République et canton de Genève
Grand Conseil
Séance du vendredi 4 septembre 2026 à 18h15
3e législature - 4e année - 4e session - 22e séance
M 3135-A
Débat
La présidente. Nous passons au point suivant de l'ordre du jour, classé en catégorie II, trente minutes. Monsieur Arn, je vous cède la parole.
M. Thierry Arn (LC), rapporteur de majorité. Merci, Madame la présidente. La commission de l'enseignement, de l'éducation, de la culture et du sport a traité la M 3135 lors de trois séances au cours desquelles elle a procédé à trois auditions: pour commencer, elle a entendu l'excellent M. Sébastien Desfayes, premier signataire, puis le DIP par l'intermédiaire de Mme Anne Hiltpold ainsi que de Mmes Keckeis et Vuillemin, respectivement directrices du service écoles et sport, art, citoyenneté (SESAC) et du service enseignement et évaluation, et enfin le Conseil de la jeunesse, lequel a pu faire valoir son point de vue sur les enjeux liés à la participation citoyenne des jeunes.
Les débats de la commission ont porté sur la nécessité de renforcer l'éducation à la citoyenneté à l'école face aux défis contemporains que constituent la désinformation, la baisse de participation politique, le recul de l'engagement associatif et le besoin de développer l'esprit critique chez les élèves.
Les auteurs de la proposition de motion ont plaidé pour une approche plus structurée et visible de l'éducation citoyenne, comprenant notamment un renforcement des enseignements liés aux institutions, à l'histoire suisse et genevoise, au débat démocratique, à l'analyse critique des médias ainsi qu'à la participation concrète des élèves à la vie scolaire.
Les représentantes du DIP, pour leur part, ont rappelé que de nombreux dispositifs existent déjà tout au long de la scolarité obligatoire et postobligatoire: enseignements transversaux, débats, votes blancs, projets participatifs, éducation aux médias, conseils d'élèves, visites institutionnelles et activités immersives. Par ailleurs, elles ont souligné que le département s'était doté en 2024 d'un document-cadre intitulé «L'éducation à la citoyenneté au coeur de l'action publique», qui vise précisément à renforcer la cohérence et la visibilité de ces démarches.
Les auditions ont mis en évidence la nécessité de mieux valoriser les actions déjà menées dans les établissements tout en poursuivant les efforts en matière d'esprit critique, de participation des jeunes et d'éducation aux médias numériques.
Au terme des travaux, la majorité de la commission a considéré que cet objet avait le mérite de réaffirmer l'importance fondamentale de l'éducation à la citoyenneté dans une société démocratique et pluraliste; elle a estimé que les invites proposées s'inscrivaient globalement dans les orientations déjà engagées par le DIP et pouvaient contribuer à renforcer la lisibilité, la continuité et la portée des actions existantes; elle a dès lors accepté le texte, et j'invite ce Grand Conseil à en faire de même.
Présidence de M. Guy Mettan, premier vice-président
M. Christo Ivanov (UDC), rapporteur de minorité. La proposition de motion 3135 déposée par le groupe du Centre vise «une éducation à la citoyenneté vivante et participative à l'école». La première invite demande la mise en place d'une «stratégie cantonale renforçant l'éducation à la citoyenneté [...]»; la deuxième, de «garantir que l'histoire suisse et l'histoire genevoise soient enseignées [...]»; la troisième, de «doter chaque établissement d'un référent citoyenneté parmi le corps enseignant [...] en lien avec la direction et les équipes éducatives»; enfin, la quatrième invite propose de «mettre en place une évaluation périodique des élèves sur leur compréhension de la démocratie» en Suisse.
Il se trouve qu'un document-cadre élaboré par le DIP existe depuis 2024 et a été mis en ligne. Les motionnaires ont raison sur un point: les jeunes votent moins que la population en général. En 9P sont abordés l'Etat fédéral, les trois pouvoirs ainsi que les droits fondamentaux. L'enseignement à la citoyenneté s'articule autour de thèmes généraux, mais aussi d'enjeux plus précis; il est dispensé par le DIP de manière transversale, notamment au sein des cours d'histoire et de géographie.
