République et canton de Genève

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PL 12968-A
Rapport de la commission des travaux chargée d'étudier le projet de loi du Conseil d'Etat ouvrant un crédit d'investissement de 55 503 000 francs pour l'aménagement du site du Vengeron et octroyant à l'entreprise Cauderay Y. sàrl une concession d'occupation des eaux publiques d'une durée de 40 ans
Ce texte figure dans le volume du Mémorial «Annexes: objets nouveaux» de la session I des 19, 20 mai, 2 et 3 juin 2022.
Rapport de majorité de M. Grégoire Carasso (S)
Rapport de minorité de M. Rémy Pagani (EAG)

Premier débat

Le président. Voici l'urgence suivante: le PL 12968-A. Nous sommes en catégorie II, trente minutes, et je donne la parole à M. Grégoire Carasso.

M. Grégoire Carasso (S), rapporteur de majorité. Merci, Monsieur le président, et félicitations pour votre brillante élection ! Mesdames et Messieurs, chers collègues, le PL 12968 a été étudié à la commission des travaux durant neuf longues séances. Il ouvre un crédit d'investissement de 55 millions de francs pour l'aménagement du site du Vengeron. Outre la revalorisation complète des lieux sous l'angle environnemental et des loisirs, le projet s'inscrit dans un contexte cantonal plus large. Avec la réalisation de la magnifique plage des Eaux-Vives, l'Etat s'est engagé à libérer la rade des entreprises lacustres. Le but du texte est donc triple: il s'agit de construire à la fois un port professionnel pour et avec les sociétés portuaires, un parc public avec une grève naturelle et, en matière écologique, de renaturer l'embouchure du Vengeron en créant des îles favorables à la faune et à la flore lacustres qui, fonction importante, protégeront également l'ensemble du site des vagues.

Durant les travaux, les commissaires ont passé en revue quatre problématiques principales que je résume à votre attention. Tout d'abord, il convient de souligner que l'entier des aménagements, et c'était un enjeu spécifique au projet, restent très bas pour limiter l'emprise sur les vues. En comparaison avec d'autres ouvrages connus, si l'on prend comme référence le Port-Noir, par exemple, on s'aperçoit qu'ici - démonstration en a été faite en commission -, l'empiétement est beaucoup plus mesuré, notamment pour tout ce qui concerne les aspects portuaires. A Port-Choiseul, actuellement en cours de rénovation, l'ampleur est plus ou moins similaire.

Rassurés sur ce point, nous nous sommes ensuite questionnés, avec une intensité variable selon les sensibilités politiques, quant à la compatibilité du réaménagement du Vengeron avec le projet de la traversée du lac; au soulagement de certains, exprimé de manière plus ou moins sincère, la commission a constaté qu'il était compatible avec celui-ci.

S'agissant des enjeux et équilibres financiers, relevons que cet investissement public à hauteur de 55 millions s'accompagne d'investissements privés de près de 7 millions à la charge des entreprises lacustres, lesquelles vont construire leurs bâtiments et équipements pour les amarrages dans le port.

Enfin, et j'en terminerai par là, Monsieur le président, chers collègues, le point de vue des communes de Bellevue et de Pregny-Chambésy a été dûment pris en compte; le projet, qu'on pourrait raisonnablement qualifier de modèle pour ce qui est de la concertation, a vu sa copie initiale nettement améliorée grâce à l'intégration de l'opinion des deux communes que je viens de citer. Forte de ces différents paramètres au terme d'un examen réparti sur neuf séances, la commission des travaux vous invite, à une très large majorité, à soutenir ce crédit d'investissement. Je vous remercie. (Applaudissements.)

M. Rémy Pagani (EAG), rapporteur de minorité. Mon collègue Carasso a résumé l'ensemble du projet, mais il reste des points de friction que j'aimerais relever. Il a notamment passé comme chat sur braise sur l'implantation du départ de la fameuse traversée du lac. Chacun connaît la bretelle du Vengeron, et elle partirait directement par-dessus la plage actuelle, ce qui posera un vrai problème à long terme. On va quand même dépenser 55 millions - ce n'est pas une petite somme - pour réaménager un site qui correspond aujourd'hui à un besoin populaire, qui n'aurait pas besoin de travaux et qui se verra peut-être traversé de part en part par une infrastructure routière - autoroutière ! -, car il est toujours question de ce projet que nous ne soutenons par ailleurs pas. Voilà l'un des problèmes.

