République et canton de Genève
Grand Conseil
Séance du vendredi 31 octobre 2025 à 16h15
3e législature - 3e année - 5e session - 29e séance
M 2775-C et objet(s) lié(s)
Débat
La présidente. Nous passons au traitement des objets liés suivants: la M 2775-C, la M 2812-C, la P 2149-C et la M 2946-A, dont nous débattons en catégorie II, trente minutes. Monsieur Jotterand, vous avez la parole.
M. Matthieu Jotterand (S), rapporteur de majorité. Merci, Madame la présidente. Je serai assez bref, puisque a déjà eu lieu un deuxième retour en commission de ces textes... (Brouhaha.)
Une voix. Chut !
M. Matthieu Jotterand. ...qui portent simplement sur les places de stationnement pour deux-roues motorisés et sur le souhait de l'UDC et du MCG d'en mettre absolument partout et tout le temps. Les textes ont été largement examinés, les plans d'actions aussi. Ces textes étaient encore en commission parce que les plans d'actions étaient traités.
On a eu la chance d'avoir le magistrat qui... (Brouhaha.) Si ça ne vous intéresse pas, Messieurs Florey et Baertschi... (Remarque.) Très bien ! On a discuté de différents éléments, notamment - je trouvais qu'il était important de le signaler - la question des épaves sur les stationnements vélos, qui occupent pas mal de place et qui encombrent. Le Conseil d'Etat a assuré que d'ici la fin de l'année - on s'en approche et on s'en réjouit - il y aurait une action assez forte visant à dégager toutes ces places afin de libérer de l'espace. C'est en effet un peu le problème actuel: les places étant en sous-nombre, on voit souvent des deux-roues motorisés se reporter sur les places à épingle, qui, techniquement, sont des places mixtes tant qu'il n'y a pas de signalisation verticale précisant le contraire. A donc lieu un report des vélos sur le trottoir, sur divers poteaux de signalisation, ce qui n'est évidemment pas souhaitable, et on se retrouve avec un encombrement généralisé de l'espace public, tout ça parce que l'on souhaite garer des motos sur les places vélos et, par conséquent, procéder à un report dans le sens que je viens de dire plutôt que, par exemple, de reprendre des places voitures en mettant huit motos sur une place. Ça pourrait être une idée, malheureusement, pour des raisons qui m'échappent, elle n'est absolument jamais appliquée.
Les plans d'actions ayant été votés, on a décidé que le texte pouvait retourner en plénière. Cela a été accepté à une large majorité, moins le MCG et l'UDC qui vont certainement nous faire une petite diatribe sur la politique prétendument répressive contre le stationnement des deux-roues motorisés sur les trottoirs; mais je leur laisse la parole, ils le feront assurément mieux que moi ! M. Baertschi piaffe d'impatience ! (L'orateur rit.)
M. François Baertschi (MCG), rapporteur de minorité. Comme m'y invite de manière si courtoise le rapporteur d'une des majorités, je vais aller dans le sens de ce qu'il a dit.
Depuis la mise en place d'une politique répressive dans les années 2020, le parcage des deux-roues motorisés est devenu problématique, rendant les déplacements de plus en plus compliqués pour cette catégorie d'usagers de la route. Cela devrait au contraire être largement encouragé, puisque cela évite des embouteillages et une occupation excessive de la chaussée, favorisant ainsi la circulation à travers le canton. Ce qui est demandé dans les M 2775 et 2812 et la P 2149, c'est d'améliorer cette forme de parcage et de mettre fin à la pénurie artificielle que nous connaissons depuis l'interdiction du stationnement des deux-roues motorisés sur les trottoirs.
La réponse du Conseil d'Etat n'est cependant pas du tout satisfaisante, car elle ne tient pas sérieusement compte des requêtes des motionnaires et du pétitionnaire en matière de gratuité et de réduction de la rareté de l'offre. Il ne s'agit pas d'une véritable réponse à cette question, qui pourtant préoccupe une large partie de la population genevoise. Il faudrait, au contraire, une politique volontariste pour améliorer ce point noir de la circulation, ce que ne propose pas encore le gouvernement. Dans sa réponse, il se réfugie en effet derrière les récents plans d'actions, qui sont insuffisants à propos des questions évoquées.