Les thématiques sont traitées dans le cadre de la formation générale au vivre-ensemble et lors d'activités menées en collaboration avec des institutions et la chancellerie, par exemple CinéCivic. Un matériel spécifique ainsi que des séquences pédagogiques ont été réalisés conjointement avec la chancellerie, notamment dans le cadre du projet «Institutions 3D» ou encore du «GE de lois».
Mesdames et Messieurs, tout est déjà mis en oeuvre, cette proposition de motion est obsolète et enfonce des portes ouvertes. Il convient par conséquent de la refuser. Je rappelle que les commissaires étaient huit contre sept, donc le vote a été serré. Pour toutes ces raisons, de même que pour éviter de surcharger le DIP, la minorité vous demande de bien vouloir rejeter ce texte, qui aurait d'ailleurs dû être retiré par son groupe. Je vous remercie.
M. Thierry Oppikofer (PLR). Mesdames et Messieurs les députés, avec cette proposition de motion lancée par nos estimés collègues du Centre et qui a recueilli les signatures empressées de plusieurs représentants des Verts, nous avons à nouveau affaire à un texte qui, comme tant d'autres avant lui, entend se préoccuper de la grille scolaire du DIP jusque dans ses moindres détails. D'ailleurs, l'un des signataires est lui-même enseignant; après tout, on n'est jamais si bien servi que par soi-même !
Pour le PLR, force est de constater qu'une fois encore, après une bonne dizaine d'autres propositions de motions, résolutions ou d'interpellations, cet objet vient exiger qu'on prenne des mesures qu'on a déjà prises.
Nos jeunes devraient être mieux formés durant leur scolarité, nous dit-on, afin qu'ils participent davantage à la démocratie, connaissent mieux l'histoire suisse et genevoise, et soient armés contre les fausses nouvelles diffusées sur les réseaux sociaux.
Mais, Mesdames et Messieurs les députés, le DIP accomplit déjà ce travail ! Bien sûr, on peut toujours faire mieux. Lors des auditions en commission, le département nous a confirmé que les jeunes votaient certes moins que la moyenne de la population, mais que cet écart s'était réduit d'un tiers et se situe actuellement à 11%, ce qui est tout à fait acceptable par rapport aux pays voisins.
Les auteurs souhaitent la mise en place d'une stratégie cantonale pour renforcer l'éducation à la citoyenneté; ils ignorent sans doute l'existence d'un document-cadre du DIP, en vigueur depuis deux ans, intitulé «L'éducation à la citoyenneté au coeur de l'action publique» - le titre est tout de même assez clair.
Il faudrait renforcer l'éducation citoyenne; les motionnaires n'ont probablement pas non plus vu passer la réponse du Conseil d'Etat à la question écrite urgente 2327 de notre collègue Guy Mettan en mars dernier qui contenait notamment un tableau précis du DIP montrant qu'entre 2001 et 2023, cela avait été fait partout où c'était possible.
Mieux encore, le texte propose que des intervenants extérieurs, notamment des professionnels des médias, viennent expliquer à nos jeunes - qui connaissent généralement mieux les réseaux sociaux qu'eux - ce qui est juste ou faux parmi les informations qu'ils reçoivent, avec évidemment tous les biais idéologiques auxquels on peut s'attendre dans de pareils cas.
Cela a été vérifié durant les travaux de commission: l'histoire suisse et genevoise - le rapporteur de minorité l'a indiqué - tout comme le fonctionnement des institutions sont enseignés et notés dans le cadre des programmes scolaires.
On nous dira qu'il faut voter cet objet pour marquer le coup, pour effectuer un geste politique; nous, au groupe PLR, pensons que si l'on veut réellement intéresser les jeunes et les moins jeunes à la démocratie, il faut traiter les vrais problèmes et ne pas confondre geste politique et gesticulation. Nous vous recommandons dès lors de rejeter cette proposition de motion qui enfonce des portes ouvertes. Merci, Monsieur le président.
