République et canton de Genève
Grand Conseil
Séance du jeudi 7 mai 2026 à 17h
3e législature - 4e année - 1re session - 1re séance
Discours de la nouvelle présidente
Discours de Mme Dilara Bayrak, nouvelle présidente
La présidente. Chères et chers collègues, merci beaucoup pour votre soutien. J'aimerais tout d'abord remercier l'ancienne présidente, car je n'ai pas pu me joindre aux félicitations tout à l'heure. Ana, je t'ai côtoyée longuement au Bureau et je dois dire que tu as su mener nos travaux, tant en séance plénière qu'au Bureau, avec brio, ramenant le calme quand c'était nécessaire, l'exigeant surtout par moments; j'espère faire aussi bien que toi.
Mesdames et Messieurs les députés, chères et chers collègues, c'est avec émotion que je vous remercie pour la confiance que vous m'accordez et pour l'honneur que vous me faites en m'élisant à la fonction de présidente du Grand Conseil. Je sais la responsabilité qu'elle implique et je m'efforcerai de représenter notre institution au mieux de mes capacités. Je vous suis d'autant plus reconnaissante que mon profil n'est pas très représentatif de notre assemblée, à tout le moins sur cinq critères. Déjà, je suis de gauche... (Rires.) ...alors que nous ne sommes que trente-trois à partager cette caractéristique au sein du parlement. Ensuite, je suis une femme, or nous ne sommes que trente et une députées titulaires ici. Je suis également une immigrée de seconde génération hors territoire européen; je n'ai pas fait les comptes, mais nous devons être une quinzaine dans ce cas. Je suis en outre meyrinoise; nous sommes une petite trentaine à habiter la rive droite, selon les statistiques de début de législature. Enfin, je fais partie des jeunes. Malheureusement - je dis bien: malheureusement -, je suis toujours la deuxième plus jeune de ce Grand Conseil. Cela m'ennuie, j'aurais aimé perdre ce statut ou du moins que nous soyons davantage dans le lot ! Je ne nie pas que je suis jeune, et je sais que cela dérange certains d'entre vous, qui me considèrent comme trop militante encore, mais je pense que plus de jeunes gens devraient être élus ici pour représenter les intérêts de la jeunesse. A ce propos, je salue à la tribune la présence de membres du Parlement des jeunes genevois ! C'est avec reconnaissance, donc, au vu de ces différences, que j'accède à la fonction de présidente, et je vous réitère mes remerciements.
Avant d'entrer dans le vif de mon allocution, je souhaiterais prendre quelques instants pour remercier en premier lieu ma maman, qui se trouve à la tribune. C'est elle qui nous a élevées, ma soeur et moi, qui m'a soutenue au quotidien, qui m'a permis de devenir la personne que je suis, en m'offrant tout ce qu'elle possédait: son temps, son énergie, sa vie, et ce sans aucune retenue. Elle a incarné un exemple pour moi en tout point, m'inculquant des valeurs qui transcendent le domaine politique. Je suis fière de porter son nom de famille et de la représenter aussi dans cette fonction, puisque nous partageons les mêmes initiales. C'est une superhéroïne à tant d'égards que le temps me manquerait si je devais tous les évoquer.
Je prends encore un tout petit moment pour remercier mon parti. Je suis extrêmement fière d'être membre d'un groupe qui pousse la jeunesse en avant, qui a compris l'importance de l'égalité et qui ne laisse pas l'actualité compromettre ses valeurs et ses priorités. Cette année, cela fera dix ans que j'ai rejoint les Verts. La décision était compliquée à l'époque, ma seule certitude étant que je voulais faire bouger les choses, secouer l'ordre établi. J'avais rencontré des représentants de tous les partis lors des événements du Parlement des jeunes genevois - peut-être que vous ne vous en souvenez pas, mais certains d'entre vous faisaient déjà partie de ces personnalités. Finalement, j'ai fait le choix d'adhérer au parti des Verts, persuadée que le réchauffement climatique constituait le fléau de ma génération.
Plus le temps passe et plus je suis confortée dans mon choix. Les écologistes et les scientifiques avaient vu juste, même si leur cause était - et est toujours - impopulaire. Nous vivons actuellement la sixième extinction de masse, c'est-à-dire que nous sommes en train de détruire notre environnement cent à mille fois plus rapidement que selon l'ordre naturel des choses. Pour information, la cinquième extinction de masse était celle des dinosaures. Loin de moi l'idée de jouer les alarmistes juste pour le plaisir, je sais que les soucis du quotidien prennent toute la place disponible dans notre esprit: payer les assurances, payer le loyer, payer, payer, payer... L'écologie semble représenter un luxe pour le commun des mortels, et c'est peut-être l'image qu'on en donne.
Pour ma part, je vais vous parler de ce qui m'a poussée à intégrer les Verts, au-delà des considérations écologiques. Je souhaiterais que personne n'ait peur: peur de ne pas pouvoir nourrir sa famille, peur de ne pas réussir à payer son loyer, peur de se retrouver à la rue, peur de ne pas arriver à s'acquitter de son assurance-maladie, peur d'être attaqué en raison de sa personne ou de ses croyances. Je souhaiterais que les Genevoises et les Genevois vivent décemment et dignement, que celles et ceux qui veulent prendre le temps de profiter de leur famille puissent le faire, que celles et ceux qui entendent ralentir un peu la cadence puissent le faire également. Voilà le modèle de société pour lequel je me bats. Or plus les années passent, plus je constate que l'on s'en éloigne: les attaques contre les droits fondamentaux se multiplient, les dérives se normalisent, les propos qui pointent du doigt l'autre, celui qui vit différemment ou qui vient d'ailleurs, se systématisent. La fenêtre d'Overton est désormais devenue une baie vitrée.
Nous, députés, portons une responsabilité dans ce contexte. Notre rôle est de discuter, de débattre; nous menons ici des luttes de valeurs, de classes, d'intérêts. Une députée m'a confié un jour qu'il était normal que nos débats soient houleux et violents; si le parlement n'existait pas, m'avait-elle expliqué, les différents intérêts se confronteraient sur d'autres terrains et on en viendrait sûrement plus rapidement aux mains au sein de la société. Chacun d'entre nous représente des intérêts différents, mais nous sommes unis dans la croyance que l'Etat de droit doit subsister coûte que coûte. Il est vrai que la société devient de plus en plus liberticide, que les attaques contre les droits fondamentaux ne cessent d'augmenter. Dans ce contexte, chacun d'entre nous porte la responsabilité de préserver notre système démocratique.
J'appelle donc à ce que nous gardions cela en tête lors de nos travaux. Nous sommes des gardiens et des gardiennes de l'Etat de droit, et nous devons faire vivre la démocratie dans ses limites. Je sais que cela représente un grand effort pour chacun et chacune de nous, que l'engagement que nous prenons ici dans le cadre des commissions et de nos séances plénières nous coûte déjà beaucoup, que ce soit sur le plan de notre vie privée, familiale, ou de notre temps libre. Je sais que c'est difficile, mais c'est une responsabilité qui nous incombe, et je souhaitais le rappeler ici.
J'ai déjà été trop longue, Mesdames et Messieurs, je suis désolée. Si cela peut vous rassurer, je ne prendrai plus la parole sur le fond des débats, en tout cas pendant l'année à venir ! Je vous remercie de m'avoir écoutée. (Longs applaudissements. L'assemblée se lève.)
Une voix. Bravo !