La minorité espérait une autre réponse, plus ambitieuse, qui réponde à ses attentes et améliore véritablement la vie des habitants de notre canton. Comme le dit si bien le pétitionnaire, «il est incompréhensible que l'Etat s'acharne sur les 2RM, au vu de leur apport en termes de fluidité du trafic» ainsi que du peu d'espace occupé par ce mode de transport.
Nous aurions voulu également entendre le gouvernement sur la politique répressive de l'Etat, qui frappe de manière excessive les deux-roues motorisés. La réponse du Conseil d'Etat étant très largement insatisfaisante, nous vous demandons, Mesdames et Messieurs les députés, de lui renvoyer son rapport.
M. Stéphane Florey (UDC), rapporteur de majorité. A propos de la M 2946, intitulée «Non à l'excès de zèle inapproprié envers les 2RM», le problème de fond est bien le manque de places de stationnement pour les deux-roues dans notre canton. J'insiste vraiment sur l'expression deux-roues. Il ne vous aura en effet pas échappé que le titre de la motion a été modifié. Je m'excuse par ailleurs, j'aurais dû reporter le bon titre sur la première page; si vous lisez la page 2, vous retrouverez le titre amendé, qui est bel et bien «Augmentons le nombre de places pour les deux-roues».
Le débat en commission a porté notamment sur les fameux plans directeurs évoqués hier soir et maintenant. Pour nous, il est évident que la discussion doit exclusivement concerner les deux-roues, quels qu'ils soient. Hier soir encore, je le rappelle, nous avons voté une loi afin de garantir la gratuité sur le domaine public pour tous les deux-roues. Or, c'est exactement le but cette motion: celle-ci invite en effet le canton à augmenter le nombre de places pour tous les deux-roues dans le canton en collaboration avec les communes. Ces dernières sont largement parties prenantes dans l'utilisation du domaine public, puisque, vous le savez tous, le domaine public cantonal et le domaine public communal ont chacun leur lot de places de stationnement.
Il s'agit bien de demander au canton d'agir sur le nombre de places de stationnement pour tous les deux-roues et d'arrêter d'établir la distinction que j'évoquais tout à l'heure. En conclusion, la majorité vous recommande d'adopter la M 2946 «Augmentons le nombre de places pour les deux-roues». Je vous remercie.
Mme Caroline Marti (S), rapporteuse de minorité. Mesdames et Messieurs les députés, je rappelle, en préambule, qu'il y a à peine quelques mois, le Grand Conseil s'est accordé sur les nombreux plans d'actions relatifs à la mobilité, notamment celui du stationnement, dans le cadre duquel toute une série d'actions sont listées et qui a abouti à un compromis dans le but d'augmenter les places de deux-roues motorisés. Quand je parle de compromis... Il est évident que la minorité que je représente n'est pas nécessairement favorable à la création d'un grand nombre de places pour les deux-roues motorisés, mais dans le contexte d'une discussion sur un document général comme le plan d'actions du stationnement, nous avons accepté en particulier le fait que certaines places supplémentaires pour ce type de véhicules puissent être réalisées.
Alors vous me demanderez: «Pourquoi s'opposer à cette motion, qui reprend les objectifs du plan d'actions du stationnement ? C'est inutile, ça nous fait perdre du temps. Finalement, elle n'est pas bien méchante.» Eh bien, en réalité, ce n'est pas le cas. Pourquoi ? Parce que ce texte va bien plus loin que le consensus, le compromis trouvé dans le cadre du plan d'actions du stationnement. En effet, celui-ci propose que l'on augmente le nombre de places pour deux-roues motorisés en tenant compte des enjeux environnementaux et urbains, en respectant les espaces dévolus aux autres modes de transport, par exemple les piétons, les transports publics, mais également ceux nécessaires pour assurer le stationnement des véhicules de livraison. Figurait donc, dans l'ambition d'accroître le nombre de places pour deux-roues motorisés, une notion de pondération, de pesée d'intérêts et de proportionnalité.
