République et canton de Genève
Grand Conseil
Séance du vendredi 5 juin 2026 à 18h
3e législature - 4e année - 2e session - 12e séance
M 2988-R-A
Débat
La présidente. A présent, l'ordre du jour appelle le traitement de la M 2988-R-A... (Brouhaha. La présidente agite la cloche.) S'il vous plaît ! Nous sommes en catégorie II, trente minutes, et je cède la parole à Mme Danièle Magnin. (Brouhaha.) Un peu de silence !
Mme Danièle Magnin (MCG), rapporteuse de majorité. Merci, Madame la présidente. J'ai entendu qu'un amendement a été déposé; malheureusement, je n'en connais pas la teneur. C'est M. Madani qui doit le présenter, mais je le lis volontiers si on me le confie. (L'amendement est remis à l'oratrice.) Cet amendement vise «à rétablir immédiatement les inscriptions au CUI (Centre universitaire d'informatique) qui ont été supprimées de manière brutale et arbitraire en décembre 2025». Effectivement... (Brouhaha.)
La présidente. Silence, s'il vous plaît !
Mme Danièle Magnin. ...il paraît tout à fait inadmissible que, dans le cadre d'un cursus universitaire, on vous supprime tout à coup une partie de votre formation sans vous avoir prévenu et sans la remplacer par autre chose.
Au départ, la proposition de motion 2988 de M. Sangdel visait à intégrer l'intelligence artificielle dans tous les programmes; c'est clairement nécessaire, mais le CUI se chargeait très bien de cet enseignement, et tout le monde pouvait s'y inscrire.
En l'occurrence, nous sommes dans une situation que je qualifierais de gabegie totale, et c'est extrêmement regrettable.
M. Djawed Sangdel (Ind), rapporteur de minorité. La proposition de motion 2988 part d'un constat simple, d'un véritable besoin. Aujourd'hui, l'intelligence artificielle transforme déjà le droit, la médecine, l'économie, l'éducation, la traduction, les relations internationales. Pourtant, dans de nombreux programmes de l'université ainsi que des hautes écoles spécialisées, cet enseignement n'est pas obligatoire, voire des cursus n'existent même pas.
Dans le cadre d'une formation de bachelor de trois ans à 180 crédits, pourquoi n'y a-t-il pas au moins 5 ou 6 crédits dédiés à l'intelligence artificielle ? C'est vraiment dommage. En ce qui concerne les masters de 60 à 120 crédits qui durent entre une année et deux ans, c'est la même chose: il manque cette matière indispensable dans l'économie.
Même les pays qui ne disposent pas de moyens essaient de plus en plus d'intégrer l'intelligence artificielle dans l'ensemble des domaines. Nous, en tant que politiciens, nous ne sommes pas experts, nous ne sommes pas informaticiens, mais notre vie quotidienne dépend en grande partie de l'IA: nous l'utilisons pour effectuer des analyses, des résumés.
Pourquoi ne pas offrir cette possibilité dans le cadre de certaines formations qui ne sont pas forcément techniques, technologiques ou liées à l'informatique ? Pourquoi ne pas donner une chance à nos citoyens non seulement d'employer l'IA, mais aussi d'être capables d'analyser des éléments en en connaissant les inconvénients comme les avantages ?
Bientôt, l'économie d'un pays sera basée sur le PIB de l'intelligence artificielle, sur la maîtrise de la technologie. Le texte propose quelque chose de simple: encourager l'Université de Genève de même que les institutions d'enseignement supérieur à dispenser des cours sur l'intelligence artificielle, et pas seulement sous forme d'options, mais comme des modules obligatoires au sein des formations.
Cela aura un impact direct pour les citoyens, pour les jeunes professionnels diplômés qui seront alors capables de manier les outils technologiques indispensables à leur fonction, quel que soit leur métier - architecte, juriste, médecin - et dans n'importe quel secteur.
Voilà ce que visait la proposition de motion. Je pense qu'en tant que politiciens, nous avons la responsabilité de donner les moyens à nos établissements universitaires d'instituer de tels cours comme une matière obligatoire.
