République et canton de Genève
Grand Conseil
Séance du vendredi 13 février 2026 à 14h
3e législature - 3e année - 9e session - 49e séance
P 2252-A
Débat
La présidente. Nous passons à la P 2252-A. Je passe la parole au rapporteur de majorité.
M. Alexis Barbey (PLR), rapporteur de majorité. Merci, Madame la présidente. Mesdames et Messieurs les députés, nous sommes devant l'exemple même d'une pétition largement exagérée. Il faut rappeler d'abord le contexte. Les centres fédéraux d'asile sont soumis au droit fédéral, par le truchement du Secrétariat d'Etat aux migrations, et Genève n'est que chargée de l'expulsion et de l'accueil de ces personnes, ce qui est une tâche ingrate qu'il faut réaliser avec toute l'humanité et la bienveillance possible.
Cette pétition comporte principalement trois points. Premièrement, elle demande que les enfants soient scolarisés au Grand-Saconnex dans les écoles publiques et non à l'intérieur du centre. Deuxièmement, elle formule des plaintes quant au fait que la situation du centre rend son exploitation impossible et, troisièmement, que le centre d'accueil du Grand-Saconnex s'apparente à une prison.
Devant des accusations aussi fortes, qui ont créé un sentiment de malaise au sein de la commission des pétitions, celle-ci a décidé de se rendre sur place et de visiter ce centre fédéral d'accueil. Or, elle y a vu une réalité tout autre que ce que la pétition dépeignait. Nous avons écouté le personnel et l'avons trouvé extrêmement motivé. Nous avons constaté grâce à notre visite que les conditions de vie étaient aussi bonnes qu'elles peuvent l'être dans ce genre de circonstances: les lieux étaient propres, tranquilles et donnaient l'impression d'être bien gérés. Nous avons même été à l'écoute des migrants: deux familles sont en effet venues nous parler de leur envie de voir leurs enfants suivre les cours au Grand-Saconnex - chose faite pour une d'elles. Néanmoins, elles ne souhaitaient pas que les enfants en bas âge soient envoyés à l'école primaire du Grand-Saconnex. Les enfants jusqu'à une dizaine d'années sont élevés, éduqués par deux enseignantes qui nous ont paru extrêmement motivées et qui organisent beaucoup de sorties. Ce n'est donc pas du tout un centre aussi fermé qu'on le croit.
La présidente. Vous passez sur le temps de votre groupe.
M. Alexis Barbey. Il est vrai que ce centre se situe au bout de la piste de l'aéroport de Cointrin. Ce lieu n'est pas vraiment idéal, mais à l'intérieur du centre, on n'entend pas le décollage des avions. Nous en avons d'ailleurs été très surpris; plusieurs avions ont décollé pendant les deux heures que nous avons passées là-bas, et nous n'avons jamais eu besoin d'élever la voix pour nous faire entendre. C'est tout juste si on les entendait.
Alors avec tous ces arguments, nous avons vraiment eu l'impression que l'on cherchait à discréditer le centre fédéral d'accueil sans bases réelles, et la commission a été extrêmement surprise que 33 associations différentes se soient donné la main pour signer cette pétition. Cela montre, je pense, que le fait qu'une pétition comporte de nombreuses signatures ou qu'elle soit lancée par certains milieux ne constitue pas forcément la preuve qu'elle est valide. En conclusion, la commission, dans sa grande majorité, a décidé de classer cette pétition, et je vous propose de faire la même chose.