Or, ce n'est pas du tout ce que propose la M 2946: elle demande tout simplement que l'on réponde aux besoins de stationnement, et ce sans peser les intérêts, sans poser de conditions et surtout absolument sans rien mentionner quant à la manière d'évaluer ces besoins, de les définir, et quant à qui le fera. Ce flou risque d'aboutir à des situations complètement absurdes. Si l'on doit créer des places de stationnement pour deux-roues motorisés afin que n'importe lequel de ces 50 000 véhicules aujourd'hui immatriculés dans le canton... 60 000, me dit M. le conseiller d'Etat - merci -, puisse avoir une place en tout temps et en tout lieu, on aboutira à un grignotage complet du territoire pour le stationnement des deux-roues motorisés, ce qui serait bien entendu absurde.
Ce que dénonce également la minorité, c'est la logique de fuite en avant que la motion introduit. En effet, si l'on construit plus de places de stationnement pour les deux-roues motorisés, on va favoriser ce type de déplacement et, par conséquent, augmenter le nombre de ces véhicules en circulation. Pour répondre aux besoins, on devra accroître le nombre de places de stationnement spécifiques, créant ainsi un appel d'air qui augmentera le nombre de deux-roues motorisés, etc., etc.
Or, pour la minorité, ces véhicules ne représentent pas un mode de déplacement durable et il ne s'agit pas de les encourager. On doit avoir une vision des différents choix de mode de transport en reconnaissant que certains...
La présidente. Vous passez sur le temps de votre groupe.
Mme Caroline Marti. Merci, Madame la présidente. ...engendrent des externalités positives pour la collectivité - c'est notamment le cas de la mobilité douce ou des transports publics - et que d'autres, comme les 2RM, génèrent des nuisances pour la collectivité: nuisances sonores, pollution atmosphérique, etc. Ce sont les modes aux externalités positives qu'il s'agit d'encourager, et non ceux qui provoquent des effets négatifs comme les deux-roues motorisés.
Or, la motion telle qu'elle est rédigée actuellement permet de favoriser les deux-roues motorisés. Ces derniers ont pourtant un équivalent fonctionnel, à savoir le vélo, qui peut être mécanique, mais aussi, pour répondre à des besoins de déplacements sur de plus longues distances, électrique. C'est ce type de mobilité que l'on doit promouvoir dans notre canton, et ce pour des raisons évidentes de protection du climat, de pollution de l'air et de réduction des nuisances, notamment sonores. Pour toutes ces raisons, la minorité que je représente ici vous recommande de refuser cette motion. Je vous remercie.
M. Christian Steiner (MCG). Tout d'abord, il faut saluer les avancées du plan d'actions du stationnement qui vont dans le sens de ces différents objets: la décision de créer des places pour deux-roues et surtout la non-différenciation entre vélos, vélos électriques et deux-roues motorisés. Quant aux remarques habituelles sur les externalités négatives, il convient de commencer à se demander si entre le dernier modèle de scooter qui consomme à peine plus d'un litre et un gros vélo-cargo chargé le soir avec de l'électricité produite au charbon, elles ne sont pas équivalentes. (Commentaires.) On fait un pas en avant.
Je répète les termes que j'ai employés hier soir: il faut que l'office cantonal des transports prenne les choses en main, parce qu'actuellement cette non-différenciation ne s'applique pas. Des communes, dont la plus grande, continuent à peindre des places vélos qui n'ont aucune valeur juridique. Mentionnons surtout le délire des agrafes à vélo ! J'ai eu une commission extra-muros à la Jonction et j'ai dû parquer ma moto entre deux agrafes à vélo. Je me suis amusé à compter celles-ci: près de la rue des Jardins, sur la rue du Stand, ce sont cinquante agrafes à vélo inoccupées ! On voit qu'on utilise partout des méthodes coercitives contre les deux-roues motorisés qui entrent maintenant en contradiction avec le plan d'actions du stationnement.
