République et canton de Genève

Grand Conseil

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M 3040-A
Rapport de la commission des finances chargée d'étudier la proposition de motion de Thierry Cerutti, Jean-Marie Voumard, Skender Salihi, Sandro Pistis, Stéphane Fontaine, Arber Jahija, Gabriela Sonderegger, François Baertschi, Amar Madani, Gabrielle Le Goff, Danièle Magnin : Reconnectons l'administration avec les administrés
Ce texte figure dans le volume du Mémorial «Annexes: objets nouveaux» de la session X des 19 et 20 mars 2026.
Rapport de majorité de M. Jacques Blondin (LC)
Rapport de minorité de M. Thierry Cerutti (MCG)

Débat

La présidente. Mesdames et Messieurs, nous reprenons le traitement de notre ordre du jour avec la M 3040-A, qui est classée en catégorie II, trente minutes. Je donne la parole à M. Jacques Blondin... Attendons juste que M. Cerutti se soit installé à la table des rapporteurs. Voilà, allez-y, Monsieur. (Brouhaha. La présidente agite la cloche.)

M. Jacques Blondin (LC), rapporteur de majorité. Oui, merci beaucoup, Madame la présidente. Mesdames et Messieurs les députés, la proposition de motion du MCG intitulée «Reconnectons l'administration avec les administrés»... (Brouhaha.)

La présidente. Un instant, s'il vous plaît. Pouvons-nous avoir un peu de silence dans la salle ? Reprenez, Monsieur Blondin.

M. Jacques Blondin. ...invite le Conseil d'Etat «à évaluer la faisabilité d'une embauche de personnel, notamment au chômage ou à l'aide sociale, afin de garantir une permanence téléphonique au sein des services de l'administration cantonale pendant les jours ouvrables».

Cette invite - je ne lis pas les autres - reprend les considérants que nous avions discutés ici le 12 décembre dernier dans le cadre d'une autre proposition de motion présentée par LJS et qui avait été refusée par l'ensemble de cette assemblée, à l'exception de LJS, mais y compris par le MCG. Nous étions partis du principe, sur la base des discussions et auditions menées à l'époque, que si un certain nombre de choses dysfonctionnent à l'Etat ou pourraient aller mieux, globalement, le système des répondeurs téléphoniques, lesquels n'ont rien à voir avec la numérisation qui est en marche et qui prendra de plus en plus de place - nous le savons, nous avons voté le principe du «once only», on ne peut pas aller là-contre -, est opérationnel.

Certes, il peut arriver de temps à autre que l'on subisse des attentes un peu longues, mais il avait été admis lors des dernières consultations relatives à la motion rejetée qu'il ne s'agissait pas d'un enjeu majeur au niveau des services de l'Etat actuellement, sachant qu'il y a également les présences au guichet. C'est la raison pour laquelle le texte de LJS avait été refusé.

Celui du MCG reprend le même sujet, postulant qu'il y a effectivement des problèmes, mais - et c'est l'élément nouveau - que ce serait dès lors l'occasion de créer des emplois pour les chômeurs, qui ne trouvent pas facilement des postes dans le canton de Genève, ce qui est vrai.

En commission, il a été relevé que la problématique sociale des chômeurs et des autres personnes qui cherchent du travail n'est pas liée à l'objectif numéro un de la proposition de motion, qui consiste à réintroduire des permanences téléphoniques au sein de l'Etat et des nouveaux services qui seraient créés.

Voilà pourquoi la commission a refusé cette proposition de motion dans son ensemble - moins le MCG, bien sûr - et vous invite à en faire de même aujourd'hui. Je me réjouis d'entendre M. Cerutti déployer sa verve habituelle pour nous expliquer ce que nous aurions mal compris lors des travaux sur cet objet. Merci.

M. Thierry Cerutti (MCG), rapporteur de minorité. Mesdames et Messieurs les députés, la proposition de motion 3040 ne prône pas une révolution, mais en appelle simplement au bon sens. Savez-vous faire preuve de bon sens au sein de cet hémicycle ? Nous le verrons bien à la fin de cet exposé. Le texte demande trois choses simples et concrètes que de nombreux Genevois nous réclament déjà.

Premièrement, il invite le Conseil d'Etat à évaluer la faisabilité d'assurer une permanence téléphonique humaine... (L'orateur insiste sur le terme «humaine») ...dans les services de l'Etat, y compris à examiner la possibilité d'engager des personnes aujourd'hui au chômage ou à l'aide sociale. Je parle des gens les plus prétérités de notre canton - cela devrait toucher la gauche -, des gens qui ont besoin d'être réinsérés, qui doivent se renouveler, parce que dans la situation dans laquelle ils se trouvent aujourd'hui, ils ne trouvent pas de travail. Il s'agit d'une évaluation, pas d'un automatisme - c'est important de le préciser, parce que je crois que vous avez juste oublié ce détail-là. Refuser d'étudier cette piste, c'est rejeter toute solution pragmatique.

