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M 3059-A
Rapport de la commission de l'économie chargée d'étudier la proposition de motion de François Erard, Patricia Bidaux, Jacques Blondin, Alia Chaker Mangeat, Sébastien Desfayes, Jean-Marc Guinchard, Souheil Sayegh, Thierry Arn, Anne Carron, Marc Falquet, Christo Ivanov pour que le Salon des inventions fasse rayonner Genève et la Suisse
Ce texte figure dans le volume du Mémorial «Annexes: objets nouveaux» de la session VI des 20 et 21 novembre 2025.
Rapport de majorité de M. Florian Dugerdil (UDC)
Rapport de minorité de M. Jean-Marc Guinchard (LC)

Débat

La présidente. Nous en avons terminé avec les urgences et nous reprenons donc notre ordre du jour avec la M 3059-A, que nous traitons en catégorie II, trente minutes. Je passe la parole à M. Dugerdil.

M. Florian Dugerdil (UDC), rapporteur de majorité. Merci, Madame la présidente. Mesdames et Messieurs les députés, nous nous prononçons aujourd'hui sur la proposition de motion 3059, dont l'objectif affiché était d'encourager la participation des hautes écoles, de l'université et des start-ups genevoises au Salon international des inventions de Genève, notamment à l'occasion du cinquantième anniversaire de la manifestation. La commission de l'économie a consacré quatre séances à cet objet et elle a entendu tous les acteurs concernés: la HES-SO, l'Université de Genève, Unitec, la FONGIT, l'UIG, le département, la direction du salon et, enfin, Palexpo.

Ce travail approfondi nous a amenés à une conclusion simple: la motion, dans sa forme actuelle, est inutile et inadaptée. La majorité l'a refusée pour plusieurs raisons. La première est que les principaux concernés n'y voient pas d'intérêt stratégique. Toutes les HES et l'Université de Genève ont été cohérentes dans leur message. Leur absence à cette manifestation n'est pas due à un manque d'intérêt ou d'engagement pour l'innovation, mais au fait que cet événement est centré sur les inventions brevetées, et pas sur la recherche appliquée ou sur les innovations au sens économique du terme.

Les objectifs du salon, son public cible et son format ne correspondent pas aux missions prioritaires des hautes écoles, et les retombées académiques et économiques qu'elles recherchent se trouvent dans d'autres manifestations spécialisées, comme BioFIT, CeBIT et Swiss Innovation Forum, et non dans un concours de brevets. Plusieurs institutions ont d'ailleurs souligné que leurs ressources sont limitées et qu'un stand sur cinq jours implique des coûts humains et organisationnels qu'elles ne sont pas prêtes à supporter pour un bénéfice jugé trop faible. En bref, inciter artificiellement des acteurs qui n'y voient pas d'intérêt à participer à cet événement n'a aucun sens. 

La deuxième raison est le fait que la quasi-totalité des invites est déjà réalisée. Le texte demandait d'encourager les hautes écoles à venir au salon, de soutenir le Pavillon suisse de l'innovation et les start-ups genevoises. Or, les auditions l'ont montré, le département a déjà travaillé activement avec Palexpo pour renforcer la 50e édition de cet événement. Le Pavillon suisse de l'innovation est financé, conçu et opérationnel, et cela s'est fait sans attendre la motion. Une journée genevoise de l'entrepreneuriat a été ajoutée. Les institutions ont reçu des propositions gratuites de la part du salon, y compris pour un stand de 100 mètres carrés. Cet objet n'apporte donc rien que les acteurs n'aient déjà entrepris. A ce titre, il n'est pas un outil politique pertinent, et encore moins nécessaire.

La troisième raison est l'inadéquation structurelle entre cette manifestation et l'écosystème local. Les auditions l'ont mis en évidence. Le salon des inventions est un événement international qui attire 86% d'exposants étrangers, dont une majorité venant d'Asie. Ce n'est ni un salon de l'innovation ni une plateforme de transfert technologique comparable à celles recherchées par l'UNIGE, Innosuisse ou les start-ups genevoises. La HES a expliqué que ses projets ne débouchent pas forcément sur des brevets et qu'elle vise des partenariats locaux et régionaux, alors que le salon est orienté sur un concours de brevets et sur une visibilité internationale.

La présidente. Vous passez sur le temps de votre groupe.

M. Florian Dugerdil. Merci, Madame la présidente. Unitec a aussi rappelé que son travail se fait dans des événements ciblés, à forte valeur ajoutée, sectoriels, et pas dans un salon généraliste où tous les domaines sont regroupés. Le problème n'est donc pas un manque d'engagement genevois, mais un manque d'adéquation du salon aux besoins des acteurs genevois. Une motion ne peut pas corriger cela. 