Ensuite, il y a la participation des uns et des autres, bien que l'effort commun de la Ville de Genève et du canton se concrétise par l'aménagement de cette installation au Vengeron dans le but de faire disparaître tous les bateaux qui se trouvent en aval du jet d'eau sur le quai marchand des Eaux-Vives et, je l'espère, sur celui des Pâquis, parce que là aussi, toute une série d'embarcations devraient être retirées pour enfin libérer l'espace et faire profiter nos concitoyennes et concitoyens de cette vue magnifique.

Sauf que, ici encore, il faut relever un certain nombre de problèmes. D'abord, malheureusement, rien ne se passe, il y a toujours des bateaux alors qu'on nous avait vanté les mérites du port de la plage des Eaux-Vives qui a été inauguré dernièrement, et puis surtout il y a des récalcitrants qui n'ont pas donné leur accord; au contraire, ils se sont opposés à ce transfert. Je me tourne vers le conseiller d'Etat qui se dit sans doute: «Mais enfin, Pagani, il est pour ce projet !» Je sais, pour les avoir fréquentés, que ces gens bénéficient de rentes de situation depuis très longtemps et ne sont pas disposés - ils l'ont d'ailleurs fait savoir à la commission - à dégager ce merveilleux panorama, ce bien commun qui devrait être à la disposition de tous les promeneurs et habitants.

Pour finir, Monsieur le magistrat, là où j'ai un véritable souci, c'est de savoir si les berges du lac Léman, ce lac qui nous est propre...

Le président. Vous passez sur le temps de votre groupe, Monsieur.

M. Rémy Pagani. Oui, tout à fait, Monsieur le président, merci. Je vous félicite au passage pour votre élection à la présidence ! (Remarque.) Eh bien il faut en profiter, tant qu'on peut se féliciter, il faut y aller ! On a donc étudié une proposition émanant pour l'instant d'une minorité, mais qui sera largement majoritaire quand elle se transformera en initiative, à savoir faire en sorte que toutes les rives du lac soient à la disposition de nos concitoyennes et concitoyens. Ici, on s'aperçoit que la plage va un jour subir les affres autoroutières, c'est un paravent pour cacher le fait que la population genevoise n'a toujours pas accès, alors que la Constitution fédérale comme la constitution cantonale le prévoient, à l'entier des berges du lac, ce qui est déplorable. C'est la raison pour laquelle nous nous opposerons à cette feuille de vigne visant à dissimuler les problèmes qui subsistent et qui subsisteront jusqu'à ce que des habitants lancent une initiative pour qu'enfin on leur donne accès à l'ensemble des rives du lac, ce à quoi ils ont droit, d'autant plus que le climat, je vous le rappelle, et on le constate encore ces derniers jours, va aller en se réchauffant de plus en plus; l'accessibilité à l'eau sera donc toujours plus réclamée par nos concitoyennes et concitoyens. Merci.

M. Stéphane Florey (UDC). Bon, on peut adhérer à ce que M. Pagani vient de dire. Sur le fond, il a raison, mais la problématique qui nous est soumise ce soir ne concerne pas du tout le sujet qu'il vient de développer. Il faut considérer ce projet de loi comme l'aboutissement d'un long processus qui a commencé avec la plage des Eaux-Vives, s'est poursuivi avec le réaménagement des quais et se conclura avec le déménagement des bateaux de là où ils se trouvent actuellement. Voilà la finalité de ce texte et, ma foi, oui, cela entraîne un certain nombre de conséquences.

Alors on peut être d'accord ou pas sur la concession, on peut discuter de tout ce qu'on veut, Mesdames et Messieurs, mais pourquoi faudrait-il maintenant remettre en question ce qui a été négocié de longue date, ce qui a permis à la population genevoise de disposer d'une plage supplémentaire, laquelle est déjà surfréquentée aujourd'hui ? Il n'y a qu'à voir les photos qui circulent en ce moment sur le net, c'est une vraie réussite.