J'émets aussi des réserves au sujet de la limitation de cinq heures sur le domaine public, parce que des gens ne disposent pas de places chez eux et surtout parce que l'offre en ouvrage n'est pas encore suffisante. En conclusion, le MCG votera le renvoi au Conseil d'Etat de son rapport et adoptera la M 2946. Merci.
M. Cédric Jeanneret (Ve). On est encore dans cette queue de comète des textes sur les deux-roues motorisés qui avait suivi la fin de la tolérance du stationnement sur les trottoirs en 2021. Depuis, comme il a été rappelé, le plan d'actions du stationnement a été largement accepté par notre Grand Conseil. Il est de nature à rassurer les propriétaires de deux-roues qui ont besoin de stationner leur véhicule, dans la mesure où il prévoit, à l'horizon 2028, des milliers de places de stationnement mixtes supplémentaires, dont 2000 dans l'hypercentre et notamment 20 vélostations et 10 motostations.
On nous a détaillé en commission les projets du P+R de Sous-Moulin, du parking des Tuileries, du P+R des Mouilles, du parking de l'hôpital Cluse-Roseraie, du parking Lombard, du parking de Sardaigne à Carouge, du P+R P47 à l'aéroport, un projet de parking au quai de Bernex, à Hermance, etc., etc. On crée des places de parking à tour de bras, les deux-roues motorisés n'ont donc pas de souci à se faire en la matière. Il est temps de prendre acte de ces rapports et de passer à autre chose.
En matière de mobilité et de parking, une certaine droite populiste de ce parlement fait preuve d'un dogmatisme crasse: elle fixe des interdictions préventives dans la loi, interdit par anticipation de réfléchir à des solutions limitant les véhicules ventouses sur l'espace public, multiplie des textes redondants, chargeant inutilement notre ordre du jour et enfonçant des portes ouvertes au nom de la pseudo-liberté de rouler en véhicule motorisé ! Mesdames et Messieurs les députés, chers collègues, la prochaine fois que j'entendrai un député de ce Grand Conseil taxer un Vert de dogmatisme, je lui tendrai un miroir ! (Applaudissements.)
M. Souheil Sayegh (LC). Chers collègues, après la démonstration dogmatique... (L'orateur rit. Rires.) ...de mon collègue Vert - pas besoin de miroir ! -, je vous présente la position du Centre. Naturellement, nous sommes en faveur des places de stationnement pour les deux-roues. Je l'ai déjà rappelé hier et je le rappelle encore aujourd'hui, ces places devraient idéalement être situées en ouvrage. C'est bon pour la sécurité, c'est bon pour la voirie d'être libérée des deux-roues et des quatre-roues.
Je rassurerai Mme Marti quant aux 60 000 deux-roues motorisés roulant actuellement. Quand on roule en deux-roues, on ne roule pas en quatre-roues, car une même personne ne peut pas faire les deux. Donc si l'on accroît le nombre de véhicules à deux roues qui circulent, c'est automatiquement autant de véhicules à quatre-roues soustraits du trafic, et si l'on augmente le nombre de places de stationnement pour ces véhicules-là, on n'est par conséquent pas forcé d'accroître le nombre de celles pour les quatre-roues motorisés.
Le Centre refusera de prendre acte de la P 2149-C et acceptera très volontiers la M 2946 amendée, comme l'a relevé M. Florey, relative à l'augmentation du nombre de places de stationnement pour les deux-roues. En résumé, augmentons le nombre de places de stationnement pour les deux-roues, idéalement en ouvrage.
Il est important de saluer le travail de la Fondation des parkings et du département. Tout ne peut pas être fait du jour au lendemain. Tout comme les vélos ne peuvent circuler sur toutes les voies ni partout, les deux-roues motorisés non plus, les quatre-roues non plus. Il convient aujourd'hui d'apaiser un peu tout ça et de faire en sorte que tout un chacun puisse circuler là où il peut, avec le plus de sécurité possible. Mettons tout le monde ou le plus possible sous terre et allons de l'avant. Je rejoins M. Jeanneret: passons à autre chose. (Remarque. L'orateur rit.) Pour toutes ces raisons, Le Centre refusera de prendre acte du rapport du Conseil d'Etat sur les M 2775, M 2812 et P 2149 et acceptera la M 2946. Je vous remercie.