En commission, nous avons mené une seule audition de 28 minutes pour déterminer si nous devons intégrer l'IA dans divers domaines ou pas. Bien évidemment, cela requiert beaucoup de moyens, et les représentantes de l'Université de Genève ont expliqué les choses de manière très large, sans apporter de réponse précise.
Cet objet n'a pas été accepté par la majorité. La minorité - qui, je l'espère, deviendra la majorité - vous invite à la voter et ainsi à donner aux citoyens, aux jeunes professionnels la possibilité de suivre ces cours dans le cadre de leur cursus. Je vous remercie.
M. Pascal Uehlinger (PLR). Concernant cette proposition de motion qui nous occupe maintenant, je ne vois pas très bien... (L'orateur est peu audible.)
La présidente. Relevez votre micro, s'il vous plaît.
M. Pascal Uehlinger. Ah, pardon ! Concernant cette proposition de motion qui nous occupe maintenant, je ne vois pas très bien le lien avec la problématique du CUI que nous avons traitée dans le cadre d'une autre discussion.
Clairement, le texte enfonce une porte ouverte, car aujourd'hui, pratiquement toutes les facultés ont intégré l'IA dans leurs enseignements, une IA générative devenue accessible et utilisable pour tout le monde.
En avril 2024, un dicastère du numérique et de l'intelligence artificielle a été créé. De plus, il faut savoir que la vice-rectrice de l'université est une spécialiste de l'IA. Je pense qu'il n'est pas nécessaire de débattre plus longtemps de cet objet et que nous pouvons le classer, c'est-à-dire ne pas entrer en matière dessus.
M. Thierry Arn (LC). L'intelligence artificielle constitue aujourd'hui une réalité incontournable qui transforme en profondeur nos sociétés, notre économie et le monde du travail. Dès lors, il est essentiel que nos hautes écoles et notre université préparent les étudiantes et étudiants à ces évolutions, tant sur le plan des compétences techniques que sur celui de la réflexion critique et éthique.
Cela étant, Mesdames et Messieurs, la question qui nous occupe ici n'est pas l'importance de l'IA, mais bien la manière la plus pertinente de l'intégrer dans l'enseignement supérieur et surtout le rôle que doit jouer le parlement dans ce domaine.
L'audition menée en commission de la rectrice de l'Université de Genève et de la vice-rectrice - qui, comme cela a été souligné, est une spécialiste de l'IA - a été très éclairante: elle a montré que tant l'UNIGE que les HES ont déjà pris la mesure de ces enjeux.
En effet, une stratégie numérique est en place depuis plusieurs années, un dicastère spécifiquement consacré au numérique et à l'intelligence artificielle a été créé et l'IA est déjà incluse de manière transversale dans de nombreux cursus, dans la recherche, dans la formation des enseignants et dans l'innovation pédagogique.
Pour Le Centre, cet élément est fondamental, car l'intégration de l'IA ne se résume pas à la mise en place d'un cours obligatoire portant ce seul intitulé. Au contraire, cette technologie gagne à être ancrée dans les disciplines elles-mêmes, en lien avec leurs usages concrets, leurs défis spécifiques et leurs questionnements éthiques propres. C'est précisément cette approche que privilégient aujourd'hui les institutions.
Par ailleurs, nous estimons qu'il faut respecter l'autonomie académique de l'université et des HES. Que notre Grand Conseil leur dicte le contenu précis des programmes ou impose un modèle uniforme pour toutes les filières nous semble aller trop loin. Ces établissements disposent de l'expertise scientifique et pédagogique nécessaire pour faire évoluer leurs formations de manière agile, adaptée et responsable.
L'audition a aussi mis en évidence une réalité incontournable, à savoir les contraintes financières. Former le personnel, développer des infrastructures, acquérir des outils performants: tout cela représente des coûts importants. Dans ce contexte, Le Centre préfère soutenir une évolution progressive, cohérente et réaliste plutôt que de créer de nouvelles obligations sans garantie quant aux ressources. Pour toutes ces raisons, le groupe du Centre vous invite à refuser cette proposition de motion.