Mme Céline Bartolomucci (Ve), rapporteuse de minorité. Mesdames et Messieurs les députés, si l'on dresse un portrait de l'arsenal légal qui existe sur le sujet... J'ai fait mes petites recherches. L'article 8 de la Constitution fédérale garantit l'égalité devant la loi et interdit toute discrimination, et l'article 11 impose une protection particulière à l'égard des enfants. La Convention relative aux droits de l'enfant, signée par la Suisse, exige que l'intérêt supérieur de l'enfant soit une considération primordiale. La constitution genevoise et la loi sur l'instruction publique consacrent le droit à une formation favorisant le développement et l'intégration sociale. Aussi, la question est plutôt simple: est-il conforme à ces principes que les enfants du CFA du Grand-Saconnex soient scolarisés séparément en raison de leur statut administratif ? Ce texte vise à garantir la scolarisation des enfants requérants d'asile hébergés au centre fédéral au sein de l'école publique ordinaire plutôt que dans un dispositif scolaire organisé à l'intérieur du centre.
Ainsi que cela a été dit, la commission a visité le centre. On peut appeler ce lieu comme on veut, on peut dire que ce n'est pas une prison, mais il est indéniablement structuré par une logique sécuritaire: des fouilles à l'entrée, des horaires de sortie restreinte surveillés, encadrés de très près, des caméras dans les espaces communs, des fenêtres qui ne s'ouvrent pas et dont la magnifique vue donne directement sur le tarmac, comme on nous l'a d'ailleurs souligné pendant la visite. Bref, un environnement semi-carcéral pensé d'abord pour la gestion administrative de l'asile et non pour une vie scolaire ordinaire. La question n'est pas de savoir si l'enseignement dispensé est sérieux - il l'est, clairement, on avait affaire à des enseignantes très compétentes -, mais plutôt de savoir si nous jugeons le cadre acceptable pour un enseignement dispensé à des enfants.
Au cours de la visite, d'autres éléments ont suscité un malaise bien légitime, dont l'absence de critères clairs pour l'intégration à l'extérieur. J'en veux pour preuve notamment les discussions avec les familles, qui nous ont affirmé qu'elles n'avaient pas toutes été consultées. On ne sait donc pas qui est consulté, qui ne l'est pas, on n'a pas trop compris; en tout cas, l'une d'entre elles ne l'avait pas été, alors que c'est la solution qui nous est présentée.
On peut mentionner également le renvoi de responsabilité entre Confédération et cantons. Quand on posait des questions, il était impossible d'obtenir une réponse et la balle était très facilement renvoyée à chaque question un petit peu gênante. Certes, l'hébergement relève de la Confédération et on va dire que le canton n'a aucun pouvoir, par contre, la scolarisation est bien une compétence du canton. Celui-ci ne peut donc pas se retrancher derrière des contraintes fédérales, alors qu'il s'agit d'appliquer des principes constitutionnels.
La présidente. Vous passez sur le temps de votre groupe.
Mme Céline Bartolomucci. Nous parlons d'enfants en situation d'exil et de grande fragilité, qui arrivent dans notre canton en quête de stabilité. Nous avons aussi pu discuter d'enfants qui sont très, très jeunes et qui ont besoin d'une stabilité supplémentaire; on parlait aussi d'enfants de 8, 9, 10, 12 ans, de jeunes filles notamment, qui devaient rester à l'intérieur et pour lesquels les parents n'ont été pas consultés.
Notre responsabilité n'est pas d'offrir une solution minimale à ces enfants qui ont connu beaucoup de choses difficiles, mais de garantir le même droit que celui que nous revendiquons pour tous les autres enfants, à savoir un accès plein et entier à l'école publique. Pour ces raisons, la minorité vous invite à soutenir cette pétition et à affirmer clairement qu'à Genève, l'intérêt des enfants n'est pas conditionnel, mais bel et bien constitutionnel. Je vous remercie.
Mme Christina Meissner (LC). Mesdames et Messieurs, je me demande si l'on a véritablement visité le même centre. Ce centre fédéral d'accueil est certes à côté du tarmac, à côté de la piste en l'occurrence, mais il a des fenêtres magnifiques - si on ne peut pas les ouvrir, c'est parce qu'il s'agit d'un bâtiment Minergie - qui donnent sur le Jura, la forêt, la verdure. Honnêtement, ça fait du bien. Les salles de classe sont lumineuses, il n'y a rien à dire. Oui, il y a des mesures de sécurité, mais c'est parce qu'il n'y a pas que des enfants. Il est question de gestion d'un centre où il y a des horaires, car si l'on veut être nourri, logé, il est normal que l'on respecte un certain nombre de règles. Cela étant, les familles peuvent sortir. Les enfants sortent tous les jours, je peux vous le garantir, on les voit au Bioparc: ils adorent. Ce n'est donc pas une «école-prison».