Mme Fabienne Monbaron (PLR). Les M 2775 et 2812, comme cela a été dit, demandent un accroissement majeur et rapide des places pour les deux-roues motorisés en surface, la suppression de la distinction entre les places pour deux-roues motorisés et celles pour vélos ainsi que la compensation de la suppression de places voitures par des places pour les deux-roues motorisés à proximité.
A l'inverse, la M 2946 demandait initialement de distinguer le stationnement pour les deux-roues motorisés. Or, le plan d'actions du stationnement, qui a été voté par ce Grand Conseil avant la fin des travaux sur ces motions, prend en compte les différentes requêtes, notamment celle relative à des emplacements de stationnement mixtes, c'est-à-dire pour tous les deux-roues. C'est la raison pour laquelle la M 2946 a été amendée et demande maintenant d'augmenter rapidement le nombre de places de stationnement pour tous les deux-roues dans le canton en collaboration avec les communes - il est vrai que certaines communes n'offrent que très peu de possibilités.
Le rapport du Conseil d'Etat répond favorablement aux requêtes exprimées, dans la mesure où il nous a été indiqué qu'un objectif chiffré pour la réalisation de places de stationnement mixtes supplémentaires a été fixé à 2400 places, dont 2000 dans l'hypercentre. La Fondation des parkings prévoit aussi la création de places dans ses infrastructures, avec des motostations et vélostations conséquentes dans une douzaine de parkings; il s'agit là d'une offre complémentaire à celle qui sera déployée sur le domaine public. Le conseiller d'Etat nous a expliqué également que ces éléments, maintenant chiffrés, peuvent être intégrés dans le plan d'actions du stationnement suite à leur présentation devant la commission.
Concernant la pétition, une loi relative au maintien de la gratuité du stationnement pour les deux-roues motorisés a été votée hier, elle répond ainsi à la demande formulée dans la pétition.
Les différentes invites des motions ayant été prises en compte lors de la rédaction des plans d'actions, le PLR prendra acte du rapport du Conseil d'Etat et acceptera la M 2946 amendée en commission, tout en restant attentif quant à la mise en oeuvre des mesures annoncées.
M. François Baertschi (MCG). J'apprends de la part du député Jeanneret que nous avons une droite populiste crasse, qu'elle serait dans l'idéologie. J'ai plutôt l'impression - vous pourrez lui transmettre, Madame la présidente - que ce sont les écologistes qui nous font des crasses, en particulier en ce qui concerne le stationnement des deux-roues. C'est l'impression... Plus qu'une impression, c'est à mon sens un peu une réalité. Il faut à tout prix ne pas faire des deux-roues motorisés les parents pauvres de la circulation et fournir véritablement un effort. Certes, un effort a déjà été fourni et va dans la bonne direction, comme l'a dit le député Steiner, mais il faudrait aller encore plus loin. Voilà en tout cas la raison pour laquelle nous refusons de prendre acte du rapport sur les deux motions et la pétition, mais, bien évidemment, nous soutenons la M 2946.
M. Matthieu Jotterand (S), rapporteur de majorité. J'interviens très rapidement pour souligner que le député du Centre a parfaitement résumé la politique de mobilité de la droite de ce Grand Conseil: enterrer tout le monde, nous mettre tous six roues sous terre... (Commentaires. Rires.) ...et régler ainsi tous les problèmes.
La présidente. Vous passez sur le temps de votre groupe.