Enfin, au sujet de l'amendement déposé par M. Madani, Le Centre observe que quand on sort un sujet par la porte, il revient par la fenêtre. Cet amendement vise à remettre au centre du débat la problématique du CUI qui a pourtant déjà été débattue dans cette assemblée; nous vous recommandons donc de le rejeter également.
M. Amar Madani (MCG). Mesdames et Messieurs les députés, nous n'entendons pas refaire le débat sur le CUI, mais il convient de replacer cette proposition de motion dans son nouveau contexte. Souvenez-vous, Mesdames et Messieurs, que l'objet avait été déposé en février 2024; lors de l'audition du rectorat en avril 2024, celui-ci avait assuré les commissaires que la demande était déjà satisfaite par l'université, donc bien évidemment par le Centre universitaire d'informatique.
Contre toute attente, en décembre 2025, ce même rectorat nous annonce que le CUI, qui était censé accomplir les objectifs contenus dans la motion, a été dissous et que les inscriptions ont été brutalement supprimées, ce alors qu'on sait pertinemment qu'il manque énormément d'informaticiens sur le marché de l'emploi, aussi bien dans le secteur privé que public, et que le taux d'employabilité des personnes diplômées de cet institut universitaire s'élève à 97%.
Voilà pourquoi, Mesdames et Messieurs, même s'il ne s'agit pas formellement du même sujet, j'estime que l'amendement qui vient de vous être distribué mérite d'être soutenu, et le Mouvement Citoyens Genevois vous invite à le voter. Je vous remercie, Madame la présidente.
Mme Uzma Khamis Vannini (Ve). Mesdames et Messieurs, j'ai envie de dire que l'intelligence artificielle, c'est un peu comme les politiciens, c'est-à-dire que vous avez des politiciens au niveau fédéral, vous avez des politiciens au niveau cantonal, vous avez des partis, etc. On ne peut pas simplement dire: «Voilà, il faut maintenant intégrer l'IA partout.» Pour quoi ? Pour quelles fonctions ? Dans quels domaines ? Dans le secteur médical, par exemple, l'IA peut établir des statistiques; va-t-on choisir d'enseigner comment la programmer de façon à obtenir des statistiques fiables sur la base des recherches et documentations qui lui auront été fournies ou plutôt à aider les professionnels à établir des diagnostics et à proposer aux praticiens des solutions concrètes ?
Dans le même ordre d'idées, sur le plan juridique, une IA peut parcourir les lois, une autre le corpus juridique. Ce qui importe, c'est l'information qu'on lui donne, la manière dont on pose les questions, donc la façon dont les usagers sont formés et préparés à cet instrument.
Voilà pourquoi enseigner l'IA - dont nous ne sommes pas friands de l'utilisation compte tenu, je le rappelle, des dommages collatéraux environnementaux - ne constitue pas la bonne solution. Nous préconisons une application parcimonieuse dans les domaines concernés, soit que chaque faculté développe son approche utile à ses enjeux... (L'oratrice insiste sur le mot «ses».) ...pour un résultat optimal et un usage respectueux de l'environnement.
En ce qui concerne le Centre universitaire d'informatique, il s'agit effectivement d'un problème important parce que nous ne disposons pas de suffisamment de personnes formées aujourd'hui, mais cette question doit être traitée dans sa globalité compte tenu des privilèges qui seraient accordés aux facultés qui récupéreraient certains de ses enseignants, compte tenu également des oppositions qui peuvent être formulées à l'encontre de ce centre universitaire.
C'est pourquoi nous allons refuser la proposition de motion tout comme l'amendement. Je vous remercie, Madame la présidente.
La présidente. Merci, Madame la députée. La parole revient à M. Baertschi pour une minute trente-sept.