Voilà, nous sommes donc arrivés à l'aboutissement de l'opération avec ce projet de loi qu'il faut adopter, ne serait-ce que pour tenir les engagements pris depuis le début, c'est-à-dire qu'il n'y aura pas d'aménagement de plage, il n'y aura pas de réagencement des quais sans déménagement de toutes - je dis bien: toutes ! - les entreprises concernées par cette affaire. Le vote de ce soir va concrétiser l'ensemble des discussions qui durent depuis des années, et c'est ce long processus qu'il nous faut à présent valider.

C'est la raison pour laquelle l'UDC acceptera ce projet de loi et vous invite à tenir vos engagements, même si les personnes présentes maintenant ne sont peut-être plus celles qui ont oeuvré depuis le début, en finalisant la démarche lancée à l'époque par Robert Cramer, que je vois encore babouches aux mains et lunettes de soleil sur le nez ! Il avait fêté la fin de son mandat... (Commentaires.) Des tongs, oui, merci, Monsieur Jean Romain, il s'agissait de tongs ! Il portait des tongs, un tuba et célébrait la fin de son mandat sur une victoire qui était la concrétisation de ce projet. Aujourd'hui, il faut tenir ces engagements, et je vous enjoins dès lors de voter ce projet de loi. L'UDC vous en remercie. (Applaudissements.)

M. François Lefort (Ve). Que dire après l'excellente intervention du député Stéphane Florey, après les très justes propos du rapporteur de minorité Rémy Pagani ? Tout ce qu'ils ont indiqué est vrai. Nous sommes à la fin d'une longue histoire, celle de la plage des Eaux-Vives, que nous avons initiée en décembre 2009, et il ne s'agissait pas de babouches, mais de tongs que le conseiller d'Etat Robert Cramer arborait avec un tuba et des lunettes de soleil ! Très bien. Nous sommes donc à la fin d'une longue histoire qui a commencé par des promesses faites à des entreprises: si nous voulions une plage aux Eaux-Vives, il fallait déplacer ces sociétés, et nous sommes enfin - enfin ! - arrivés au moment où il est possible de le faire dans de bonnes conditions.

Tout ce qui a été relevé est juste, tellement juste d'ailleurs que nous aurions pu voter ce projet aux extraits ! Evidemment, nous sommes tellement d'accord, même M. Pagani est d'accord; mais il a quand même déposé un excellent rapport de minorité. Tout cela aurait pu être voté demain après-midi en cinq minutes, mais nous sommes obligés d'en parler, donc soyons reconnaissants à M. Pagani de pouvoir en débattre, parce que tout ce qu'il a souligné est véridique.

L'accès à l'eau, bien sûr ! Or l'objectif de la plage des Eaux-Vives était précisément de créer un accès à l'eau, un début d'accès à l'eau pour une partie de la population qui n'en dispose pas, en particulier maintenant qu'il fait chaud. Voyez, Mesdames et Messieurs, comme les températures grimpent ces jours-ci, nous avons besoin de nous baigner, tous. Voilà.

Cela étant, pour le surplus, je répète que nous aurions pu adopter le texte aux extraits; il se trouve que nous ne l'avons pas fait. Les Verts soutiennent ce projet de loi qui permet de déplacer les entreprises lacustres, ce que nous leur devons, parce que nous le leur avons promis il y a quatorze ans. C'est donc la fin d'une histoire qui a été extrêmement longue. Ne perdons plus de temps, votons l'objet ce soir ! Les Verts valideront naturellement ce projet de loi. Merci.

Des voix. Bravo ! (Applaudissements.)

Le président. Je vous remercie, Monsieur le député. La parole revient à M. Olivier Cerutti.

M. Olivier Cerutti (PDC). Merci, Monsieur le président. Quelques mots afin de vous féliciter pour votre magnifique élection: 88 voix, c'est presque un record, presque ! En tout cas, ça l'est pour le parti démocrate-chrétien, étant donné que ça n'arrive pas régulièrement. Félicitations, Monsieur le président ! (Commentaires.) Ce n'est peut-être pas le sujet du débat de ce soir, mais je tenais à le dire. (Applaudissements.)