Une voix. Bravo, Thierry.
M. Arber Jahija (MCG). Mesdames et Messieurs, chers collègues, cette proposition de motion vise à soutenir l'éducation à la citoyenneté dans nos écoles. Pour moi, il s'agit d'une très bonne chose. Nous savons que la participation des jeunes aux votations et élections est en baisse, et il est essentiel d'agir. Il faut enseigner aux élèves non seulement les droits, mais aussi les responsabilités qui viennent avec la citoyenneté. Encourageons également des initiatives comme le Parlement des jeunes, où jeunes et élèves peuvent s'engager concrètement. Le MCG vous demande de soutenir ce texte. Ensemble, préparons nos jeunes à devenir des citoyens actifs et engagés. Je vous remercie de votre attention.
M. Stéphane Florey (UDC). Il y a deux choses que non seulement le rapporteur de majorité, mais également le dernier intervenant se gardent bien de dire: sous couvert d'éducation à la citoyenneté, on mélange tous les genres, on parle d'histoire, de géographie, de plein de trucs; et le DIP ne soutient pas la proposition de motion. La façon dont le rapporteur de majorité a formulé ses phrases prête à confusion et peut laisser entendre que le département y est favorable. Mais non, quand on y regarde de plus près, aucune raison n'est mentionnée qui le ferait se prononcer en faveur de cet objet.
Voilà des années que nous débattons dans ce parlement pour déterminer s'il convient d'introduire ou non des cours de citoyenneté. Encore une fois, on se rend compte que l'idée proposée aujourd'hui n'est pas la solution; d'autres options nous ont été soumises qui ne constituent pas non plus la solution. Ce qui fonctionne bien, c'est ce qui fonctionne depuis toujours, c'est-à-dire ce qui existait hier et ce qui existe aujourd'hui.
Par conséquent, nous refuserons ce texte qui ne sert à rien, qui est totalement obsolète, et nous vous recommandons également de le rejeter. Je vous remercie.
M. Romain de Sainte Marie (S). Mesdames et Messieurs les députés, je n'ai pas parfaitement compris le dernier argument du député UDC, M. Florey: «Ce qui fonctionne bien, c'est ce qui a toujours fonctionné, c'est ce qui fonctionne aujourd'hui» ?! En tout cas, c'est très pratique pour justifier le statu quo en matière d'éducation citoyenne, ça c'est certain ! Malheureusement, en effet - vous lui transmettrez, Monsieur le président -, la participation des jeunes à la politique, notamment aux votations, n'est pas satisfaisante, elle n'est pas très élevée.
Une voix. Quand ils t'écoutent, ils n'ont plus envie de voter !
M. Romain de Sainte Marie. Vous transmettrez par ailleurs à M. Oppikofer qu'il ne s'agit pas ici d'induire un biais sur le plan de l'enseignement, même si c'est un fantasme de la droite: dès que nous parlons d'éducation citoyenne, ils pensent que nous voulons faire de la propagande pour que les gens votent à gauche. Ça se saurait si ça marchait ! Malheureusement, ce n'est pas le cas. Il se trouve que c'est peut-être davantage la gauche, en effet, qui défend la notion de participation citoyenne, mais toujours dans un but démocratique, pas de récupération politique.
Une voix. Ben voyons !
M. Romain de Sainte Marie. Mais je conçois que ça puisse paraître bizarre aux députés d'en face !
Maintenant, malgré cette sorte de satisfecit exprimé par l'UDC, la situation n'est pas parfaite aujourd'hui, et le département ne souhaite pas forcément changer de méthode. Bon, il s'emploie à quelques actions, tant mieux, mais on observe tout de même que les choses dépendent beaucoup des établissements, de la bonne volonté des enseignants: certains professeurs sont très actifs, réalisent des exercices de vote à blanc, organisent des débats, s'impliquent véritablement pour développer le goût de la participation citoyenne chez leurs élèves; dans d'autres écoles, malheureusement, ce n'est absolument pas le cas. Voilà le problème ! On ne doit pas permettre ces disparités, cet aspect aléatoire, on ne peut pas accepter que les jeunes soient différemment sensibilisés en fonction de l'établissement dans lequel ils et elles sont scolarisés.