Enfin, la quatrième raison est le fait qu'une vision stratégique de l'innovation est déjà arrivée, mais ailleurs. La conseillère d'Etat l'a dit clairement: un plan directeur de l'innovation, complet et structurant, a été présenté en mars 2025. Il propose une quinzaine de mesures concrètes. Ce plan aborde la véritable politique de l'innovation, celle qui crée de la valeur, des emplois, de la recherche appliquée et du transfert de technologie. Dans ce contexte, adopter une motion limitée, déjà exécutée, déconnectée des besoins des acteurs locaux et sans retombée concrète n'aurait apporté aucune plus-value et aurait même engendré de la confusion.

En conclusion, pour toutes ces raisons - parce que les invites sont déjà réalisées, parce que les institutions ne sont pas demandeuses, parce que la motion n'apporte pas de solution structurelle et parce qu'un vrai plan de l'innovation est arrivé -, la majorité a choisi le refus clair et cohérent de ce texte. Soutenir le salon des inventions est important, personne ne le conteste, mais forcer artificiellement des acteurs à y participer sans bénéfice réel pour eux ni pour l'écosystème économique genevois ne relève pas d'une politique publique intelligente. La majorité vous invite donc à confirmer ce refus. Merci.

M. Jean-Marc Guinchard (LC), rapporteur de minorité. Comme vous l'imaginez, la minorité de la commission regrette amèrement la décision prise par la majorité de refuser cette motion qui invite le Conseil d'Etat à encourager la participation des hautes écoles au Salon international des inventions de Genève. Nous estimons que ce refus constitue une occasion manquée pour notre canton, nos hautes écoles et nos étudiantes et étudiants, tant sur le plan scientifique qu'économique et pédagogique.

Le salon des inventions, réputé comme l'un des plus importants au monde, attire chaque année plus de 100 000 visiteurs et de nombreux exposants venus de toute la planète, le rapporteur de majorité l'a rappelé. Il n'est pas simplement un lieu de curiosités: il est un carrefour international où se rencontrent inventeurs, entreprises, investisseurs, bureaux de propriété intellectuelle et établissements d'enseignement. Y être présent offre une visibilité unique pour les prototypes, les transferts de technologie et les projets issus de la recherche académique. Refuser d'encourager la participation de nos hautes écoles à cet événement, c'est renoncer à privilégier des occasions concrètes de valorisation et de mise en réseau, qui profitent directement à la population genevoise et à notre économie locale.

La majorité a qualifié le salon de «fantaisiste» et a mis en avant des «inventions farfelues». On a même entendu prononcer le nom de Géo Trouvetou. Il est vrai que l'éventail des propositions peut parfois surprendre. Il serait néanmoins erroné et réducteur de juger l'ensemble de la manifestation sur quelques exemples spectaculaires. De nombreuses innovations présentées relèvent de la haute technologie et ont mené à des collaborations fructueuses, à des dépôts de demandes de brevet et à des transferts vers l'industrie. Nos hautes écoles, par leurs laboratoires, leurs incubateurs et leurs cellules de valorisation, ont tout à gagner à y montrer la qualité et la maturité de leurs travaux. La participation à ce salon peut aussi servir d'outil pédagogique pour former des étudiantes et étudiants aux enjeux de la propriété intellectuelle, du prototypage et de la commercialisation.

La commission a également évoqué la présence importante d'exposants venus d'Asie comme argument dissuasif. La minorité considère, au contraire, que la dimension internationale de la manifestation, qui inclut une forte participation asiatique, est précisément une richesse. Cette pluralité offre des occasions de partenariats, d'échanges scientifiques et de mise en relation avec des marchés dynamiques et innovants. Dans un monde où la coopération internationale est un levier de succès pour la recherche et l'innovation, Genève se doit de rester ouverte et proactive. La diversité des acteurs présents à cet événement renforce la crédibilité et l'impact des projets qui y sont exposés.

La présidente. Vous passez sur le temps de votre groupe.

M. Jean-Marc Guinchard. Merci, Madame la présidente. Plutôt que de stigmatiser la manifestation sur la seule base d'impressions, nous appelons à une approche constructive et ciblée. Encourager la participation des hautes écoles ne signifie pas offrir un appui aveugle et sans critères. Il s'agit de proposer des instruments mesurés et professionnels, tels qu'un soutien ciblé pour les projets ayant démontré un potentiel (prototypes avancés, dépôts de brevet, collaborations, etc.), des aides technologiques pour faciliter la présence d'équipes de recherche et d'étudiantes et étudiants, des critères clairs de sélection et un encadrement scientifique garantissant la qualité des contributions, et l'organisation de rencontres institutionnelles sur place entre la délégation des hautes écoles, des acteurs du salon et des investisseurs.