M. Matthieu Jotterand. Cela étant, pour revenir au rapport de majorité et rebondir sur tout ce qui a été dit, une chose revient dans le débat, mon préopinant l'a dit: il existerait une sorte de cabale contre les deux-roues motorisés. C'est ce qui pourrait ressortir de ce débat aux yeux des téléspectateurs et téléspectatrices et de quiconque n'aurait pas suivi la politique de mobilité, alors qu'en réalité, quand on lit ce qui se passe - ça figure dans le rapport -, on s'aperçoit qu'il y a une augmentation exponentielle du nombre de places pour deux-roues motorisés, au mépris d'ailleurs de tous les problèmes par exemple de bruit routier, au mépris aussi du fait qu'un motocycliste... S'il est en effet deux fois moins large qu'un automobiliste, il reste toujours dix fois moins efficace de par son poids qu'un cycliste, dont le véhicule pèse à peu près dix fois moins, même un vélo électrique, sans parler d'un vélo qui roule à la force musculaire. (Remarque.) Donc en fait... Un vélo-cargo est toujours bien moins lourd qu'une moto, Monsieur Florey ! Je ne connais pas de vélo-cargo qui pèse 200 kilos, vous m'en montrerez ! Tout ça pour dire que concrètement, la moto, c'est certes moins... (Commentaires.) Je peux finir ou ça va ? Oui ? (Commentaires.)
Une voix. Ça va ! Ça va !
M. Matthieu Jotterand. Tout ça pour dire qu'une moto, par rapport à une voiture, est peut-être en effet moins inefficiente que deux tonnes pour déplacer 100 kilos, elle reste toujours beaucoup moins efficiente qu'un vélo. Surtout, beaucoup, beaucoup, beaucoup est accompli pour le garage de ces motos. Donc, clairement, ce rapport doit être accepté et non renvoyé au Conseil d'Etat.
La présidente. Merci beaucoup. La parole revient à M. Jeanneret pour une minute vingt.
M. Cédric Jeanneret (Ve). Merci, Madame la présidente. Je crois que mes préopinants socialistes ont donné les arguments qu'il fallait. Selon moi, on s'inscrit dans une logique de pragmatisme. Laissons se déplacer en véhicule motorisé les gens qui n'ont pas d'autre choix, je pense notamment aux professionnels: il faut qu'ils puissent se déplacer en ville. Privilégions en revanche, comme le propose notre plan d'actions de la mobilité, les modes de déplacement qui n'émettent pas de bruit, qui ne génèrent pas de pollution, qui sont bons pour la santé. C'est ce que j'appelle, pour ma part, du pragmatisme, n'en déplaise à M. Baertschi. (Applaudissements.)
La présidente. Je vous remercie. Monsieur Cerutti, c'est à vous, mais il vous reste cinquante-quatre secondes.
M. Thierry Cerutti (MCG). Merci, Madame la présidente. Mesdames et Messieurs les députés, je suis étonné par les propos que j'ai entendus il y a un instant. M. Jotterand nous dit qu'une moto pèse 200 kilos, mais je ne sais pas à quel type de moto il pense. Pour mémoire, il en existe plusieurs: certaines pèsent moins de 100 kilos, d'autres plus. Tout comme les vélos: certains sont légers, d'autres beaucoup plus lourds. Donc ce que vous dites n'a pas de sens.
J'aimerais vous rappeler que rouler en deux-roues, à vélo ou à moto, favorise la fluidité du trafic. A Genève, aujourd'hui, le gros mal que la population subit au quotidien, tous les jours que Dieu fait, consiste à ne pas pouvoir circuler, à se trouver dans l'impossibilité de circuler. Grâce aux deux-roues, on circule, et l'Etat doit bien naturellement mettre en valeur ce mode de locomotion, car il libère énormément de place sur les voies de circulation...
La présidente. Il vous faut conclure, Monsieur le député.
M. Thierry Cerutti. ...permettant aux professionnels de circuler normalement et d'accomplir leur travail, parce que les deux-roues, on le sait...
La présidente. Merci, Monsieur le député.