La présente proposition de motion répond précisément à la problématique, puisqu'elle vise à instituer un véritable parcours citoyen, à doter chaque établissement d'un référent ou d'une référente sur les questions d'éducation citoyenne, ce qui va dans le sens de garantir à chaque élève qu'il ou elle bénéficie d'une éducation citoyenne suffisante. C'est la raison pour laquelle le groupe socialiste votera ce texte et vous invite à l'accepter également. (Applaudissements.)
Le président. Merci, Monsieur le député. Je passe la parole à Mme Céline Bartolomucci.
Mme Céline Bartolomucci (Ve). Merci, Monsieur le président... par remplacement ? Je ne sais pas comment on dit...
Une voix. De séance.
Mme Céline Bartolomucci. Monsieur le président de séance, pardon ! J'adresse un grand merci au groupe concerné pour cette proposition de motion qui, je dois le dire, est vraiment très intéressante. On nous explique, et sans trop d'ironie, qu'il faut absolument renforcer la participation citoyenne des jeunes à l'école, c'est réellement merveilleux !
Pourtant, Mesdames et Messieurs, si on opère un petit retour en arrière, on se rappelle qu'il y a quelques mois à peine, le même parti avait demandé de faire supprimer une assemblée citoyenne avant même qu'elle voie le jour ! Des dizaines de jeunes - des centaines de jeunes ! - avaient été convoqués, des travailleurs sociaux mobilisés pendant des mois, des ressources financières engagées. A l'heure où on nous parle d'économies à longueur de temps dans ce Grand Conseil et où on cherche à en réaliser sur le dos des plus précaires, un immense travail avait été accompli qui va exactement dans le sens de ce texte. Or tout a été balayé d'un revers de la main ! Personnellement, j'avoue que cela me laisse un petit peu songeuse, je me pose des questions.
Evidemment, les Vertes et les Verts comprennent et soutiennent l'idée d'un développement du parcours citoyen à l'école, bien sûr. Toutefois, nous nous interrogeons aussi quant à la position consistant à considérer que la participation citoyenne des adultes doit être limitée au rôle des élus quand, dans le même temps, on affirme vouloir faire tant d'efforts pour les plus jeunes. Il y a là une contradiction dont le sens m'échappe, qui est peut-être d'ordre électoraliste, je l'ignore - je vous laisserai avancer vos hypothèses.
Les Vertes et les Verts soutiennent bien sûr la participation citoyenne, notamment de manière qu'à l'âge adulte, chacun puisse s'exprimer, qu'il ne s'agisse pas d'un privilège réservé aux seuls élus de cet hémicycle.
Par souci de cohérence, Mesdames et Messieurs, nous voterons cette proposition de motion. Je vous remercie. (Applaudissements.)
M. Laurent Seydoux (LJS). Mesdames et Messieurs les députés, on ne naît pas citoyen, on le devient. Dans notre démocratie directe, la liberté politique ne s'hérite pas, elle s'apprend, s'exerce et s'entretient quotidiennement. Or aujourd'hui, le constat pour nos jeunes est implacable: baisse de la participation citoyenne, méconnaissance parfois inquiétante de nos mécanismes institutionnels.
L'école publique genevoise a pour mission constitutionnelle de former des esprits libres, critiques et responsables; elle ne peut pas laisser l'apprentissage démocratique au seul hasard de la fibre civique potentielle des familles.
La proposition de motion qui nous est soumise pose les bonnes exigences: réancrer solidement l'histoire suisse et genevoise au sein de l'enseignement, développer le décryptage critique des médias numériques et passer d'un civisme théorique à une pratique vivante à travers des débats et des conseils d'élèves investis d'une réelle portée.