M. François Baertschi (MCG). Merci, Madame la présidente. La situation est très grave à Genève. Alors que nous manquons dramatiquement d'informaticiens formés et que nous disposons d'une structure d'enseignement qui a fait ses preuves, qui permet de délivrer une formation de haut niveau, on la détruit littéralement par un bricolage institutionnel qui perdure, on dissuade les étudiants de suivre ce cursus tandis que les réponses apportées à la fois par le département et le rectorat sur cette question sont tout à fait insatisfaisantes.
C'est tout bonnement catastrophique. Le nombre de frontaliers permis G est gigantesque... (Exclamations.) ...et on les multiplie dans les métiers de l'informatique. Voilà ce qu'on veut développer; on veut développer un canton de Genève soumis à des techniciens venant de France, formés à Grenoble ou Dieu sait où, et supprimer toute notre autonomie, voilà ce qu'on cherche.
Nous avons une solution qui existe, et on la détruit, c'est désastreux. D'ailleurs, le vote de ce Grand Conseil sera désastreux, comme l'est la position du rectorat et du département.
Nous appelons à un sursaut, le MCG appelle à un sursaut, nous attendons. S'il n'intervient pas cette fois-ci, il viendra plus tard; en tout cas, il devra avoir lieu d'une manière ou d'une autre, et si ce n'est pas par le biais du Grand Conseil, ce sera directement par le peuple et par la voie de l'initiative ! Merci, Madame la présidente. (Commentaires. Applaudissements.)
M. Sylvain Thévoz (S). Mesdames et Messieurs les députés, l'intelligence artificielle représente un bouleversement fondamental de notre société, un enjeu massif. Certains la comparent à la révolution industrielle; c'est peut-être même pire ou, disons, un changement encore plus important. Il s'agit vraiment d'une chose à laquelle on ne peut pas échapper et sur laquelle, sur le plan politique, nous devons réfléchir et nous positionner.
Nous remercions la personne qui a déposé cette proposition de motion, parce qu'elle nous permet de nous saisir un petit peu du sujet. Malheureusement, elle le fait sous un angle qui, à notre avis, n'est pas suffisamment critique et manque notablement de réflexion. En fait, elle fait l'apologie de l'IA: il faut l'implémenter dans tous les domaines, il faut créer des liens avec les entreprises qui la développent.
Or le problème, c'est qu'avant de l'intégrer partout avec toute la puissance de l'Etat, il convient de se poser des questions fondamentales quant à son usage, quant à l'éthique qu'elle implique, quant à sa dimension écologique - ma préopinante Verte l'a rappelé - ainsi que sécuritaire, en lien avec l'hébergement des données.
Au parti socialiste, nous ne pouvons pas soutenir ce texte en l'état. Certes, celui-ci pose le début d'une bonne question, mais il est malheureusement à côté de la plaque.
Maintenant, s'agissant de l'intelligence artificielle en général, nous vous invitons toutes et tous - et nous-mêmes les premiers - à placer ce sujet au coeur du débat politique, parce qu'il aura des conséquences économiques et fiscales importantes. Nous avons entendu le fiscaliste Xavier Oberson dire: «Il faut commencer à réfléchir à la manière dont on va taxer, à l'avenir, non pas les robots, mais potentiellement l'intelligence artificielle, car dans le "worst-case scenario", la valeur du travail peut s'effondrer tout à coup.» D'ailleurs, merci à Louise Trottet, Verte, d'avoir déposé un texte sur le sujet, c'était absolument passionnant d'entendre le fiscaliste Xavier Oberson, qui n'est pas quelqu'un de gauche, nous mettre en garde: «Anticipons, prévoyons différents scénarios, parce que si les revenus liés au travail s'effondrent, comment allons-nous faire pour maintenir notre société à flot ? Il s'agit peut-être d'évaluer comment implémenter une fiscalité sur l'intelligence artificielle.»
Cela peut sembler de la science-fiction, mais à notre avis, nous avons déjà un certain temps de retard sur ces enjeux. Dès lors, il est plus que jamais temps de s'en saisir, mais pas de la manière qui est proposée ici. Merci de votre attention. (Applaudissements.)
La présidente. Je vous remercie. (Brouhaha.) La parole est à Mme Virna Conti - j'espère que ses collègues de parti l'écouteront parler !