Il faut surtout se rappeler une chose. Ces familles viennent d'horizons extrêmement différents, avec des cultures et des langues différentes. Un enfant de 4 ans saura peut-être parler bien mieux le français - qui sait ? - qu'un enfant de 11 ans. En l'occurrence, le système est celui appelé Montessori: des classes dans lesquelles l'âge ne compte pas, mais la capacité à s'adapter à un certain programme. Ces femmes - parce que c'étaient des femmes qui enseignaient - sont magnifiques d'enthousiasme, de motivation. Il y a même - je remercie le département de l'avoir engagée - une personne qui a la sensibilité culturelle; parce qu'on parle bien de cela. L'intégration, ce n'est pas jeter les enfants dehors, dans une école dans laquelle ils vont être confrontés à une culture qu'ils ne connaissent pas, à une langue qu'ils ne connaissent pas, et tout ce que vous voulez. C'est au contraire y aller de manière douce, progressive.
Oui, les enfants les plus âgés ont confirmé qu'ils pouvaient aller au cycle d'orientation et dans les écoles et qu'ils y étaient. Ce n'est donc pas une «école-prison», mais une école qui respecte un certain rythme, celui qu'il faut à ces familles pour s'adapter avant de pouvoir rejoindre pleinement et en toute confiance notre système et notre culture. Dès lors, cette pétition ne peut qu'être classée. Je vous remercie.
M. Jacques Jeannerat (LJS). Ma préopinante m'a enlevé les mots de la bouche. J'ai en effet noté que je n'ai pas l'impression d'avoir effectué la même visite et d'avoir entendu les mêmes auditions que la rapporteure de minorité, ou alors je devais être dans les nuages. En tout cas, je n'ai pas observé la moitié de ce qu'elle a dit.
Nous avons été accueillis dans ce centre en deux étapes: d'abord par la direction, qui dépend des directives fédérales - l'excellent rapporteur de majorité l'a souligné -, puis par l'équipe pédagogique, et ce en l'absence de la direction, pour qu'elle puisse nous expliquer de façon autonome comment se passait la vie scolaire. Il y avait deux enseignantes, une assistante socio-éducative, des gens de qualité, des gens qui ont précisément dit que cette école n'est pas une prison, puisqu'ils peuvent aller plusieurs fois par semaine dans une classe mise à disposition par la commune du Grand-Saconnex ou par le département - je n'ai pas noté ce petit détail.
Les pétitionnaires ont vraiment exagéré. A la commission des pétitions - j'ai le plaisir d'en faire partie depuis trois ans -, nous sommes à l'écoute des revendications des citoyens. Parfois, il y a une seule signature, parfois plusieurs centaines. Dans certains cas, de vrais problèmes sont soulignés, on envoie alors le texte au Conseil d'Etat. Parfois, après étude, on le refuse, on le dépose sur le bureau du Grand Conseil pour information, pour montrer qu'on a fait le boulot et qu'on s'est imprégné du problème. Puis, il y a des cas où les gens sont complètement à côté de la plaque. Dans ce cas précis, les gens qui ont rédigé cette pétition sont à côté de la plaque ! Il faut donc la classer.
M. Sylvain Thévoz (S). Nous avons effectivement visité le même lieu; mais pour certains, visiblement, il s'agit d'un centre fédéral d'accueil, alors que pour d'autres, c'est un centre fédéral d'asile, qui est l'appellation officielle, ce qui implique des conditions semi-carcérales, c'est-à-dire des heures de rentrée et de sortie, des fouilles de certaines personnes à l'entrée - pas les enfants, nous a-t-on précisé -, l'interdiction d'amener des aliments à l'intérieur et des sorties limitées durant certains horaires.