M. Thierry Cerutti. ...ne créent pas de bouchons, comme le font les voitures ou les vélos. (Remarque.) Merci !
M. Stéphane Florey (UDC), rapporteur de majorité. Je relève deux ou trois éléments afin de conclure ce débat. J'invite certains députés ici présents à lire la définition des termes «pragmatisme» et «dogmatisme» dans le dictionnaire; j'ai entendu beaucoup de contradictions, et surtout, certaines idées préconçues ont la dent longue.
La présidente. Vous passez sur le temps de votre groupe.
M. Stéphane Florey. Merci, Madame la présidente. J'ai insisté longuement sur le fait qu'aujourd'hui il fallait s'évertuer à ne pas établir de différences entre vélos, vélos électriques, scooters, motos. Il faut véritablement considérer la totalité de ces véhicules comme des deux-roues. J'ai pourtant entendu M. Jotterand et M. Jeanneret continuer à faire ces distinctions. Or, la distinction est crasse, car si vous prenez un vélo-cargo, dans bien des cas, il occupe davantage de volume qu'un deux-roues motorisé. Quand on voit qu'un vélo-cargo occupe quasiment deux cases dévolues au stationnement de deux-roues, de par sa largeur, et qu'en plus, dans bien des cas, sa longueur dépasse largement celle de la case elle-même, on peut se poser des questions. C'est précisément là que réside tout l'intérêt de ce débat et de la M 2946: la majorité veut établir le fait qu'aujourd'hui, on parle exclusivement de deux-roues, et ce, quels qu'ils soient - j'insiste vraiment là-dessus.
En conclusion, comme j'utilise le temps de parole de mon groupe, je précise que l'UDC votera le renvoi au Conseil d'Etat de son rapport, ainsi que le défend mon collègue François Baertschi. Nous restons en effet, ça a été dit, opposés à ces trois réponses, et le resterons tant que nous n'aurons pas obtenu, entre guillemets, «gain de cause» vis-à-vis de la M 2946, car aujourd'hui, bien qu'il y ait une forte majorité, le Conseil d'Etat devra encore y répondre favorablement, chose que j'espère, et trouver des solutions satisfaisantes pour l'ensemble des deux-roues afin que nous puissions nous garer correctement sur l'ensemble du territoire de notre canton. Je vous remercie, Madame la présidente.
M. Pierre Maudet, conseiller d'Etat. Mesdames et Messieurs les députés, j'ai écouté avec beaucoup d'attention cet intéressant débat. J'en retire le fait que certaines idées ont la vie longue et certains députés la dent dure ! (Rires.) Certains ont peut-être la vie dure et la dent longue, si j'ai bien écouté tout à l'heure, mais je laisse ces députés l'interpréter !
Tout ça pour dire qu'en matière de deux-roues motorisés, il est vrai qu'on navigue toujours entre dogmatisme et pragmatisme lorsqu'on tente d'esquisser une piste. Celle-ci, Mesdames et Messieurs les députés, et plusieurs d'entre vous l'ont rappelé, a été fixée l'année passée à la faveur du plan d'actions du stationnement, qui affiche une ambition. On peut trouver celle-ci trop modeste - je me plais à souligner que, pour une fois, l'ambition est modeste, même si ce n'est pas forcément naturel chez moi -, elle porte quand même à 2400 le nombre de places créées dans les cinq ans à venir, dont 2000 dans l'hypercentre, et ceci pour des places mixtes. Pour l'UDC et le MCG, pour une fois, on pourrait se dire que qui peut le plus peut le moins, ma foi ! Poussez le Conseil d'Etat, aidez-le, accompagnez-le dans cette démarche qui, Mme Marti l'a soulevé, fait quand même l'objet d'un consensus.
Pourquoi n'est-ce pas si évident ? Parce que la place n'existe pas comme ça, il faut la créer. Vous savez qu'on est très attentif à convertir là où on le peut des places quatre-roues en places deux-roues, à en créer de nouvelles en surface et en ouvrage.
