République et canton de Genève
Grand Conseil
Séance du vendredi 23 janvier 2026 à 14h
3e législature - 3e année - 8e session - 44e séance
P 2247-A
Débat
La présidente. Nous enchaînons avec la P 2247-A (catégorie III). Le rapport est de M. Tombola, à qui je cède la parole.
M. Jean-Pierre Tombola (S), rapporteur. Merci, Madame la présidente. Mesdames et Messieurs les députés, chers collègues, les habitants du chemin du Curé-Desclouds se plaignent de nombreuses nuisances: vols, bruit, incivilités, mauvais éclairage de la rue. Dans ce contexte, ils ont déposé une pétition qui demande une augmentation des effectifs du poste de police municipale, dont ils dénoncent la fermeture durant la nuit, ainsi qu'une surveillance de la frontière, car certains jeunes la franchissent et créent ensuite des problèmes dans le quartier.
La commission a auditionné M. da Silva, maire de Thônex, ainsi que le chef de la police municipale, qui ont expliqué qu'il s'agit d'un quartier mixte comprenant de la propriété par étage, des maisons privées et des logements d'utilité publique, mais que malgré cette mixité, les différentes populations se côtoient peu, et certains habitants expriment un sentiment d'insécurité. Or si celui-ci est bien réel, il ne reflète pas les observations des autorités municipales, d'autant plus que les îlotiers et les concierges collaborent très bien.
Ce cri d'alarme lancé par les habitants a été pris en considération à l'échelle non seulement communale, mais aussi cantonale. En effet, la commission a également entendu Mmes Carole-Anne Kast et Monica Bonfanti pour les questions liées à la sécurité, et il se trouve que la police cantonale confirme les propos et constats des autorités municipales.
En réalité, certains événements ont été très médiatisés, des événements certes désagréables pour la population, mais qui, de fait, ont tout de suite pris des proportions impressionnantes, alimentant ainsi quelque peu le sentiment d'insécurité, lequel n'est pas facile à mesurer.
Face à cette situation, le département des institutions et du numérique, par l'entremise de Mme la conseillère d'Etat Carole-Anne Kast, a initié un concept opérationnel de prévention et de sécurité de proximité conjointement avec la commune de Thônex. Ce dispositif implique de nombreux acteurs du quartier - correspondants de nuit, police de proximité, commerces, associations - de façon à ce que tous les partenaires soient associés aux mesures de prévention de l'insécurité.
Etant donné qu'il s'agit d'un quartier proche de la frontière, c'est un secteur prioritaire en matière de sécurité. Le protocole de collaboration entre le canton et la commune de Thônex a été établi en vue de répondre aux préoccupations des habitants.
Au vu de ces éléments, Mesdames et Messieurs les députés, la majorité de la commission a décidé de déposer cette pétition sur le bureau du Grand Conseil, car le concept de sécurité répond réellement aux attentes de la population. Je vous remercie.
Mme Christina Meissner (LC). Mesdames et Messieurs les députés, sans remettre en question l'excellent rapport de M. Tombola ni ses conclusions quant au dépôt de la pétition, il est toutefois important de souligner que si, au niveau du quartier concerné et de la commune de Thônex, le travail est réalisé, les problèmes subsistent, augmentent même de manière générale dans le canton, ce qui n'est pas à négliger.
Evidemment, cela dépasse le champ du quartier, nous l'avons vu. La proximité de la frontière peut entraîner - et pas seulement là - un sentiment d'insécurité, lequel se vérifie, mais il faut également prendre en compte le périmètre d'action entre la police communale et cantonale.
A cet égard, nous avons constaté qu'il est véritablement nécessaire de consolider leur collaboration, voire les moyens des uns et des autres, parce qu'il n'est pas toujours évident, pour les agents de la police cantonale, de courir d'un bout à l'autre du territoire quand des problèmes surgissent. Sur ce plan aussi, un renforcement des ressources est impératif.
Aussi, il convient de ne pas perdre de vue que oui, les phénomènes de violence se développent (home-jacking, agressions contre des personnes vulnérables) - peut-être pas dans ce quartier précis où, effectivement, les statistiques ne correspondent pas au sentiment d'insécurité exprimé, mais au niveau cantonal, la situation n'est pas à prendre à la légère.
Je rejoins totalement l'avis exprimé par M. Tombola à la fin de son rapport: la police doit continuer ses efforts, notamment en matière de communication, car celle-ci est essentielle. Le Centre votera le dépôt de cette pétition et remercie le canton et la commune pour leur travail.
Mme Céline Bartolomucci (Ve). Mesdames et Messieurs les députés, les Vertes et les Verts prennent très au sérieux le vécu exprimé par les habitants du chemin du Curé-Desclouds. Leur sentiment d'insécurité est réel, il a été entendu et mérite une réponse respectueuse et responsable.
Cela étant, les auditions menées en commission ont mis en avant un décalage entre le ressenti formulé et la réalité des faits. Les statistiques de la police montrent ainsi un nombre d'événements relativement limité, voire en diminution, ainsi qu'une mobilisation des forces de l'ordre déjà importante sur place.
Comme le rapporteur l'a évoqué, les travaux de commission nous ont permis d'apprendre qu'un concept opérationnel de prévention et de sécurité de proximité a été signé entre le canton et la commune de Thônex; ce dispositif prévoit une présence ciblée sur le terrain et une approche non seulement policière, mais intégrant également de la prévention, du travail social et du dialogue.