Donner aux jeunes le goût du débat d'idées et leur inculquer le respect de nos institutions républicaines constitue un impératif démocratique. C'est dans cette perspective d'efficacité et de responsabilité que le groupe Libertés et Justice sociale votera en faveur de cet objet et vous demande d'en faire de même. Merci de votre attention.
Le président. Je vous remercie. La parole va à Mme Ana Roch, à qui il reste deux minutes et vingt-cinq secondes.
Mme Ana Roch (MCG). Merci, Monsieur le président de séance. La proposition de motion part d'un constat préoccupant: de nombreux jeunes terminent leur scolarité sans maîtriser suffisamment le fonctionnement de nos institutions, les mécanismes de la démocratie directe, l'histoire suisse et genevoise ou encore les droits et devoirs liés à la citoyenneté, et ce alors que notre système politique fait face à une baisse de la participation, à la désinformation, aux fausses nouvelles diffusées sur les réseaux sociaux, à la montée de l'extrémisme et à une défiance croissante envers les autorités.
Présidence de Mme Dilara Bayrak, présidente
Pour le MCG, l'éducation à la citoyenneté ne doit pas rester uniquement théorique; elle doit permettre aux jeunes de comprendre concrètement le fonctionnement de nos institutions, d'apprendre à débattre, à argumenter, à respecter une opinion différente, à exercer leur esprit critique. Notre groupe défend également une approche plus pratique et attractive de cet enseignement.
Il ne s'agit pas de faire de la propagande politique à l'école, mais de donner aux futurs citoyens les connaissances et outils nécessaires pour se forger librement leur propre opinion. Dans une démocratie directe comme la nôtre, l'éducation à la citoyenneté n'est pas accessoire, elle constitue une condition essentielle au bon fonctionnement institutionnel et à la participation éclairée de la population. Pour ces raisons, Mesdames et Messieurs, le groupe MCG vous invite à accepter ce texte. Merci.
La présidente. Merci, Madame la députée. Je donne la parole à M. Nicolet-dit-Félix pour une minute trente.
M. Julien Nicolet-dit-Félix (Ve). Oui, j'interviens très rapidement, Madame la présidente, vu que j'ai été mis en cause par notre collègue. Il ne m'a pas nommé, mais c'est bien moi, l'enseignant qui a cosigné cette proposition de motion, de la même manière qu'il arrive, paraît-il, que des agriculteurs signent des textes en rapport avec l'environnement ou leur métier, que des médecins signent des textes en rapport avec la santé ! Voyez-vous, Mesdames et Messieurs les députés, il ne s'agit pas du tout d'intérêts financiers, comme l'imaginent certains, mais bien d'intérêts liés à notre expertise et surtout à l'amour de ce que nous faisons.
Je m'enorgueillis en effet, comme l'a suggéré notre collègue de Sainte Marie, d'avoir conçu un jeu citoyen qui, manifestement, fonctionne plutôt bien dans les quelques écoles où il est utilisé. Malheureusement, tous les établissements n'y ont pas recours, ce que je regrette. A ce propos, j'en profite pour saluer mon collègue Alexandre van Rossum qui a également contribué à la création de ce jeu.
Dans deux semaines, je me rendrai à Berne avec les élèves d'André-Chavanne pour rencontrer des députés de tous les partis. Nous sommes les seuls parmi les écoles de l'ES II du canton à effectuer une telle visite chaque année.
Cette démarche correspond exactement à ce qu'indiquait M. de Sainte Marie: j'aime la citoyenneté, j'aime l'enseigner. Mon plus grand succès, c'est que l'un de mes anciens élèves soit devenu conseiller administratif PLR à Troinex - vous voyez donc qu'il ne s'agit pas d'instrumentaliser ces cours; un rédacteur en chef de Léman Bleu est également passé entre mes mains, qui ne partage pas forcément mes opinions politiques. Cela fait ma fierté, et je n'ai aucune honte à avoir cosigné cet objet et à le soutenir pour le bien de la citoyenneté, pour renforcer la formation citoyenne des jeunes de notre canton...