Aujourd'hui, Mesdames et Messieurs, nous sommes devant un crédit d'investissement de 55 millions. En effet, ce sont des sous. Nous avons pu apprécier à la commission des finances... Non, pas à la commission des finances, à celle des travaux ! ...la qualité de ce projet. Je crois que nous sommes tous d'accord là-dessus. M. Pagani a tout de même souhaité déposer un rapport de minorité, voilà pourquoi nous discutons de cet objet maintenant. Merci, Monsieur Pagani, de nous accorder ce débat ! De temps en temps, c'est vrai, il faut se faire plaisir; c'est vrai, à tout âge, il faut savoir se faire plaisir, vous avez bien raison. (Rires.)

Des voix. Bravo !

M. Olivier Cerutti. Oui, oui, Monsieur Pagani ! (Rires.) Cela étant, les quelques vérités que vous nous assénez ce soir, c'est l'épaisseur du trait. On en prend acte, le Conseil d'Etat a compris qu'il y avait une vraie volonté politique derrière ce projet et qu'il fallait aller de l'avant, et vite. Mesdames et Messieurs, le parti démocrate-chrétien votera ce crédit de 55 millions...

Une voix. Le Centre, bordel !

M. Olivier Cerutti. Non, nous sommes encore démocrates-chrétiens jusqu'à la fin de la législature, Madame la présidente du Centre ! (Commentaires. Rires.)

Une voix. Vas-y, Olivier, vas-y !

M. Olivier Cerutti. Mais oui ! (Commentaires.)

Le président. S'il vous plaît, laissez l'orateur s'exprimer...

M. Olivier Cerutti. Je n'en disconviens pas, cher Monsieur !

Le président. Laissez-le s'exprimer, parce que le temps s'écoule.

M. Olivier Cerutti.  Ça ne fait rien, j'ai toujours mon temps à disposition, Monsieur le président, je vous remercie. (Remarque.) Un tout petit peu ! Je voulais simplement indiquer qu'il fallait accepter le texte ce soir.

La seule chose qui est intéressante, avec ce rapport de minorité, c'est de se rappeler qu'il y a la traversée du lac. Eh oui, Mesdames et Messieurs, la traversée du lac ! Eh bien on se rend compte qu'on peut même la réaliser en effectuant les aménagements pour 55 millions au Vengeron. Dont acte. Le parti du Centre ou le parti démocrate-chrétien, c'est selon, soutiendra ce projet de loi. Je vous remercie.

Une voix. Bravo ! (Applaudissements.)

M. Serge Hiltpold (PLR). Tout d'abord, je remercie les deux rapporteurs. Le PLR a refusé le projet de loi en commission, parce qu'il nourrissait un certain nombre de doutes, donc on peut se rallier non seulement au rapporteur de majorité sur la majeure partie des éléments relevés, mais également au rapporteur de minorité que je remercie pour son objectivité quant au mélange des genres qu'il y a eu sur la distribution des droits distincts et permanents.

Le groupe PLR souligne plusieurs aspects positifs, à commencer par la logique du projet qui consiste à déplacer les activités portuaires, mais critique fondamentalement son coût. En effet, je pense qu'on perd un peu la raison s'agissant de la dépense des deniers publics. Il est question de 55 millions pour transférer les entreprises lacustres, mais ce déménagement ne représente en fait que 17,5 millions tandis que le prix de l'aménagement paysager visant à construire des îles avec des pieux s'élève à 15 millions. On est donc face à un aménagement paysager qui constitue 24,2% du coût global de l'ouvrage, et je pense que ça mérite en soi un débat en séance plénière.

Par rapport à l'ambiance qui a prévalu à la commission des travaux, ça a été relaté par le rapporteur de majorité que je remercie, il y a eu un certain mélange des genres quant au déplacement des sociétés. Evidemment, le PLR n'est pas contre les entreprises, mais contre la mauvaise utilisation des deniers publics. Il s'agit notamment d'éviter des rentes de situation ainsi que certains passe-droits accordés à une société en particulier - que je ne nommerai pas - s'agissant d'un droit distinct et permanent long, avec la demande - et là, je le dis très volontiers - d'un ancien chancelier, qui est tout de même censé défendre les intérêts de l'Etat, que des activités privées soient prises en charge par des collectivités publiques. C'est précisément ce point-ci, je vous le dis franchement, qui a braqué les commissaires PLR.