Le travail étant déjà en cours, les Vertes et les Verts soutiendront le dépôt de cette pétition sur le bureau du Grand Conseil. Je vous remercie.
M. Marc Falquet (UDC). Oui, c'est vrai, on prend très au sérieux cette pétition ! On entend un cri d'alarme, puis la majorité de la commission décide de classer la pétition, c'est-à-dire de la refuser, mais tout le monde insiste bien sur le fait qu'on la prend au sérieux ! C'est super, vraiment.
La demande des pétitionnaires est tout à fait légitime. C'est notre devoir d'augmenter la sécurité et de répondre aux attentes des citoyens, c'est notre devoir ! Même si on ne peut pas le faire tout de suite, on doit donner un signal positif à la population et lui répondre: «Oui, on s'en occupe» et pas «Oui, on s'en occupe, mais on va classer la pétition». Ça, c'est du grand n'importe quoi.
Concernant les statistiques, on prétend qu'il y a moins de criminalité ou que celle-ci n'est pas plus élevée qu'ailleurs dans le quartier du Curé-Desclouds, mais je suis désolé, cet argument ne tient pas ! Dire ça, c'est un aveu d'impuissance, c'est une banalisation de la criminalité. Vis-à-vis des pétitionnaires, on n'a pas à tolérer l'insécurité dans le quartier du Curé-Desclouds sous prétexte qu'une criminalité généralisée est à l'oeuvre dans le canton de Genève. Encore une fois, c'est du grand n'importe quoi.
Je reviens aux statistiques: on soutient que seuls 44 délits sont commis par année, mais enfin, 44 délits, ça fait un délit par semaine ! Rappelons que le quartier du Curé-Desclouds constitue un tout petit périmètre de 1500 habitants, soit deux fois moins que dans le quartier des Libellules, par exemple, donc il faut arrêter.
Quant à la proximité de la frontière, alors ça, c'est le bouquet ! Les habitants du chemin du Curé-Desclouds voient régulièrement des gens traverser la frontière en passant à travers la rivière, mais on ne se demande pas pourquoi ils passent par la rivière et pas par la route. A votre avis, pourquoi passent-ils à travers la rivière ? Que vont-ils faire, pourquoi traversent-ils la rivière et ne prennent-ils pas la route ?
Des personnes qui n'ont rien à se reprocher empruntent normalement la route pour venir en Suisse. Il faut arrêter de banaliser les choses et d'estimer qu'il n'y a rien à faire là-bas. Malheureusement, traverser la frontière ne constitue plus un délit, donc on favorise également la criminalité à ce niveau.
Pour l'UDC, il faut prendre au sérieux les demandes des pétitionnaires, déjà rien que pour le signal: il faut leur dire que oui, on tient compte de leurs préoccupations, et pas leur répondre: «Oui, on vous prend au sérieux, oui, on a entendu votre cri d'alarme, mais on va classer votre pétition.» Ça, ça ne joue pas.
Par conséquent, Mesdames et Messieurs, le groupe UDC vous suggère de renvoyer cette pétition au Conseil d'Etat pour donner le signal aux habitants du quartier du Curé-Desclouds qu'on se soucie vraiment de leurs inquiétudes. Merci.
Une voix. Très bien.
M. Sylvain Thévoz (S). Mesdames et Messieurs les députés, la pétition évoquait une situation cataclysmique sur place. Je vous en lis juste un extrait: «Depuis de nombreuses années et de plus en plus fréquemment, nous subissons des agressions, des cambriolages, home jacking, dégradations et vols de véhicules, vols dans nos boîtes aux lettres et ceci autant de jour que de nuit.»
En commission, nous avons entendu les habitants qui ont certes exprimé un sentiment d'insécurité - cela a été souligné -, mais sont restés très flous quant aux événements annoncés dans la pétition.
Lors de son audition, la police municipale a fait état de neuf appels entre janvier et septembre 2025, et d'une situation globalement pacifiée. Quant à la police cantonale, elle a mis le doigt sur 46 événements en 2025, soit un accident, trois affaires de drogue, quatre agressions, cinq cambriolages, trois dommages à la propriété, quatorze vols et seize vols de véhicules - peut-être des vélos.
Dans tous les cas, il s'agit d'un contexte qui ne détonne pas particulièrement par rapport à celui d'autres quartiers du canton, qui se trouve plutôt dans la norme et face auquel la réponse institutionnelle et policière, tant cantonale que municipale, est jugée satisfaisante et correctement ajustée.
On voit que du GHI à la réalité, il y a un grand écart. Des gens crient au loup en s'exclamant: «Dans notre quartier, il se passe ci et ça», répercutant parfois des rumeurs. Or on a pu évaluer la réponse institutionnelle, étatique: elle est solide, elle est forte.
Aux députés soucieux des deniers publics et des dépenses de l'Etat, je dirai: ne sur-répondons pas à un sentiment d'insécurité; objectivons-le et intervenons comme c'est le cas aujourd'hui, c'est-à-dire avec des ressources adéquates et parfaitement calibrées. Evidemment, il faut déposer cette pétition sur le bureau du Grand Conseil. Merci.
La présidente. Je vous remercie et appelle l'assemblée à s'exprimer sur les conclusions de la commission, à savoir le dépôt de la pétition sur le bureau du Grand Conseil.
Mises aux voix, les conclusions de la commission des pétitions (dépôt de la pétition 2247 sur le bureau du Grand Conseil à titre de renseignement) sont adoptées par 68 oui contre 12 non.