République et canton de Genève
Grand Conseil
Séance du vendredi 5 juin 2026 à 14h
3e législature - 4e année - 2e session - 10e séance
P 2253-A
Débat
La présidente. Nous abordons maintenant les pétitions, classées en catégorie II, trente minutes. Nous traitons tout d'abord la P 2253-A. J'invite les rapporteuses à prendre place. (Un instant s'écoule.) Madame Khamis Vannini, je vous cède le micro.
Mme Uzma Khamis Vannini (Ve), rapporteuse de majorité. Je vous remercie, Madame la présidente. Il est question ici de maintenir des heures d'histoire, qui sont essentielles. Lors des auditions, il a été admis... (Brouhaha.)
La présidente. Un peu de silence, s'il vous plaît !
Mme Uzma Khamis Vannini. ...que ces cours étaient essentiels et il a été indiqué qu'ils seraient maintenus pour la plupart, avec quelques modifications d'horaires.
Cela étant, afin d'éviter toute velléité de supprimer une branche indispensable compte tenu de l'actualité internationale et du manque de connaissances sur certains faits extrêmement importants de notre histoire, qui façonne aujourd'hui encore des prises de position parfois contraires aux droits humains, nous soutenons cette pétition et nous la renvoyons au Conseil d'Etat. Je vous remercie de votre attention.
Mme Joëlle Fiss (PLR), rapporteuse de minorité. Finalement, nous sommes d'accord: je suis également d'avis - vous transmettrez à la rapporteuse de majorité, Madame la présidente - que l'histoire permet de comprendre le monde dans lequel on vit. C'est évident. L'histoire permet de distinguer les faits des opinions, ce qui n'a jamais été aussi important qu'aujourd'hui, et de résister aux simplifications, aux manipulations, aux discours faciles. Et puis, pour comprendre le présent, il faut bien sûr comprendre le passé. Là-dessus, nous sommes tous d'accord.
Dans cette société où la désinformation est omniprésente, c'est précisément parce que nous respectons cette discipline que nous devons respecter les faits. Or, les faits sont très clairs, très simples: la conseillère d'Etat chargée du DIP a confirmé que les heures d'histoire sont maintenues au collège. Les pétitionnaires eux-mêmes ont relevé que leur texte avait contribué à réaliser cet objectif. Tout va donc pour le mieux dans le meilleur des mondes, le but a été atteint.
Par conséquent, renvoyer cet objet au Conseil d'Etat ne renforce pas du tout l'enseignement de l'histoire, pas plus que cela ne l'affaiblit. C'est hors sujet, dans la mesure où lorsqu'une pétition a rempli son objectif, il faut simplement le reconnaître. Le rôle du Grand Conseil - je me permets de le rajouter, Madame la présidente - n'est pas seulement de réaffirmer nos convictions, c'est aussi de traiter notre fonction avec responsabilité, de reconnaître que notre mission a été accomplie, et point final !
Merci à la conseillère d'Etat d'avoir intégré l'importance de l'histoire dans la scolarité.
Pour toutes ces raisons, la minorité vous invite à déposer cette pétition sur le bureau du Grand Conseil.
Mme Christina Meissner (LC). Mesdames et Messieurs les députés, je serais d'accord avec la rapporteure de minorité de manière générale, mais il faut considérer chaque discipline dans son contexte. Effectivement, la conseillère d'Etat a indiqué que le volume d'heures d'histoire ne serait pas diminué, mais nous devons rester attentifs au message que le Grand Conseil envoie s'il dépose cette pétition sur le bureau: cela signifierait que le parlement se désintéresse de cette matière.
Or l'histoire, particulièrement aujourd'hui, revêt une grande importance, tout comme l'intégration des différents savoirs dans leur contexte. Il n'est pas possible de comprendre le présent sans connaître le passé.
Pour ces raisons, Le Centre est favorable au renvoi au Conseil d'Etat, et ce n'est pas par défiance envers ce dernier, qui a très bien compris l'enjeu de l'histoire et des heures dévolues à cette branche. Je citerai pour terminer le rapport de majorité, qui se conclut sur une citation de Robert A. Heinlein: «Une génération qui ignore l'histoire n'a pas de passé - ni de futur.» Merci beaucoup.
M. Sylvain Thévoz (S). Mesdames et Messieurs les députés, l'enjeu de cette pétition et des suivantes - nous en avons un certain nombre aujourd'hui - est en fait la réforme de la maturité gymnasiale. Tous ces textes - certains avec plus de 4000 signatures, comme ce sera le cas de celui sur le latin - ont été déposés par des enseignants inquiets de la manière dont va être traitée leur branche dans le cadre de l'évolution de la maturité gymnasiale.