L'idée que laissent entendre certains, selon laquelle c'est un centre fédéral d'accueil et le lieu idyllique... J'y suis allé. Franchement, s'ils pensent ça, ces gens pourraient aller en Corée du Nord, se balader une heure et demie dans certains endroits et dire: «C'est tellement beau, la Corée du Nord, ces gens sont bien disciplinés !» (Commentaires. Quelques applaudissements.)
Le centre vient d'ouvrir, il est neuf, il est propre. Vous avez été reçus en qualité de députés et on vous a fait passer dans des lieux où les résidents n'iront jamais, où ils ne peuvent pas monter, on nous l'a dit en commission. En effet, des ascenseurs sont réservés aux Securitas, des personnes à mobilité réduite ne peuvent pas emprunter certains chemins.
En outre, des élèves, des enfants ne sortent qu'une demi-journée par semaine. On a fait l'économie d'aller voir le préau, une espèce de cour évidemment entourée de barbelés et de grillages. Par conséquent, pour des enfants qui ont subi des traumatismes, qui ont eu des parcours migratoires extrêmement difficiles, ce lieu est encore un lieu de détention, de rétention, avec des avions juste à côté qui leur signifient bien que potentiellement, l'avenir pour eux sera de repartir dans un autre pays.
Maintenant, au-delà d'être politique, la question est éthique, et la voici: quel est l'intérêt supérieur de l'enfant ? Ce que nous ont dit les enseignantes, c'était: «C'est mieux pour les enfants d'être là. Ils sont bien pris en charge.» Nous avons pu le constater. «Si on doit aller chercher les mamans ou les papas, c'est adéquat, ils peuvent venir, on peut les rassurer. Et puis on peut donner une éducation adaptée à des enfants qui resteront peut-être pour une durée limitée à Genève.»
On peut entendre cet argument, mais on peut aussi lui opposer - c'est ce que font les pétitionnaires - l'argument suivant: finalement, est-ce qu'il est juste de laisser reposer sur les épaules des parents le choix de les scolariser dedans ou dehors, alors qu'ils viennent de parcours traumatiques ? Est-ce que l'on veut une école ségréguée, c'est-à-dire que parce qu'ils sont migrants, les enfants devront rester dans un centre de rétention ? Pourquoi ne seraient-ils pas invités à aller à l'école du quartier, comme tout enfant ? Les séparations sont difficiles. En effet, quand vous amenez votre enfant, s'il est en bas âge, la séparation est douloureuse.
Nous ne voulons pas de double standard. Nous voulons au contraire que tous les enfants à Genève soient traités de la même manière, quel que soit leur parcours migratoire, quelles que soient leurs qualités ou les limites, qu'elles soient psychiques ou liées à des difficultés. Nous ne voulons pas d'un double standard, qui implique que les enfants de la migration soient traités différemment. Par exemple, on nous a montré de jolis cahiers contenant toutes les photos des bobines des enfants. On a demandé: «Mais est-ce que vous avez demandé l'autorisation aux parents ?»
La présidente. Merci, Monsieur le député, vous avez épuisé votre temps de parole.
M. Sylvain Thévoz. Je termine là-dessus. Ça n'avait pas été fait, Madame la présidente ! Aucune autorisation n'a été demandée.
La présidente. Merci, Monsieur le député.
M. Sylvain Thévoz. Double standard ! (Applaudissements.)
M. Geoffray Sirolli (PLR). Je tiens à noter que pour certains, ne pas demander d'autorisation aux parents pour mettre une photo dans un cahier qui reste au sein de la classe amène à considérer qu'il s'agit d'une prison. C'est d'assez mauvaise foi.