Une voix. Ah, enfin la vérité !
Mme Virna Conti (UDC). Merci, Madame la présidente. Mesdames et Messieurs les députés, l'intelligence artificielle est un outil devenu aujourd'hui incontournable, qui transforme la recherche, l'enseignement et le monde professionnel dans lequel nous évoluons.
L'objectif de cette proposition de motion est tout à fait louable: il s'agit de permettre à tous les étudiants d'acquérir des compétences de base en intelligence artificielle et d'en comprendre les enjeux, notamment éthiques.
Toutefois, les auditions en commission ont montré que l'Université de Genève ainsi que les HES ont déjà largement inclus l'intelligence artificielle dans leurs activités. De nombreux cursus dans des domaines aussi variés que la médecine, le droit, les sciences ou encore les lettres abordent déjà cette technologie; des cours transversaux, des ateliers, des formations continues et des projets interdisciplinaires existent et continuent à se développer.
Mme la rectrice nous a expliqué que l'Université de Genève a déjà implémenté l'IA de manière significative dans ses programmes; elle défend une stratégie fondée sur l'intégration transversale de l'IA dans des disciplines déjà existantes, le développement d'expertises ciblées et une vigilance quant à l'indépendance académique, tout en soulignant que le principal obstacle reste le manque de ressources financières face à la puissance des grands groupes technologiques.
Le véritable débat n'est pas tant de déterminer s'il faut enseigner l'intelligence artificielle ou non, puisque - on le voit - c'est déjà le cas, mais de quelle manière. Le rectorat a clairement indiqué qu'une intégration au sein des cursus est souvent plus pertinente qu'un cours obligatoire uniforme pour tous les étudiants.
Dès lors, avec cet objet, on risque surtout de créer une structure supplémentaire là où une dynamique est déjà en place. Pour ces raisons et tout en reconnaissant l'importance du sujet, je vous invite à soutenir la position de la majorité, à savoir de refuser ce texte. Je vous remercie.
La présidente. Merci, Madame. Monsieur Sangdel, je vous repasse la parole; vous ne disposez plus de temps en tant que rapporteur, vous avez une minute trente en tant qu'indépendant.
M. Djawed Sangdel (Ind), rapporteur de minorité. D'accord, merci beaucoup, Madame la présidente. Je suis très étonné, voire choqué, d'entendre certaines personnes soutenir que l'intelligence artificielle est déjà intégrée dans les formations.
Je vous invite à consulter le site de l'Université de Genève, Mesdames et Messieurs, et vous verrez que dans de nombreuses filières, cet enseignement n'existe même pas ! Je ne sais pas de quelle université on parle, peut-être d'une université ailleurs, mais en tout cas pas de celle de Genève et de certaines hautes écoles spécialisées. Encore une fois, je vous invite à aller regarder, vous verrez que de tels cours n'existent pas.
Aujourd'hui, les universités qui sont en avance essaient de plus en plus d'anticiper, de ne pas seulement enseigner la connaissance, mais également la compétence. Toutes les entreprises, toutes les organisations internationales exigent la maîtrise de l'intelligence artificielle, quel que soit le domaine, que ce soient les relations internationales, le droit, la traduction.
Refuser cette proposition de motion, c'est passer un message clair, à savoir qu'on ne veut pas développer une économie moderne. Moi, en tout cas, en tant qu'indépendant, de même que mon ancien groupe LJS que je remercie, nous avons pris nos responsabilités. Je remercie également le MCG qui a pris ses responsabilités en soutenant cet objet.
Je le répète: les personnes et les partis qui ne le voteront pas envoient un message clair aux citoyens et aux entreprises: ils ne veulent pas d'une économie moderne qui réponde aux besoins d'aujourd'hui, de demain et d'après-demain.
Chers collègues, je vous invite à revoir votre position, si nécessaire à amender le texte, pour encourager nos institutions à intégrer cet enseignement dans leurs formations. Je vous remercie.