La présidente. Merci, Monsieur le député...
M. Julien Nicolet-dit-Félix. Visiblement, le chronomètre ne fonctionne pas très bien. Je vous remercie, Madame la présidente. (Applaudissements.)
La présidente. En effet, le chronomètre a été réinitialisé, mais nous avons les temps de parole à disposition. Monsieur Ivanov, il ne vous reste plus qu'une minute quarante, mais avant de vous passer le micro... (Remarque.) Attendez ! Monsieur Dugerdil, vous avez souhaité intervenir, allez-y.
M. Lionel Dugerdil (UDC). C'est juste, Madame la présidente, merci. Je souhaite simplement indiquer à M. Nicolet-dit-Félix - vous transmettrez, Madame la présidente - qu'il y a tout de même une différence notable entre un indépendant qui doit chercher des clients et se débrouiller pour faire son beurre, et un collaborateur de l'Etat. Une différence vraiment considérable ! Je sais, pour avoir siégé à la commission sur le personnel de l'Etat, que c'est quelque chose de difficile à comprendre pour un fonctionnaire; néanmoins, il y a là une nuance qui n'est pas des moindres. Je souhaite à tous les élèves qui sont passés entre les mains - comme il l'a dit - de M. dit-Félix qu'ils aient fait comme celui qui a fini à Léman Bleu et qu'ils aient changé d'avis. Merci. (Rires. Commentaires.)
La présidente. Merci bien. Monsieur Ivanov, je vous rends la parole pour une minute quarante - ne vous fiez pas au chronomètre derrière moi, nous vous ferons savoir quand il vous restera trente secondes.
M. Christo Ivanov (UDC), rapporteur de minorité. Merci beaucoup, Madame la présidente. Comme cela a été souligné, Mesdames et Messieurs, un jeu a été élaboré par Avenir Suisse qui s'intitule «Democratia» et qui est d'ailleurs excellent - vous pouvez le télécharger sur internet, je conseille à tout le monde de le faire -, qui permet à de nombreux élèves de tester leurs connaissances sur la citoyenneté et la démocratie dans notre pays.
Cela a été indiqué aussi, il existe une stratégie cantonale portée par le DIP - je me réjouis d'entendre la magistrate à ce sujet - visant le renforcement de l'éducation à la citoyenneté... (L'orateur s'interrompt.) On ne s'entend pas, Madame la présidente !
La présidente. Je vous assure qu'on vous entend.
M. Christo Ivanov. Moi oui, mais je pense que certains ont les oreilles qui bourdonnent ! Et ils n'écoutent pas, en plus !
Je répète que les quatre invites sont déjà mises en oeuvre par le DIP, que cette proposition de motion enfonce des portes ouvertes et aurait dû être retirée. La minorité la rejettera, d'une part car tout est fait par le département, d'autre part parce qu'en période de vaches maigres, il est inutile de donner du travail supplémentaire à l'Etat. Je vous remercie.
Mme Anne Hiltpold, présidente du Conseil d'Etat. Mesdames et Messieurs les députés, j'aimerais remercier les auteurs de cette proposition de motion, laquelle nous a permis de débattre, à la fois en commission et ici ce soir, de l'éducation à la citoyenneté. Visiblement, nous n'avons pas réussi à vous convaincre malgré l'éclairage des personnes auditionnées, malgré le document qui vous a été transmis, malgré les explications qui vous ont été fournies. Sept pages dans le rapport - sept pages, c'est plutôt beaucoup - vous exposent tout ce qui est déjà mis en oeuvre.
Alors quand j'entends qu'on s'emploie simplement à quelques actions, je m'excuse, mais je trouve que c'est extrêmement réducteur. Non, le DIP ne s'emploie pas simplement à quelques actions en lien avec l'éducation à la citoyenneté, voilà des mois, des années que nous y travaillons ! Nous avons élaboré un document-cadre qui contient notre stratégie, donc si vous nous invitez à vous proposer une stratégie, eh bien nous vous remettrons ce document-cadre. De nombreux dispositifs sont déjà en place.