En agissant ainsi, le gouvernement ne ferait pas la promotion d'un événement pour lui-même, mais d'une stratégie cohérente de valorisation de la recherche publique et d'ouverture internationale. C'est une manière pragmatique de renforcer le rôle des hautes écoles en tant que moteurs d'innovation et de compétitivité pour Genève.

Pour toutes ces raisons, nous essayons de vous convaincre de changer la majorité qui est sortie de commission. Je rappelle également - avec un peu d'étonnement - que les partis de la majorité ne cessent de mettre en avant le rayonnement international de notre canton; voilà peut-être une belle occasion de passer des paroles aux actes. Je vous remercie.

M. Alexandre Grünig (LJS), député suppléant. Mesdames et Messieurs les députés, soyons clairs. Le Salon international des inventions est une formidable vitrine pour Genève, un événement qui contribue depuis cinquante ans à faire rayonner notre canton et la Suisse dans le monde entier. Il attire plus de 100 000 visiteurs, des inventeurs, des start-ups, des investisseurs, et génère de véritables retombées économiques pour l'hôtellerie, la restauration et les services.

Sur le principe, personne ne remet en question la valeur de ce salon. Au contraire, nous devons le soutenir et en être fiers. Cela dit, cette motion, Mesdames et Messieurs, est tout simplement dépassée. Son contenu est redondant: le Pavillon suisse de l'innovation est déjà en place; le Conseil d'Etat, de concert avec Palexpo, soutient déjà activement l'événement; les hautes écoles et la HES-SO disposent déjà d'instruments de promotion qu'elles choisissent elles-mêmes d'utiliser ou non. En d'autres termes, ce texte n'apporte rien de nouveau, si ce n'est un risque d'ingérence politique dans une manifestation privée qui fonctionne, grâce au partenariat public-privé.

A Genève, Mesdames et Messieurs, nous n'avons pas besoin de micromanagement parlementaire pour faire briller nos événements. Ce dont nous avons besoin, c'est de stabilité, de liberté d'initiative et d'une vision d'ensemble - celle du plan directeur de l'innovation 2025-2027, qui fournit un cadre global - plutôt que d'interventions ponctuelles.

Ne nous contentons pas de symboles. Soutenons Palexpo, ses congrès, ses expositions, ses salons internationaux qui amènent de l'emploi, du tourisme et du commerce et qui prouvent chaque semaine que Genève sait accueillir le monde. Soutenir Genève, ce n'est pas voter des symboles, c'est lui donner les moyens réels de son rayonnement international.

Je vous invite donc à refuser cette motion, tout en réaffirmant notre appui à l'écosystème local, à l'innovation et à l'organisation d'événements d'envergure à Genève. Je vous remercie.

M. Pierre Eckert (Ve). Je vais essayer de me rabibocher avec M. Guinchard en soutenant son rapport de minorité.

Mesdames et Messieurs les députés, il est désagréable de parler de lui une fois de plus, mais vous avez toutes et tous entendu le président américain dire à Davos que la Suisse ne serait rien sans les Etats-Unis. Nous savons que ce n'est pas vrai, bien entendu ! Dans ce monde où la communication domine les faits, il serait toutefois essentiel de le faire savoir et toutes les occasions sont bonnes à saisir, notamment une vitrine internationale comme le salon des inventions.

Mesdames et messieurs les députés, il est largement l'heure que l'Europe, que la Suisse et que le canton de Genève se réveillent ! Notre marché est envahi de produits technologiques made in China, made in Korea ou made in USA. Pourtant, nos universités, nos hautes écoles, nos écoles polytechniques disposent de compétences extrêmement pointues, de renommée mondiale. Non, le salon des inventions n'est pas qu'un endroit permettant de valoriser des gadgets. Il est aussi un lieu de rencontre pour les chercheurs, les instituts de recherche, les industriels, les distributeurs et les financiers, et je cite ici l'auteur de la motion. D'ailleurs, de nombreux prix liés à la transition énergétique y ont été décernés.

Je trouve que les arguments avancés dans le rapport de majorité sont relativement faibles. On nous dit par exemple que le soutien financier évoqué dans la motion pourrait entraîner une ingérence dans la gouvernance du salon. Vous vous rendez compte ? Si on subventionne à hauteur de 2000 francs une institution qui vient sur un stand - c'est ce qui a été dit -, c'est une énorme ingérence ! Ça va complètement changer le cours politique de la gestion de cet événement !