Deuxièmement, nous demandons que les services qui délivrent des prestations à la population soient réellement joignables pendant les heures de travail, ce qui n'est pas forcément le cas actuellement. J'imagine que vous avez toutes et tous fait l'expérience de vous retrouver pendant quinze minutes sur un répondeur qui vous balade avec ses «tapez 1, tapez 8, tapez 12», et finalement, vous n'obtenez pas de réponse. Aujourd'hui, trop souvent, des citoyens tombent sur des serveurs vocaux, encore et encore. Un numéro affiché qui ne répond pas, ce n'est pas un service, c'est une façade.

Troisièmement, la proposition de motion prévoit que tout nouveau service créé par l'administration soit doté dès le départ d'une permanence téléphonique humaine. Autrement dit, il convient de ne plus rendre des services injoignables dès leur constitution.

Or face à ces trois requêtes empreintes de bon sens, que nous répond la majorité de la commission des finances ? Rien ! Elle refuse même d'étudier la faisabilité ainsi que les coûts d'une telle démarche. Pourtant, le texte n'engendre ni dépenses immédiates ni postes obligatoires; il demande un rapport, une analyse, des chiffres. Lorsqu'un citoyen ne parvient pas à joindre l'administration, il ne disparaît pas: il rappelle, il se déplace, il commet des erreurs, il dépose des recours. Et là, cela coûte de l'argent à l'Etat, cela coûte de l'argent aux citoyens genevois.

Mesdames et Messieurs les députés, le MCG défend une administration proche, accessible et responsable, une administration qui communique avec les Genevois, pas qui les renvoie vers des répondeurs automatiques. Pour toutes ces raisons, je vous invite, Mesdames et Messieurs, à accepter la proposition de motion 3040. Merci.

M. Laurent Seydoux (LJS). Comme le rapporteur de majorité l'a indiqué, le soutien de proximité à nos concitoyens, parmi lesquels certains n'ont peut-être pas accès à tous les outils digitaux modernes, constitue une priorité pour le mouvement LJS. Or notre proposition de motion avait été balayée par l'ensemble des groupes de ce parlement, notamment par la gauche, qui se dit pourtant soucieuse de la population.

Nous l'avons signalé, il s'agit d'un véritable problème qui a été relevé par plusieurs usagers: l'accompagnement des personnes moins à l'aise avec les ressources informatiques représente un enjeu considérable.

Nous ne pouvons que nous réjouir que, dans l'intervalle, la lumière soit parvenue au MCG, qui a déposé une proposition de motion quasi similaire à la nôtre. Je rappelle qu'il ne l'avait pas soutenue à l'époque, mais nous ne sommes absolument pas rancuniers, parce que nous pensons qu'il est question d'un vrai besoin. C'est la raison pour laquelle le groupe LJS votera ce texte et vous demande de faire de même. Merci.

M. Christian Steiner (MCG). En effet, cette proposition de motion est pleine de bon sens, et je pense qu'elle parlera à tous ceux qui ont essayé de contacter par exemple l'office cantonal de la population: on passe plusieurs minutes sur un serveur vocal, puis une ligne sonne, mais personne ne décroche; pour espérer obtenir une réponse, il faut compter plusieurs jours ! C'est inacceptable. On constate un certain retour en arrière, mais je ne sais pas s'il est progressif - j'ai eu quelques meilleures expériences dernièrement.

Ensuite, il y a le problème de l'augmentation du chômage. Je ne parle pas seulement des jeunes à l'Hospice général, mais également - je n'ai malheureusement pas reçu de réponse, c'est insatisfaisant - de ceux qui sont encore à charge de leurs parents jusqu'à l'âge de 25 ans, comme le permet la loi du MCG qui a été acceptée. Cela représente des millions ! Des millions de pertes fiscales et une jeunesse sans aucune vision d'avenir.

Il aurait valu la peine d'examiner le sujet, d'observer comment les choses se passent, de définir les gains et les désavantages du système des répondeurs automatiques, de déterminer si on peut pallier les problèmes. C'est un texte qui demande simplement une étude, donc il a tout son sens et le MCG, bien sûr, l'appuiera. Merci.

La présidente. Je vous remercie, Monsieur le député. Nous passons au vote sur la prise en considération de cet objet.

Mise aux voix, la proposition de motion 3040 est rejetée par 52 non contre 24 oui et 2 abstentions (vote nominal).

Vote nominal