas été construits.
Il y a un deuxième problème: les chiffres. Les chiffres du report modal qui nous ont été donnés sont assez extrêmes. Si le report modal ne s'effectue pas autant que l'escompte l'Etat, nous nous dirigeons vers le chaos annoncé. Evidemment, le TCS nous a présenté d'autres chiffres. Quand il y a une si grande différence entre deux chiffres, ça signifie que la vérité se trouve sans doute au milieu. Or le milieu nous laisse prévoir le chaos.
Le bilan, c'est qu'à l'heure actuelle, l'ASTAG a déposé un recours, et celui-ci nous a vraisemblablement déjà fait perdre les 23 millions que vous pensez gagner aujourd'hui: clairement, les 23 millions, c'est du passé ! Selon moi, on n'est pas à trois ou quatre ans près, l'urgence est toute relative vu le fonctionnement actuel. A mes yeux, cette motion mérite d'être votée par la majorité. Toutefois, une petite minorité de la droite ne la votera peut-être pas: ces gens-là sont à la buvette, et on sait pourquoi. Vous transmettrez, Madame la présidente, mes salutations à Jacques ! (Rires.)
M. Michael Andersen (UDC). Mesdames et Messieurs les députés, cette infrastructure de bus à haut niveau de service est une aberration complète dans le contexte actuel de la mobilité genevoise. Ça a été dit et annoncé par le TCS, qui prévoit que si le report modal, proche de l'utopie, ne s'effectue pas, on a un énorme risque de «gridlock» et donc de paralysie totale, les transports individuels motorisés et les transports professionnels faisant l'objet d'une inquiétude particulière. C'est notamment la raison pour laquelle ils ont déposé un recours. On sait que le combat de la gauche est d'attaquer les transports individuels motorisés: plus on peut les embourber, plus on peut créer de bouchons à Genève et plus on espère que les gens prendront leur vélo, et on sera content.
Pour procéder à un rappel historique, le BHNS était intégré dans le plan d'agglomération 3, qui date de 2016 et qui prévoyait en particulier les deux infrastructures citées, à savoir le barreau de Montfleury et la demi-jonction de Vernier-Canada. Donc dire, comme le fait un rapporteur de minorité, que ces deux infrastructures n'ont strictement rien à voir avec le BHNS, c'est mentir à la population.
Quant au financement de 23 millions, il est assez marrant de remarquer la préoccupation de la gauche, principalement celle de perdre aujourd'hui 23 millions, quand on considère les dépenses que notre canton est prêt à engager pour des infrastructures qui seront bien moins utiles. Je tiens à le signaler, ce n'est pas cet objet qui pourrait remettre en cause le financement de 23 millions, mais le recours judiciaire notamment, parce que les recourants sont prêts à aller bien plus haut. Le financement sera probablement empêché à cause du délai dû aux recourants et non à cause de ce texte.
Voici aujourd'hui, Mesdames et Messieurs les députés, une motion pragmatique. Enfin on présente des alternatives avant d'empêcher les gens de circuler dans cette ville ! Trouvons les alternatives et réalisons le BHNS par la suite ! Genève n'a pas l'habitude de fonctionner ainsi en matière de mobilité, il est grand temps que ça change. Je vous invite à soutenir cette motion.
M. Christian Steiner (MCG). On peut qualifier le projet actuel d'un autre temps, car il date de dix ans. On s'est aperçu que ça ne marchait pas, que le transfert modal ne s'effectuait pas. Surtout, accélérer les transports publics en limitant la vitesse à 30 km/h est une hérésie ! Lutter contre le trafic de transit en réduisant à 30 à l'heure la vitesse sur une pénétrante est une hérésie ! On prend en effet le risque que ce soit contraire au droit supérieur.
Ensuite, l'argument employé en faveur du 30 km/h, j'aimerais quand même le souligner, est le bruit auquel sont exposés les gens qui habitent le long de cette rue. Or, je vous le signale, le 31 janvier a marqué les dix ans de l'entrée en vigueur de l'obligation du double vitrage. Et on va réduire la vitesse de tout le trafic pour lutter contre le bruit à cause de ceux qui n'ont pas appliqué la loi, principalement des collectivités publiques, pour ne pas citer la Ville de Genève !
Ça vaut la peine de prendre du temps pour étudier en détail ce projet, notamment le point concernant la rue de Lyon jusqu'à Châtelaine, parce qu'il existe ce projet de la Ville de Genève, absolument pavlovien, dogmatique et anti-voitures: on utilise tout le domaine public - en laissant une portion congrue - pour aménager de grandes promenades sur lesquelles il n'y a pas de piétons, des pistes cyclables sur lesquelles il y a très peu de vélos, et pour ne plus laisser d'espace ni au transport professionnel ni aux places de livraison.
