République et canton de Genève

Grand Conseil

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P 2017-A
Rapport de la commission des pétitions chargée d'étudier la pétition pour le maintien d'un véritable office postal pour la commune de Bardonnex
Ce texte figure dans le volume du Mémorial «Annexes: objets nouveaux» de la session X des 14 et 15 décembre 2017.
Rapport de M. Jean-François Girardet (MCG)

Débat

Le président. L'ordre du jour appelle la P 2017-A et je passe la parole au rapporteur, M. Jean-François Girardet.

M. Jean-François Girardet (MCG), rapporteur. Merci, Monsieur le président. Mesdames et Messieurs les députés, chers collègues, je crois qu'il est bien de consacrer quelques minutes à cet objet, parce qu'il en vaut vraiment la peine. La commission s'est déterminée à l'unanimité moins une voix en faveur du soutien à cette pétition qui demande le maintien d'un véritable office postal dans la commune de Bardonnex. Il se trouve que cette commune est bien connue du conseiller d'Etat Luc Barthassat et qu'il interviendra forcément en faveur de ce maintien, puisque le Conseil d'Etat s'est exprimé dans ce même esprit et l'a déclaré au travers de son rapport sur la M 2379. Par ailleurs, certains arguments, comme le développement durable, pourraient être mis en avant par la mairie pour envisager le maintien d'un office postal dans cette commune. Quoi qu'il en soit, chaque groupe voudra certainement s'exprimer pour le maintien de ce service au sein de cette commune. Je vous remercie.

M. François Baertschi (MCG). Encore un office de poste qui disparaît ! Encore un ! Combien de communes, combien de quartiers perdent-ils leur poste ? C'est intolérable, comme il est intolérable que l'on attaque le personnel postal, qu'on licencie et met à la porte de manière massive, souvent sans dialogue ni discussion. Le groupe MCG - comme d'autres - s'engage justement en faveur des offices de poste, en faveur des villages, en faveur des quartiers et en faveur des employés postaux, qu'il ne faut jamais oublier, parce qu'on va droit dans le mur, on va droit à la catastrophe si on continue comme ça. Ce n'est pas seulement une question économique et financière; la Poste se porte très bien, elle fait de gros bénéfices et peut tout à fait se développer avec un réseau postal dense qui correspond à ce qu'attend la population. La Poste peut tout à fait bien traiter son personnel, elle en a les moyens, et ce qu'elle fait est quelque part indigne.

Alors pensons à Bardonnex, qui est un village: où faudra-t-il aller après pour toutes les affaires postales ? Dans une épicerie ? Encore faut-il trouver un épicier qui veuille être payé de manière misérable, en étant exploité, quand on voit les conditions que la Poste fixe. On trouvera donc peut-être un épicier, mais il se peut qu'on n'en trouve plus. Et si c'est le cas, que faudra-t-il faire ? Il faudra se rendre directement en ville, à Plan-les-Ouates - s'il y a encore un office de poste à Plan-les-Ouates... Il convient par conséquent d'arrêter ce massacre, et c'est pour cette raison que je vous demande chaudement, au nom du groupe MCG, de renvoyer cette pétition au Conseil d'Etat.

M. Christian Frey (S). Faut-il rappeler que Bardonnex est composée de cinq hameaux - Compesières, Charrot, Bardonnex-Village, La Croix-de-Rozon et Landecy - qui ne sont pas reliés entre eux par des lignes TPG ? Il n'y a donc pas de moyen de communication pour aller par exemple de Landecy à Charrot, pour citer juste un cas. Cela amène évidemment des difficultés pour les personnes âgées, pour les personnes handicapées, ou tout simplement pour toute personne, pourrait-on dire, qui voudrait aller par exemple jusqu'aux Palettes. En effet, si un habitant de Landecy devait se rendre aux Palettes, pour prendre ce cas, il faudrait qu'il marche d'abord dix minutes jusqu'à La Croix-de-Rozon et qu'il change ensuite deux fois de bus, ce qui impliquerait pour cette personne un déplacement de plus d'une heure pour retirer son envoi recommandé ou faire ses paiements.

Les solutions qui sont proposées ne sont pas de véritables solutions. La première, c'est la filiale en partenariat. Plusieurs expériences dans le canton de Genève ont déjà montré que ces partenariats, malgré la petite indemnité versée, ne sont pas rentables et que des épiceries ou des cafés, par exemple, qui ont accepté d'entrer en matière veulent se retirer justement parce qu'ils ne s'y retrouvent pas. L'autre possibilité, c'est ce que l'on appelle le service à domicile, et il y a là un doute sur la pérennité de cette prestation. Que signifie pour un agent de la Poste, pour un facteur, le fait de se promener avec des sommes très importantes dans sa besace, à la campagne ? Il nous semble que c'est plutôt un prétexte, une petite solution ou un placebo pour faire passer des décisions.