On a beaucoup parlé de la participation des jeunes, on a soutenu qu'il fallait les faire voter. Oui, mais de nombreuses mesures sont déjà effectives, et nous vous avons également indiqué qu'il ne suffit pas d'en faire encore plus pour que les jeunes s'impliquent davantage: il faut qu'ils se sentent concernés par les sujets soumis à votation.
D'ailleurs, c'est la même chose pour les adultes. Mesdames et Messieurs, vous avez été élus lors d'un scrutin affichant un taux de participation de 37%; il ne s'agit pas de 37% de la population, mais de 37% du corps électoral, qui a voté pour composer ce Grand Conseil. C'est comme ça ! Certaines personnes sont moyennement intéressées et vont moyennement s'exprimer, d'aucuns beaucoup plus que les autres.
Les jeunes sont intéressés à se prononcer, mais peut-être pas tout de suite à 18 ans - c'est d'ailleurs ce que nous vous avons signifié aussi - et nous déployons des actions pour les intéresser. Il ne s'agit pas uniquement pour eux d'aller voter, il s'agit de participer, il s'agit de débattre, il s'agit d'être sensibilisés à l'histoire suisse - nous vous avons déjà expliqué comment cette discipline est enseignée.
Par conséquent, nous déployons bel et bien une stratégie. Alors soit vous nous dites qu'elle ne vous convient pas, qu'elle ne va pas dans le bon sens - mais ce n'est pas ce que j'ai entendu -, soit vous nous laissez poursuivre notre travail.
Les motionnaires proposent encore des référents citoyenneté parmi le corps enseignant responsables du pilotage et du suivi des actions. D'accord, donc il faudrait un référent sur cette problématique dans chaque établissement ? Mesdames et Messieurs, nous vous avons soumis le coût - puisqu'il nous a été demandé - d'un tel dispositif si nous l'instaurions: il se situe à environ 600 000 francs. Nous inscrirons ce chiffre noir sur blanc dans notre réponse à la motion si elle est acceptée; il consiste en un dégrèvement pour chaque école.
Cela étant, quand on voit ce qui est entrepris par votre excellent collègue enseignant à André-Chavanne, établissement qui ne dispose pas d'un référent citoyenneté, je m'interroge: avons-nous réellement besoin de telles personnes pour que des professeurs s'emparent de ces questions et soient motivés qui à emmener leurs élèves à Berne, qui à participer à des échanges dans le cadre du projet Genève Débat ?
Tout cela se fait déjà ! Certes, peut-être pas de manière systématique dans chaque classe, mais ça, ce n'est pas possible. En effet, vous pouvez nous demander de mener des actions sur les questions de durabilité, d'égalité, de citoyenneté, nous ne pourrons pas chaque fois ajouter du contenu d'enseignement, nous en faisons déjà beaucoup. Je peux entendre que vous considériez que ce n'est pas suffisant, mais nous aurons de la peine à en faire beaucoup plus.
Pour toutes ces raisons, je vous invite à refuser cette proposition de motion. Nous n'avons pas les moyens de placer un référent citoyenneté dans chaque établissement, sauf si les membres de LJS qui, en général, ne nous accordent pas énormément de ressources, se montrent plus généreux sur ce plan - car c'est aussi leur demande, si je comprends bien. Simplement, il faudra nous allouer ces moyens. Or aujourd'hui, nous ne sommes pas dans une période où on peut facilement ajouter des budgets, on les obtient même plutôt difficilement.
Une fois de plus, Mesdames et Messieurs les députés, compte tenu de ce qui est déjà effectué et de la stratégie que nous avons développée, je vous recommande de rejeter cette proposition de motion. Merci de votre attention.
La présidente. Merci, Madame la présidente du Conseil d'Etat. Je mets la proposition de motion aux voix.
Mise aux voix, la motion 3135 est adoptée et renvoyée au Conseil d'Etat par 51 oui contre 30 non (vote nominal).