J'aimerais souligner rapidement le report du parking, les places de parc supprimées à la rue de Lyon: on nous demande d'aller au Seujet. Mais pourquoi pas au Trèfle-Blanc, pendant qu'on y est !
Je pense qu'on peut suspendre ce projet pendant quelques années. Ça représentera également une économie de 86 millions pour le canton et de 20 millions pour la Ville qui sera bienvenue en cette période et permettra de réfléchir un petit peu à quelque chose de plus correct. En conclusion, le MCG soutiendra cette motion. Merci.
M. Souheil Sayegh (LC). Chers collègues, en préambule, je tiens à dire et à rappeler que nous ne sommes absolument pas opposés à ce BHNS ou à toute amélioration des transports collectifs dans cette ville. On crée plus de bouchons qu'il n'y en a actuellement, c'est quand même difficile. Voilà pourquoi nous serons en faveur de toute proposition visant à fluidifier le trafic.
Sauf qu'il ne faut pas mettre la charrue avant les boeufs. Aujourd'hui, la rue de Lyon représente un axe principal: elle permet de passer de la droite à la gauche, même si je n'y suis pas favorable dans l'ensemble... (Rires.) ...en passant par le centre - j'y suis plutôt favorable ! (Exclamations.) On sait que tout a lieu au centre ! (Rires. Commentaires.)
Avant d'arriver à ce BHNS, qui va de la droite à la gauche en passant par le centre, il faut régler le problème de la moyenne ceinture. J'ai l'habitude de rappeler cette moyenne ceinture, qui n'existe pas, qui n'existera probablement pas, qui fera office de périphérique, etc. On nous a précisé en commission que des aménagements seront là pour fluidifier le trafic sur la moyenne ceinture, une fois que ça sera mis en place. Pourquoi ne le ferait-on pas avant, en fin de compte ?
L'idée est de désengorger la périphérie. Une fois que la périphérie sera décongestionnée, on pourra expliquer à la population que ce BHNS, qui a son sens, permettra d'amener de manière fluide le transport collectif, le transport individuel et surtout le transport professionnel de la rive droite à la rive gauche en passant par le centre.
M. Steiner l'a rappelé, ça ne se fera pas sans suppression de places de parking. Celles-ci seront supprimées en surface, donc naturellement non compensées comme l'a souhaité la population. Les gens devront donc se disperser un petit peu plus loin, assez loin, pas jusqu'au Trèfle-Blanc, mais effectivement au parking du Seujet ou aux alentours.
Avant de discuter de ce BHNS, de cette pénétrante menant vers le centre depuis la rive droite, réalisons cette moyenne ceinture, fluidifions le trafic autour de Genève pour permettre la réalisation du BHNS. Encore une fois, nous n'y sommes absolument pas opposés.
En commission, on se retrouve avec une guerre des chiffres. D'un côté, le département nous dit: «Ouah, ce sera pour vous un gain important en matière de transport», et de l'autre, le TCS nous dit tout le contraire, statistiques et chiffres à l'appui. Donc la balle est au centre, comme toujours.
En conclusion, nous vous proposons d'accepter cette motion afin d'envoyer le message au département de mettre les bouchées doubles pour cette moyenne ceinture et cette périphérie genevoise. Je vous remercie.
M. Matthieu Jotterand (S). Mesdames et Messieurs les députés, on a fait passablement de procès d'intention à la gauche dans ce débat. Pour ma part, je retiendrais plutôt les chiffres objectifs qui ont été donnés: enfin, le PLR et l'UDC ont tous les deux reconnu que l'ASTAG, et plus largement les lobbys automobiles, coûtent cher à la population en retardant et bloquant les projets et en provoquant la fuite des financements fédéraux. Vous l'avez reconnu, mais c'est ce que nous disions depuis longtemps ! Merci d'enfin arriver à ce constat !
Vous disiez que la gauche attaque les TIM. Je vous rassure, pas besoin de nous ! Les TIM s'attaquent tout seuls ! Ils se bloquent tout seuls ! Les voitures se retrouvent sur cet axe pare-chocs contre pare-chocs; elles se bloquent toutes seules, sans intervention aucune de la gauche. Il faut donc trouver des solutions. Les bus en représentent une; on y met 100 ou 200 automobilistes, soit 100 à 200 voitures et leur contenu. C'est précisément le but de ce BHNS.