Le PLR n'est pas contre le développement de ce projet, mais je pense que rien que pour ça, il mérite une clarification. Ce genre d'objets ne doivent pas être traités aux extraits, un vrai débat public et un véritable acte démocratique doivent avoir lieu. Maintenant, on l'a dit, le savoir-faire des entreprises portuaires est nécessaire, tout comme il est capital de dégager les quais et de respecter les engagements pris. Toutefois, le coût est trop élevé pour nous; c'est la raison pour laquelle les commissaires PLR, dans un accès de mauvaise humeur, on va dire, ont refusé le projet de loi, notamment pour ces problèmes spécifiques... (La fin des propos de l'orateur est inaudible.)

Une voix. Très bien.

M. François Baertschi (MCG). Mesdames et Messieurs les députés, ce débat est intéressant, parce qu'il révèle d'étranges contradictions. Commençons par la gauche qui part en guerre contre la privatisation des rives du lac. Fort bien. Mais, au même moment, on assiste à la privatisation d'un espace public central de Genève, à savoir la plaine de Plainpalais, par le Cirque du Soleil, lequel appartient maintenant à une grande entreprise chinoise: c'est du gros business, du capitalisme dur, ils alignent les millions, ils achètent l'âme de Genève pour occuper le centre de la ville, la gauche vend l'âme de Genève à de grands financiers ! Bravo, la gauche genevoise ! Vous trahissez vos idéaux et là, vous venez avec des arguments qui ne tiennent pas la route alors qu'il s'agit d'un excellent projet.

L'autre paradoxe provient d'un milieu tout aussi étonnant. Le PLR nous dit qu'il faut éviter les rentes de situation. C'est ce qu'a indiqué son commissaire: «Nous estimons qu'il y a une rente de situation.» D'accord. J'évoquerai encore la plaine de Plainpalais; vous me direz que c'est la gauche qui en est responsable, évidemment, mais en ce qui concerne les rentes de situation, je ne suis pas sûr que le PLR ait toujours été exemplaire. Alors peut-être veut-il se racheter aujourd'hui, je ne sais pas, mais en agissant ainsi, il attaque une petite PME officiant dans le domaine lacustre, comme cela a été souligné. Qu'est-ce qu'on veut ? On cherche à fragiliser des emplois, à détruire une activité locale dynamique ! Il y a là vraiment quelque chose de choquant, parce qu'on est dans l'ordre du dogme, du dogmatisme, de l'idéologie aveugle.

Il y a l'idéologie aveugle de la gauche qui crée le malheur, il y a l'idéologie aveugle d'une certaine droite, prétendument libérale, qui cause également le malheur. Et Genève dans tout ça ? Que fait-on ? Nous avons un magnifique projet, et le MCG le soutiendra comme il l'a fait en commission. Nous vous demandons de le voter avec conviction pour Genève, pour l'activité lacustre, pour les habitants, pour le lac et pour l'avenir de notre belle cité. Merci, Mesdames et Messieurs les députés.

Le président. Merci bien. Je repasse la parole à M. François Lefort pour une minute dix.

M. François Lefort (Ve). Merci, Monsieur le président. Autant nous avons beaucoup ri tout à l'heure s'agissant du rapport de minorité, autant les paroles du commissaire PLR me font penser à autre chose. Nous parlons ici de protection de la biodiversité. La suite de la plage des Eaux-Vives, qui se concrétisera avec l'infrastructure du Vengeron, relève également de ce domaine. Il a mentionné les travaux qui lui semblent pharaoniques, les dépenses importantes pour le volet écologique, mais protéger la biodiversité, c'est aussi maintenir la stabilité de notre environnement... (Le président agite la cloche pour indiquer qu'il reste trente secondes de temps de parole.) ...et les montants qu'il a cités sont essentiels pour sauvegarder notre environnement, la qualité de vie de notre population qui, dans le futur, sera soumise à des contextes climatiques changeants. Que dire de plus ?