J'aimerais souligner l'existence d'une offre qui n'est pas complètement utilisée aujourd'hui, parce que, bien entendu, ça coûte. Je le redis ce soir - je fais un petit coup de pub et je salue l'activité de la Fondation des parkings -, 60 francs par mois pour l'accès à des places deux-roues, motorisés ou pas, dans tous les parkings du canton de la Fondation des parkings, donc couverts et sécurisés, ce n'est pas cher, ça vaut la peine. Il se trouve que dans de nombreux endroits au centre-ville, des places pour deux-roues motorisés en ouvrage sont encore disponibles.
J'aimerais rectifier un petit élément évoqué par M. Steiner. Depuis le 1er juillet, la Confédération a octroyé la compétence aux communes d'assigner des places de stationnement deux-roues spécifiquement avec marquage pour les deux-roues non motorisés. Ce que vous indiquez n'est plus tout à fait exact, et ça me permet de vous dire que nous travaillons assidûment avec les communes.
Pas plus tard qu'avant-hier, mercredi, j'étais à Lancy pour une discussion serrée. Lancy est une commune extrêmement importante pour Genève: elle est bientôt la deuxième commune du canton en nombre d'habitants, si elle n'a pas déjà dépassé Vernier, couvre un territoire très important et représente de façon assez claire, dans l'évolution des mobilités du canton, un lieu où s'opère un important transfert modal. Lancy sera une des seules communes du canton, si ce n'est la seule, où les six lignes du tram passeront lorsque le modèle de tram radial sera complètement déployé. Il y a donc un enjeu capital - la commune nous a bien reçus à ce sujet - à savoir développer des espaces où laisser les deux-roues, motorisés ou non, pour ensuite prendre les transports publics.
Je voulais vous dire qu'on effectue ce travail, mais qu'on le fait aussi avec difficulté, et on aurait pu - ç'aurait été trop audacieux, Madame la présidente - lier carrément ce débat au point 31, dont on va parler tout à l'heure et qui aborde la question du report sur le domaine public de véhicules deux-roues motorisés ne trouvant plus de place dans les ouvrages privés. Je l'ai dit hier soir et je le répète maintenant - j'anticipe un peu le débat suivant -, l'appréciation du nombre de places qu'on crée sur le domaine public représente un vrai enjeu, le but n'étant pas forcément de compenser des places qu'on aurait pu ou dû créer, mais qu'aujourd'hui on ne peut pas créer en ouvrage sur le domaine privé à cause du règlement. Il va donc falloir trouver un équilibre, une balance.
Pour le Conseil d'Etat, c'est pour ce motif principal, et pour indiquer la direction, qu'il vous faut prendre acte de ce rapport et, le cas échéant, soutenir la motion déposée. Réservez l'ambition d'avoir davantage de places à plus tard, car on doit procéder à une appréciation de ce qui est disponible en ouvrage, de ce qu'il est possible de libérer et de ce qu'on va monitorer - je n'aime pas ce terme, mais il veut bien dire ce qu'il doit dire - dans les années à venir. Le Conseil d'Etat soutient et accompagnera l'évolution vers une hausse des deux-roues, si possible pas motorisés - mais s'ils sont motorisés, ils prennent aussi moins de place, on est bien d'accord.
J'invite les représentants des deux partis qualifiés tout à l'heure d'une formulation que je ne rappellerai pas, qui pourront faire la preuve de leur ouverture et contredire le député Jeanneret dans un instant... (Rires.) ...à soutenir cet élan dans une belle unanimité... (Remarque.) ...une ambition modeste mais affichée, avec un contrôle, un suivi et surtout une bonne intelligence avec les communes. Merci de votre attention.
La présidente. Merci, Monsieur le conseiller d'Etat. Mesdames et Messieurs les députés, nous passons au vote sur ces différents objets.
Mis aux voix, le renvoi au Conseil d'Etat de son rapport sur la motion 2775, la motion 2812 et la pétition 2149 est rejeté par 60 non contre 33 oui (vote nominal).
Le Grand Conseil prend donc acte du rapport du Conseil d'Etat sur la motion 2775, la motion 2812 et la pétition 2149.
Mise aux voix, la motion 2946 (nouvel intitulé) est adoptée et renvoyée au Conseil d'Etat par 62 oui contre 31 non (vote nominal).