On nous dit aussi qu'il faut attendre le plan directeur de l'innovation. Bon, ok. C'est une grosse entreprise, bien entendu, et nous l'attendons avec impatience, mais cela n'empêche pas d'encourager les hautes écoles à aller au salon des inventions ! Ce n'est pas une raison non plus. Libertés et justice sociale parle pour sa part d'un texte «trop timide». Je veux bien, mais enfin, il vaut ce qu'il vaut. Je trouve donc que les arguments avancés sont plutôt faibles.

Mesdames et Messieurs les députés, cette manifestation attire plusieurs dizaines de milliers de visiteurs, dont nombre de jeunes. Il faut pouvoir leur montrer ce qu'on fait. Genève peut faire davantage que de présenter une nouvelle binette à planter les cardons ou un autocuiseur à longeoles ! Les start-ups et les milieux académiques romands ont bien plus à exposer dans cette vitrine qu'est le salon des inventions.

Afin de favoriser le génie local et sa transposition dans le savoir-faire genevois, le groupe des Vertes et des Verts vous encourage à accepter cette motion.

M. Leonard Ferati (S). Mesdames et Messieurs les députés, je vous rassure, je ne serai pas aussi passionné que mon préopinant sur le sujet.

Les institutions concernées par cette thématique ont expliqué durant les auditions que cette motion ne correspondait pas à leurs besoins stratégiques. Sans vouloir faire offense à qui que ce soit, cet objet n'apporte rien de plus à ce qui existe déjà. Nous estimons que l'innovation ne se pilote pas par des mesures ponctuelles ou symboliques, mais par une vision cohérente et structurée, qui sera précisément discutée dans le cadre du plan directeur cantonal attendu sous peu, notamment sur la question de l'innovation.

Pour toutes ces raisons et par souci d'efficacité de l'action publique, car cette thématique nous est très chère, la majorité a choisi de refuser cette motion. C'est ce que nous autres socialistes demandons également. Merci beaucoup.

M. Pierre Maudet, conseiller d'Etat. Le Conseil d'Etat a écouté avec beaucoup d'attention cet intéressant débat et il s'étonne. Il s'étonne, à vrai dire, des propos du rapporteur de minorité, qui laissent à penser que le département de l'économie n'aurait pas fait son job. Or, le département de l'économie a déposé l'année passée son plan de l'innovation 2025-2035. Depuis de nombreuses années, il agit en faveur de l'innovation. Il soutient le salon des inventions, et nous ne pouvons que faire nôtres les propos du rapporteur de majorité. C'est comme si on devait, à travers un appui au rapporteur de minorité, acter le fait que le travail n'a pas été effectué.

Mesdames et Messieurs, en matière d'innovation, Genève s'inscrit dans une tradition de soutien à travers différents instruments. Le salon des inventions en est un, et il faut souligner que cette manifestation - qu'il faut saluer - a été rachetée il y a quelques années par Palexpo, une société anonyme de droit public dont il ne vous échappe pas qu'elle appartient à l'Etat de Genève. Là, par exemple, un signe très fort a été envoyé au salon des inventions. C'était - de tête - il y a cinq ou six ans.

En matière d'inventions - et il ne faut pas confondre inventions et innovation -, la politique du canton de Genève est une politique de soutien. Il ne s'agit pas de mettre tous ses oeufs dans le même panier. Madame la présidente, mon préopinant Vert citait tout à l'heure le président américain. Pour ma part, je citerai un autre président, plus ancien et français, à savoir Charles de Gaulle, qui disait: «Des chercheurs qui cherchent, on en trouve; des chercheurs qui trouvent, on en cherche.» Ça résume un peu l'enjeu. Il est positif de soutenir l'innovation et parfois, entre les cardons et les longeoles, on peut avoir de bonnes surprises, mais le canton de Genève, à travers son plan directeur de l'innovation, cible aussi ses investissements pour faire en sorte que, dans certains domaines en particulier, émerge véritablement une innovation susceptible de servir d'attracteur économique.

C'est la raison pour laquelle le Conseil d'Etat accueillera avec bienveillance un refus comme une approbation de cet objet. En tout état de cause, nous devons ici confirmer que nous n'avons pas attendu les auteurs de la motion ou la minorité pour faire le job sur l'innovation. Merci de votre attention.

La présidente. Merci, Monsieur le conseiller d'Etat. J'invite l'assemblée à se prononcer sur cet objet.

Mise aux voix, la proposition de motion 3059 est rejetée par 47 non contre 33 oui (vote nominal).

Vote nominal