J'ai noté les mêmes propos que mes préopinants du Centre et de LJS. Je n'ai pas visité les mêmes lieux que ceux que cette pétition laisse imaginer. Pour notre part, nous avons découvert des équipes sur place absolument engagées, remarquables, qui ont été vraiment blessées - mais blessées ! - par cette pétition compte tenu du travail qu'elles réalisent tous les jours et du contact qu'elles ont d'une part avec les enfants et d'autre part avec les familles. Puisque les familles comme les professionnels sur place et l'équipe pluridisciplinaire ne vivent pas du tout la même réalité que celle qui est décrite... Personne ne la vit, mais vous souhaitez la faire exister.
C'est de mauvaise foi et cette réalité est vraiment teintée... (Remarque. Exclamations.) Mes enfants n'ont pas eu le même parcours que ces gens, et il faut quand même l'admettre. (Commentaires.) Mais oui, lorsqu'on vient en Suisse, on passe par des moments difficiles. Ces gens sont passés parfois par des moments extrêmement difficiles et ne sont pas prêts à aller à l'école avec tout le monde. Des équipes d'experts nous l'ont expliqué, les familles ne sont pas prêtes à se séparer de leurs enfants après avoir vécu des moments extrêmement compliqués lors de leur traversée, de leur arrivée en Suisse.
C'est bien là tout le problème: on veut avoir de bonnes intentions, mais on oublie la réalité du terrain. Je tiens vraiment à féliciter l'ensemble des équipes sur place et, Madame la conseillère d'Etat, je vous prie de leur envoyer toutes nos félicitations pour tout le travail formidable qu'elles effectuent au jour le jour; qu'elles continuent ainsi. Merci beaucoup. (Applaudissements.)
Une voix. Bravo !
M. Sandro Pistis (MCG). Cette pétition est une honte ! C'est une honte de dire qu'à Genève, nous avons une «école-prison». C'est une honte, parce que ce texte fait de la désinformation. Plusieurs d'entre nous l'ont relevé, nous sommes allés visiter ce centre. Eh bien, Mesdames et Messieurs, il est neuf et contient une école. Cette dernière accueille les enfants, encadrés par des enseignants et des enseignantes motivés qui fournissent un travail de qualité.
Quand j'entends sur les bancs de gauche critiquer le travail effectué par des gens engagés pour donner des cours, un enseignement à ces enfants, eh bien j'ai honte. J'ai honte de traiter d'une pétition qui est diffamatoire et qui tend à faire croire aux gens qu'à Genève, nous avons une «école-prison». Mesdames et Messieurs, c'est faux ! Nous n'avons pas d'«école-prison».
A la question d'un député socialiste qui demandait: «Est-ce que vous préféreriez mettre vos enfants au Grand-Saconnex ou dans une autre école ?», je réponds que je préfère mettre mes enfants au Grand-Saconnex plutôt que de les retrouver à l'école aux Pâquis, dans ce quartier où malheureusement il y a passablement de dealers. Ça, c'est une réalité.
Aujourd'hui, j'ai honte, et j'invite le groupe socialiste et les Verts à s'abstenir sur cette pétition, à ne pas dénigrer le travail fourni par les enseignantes et les enseignants et à ne pas faire de la désinformation.
Je conclurai en soulignant une autre chose. Lorsque nous avons visité cette école, il faut savoir que certains députés étaient très agressifs vis-à-vis de ces employés, et cette attitude n'est pas acceptable. Des questions agressives étaient posées, malheureusement les réponses ne convenaient pas; on revenait alors à la charge et on mettait mal à l'aise les personnes qui sont des fonctionnaires et qui ne sont pas là pour faire de la politique, mais pour fournir un service. J'ai eu honte - je vous le dis sincèrement -, j'ai eu honte de cette audition et je voulais partager ce sentiment avec vous. Mesdames et Messieurs, je pense que les personnes se reconnaîtront et que...
Une voix. Elles sont à gauche.
M. Sandro Pistis. Elles se reconnaîtront. J'espère qu'on n'aura plus jamais à assister à ce genre d'audition, que je n'aurai plus à assister à ce genre d'attitude. Mesdames et Messieurs, il faut classer cette pétition.