Pour notre part, nous avons décidé de renvoyer toutes ces pétitions au Conseil d'Etat, parce qu'elles sont le signal d'un dysfonctionnement dans la mise en oeuvre même de cette maturité, d'un dysfonctionnement dans la concertation. Les principaux concernés, les experts de terrain, font tous le constat d'avoir été insuffisamment sollicités, insuffisamment informés et insuffisamment mis au travail sur la mise en place de cette maturité genevoise. Ils déplorent tous la perspective d'une augmentation des heures de cours, des évaluations et des contenus à maîtriser, d'une charge de travail accrue pour les élèves et d'un renforcement de certaines matières au détriment des autres.
Nous avons entendu la magistrate, qui est venue nous répéter que tout allait bien, que tout le monde allait finalement y trouver son compte. Nous ne savons pas par quel tour de passe-passe il y aura plus pour le droit, plus pour l'économie, plus pour l'informatique, et pas moins pour les autres. Mme la magistrate dit: «Oui, oui, c'est vrai, j'ai réussi à résoudre la quadrature du cercle !»
Nous vous invitons à renvoyer tous ces objets au Conseil d'Etat. Mme la magistrate pourra s'en expliquer, étant précisé qu'il n'y a aucune urgence. Cette réforme pourrait entrer en vigueur en 2028 mais, tout d'un coup, le Conseil d'Etat s'est hâté pour 2027. Il n'y a pourtant pas de nécessité d'aller aussi vite, si ce n'est peut-être ce qu'on peut soupçonner, à savoir le besoin d'avoir un bilan, comme on dit...
La présidente. Merci, Monsieur le député.
M. Sylvain Thévoz. ...à la fin des cinq ans de législature. Peut-être que c'est cela, ou peut-être qu'il y a d'autres raisons.
La présidente. Merci, Monsieur le député.
M. Sylvain Thévoz. Nous vous invitons... Je termine, puisqu'on m'a interrompu bruyamment au début ! Je rigole. (Commentaires. Rires.) Nous vous invitons à renvoyer cette pétition au Conseil d'Etat.
M. Patrick Dimier (MCG). J'aimerais juste rappeler un vieil adage: «Si tu veux savoir où tu vas, souviens-toi d'où tu viens.»
M. François Baertschi (MCG). Le groupe MCG est très inquiet, depuis des années déjà, de l'absence ou du mauvais traitement de l'enseignement de l'histoire suisse à Genève. Une de mes collègues me racontait à l'instant que sa fille avait un professeur qui lui disait: «Nous allons parler de l'histoire française, parce que l'histoire suisse est trop pauvre !» (Exclamations.) C'est un exemple parmi d'autres, mais je pense que c'est révélateur, malheureusement, d'une gestion un peu foutraque - vous excuserez l'expression, mais je crois que ça correspond bien à la réalité - ou d'une gestion fautive de l'histoire suisse et de l'histoire genevoise. Heureusement qu'il y a l'Escalade, les marmites et le défilé, sans quoi nous vivrions dans une ignorance généralisée à la fois de l'histoire genevoise et de l'histoire suisse, qui sont des disciplines importantes !
Certes, ce n'est pas le sujet exact de la pétition. Néanmoins, pour cette raison et pour d'autres, le groupe MCG soutiendra le renvoi de cet objet au Conseil d'Etat. Pour nous, c'est essentiel et cela fait partie de notre identité qui, malheureusement, est massacrée par un enseignement fautif de cette matière importante. Merci, Madame la présidente.
M. Alexis Barbey (PLR). Pour ma part, je me suis penché sur les signataires de cette pétition et j'y ai trouvé avec grand plaisir l'IUFE, l'organe de formation des professeurs, dont le PLR a souligné au cours de la dernière législature qu'il avait tendance à faire en quatre ans ce que les autres cantons sont capables de faire en trois.
Je suis d'accord avec tout ce qui a été dit par Mme Fiss, notamment que le département ne peut pas inventer des heures supplémentaires, ce qui serait bien pratique mais n'est pas possible. Je conclurai en disant qu'il est bon d'étudier l'histoire, mais n'en faisons pas toute une histoire !
Le PLR recommande le dépôt de la pétition sur le bureau du Grand Conseil.