Le président. Il vous faut conclure.

M. François Lefort. Oui, je vais conclure. Outre que ces sommes sont fondamentales, Mesdames et Messieurs, elles sont également cruciales pour la trésorerie des entreprises membres des organisations patronales qu'il défend...

Le président. C'est terminé.

M. François Lefort. ...et donc vous comprendrez qu'il faut absolument voter ce projet de loi qui servira les finances de ces sociétés... (Le micro de l'orateur est coupé.)

M. Rémy Pagani (EAG), rapporteur de minorité. Je suis assez satisfait de la discussion générée par mon rapport de minorité, parce que celui-ci porte précisément sur les rentes de situation. Il y a une entreprise, dont je ne citerai pas le nom par égard pour elle, qui est complètement...

Une voix.  Ça figure dans le rapport.

M. Rémy Pagani. Oui, ça figure dans le rapport. ...qui est subventionnée à 100% par l'Etat de Genève, qui fournit une prestation tout à fait correcte et qui, par ce biais, prétend avoir le droit de rester dans des bureaux au bord du lac, de rénover des bateaux... Voilà trente ans qu'ils rénovent le même bateau, et j'aurais aimé entendre ce soir le Conseil d'Etat... (Commentaires.) Oui, j'ai constaté que c'était toujours le même bateau; ça fait trente ans que je me promène sur le quai bas des Eaux-Vives, et c'est toujours le même bateau ! Je ne sais pas comment ils font, mais c'est toujours le même bateau.

J'aurais aimé entendre le Conseil d'Etat s'engager aujourd'hui même à rompre les baux et à les renouveler d'année en année jusqu'à ce que cette plage soit créée, j'aurais aimé, comme M. Hiltpold vient de le signaler, entendre le Conseil d'Etat dire: «Oui, nous allons mettre en concurrence» - ouh là là, le mot qu'il ne faut pas prononcer ! - «ces entreprises qui bénéficieront de plus d'une dizaine de millions» - je ne dis pas gratuitement, mais qui seront mis généreusement à leur disposition. Voilà, donc j'espère que le Conseil d'Etat s'impliquera pour mettre le holà à ces prébendes.

Le président. Merci. Monsieur Grégoire Carasso, vous avez la parole pour deux minutes quarante-sept.

M. Grégoire Carasso (S), rapporteur de majorité. Merci, Monsieur le président. Des critiques ont été formulées sur la rente de situation, on assiste à une tentative d'opposition assez inadéquate concernant la portée économique du projet. Mesdames et Messieurs, on ne parle que d'une entreprise, et encore, celle qui est sans doute le moins directement concernée par les activités lacustres qui seront développées sur le site.

Je vous rappelle simplement un ordre de grandeur, parce que sur les 55 millions, 17 millions seront dédiés au volet portuaire et 7 millions proviendront des entreprises privées: deux tiers, un tiers, c'est un partenariat public-privé important de ce point de vue là. Venons-en aux 17 millions pour l'axe des loisirs: c'est l'aménagement d'une plage avec une grève naturelle, c'est l'installation-rénovation d'une buvette, ce sont trente places d'amarrage et 150 espaces pour les paddles, petits bateaux à voile, etc.

Enfin, il y a la dimension nature qu'on a si peu évoquée avec la création d'îles et la renaturation du Vengeron. Pour un montant de 20 millions sur les 55, c'est la création de zones d'eaux calmes permettant le développement, je le souligne, des macrophytes, ce sont des roselières, un secteur de type Cariçaie et deux grèves pour que les oiseaux puissent se reposer et se nourrir.

Il s'agit d'un beau projet à l'échelle cantonale qui libère les quais en déplaçant les entreprises lacustres au Vengeron et, sur ce périmètre, il s'agit d'un ouvrage remarquablement équilibré entre ses dimensions économiques que je viens de rappeler, mais aussi environnementales et de loisirs.

C'est la raison pour laquelle, Monsieur le président, chers collègues, j'espère qu'une majorité se dégagera pour soutenir ce crédit d'investissement et que les petites contrariétés passagères, abondamment mises en évidence dans le rapport ainsi que durant le débat de ce soir, ne nous priveront pas d'une majorité confortable. Je vous remercie.