Mme Danièle Magnin (MCG), rapporteuse de majorité. Ces ratiocinations sur le fait que l'on enseigne ou pas l'intelligence artificielle à l'université, qu'on ait coupé les inscriptions du Centre universitaire d'informatique, ça me semble d'une bêtise insondable ! Que vous ne compreniez pas, Mesdames et Messieurs les députés, la nécessité absolue de dispenser un tel enseignement me porte à croire que vous vivez dans un autre monde, que vos centres d'intérêt ne sont pas à Genève, mais ailleurs, dans d'autres pays - allez, en Inde, au Maroc, Dieu sait où.
Je vous invite à voter oui à l'amendement, puis à la motion ainsi amendée, parce que ne pas le faire, c'est ne pas apprendre à nager à quelqu'un qu'on va jeter à l'eau ! C'est intolérable d'avoir un esprit aussi étroit, d'estimer éventuellement que parce que le texte provient du MCG, il faut le refuser. C'est de la bêtise, ce n'est pas une attitude responsable, ce n'est pas faire en sorte que le canton de Genève aille de l'avant et soit toujours à la pointe, comme nous le sommes depuis que M. Louis Casaï avait fait voter la construction de l'aéroport de Genève. Merci. (Applaudissements.)
Mme Anne Hiltpold, présidente du Conseil d'Etat. Mesdames et Messieurs les députés, aujourd'hui, le débat n'est pas de savoir si on est pour ou contre l'intelligence artificielle, si on considère qu'il s'agit d'une bonne chose ou pas, s'il faut l'enseigner ou non; la question, aujourd'hui, est de savoir quel est le rôle de ce parlement.
En l'occurrence, le rôle de ce parlement n'est pas - je suis désolée de vous le dire, Mesdames et Messieurs les députés, et certains l'ont relevé - de dicter à l'université quel cours elle doit dispenser et comment; le rôle de ce parlement, c'est de permettre à l'université de demeurer parmi les cinquante meilleures universités du monde.
En effet, notre université est extrêmement bien placée; elle l'est parce qu'elle est consciente de tous les enjeux, y compris de ceux posés par l'intelligence artificielle; elle l'est également parce que nous la finançons et parce que nous lui fixons des objectifs stratégiques qui sont décidés dans le cadre d'une convention d'objectifs - laquelle vous sera d'ailleurs soumise lorsque nous reviendrons devant vous avec le projet de contrat de financement.
Voilà où vous avez votre mot à dire, Mesdames et Messieurs les députés. Ce n'est pas par le biais d'une motion que vous pouvez indiquer à l'université, qui est autonome, quel cours elle doit enseigner et comment.
Cela étant, en ce qui concerne le CUI, nous en avons largement débattu. Il vous a déjà été répondu que l'université faisait tout ce qui était en son pouvoir afin de rouvrir les inscriptions pour la rentrée prochaine. A ce sujet, Mesdames et Messieurs, je vous informe que les signaux sont au vert et que les inscriptions seront très certainement ouvertes à partir du mois de juillet pour des cursus à la rentrée prochaine. J'espère que vous serez rassurés. Quoi qu'il en soit, cette proposition de motion doit être refusée, et je vous invite à le faire. Merci beaucoup.
La présidente. Je vous remercie, Madame la présidente du Conseil d'Etat. Avant de nous prononcer sur la prise en considération de la motion, nous votons sur l'amendement présenté par M. Amar Madani et libellé comme suit:
«Titre (nouvelle teneur)
pour rétablir immédiatement les inscriptions au Centre universitaire d'informatique (CUI) et pour l'intégration de l'intelligence artificielle dans tous les programmes de l'université et des hautes écoles spécialisées (HES) de Genève
1ère invite (nouvelle, les invites 1 à 5 anciennes devenant les invites 2 à 6)
- à rétablir immédiatement les inscriptions au CUI (Centre universitaire d'informatique) qui ont été supprimées de manière brutale et arbitraire en décembre 2025;»
Mis aux voix, cet amendement est rejeté par 60 non contre 20 oui.
Mise aux voix, la proposition de motion 2988 est rejetée par 61 non contre 20 oui (vote nominal).