M. Marc Falquet (UDC). Je rappelle quand même au parti socialiste que nous ne sommes pas allés visiter un centre de loisirs ou de quartier. Heureusement que nous sommes allés sur place ! Ce qu'on peut regretter, c'est que les pétitionnaires n'aient pas pu le faire.
Franchement, nous étions subjugués par l'engagement des enseignantes qui travaillent là-bas, la joie de vivre qu'elles avaient. Si c'était une «école-prison», ça aurait pu être difficile. Non ! Elles nous ont transmis leur joie de vivre, leur motivation, leur enthousiasme. C'était franchement remarquable. Je regrette... Si on veut parler de dégât d'image, alors là, c'en est un pour nos institutions que de parler d'une «école-prison». C'est vraiment abuser. Merci.
Mme Céline Bartolomucci (Ve), rapporteuse de minorité. Je tiens à apporter un complément: dans ma précédente intervention, je parlais d'un malaise durant la visite. Bizarrement, c'est exactement ce malaise qui revient, quand on entend l'angélisme des propos tenus ici. Je dois avouer... C'est magnifique ! Cette vue sur le Jura, au bout du tarmac, qu'est-ce que c'est beau ! Vraiment, j'invite les députés à construire une petite maison au bout du tarmac: on doit y vivre de manière très sympathique ! (Remarque.) Oui, oui, mais je vous invite tous à vous balader là-bas ! C'est magnifique d'être au bord d'une route où la circulation est tellement dense qu'on ne comprend pas comment les enfants ne se sont pas encore fait écraser. Bref.
C'est assez intéressant, on parle sciemment de centre d'accueil, alors que l'on sait qu'il s'agit d'un centre d'asile. On a sciemment ignoré lors de la visite les groupes de Securitas, très impressionnants, qui sont là pour encadrer les habitants du centre comme le feraient des surveillants de prison, comme si l'on avait affaire à des criminels. Cet angélisme serait presque comique s'il n'était pas juste triste.
Je suggère en outre à mes collègues députés d'écouter un peu plus attentivement les prises de parole, car à aucun moment les enseignantes n'ont été critiquées. Je vous invite à consulter le Mémorial si vous avez cette pensée, car on a bien reconnu leur engagement et leur envie d'aider ces enfants. Cependant, dans un contexte pareil, on ne peut que se dire que ça doit être bien difficile pour elles aussi de faire semblant que tout est normal, que la vie est belle, que c'est magnifique, que c'est merveilleux.
Je trouve qu'avoir honte d'une pétition signée par plus d'un millier de personnes, par 33 organisations qui luttent pour les droits humains, ça en dit long sur la pente descendante de ce Grand Conseil. On n'a vraiment pas la même notion de la honte, décidément. Je vous invite toujours à renvoyer cette pétition au Conseil d'Etat. (Applaudissements.)
La présidente. Merci bien. Je donne la parole à M. Barbey pour huit secondes.
M. Alexis Barbey (PLR), rapporteur de majorité. Merci, Madame la présidente. Je n'aurai qu'un mot: la tendance à refuser la réalité s'appelle la schizophrénie. Je vous appelle à ne pas être schizophrènes... (Commentaires.) ...et à déposer...
Une voix. Classer !
M. Alexis Barbey. ...à classer ce texte.
Mme Anne Hiltpold, conseillère d'Etat. Mesdames et Messieurs les députés, Madame la présidente, nous avons déjà eu ce débat il y a quelques mois, en septembre 2025. Dans l'intervalle, vous avez pu - en tout cas, une partie des députés a pu se rendre dans ce centre fédéral d'asile. J'aimerais relever que tout le monde, véritablement tout le monde, veut le bien des enfants, ce qui est honorable. Nous voulons tous le bien des enfants, il faut quand même le souligner.