Mme Joëlle Fiss (PLR), rapporteuse de minorité. J'aimerais réagir à ce qu'a dit M. Baertschi. Il a évidemment raison quand il dit que l'enseignement de l'histoire suisse est essentiel. Malheureusement, je trouve que cette matière est souvent perçue comme une succession de dates et de regroupements de cantons. Il faut en effet être plus créatif à ce niveau-là, et j'implore la conseillère d'Etat de faire en sorte que les enseignants puissent stimuler l'imagination des élèves sur le récit de l'histoire suisse.
J'affirme encore une fois que ce n'est pas parce qu'on aime l'étude de l'histoire - ce qui est sans doute le cas de nombreux députés dans cette salle - qu'on doit forcément renvoyer cette pétition au Conseil d'Etat, puisque ce dernier a déjà répondu et que l'objectif est atteint. Merci.
Mme Uzma Khamis Vannini (Ve), rapporteuse de majorité. Si on écoutait M. Barbey, on ferait la guerre de Cent Ans en trois jours ! Eh bien, non, Monsieur Barbey, ce n'est pas comme ça que ça se passe. On prend le temps d'étudier l'histoire et ce temps est nécessaire pour bien comprendre les différents engrenages, le passé et le présent, mais aussi pour éviter les erreurs futures - vous transmettrez, Madame la présidente.
C'est bien pour cela que nous soutiendrons ce texte, précisément parce qu'il sera indiqué dans les pages du Mémorial que nous défendons l'histoire et que nous ne souhaitons pas du tout la réduction de son enseignement, même si notre magistrate a fait le nécessaire. A l'avenir, nous y serons attentifs. C'est pourquoi nous renverrons cette pétition au Conseil d'Etat. Je vous remercie.
Mme Anne Hiltpold, présidente du Conseil d'Etat. Mesdames et Messieurs les députés, je souhaite rapidement préciser un certain nombre d'éléments.
Je crois que nous sommes d'accord sur l'importance de l'histoire, et c'est une bonne chose. Ce qu'on voit à travers cette pétition, c'est que des gens - notamment de l'université - se sont mobilisés pour insister sur l'importance de cette matière, mais à un moment où rien n'avait encore été décidé.
J'aimerais rappeler que dès l'entrée en vigueur de l'ordonnance fédérale en 2023, le département a commencé à travailler sur la réforme de la maturité et a mis en consultation différentes grilles auprès du corps enseignant - ce que tous les cantons n'ont pas fait - pour recueillir les avis des uns et des autres. La présente pétition est arrivée à un moment où, dans une consultation, il y avait en effet une diminution des heures d'histoire et de géographie. Finalement, le choix a été fait de maintenir les huit heures d'histoire que nous connaissons aujourd'hui, et cela a été annoncé à l'automne 2025, lorsque la grille a été communiquée.
Nous avons essayé de répondre aux injonctions de la nouvelle ordonnance, qui nous demandait - on l'a relevé - d'ajouter des heures en économie et en droit, d'ajouter des heures en art, d'ajouter de l'interdisciplinarité. Nous avons tenté de trouver une solution dans une grille qui a ensuite été présentée et, depuis, nous avons eu un peu moins de pétitions.
J'aimerais rappeler que nous avons également traité une motion, la M 3107, qui a été déposée et votée sur le siège par ce Grand Conseil au printemps 2025, là aussi sur l'histoire et la géographie, à laquelle nous avons déjà répondu. Une autre pétition concerne par ailleurs l'importance de l'enseignement des maths et aussi des sciences, une autre encore le latin, et nous examinerons bientôt la question de l'histoire de l'art.
En fait, nous avons connu un moment où chaque branche a réagi - à juste titre - parce que, comme Mme la députée Zuber-Roy l'a relevé, chacun défend sa discipline puisqu'il y croit et qu'il pense qu'elle est importante. Et c'est juste. Simplement, nous avons dû faire des choix. Ces derniers ont été communiqués, mais cette pétition a été déposée avant même qu'une décision n'ait été prise.
Notre réponse aujourd'hui est que la grille maintient les huit heures d'histoire. Nous reviendrons sur le latin dans un moment. Si vous décidez de renvoyer ce texte au Conseil d'Etat, nous vous répondrons de la même manière que nous l'avons déjà fait sur la M 3107. Il ne semble pas absolument indispensable que nous nous livrions à cet exercice, mais si vous le souhaitez, je vous laisse libres de le faire et nous vous répondrons dans ce sens. Merci, Mesdames et Messieurs les députés, Madame la présidente.
La présidente. Merci, Madame la conseillère d'Etat. Je prie l'assemblée de se prononcer sur cet objet.
Mises aux voix, les conclusions de la majorité de la commission des pétitions (renvoi de la pétition 2253 au Conseil d'Etat) sont adoptées par 68 oui contre 18 non (vote nominal).