Finalement, le dernier point, c'est la compétence cantonale. Effectivement, la M 2379 a été mentionnée et il est dit que le Conseil d'Etat ne cautionnera aucune fermeture de poste qui ne soit pas acceptée par la commune. Alors le renvoi au Conseil d'Etat se justifie déjà tout simplement pour savoir ce que signifie le fait que le Conseil d'Etat ne cautionne pas une fermeture de poste, sachant que par ailleurs la Poste nous dit, de manière quasi impérialiste: «Nous, notre seul vis-à-vis, c'est la commune; le canton n'a rien à dire là-dedans, donc circulez, il n'y a rien à voir !» Pour obtenir des réponses claires du Conseil d'Etat à toutes ces questions, nous vous recommandons de lui renvoyer cette pétition avec enthousiasme. Je vous remercie.

M. Olivier Baud (EAG). Monsieur le président, Mesdames et Messieurs les députés, j'aimerais d'abord préciser, pour celles et ceux qui lisent les rapports, que M. Olivier Baud - soit le premier signataire de cette pétition, en quelque sorte - ce n'est pas moi ! C'est mon homonyme, par ailleurs secrétaire général de la Fondation officielle de la jeunesse, que je salue. On évite ainsi tout malentendu !

Deuxièmement, vous connaissez l'attachement du groupe Ensemble à Gauche aux services publics. Et même si malheureusement la Poste ne peut plus véritablement prétendre avoir cette étiquette-là, elle reste néanmoins un service à la population, un service à la population absolument indispensable dans les quartiers, dans les communes, et il n'y a aucune raison de laisser tomber cela sous prétexte de rentabilité, cette rentabilité qui nous mine et qui détruit tout sur son passage.

L'excellente intervention de M. Frey m'évite de répéter tous les arguments qui plaident en faveur du renvoi au Conseil d'Etat, car effectivement - personne ne peut le nier ici - il existe des solutions, et c'est à la Poste de les trouver, avec l'aide du Conseil d'Etat à qui on fait confiance, en l'occurrence. Je vous remercie donc de renvoyer cette pétition au Conseil d'Etat.

Mme Anne Marie von Arx-Vernon (PDC). Mesdames et Messieurs les députés, comme vous le savez, le parti démocrate-chrétien est présent chaque fois que Syndicom nous alerte au sujet d'un problème et d'un risque de fermeture de poste. Qu'il s'agisse de petites postes de quartier ou de grandes postes comme celle de l'aéroport, pour le parti démocrate-chrétien c'est un non-sens économique et relationnel, car cela représente vraiment un risque majeur de désertification relationnelle.

Alors pourquoi intervenons-nous ? Eh bien parce qu'il y a quinze ans, Monsieur le président, Carlo Lamprecht avait travaillé avec la Poste au nom du Conseil d'Etat pour stopper l'hémorragie de ces fermetures de poste et que cela avait marché. Aujourd'hui, nous faisons donc confiance au Conseil d'Etat pour négocier une nouvelle fois avec la Poste et vous invitons, Mesdames et Messieurs les députés, à renvoyer cette pétition au Conseil d'Etat. Je vous remercie. (Brouhaha.)

Le président. Merci, Madame la députée. Je vais attendre quelques secondes, parce que c'est de nouveau très bruyant. (Un instant s'écoule.) Monsieur Wicky, c'est à vous.

M. Raymond Wicky (PLR). Merci, Monsieur le président. Mesdames et Messieurs, chers collègues, je me permets juste de prendre la parole pour nuancer un petit peu le diagnostic. Il est vrai que notre groupe a soutenu le renvoi de cette pétition au Conseil d'Etat, et il ne reviendra pas en arrière sur sa position, mais il se trouve qu'on dresse un tableau qui est unilatéralement et totalement défavorable à ces opérations postales. J'aimerais donc citer mon propre cas, et vous me le pardonnerez. J'habite une petite commune où, depuis que la poste locale a été fermée et que le service postal a été transféré à l'épicerie de notre sympathique village, le service est de meilleure qualité qu'avant, ne serait-ce qu'en termes d'heures d'exploitation.

Nous prônons donc le renvoi au Conseil d'Etat car nous estimons qu'il faut trouver des solutions équilibrées, dans le cadre d'un dialogue - et bien entendu des solutions qui soient adaptées aux secteurs couverts - mais on ne peut pas dire que toutes les opérations de transfert sont vouées à l'échec et que c'est une catastrophe pour les habitants. Il y a des cas où cela fonctionne. Merci de votre attention.

Le président. Merci, Monsieur le député. La parole n'étant plus demandée, nous allons nous prononcer sur les conclusions de la commission, soit le renvoi au Conseil d'Etat.

Mises aux voix, les conclusions de la commission des pétitions (renvoi de la pétition 2017 au Conseil d'Etat) sont adoptées par 66 oui (unanimité des votants).