Il y a une sorte de mode à droite de déposer des motions qui portent sur des projets déjà emmanchés, alors que, très concrètement, le temps politique est passé dans ce Grand Conseil. Il est passé: nos prédécesseurs - du moins mes prédécesseurs, mais certains, certaines parmi vous étaient peut-être déjà là - ont donné leur approbation à ce projet. C'est pourquoi revenir dessus pendant le temps juridique, c'est au mieux inutile, c'est un petit peu idiot, ça ne fonctionne pas, et surtout, ça donne l'impression de blocages complets dans ce canton. Le blocage est voulu, effectué par la droite, qui a enfin reconnu que le lobby automobile paralysait le canton, coûtait cher et continuait à nous polluer.
La présidente. Je vous remercie. La parole revient à M. Nicolet-dit-Félix pour une minute cinquante-quatre.
M. Julien Nicolet-dit-Félix (Ve), rapporteur de deuxième minorité. Merci beaucoup, Madame la présidente. Je ne voulais pas partir dans un débat sur les chiffres, Mesdames et Messieurs, mais vu qu'ils ont été évoqués, ainsi que les sources des études figurant dans l'exposé des motifs et les considérants de la motion, il faut quand même préciser qu'on a auditionné le TCS. Celui-ci n'est pas recourant: une autre association a fait recours. En outre, le TCS a clairement dit, lorsqu'on a posé la question, qu'il n'avait pas évoqué le «gridlock» comme risque possible dans cette région, contrairement à ce qui a été dit juste avant.
Par contre, une chose nous a tout à fait intéressés - nous y sommes sensibles -, c'est la question du transport professionnel. Comme le département, nous souhaitons que le transport professionnel puisse être identifié selon des critères objectifs. Pourquoi pas une vignette pouvant déterminer qui a un droit prioritaire aux axes potentiellement saturés ?
Nous avons proposé un amendement, qui figure à la page 80 du rapport; celui-ci invite le département à prendre un soin particulier du transport professionnel pendant et après le chantier en matière de priorisation sur les voies de circulation, mais également de stationnement. Ces choses sont tout à fait intéressantes, et nous les avons en tête lorsque nous imaginons ce genre de projet.
Par contre, il est absolument exclu et pour tout dire irréaliste de reporter ce chantier, qui, Mesdames et Messieurs les députés, a déjà commencé. En définitive - vous le savez très bien -, si vous votez ce texte, nous aurons alors une motion qui n'aura malheureusement pas d'effet, une fois de plus. Nous nous décrédibiliserons aux yeux de nos électrices et électeurs en votant une chose dont on sait qu'elle n'a aucun espoir de succès, vu qu'il est bien trop tard pour espérer reporter ou annuler ce projet, si toutefois il était souhaitable qu'on l'espérât. Il faut donc voter l'amendement de la page 80 et accepter ce texte ainsi amendé. Merci de le faire.
La présidente. Merci, Monsieur le député. La parole est à M. Florey. (M. Stéphane Florey commence à parler dans son micro, qui n'est pas allumé.) Monsieur le député, vous n'avez malheureusement plus de temps de parole. (Rires.) Désolée ! Je cède le micro à M. Maudet.
M. Pierre Maudet, conseiller d'Etat. Merci, Madame la présidente. M. Florey m'a pris un peu par surprise. J'aurais beaucoup aimé entendre son propos conclusif. Malheureusement...
J'ai écouté avec beaucoup d'attention ce que lui et les autres préopinants ont dit durant ce débat intéressant. C'est vrai qu'une session sans parler de mobilité n'est pas une session totalement réussie. Néanmoins, le Conseil d'Etat éprouve une petite déception, Mesdames et Messieurs les députés: ce débat aurait dû avoir lieu il y a dix ans, si on l'avait voulu. On parle en effet d'un projet qui remonte à 2016, inclus dans le projet d'agglomération n° 3 mais qui fait l'objet d'un recours judiciaire - il est important de le souligner, puisque vous êtes toutes et tous, comme le Conseil d'Etat, soucieux du strict respect de la séparation des pouvoirs. C'est finalement la justice qui va se prononcer, donc ni le parlement ni le gouvernement, au sujet d'un projet fixé de longue date et arrêté en tant que tel.
C'est le lieu de dire au député Andersen que le recours n'a pas d'effet sur la subvention fédérale. En revanche, le non-dépôt d'une autorisation aurait un effet. Dieu merci, on a déposé dans les temps l'autorisation, après des négociations ardues avec la Ville de Genève !