Une voix. Bravo. (Applaudissements.)

Le président. Merci, Monsieur. Pour conclure la discussion, je cède la parole au président du Conseil d'Etat, Serge Dal Busco.

M. Serge Dal Busco, président du Conseil d'Etat. Merci beaucoup, Monsieur le président. A mon tour de vous féliciter très chaleureusement pour votre brillante élection ! Je ne sais pas quels éléments je peux ajouter à l'excellent rapport - tant écrit qu'oral - du rapporteur de majorité, si ce n'est souligner que la commission a été pleinement convaincue par le projet qui lui a été présenté par le Conseil d'Etat, un projet parfaitement équilibré, comme M. Carasso vient de le rappeler - y compris d'un point de vue financier, puisqu'on est pratiquement au million près -, avec trois pôles.

Il importait au Conseil d'Etat d'offrir une alternative crédible et économiquement supportable aux entreprises que l'on va prier - de manière assez impérieuse, je dois dire - de quitter les lieux qu'elles occupent depuis des années. Comme vous l'avez indiqué très justement vous aussi, Monsieur le rapporteur de minorité... Je vous ai côtoyé dans votre fonction précédente, nous avons collaboré quelques années de manière très fructueuse, je vous ai connu ambitieux et engagé dans l'objectif de déplacer de la rade des activités qui, tout à fait objectivement, n'ont plus de raison de s'y trouver. Aussi suis-je très étonné, je vous l'avoue, Monsieur Pagani, par les propos que vous tenez aujourd'hui, parce que je vous ai entendu à maintes reprises défendre des positions exactement inverses. Il nous importait donc d'offrir une alternative pour ces sociétés lacustres, car il est essentiel que leur viabilité économique soit assurée, nous devons créer ces conditions-là.

Chacun aura pu constater que les deux autres dimensions du projet, c'est-à-dire la question des loisirs, de l'accès à l'eau d'une part et le volet environnemental d'autre part, sont également très importantes. D'ailleurs, le projet qui avait été voté dans la liesse... J'ai bien aimé la description de M. le député Lefort tout à l'heure quand il évoquait les tongs - enfin, il n'est pas le seul à en avoir parlé -, le tuba et les lunettes de soleil; pour ma part, j'ai encore le souvenir du collier de fleurs hawaïen que M. Cramer arborait fièrement, et il avait bien raison de le faire. Cela étant, par rapport au projet qui avait été adopté en décembre 2009, me semble-t-il, des améliorations notables ont été apportées, des associations environnementales ont pesé sur l'évolution de l'ouvrage, et force est de constater aujourd'hui que c'est une totale réussite avec cet aspect environnemental, cette roselière et cette partie située à l'arrière, cela montre bien qu'il est possible de développer des projets extrêmement équilibrés.

C'est exactement cette ambition-là que nous avons pour le Vengeron et ce n'est pas de l'argent public gaspillé, c'est de l'argent investi pour notre population qui bénéficiera d'installations tout à fait attrayantes à cet endroit-là, ce sont des investissements faits au profit de la biodiversité et de l'environnement dans un contexte presque urbain. Enfin, le projet permet de dégager la rade, nous aspirons à ce qu'elle soit très attractive, encore plus qu'aujourd'hui, bien sûr.

En toute objectivité, j'ai de la peine à imaginer - nous avons de la peine à imaginer, au Conseil d'Etat - que l'on puisse être contre ce projet et j'espère - j'en suis convaincu, mais je l'espère ardemment - qu'il y aura une très large majorité pour suivre la majorité de la commission en acceptant, dans quelques instants, ce projet de loi. Merci de votre attention. (Applaudissements.)

Le président. Merci, Monsieur le président du Conseil d'Etat. Nous passons au vote.

Mis aux voix, le projet de loi 12968 est adopté en premier débat par 57 oui contre 28 non.

Le projet de loi 12968 est adopté article par article en deuxième débat.

Mise aux voix, la loi 12968 est adoptée en troisième débat dans son ensemble par 56 oui contre 30 non (vote nominal).

Loi 12968 Vote nominal