Cependant, ça a aussi été dit, on a affaire à des enfants en exil, qui sont en situation de fragilité, en quête de stabilité. Or, pour nous, pour le DIP, pour le Conseil d'Etat, sortir des enfants du jour au lendemain afin de les scolariser d'office dans les écoles n'est pas forcément bénéfique pour eux. Nous vous l'avions précisé, nous nous sommes renseignés auprès d'autres centres lorsque nous avons construit ce dispositif. Il nous avait été expliqué que des enfants en bas âge ne veulent pas lâcher leurs parents, car ils viennent d'arriver; ils ont eu un parcours migratoire extrêmement difficile et sont par conséquent traumatisés. Aussi, leur dire d'aller à l'école parce qu'il le faut, pour l'intégration, ce n'est pas forcément dans leur intérêt ni pour leur bien.
Je pense que vous nous faites un faux procès. Non, le centre n'est pas idyllique. Personne n'a cependant mentionné le fait qu'il s'agit d'un centre fédéral: ce ne sont ni le département de l'instruction publique ni le Conseil d'Etat qui ont demandé que ce centre soit fermé et que les fenêtres ne s'ouvrent pas. Cela dit, aujourd'hui, énormément de constructions, de constructions Minergie, on l'a aussi relevé, ont des fenêtres qui ne s'ouvrent pas. Je le répète: il s'agit d'un centre fédéral.
Que vous soyez fâchés, que les personnes qui arrivent soient traitées dans ces centres d'une certaine manière, c'est une chose, mais ne nous reprochez pas de bafouer les droits des enfants, parce que nous avons mis en place un dispositif qui se veut dans l'intérêt de l'enfant, qui a été conçu ainsi. Du reste, je le rappelle, il nous coûte bien plus cher que si nous envoyions les enfants du jour au lendemain dans les écoles. En effet, nous dépensons aujourd'hui 500 millions de plus que ce que nous rembourse la Confédération, car nous avons un dispositif qui comprend des équipes pluridisciplinaires dont le but est d'accueillir les enfants et d'être proches d'eux, de discuter avec les parents en traduisant leurs propos - chaque lundi, un moment est consacré à ça. Il y a donc vraiment du monde présent pour le bien des enfants, et c'est pourquoi j'estime que l'on fait un faux procès contre le centre fédéral d'asile; ce n'est pas de la responsabilité du DIP.
J'ajoute une petite anecdote par rapport à la vue. Vous pouvez apprécier ou non la vue sur le tarmac, discuter de la vue sur le Jura. Il se trouve que des rideaux seront accrochés aux fenêtres des classes pour que les enfants ne soient pas traumatisés à la vue des avions. Or, des enseignants disent à quel point c'est aberrant, parce que les enfants n'ont pas de problème à voir des avions décoller et que ça leur procure... Je ne sais pas si je peux dire que ça leur procure du plaisir, quoi qu'il en soit, se dire que c'est une erreur qu'ils aient la vue sur le tarmac... Des personnes bien pensantes ont décidé qu'il fallait fermer les fenêtres, accrocher des rideaux, et vous avez des enseignants... Parce que je suis aussi allée voir ce centre - je n'ai pas pu vous accompagner, lors de la visite de la commission. J'ai assisté à des cours, discuté avec des enseignants et des enseignantes, participé à des moments de récréation, de jeux. Ils nous disent: «Mais c'est aberrant, on va nous mettre des rideaux et on ne pourra plus voir dehors !» Tout ce qu'on pense être mieux n'est pas toujours idéal et n'est donc plutôt pas recommandé.
Tout ça pour vous dire qu'il ne faut pas accepter cette pétition, pas plus que le projet de loi. Je répète: nous voulons tous, et le DIP en particulier, le bien des enfants. Merci.
La présidente. Merci, Madame la conseillère d'Etat. Je lance le vote sur le classement de cette pétition.
Mises aux voix, les conclusions de la majorité de la commission des pétitions (classement de la pétition 2252) sont adoptées par 58 oui contre 31 non (vote nominal).