Mesdames et Messieurs, à vous écouter, le problème principal qui se matérialise dans cette motion - je crois que vous en conviendrez -, c'est la question de la temporalité. S'il n'est pas nécessaire de refaire le débat qui a eu lieu il y a dix ans, on doit cependant constater - vous et moi le constatons - que certains projets en matière de mobilité ne sont pas toujours satisfaisants. Le gouvernement les assume au titre de la continuité de l'Etat, mais à force de vouloir conditionner les projets à d'hypothétiques réalisations, on ne fait plus rien, on ne bouge pas.
Si le député Uehlinger a évoqué tout à l'heure la possibilité d'un chaos - il parlait en effet d'un chaos possible -, la certitude du chaos est au rendez-vous si effectivement on ne fait rien. Or, le Conseil d'Etat ne fait pas rien. Il vous a expliqué en commission, et je suis maintenant en mesure de le confirmer, que sur plusieurs plans - parlons de la moyenne ceinture si chère au député Sayegh -, nous venons de signer avec la Ville une convention pour lever les obstacles à l'élargissement des goulots d'étranglement de l'Amandolier et du Bout-du-Monde. Donc, bonne nouvelle, la moyenne ceinture va gagner un peu en crédibilité.
Nous venons d'annoncer cette semaine, grâce à la complicité active des CFF, l'ouverture d'une ligne à travers le tunnel dit du Furet qui permet à une partie de la rive gauche de rallier plus facilement la zone industrielle Meyrin-Vernier-Satigny et l'aéroport - on exploite les niches existantes. Le tunnel était jusque-là dévolu uniquement au transport de marchandises. A partir de dimanche, il sera ouvert à raison de neuf convois par jour: ceux-ci rallieront par la ligne du CEVA Chêne-Bourg, les Eaux-Vives, Champel, l'hôpital, le Bachet et Pont-Rouge à la rive droite, sans passer par Cornavin. Voilà des éléments constitutifs, des solutions qu'il faut arriver à déployer.
C'est le lieu de vous informer aussi que le barreau de Montfleury devrait être découplé de la demi-jonction autoroutière du Canada pour qu'il avance à son rythme, un rythme sans doute plus rapide - j'étais ce matin encore à Berne pour en parler avec les autorités fédérales et à Estavayer-le-Lac où se trouve une filiale de l'Office fédéral des routes. On se décarcasse - pour le dire de façon triviale - pour faire en sorte que ces éléments arrivent le plus rapidement possible. Si maintenant on donne le signal qu'on subordonne tous les projets les uns aux autres, eh bien on n'avancera effectivement plus. Voilà un problème, relatif, que pose ce texte.
J'embraie sur ce que disait le rapporteur de minorité Nicolet-dit-Félix, il s'agit d'une motion; si elle est votée, le Conseil d'Etat considère que ce sera une incitation à discuter plus avant avec les milieux qui ont déposé le recours et, le cas échéant, à essayer de négocier. Je ne révélerai pas le secret des négociations en cours, mais sachez que nous essayons, à propos de la piste indiquée tout à l'heure de la vignette professionnelle et de la possibilité de consacrer à certaines heures certains axes pour fluidifier le trafic des véhicules professionnels, des véhicules de celles et ceux qui vivent à travers le transport routier... Il n'est pas exclu qu'on ait une piste. Si vous acceptez cette motion, nous le considérerions comme une incitation à tenter ce compromis, mais rien de plus.
Voilà, Mesdames et Messieurs, ce que je voulais vous dire à propos de ce projet. Je vous invite à refuser ce texte. S'il vient à être voté, considérez que nous vous rendrons un rapport dans les six mois. Nous ferons ce que vous nous demandez, c'est-à-dire vous proposer des alternatives crédibles - j'en ai énoncé trois, voire quatre. Je me réjouis de pouvoir vous les détailler le moment venu. Merci de votre attention.
La présidente. Merci, Monsieur le conseiller d'Etat. Nous passons au vote sur l'amendement de la deuxième minorité figurant à la page 80 et visant à remplacer l'invite unique par celle-ci:
«à poursuivre l'aménagement du BHNS selon le calendrier prévu, en prêtant une attention particulière à la circulation et au stationnement des professionnels pendant et après le chantier.»
Mis aux voix, cet amendement est rejeté par 61 non contre 31 oui.
Mise aux voix, la motion 3134 est adoptée et renvoyée au Conseil d'Etat par 51 oui contre 40 non et 1 abstention (vote nominal).