Séance du
vendredi 19 juin 2026 à
17h10
3e
législature -
4e
année -
3e
session -
17e
séance
M 3224
Débat
La présidente. Nous terminons avec la seconde urgence, que nous traitons en catégorie II, trente minutes. Monsieur Desfayes, je vous cède la parole.
M. Sébastien Desfayes (LC). Merci beaucoup, Madame la présidente. Comme on parle d'histoire de l'art, permettez-moi de dresser un bref tableau de la situation. Le projet de réforme de la maturité gymnasiale, intitulé matu2023.ge, prévoit la suppression de l'histoire de l'art en tant que composante identifiable de la discipline fondamentale arts visuels: son enseignement serait limité à une option spécifique.
Le gouvernement nous explique que cette suppression résulterait d'une absence de reconnaissance de l'histoire de l'art par la conférence des directrices et directeurs cantonaux de l'instruction publique. Or, quand on lit le texte applicable, l'ordonnance fédérale sur la reconnaissance des certificats de maturité gymnasiale, on s'aperçoit qu'il existe une marge de manoeuvre et que rien n'oblige le département à supprimer cette branche.
Cette proposition de motion vise simplement à soutenir le Conseil d'Etat ou, en tant que de besoin, à l'inviter à garantir le maintien d'un enseignement structuré et identifiable de l'histoire de l'art dans le cadre de la discipline que j'ai évoquée, la discipline fondamentale arts visuels. Elle vise également à assurer que cet enseignement soit accessible à l'ensemble des élèves du gymnase et ne soit pas limité aux options spécifiques. Je cite rarement Bourdieu, mais je n'ai pas envie que seule une élite, ceux qui ont un capital social important, suive l'enseignement de l'histoire de l'art.
Nous souhaitons que le canton de Genève rejoigne les démarches du canton du Tessin, du Valais et de Vaud pour soutenir le maintien de l'enseignement de l'histoire de l'art tel qu'il existe aujourd'hui. Nous avons reçu une lettre du chef du département de l'enseignement et de la formation professionnelle du canton de Vaud, le PLR Frédéric Borloz. Voici ce qui y est écrit: «Le canton de Vaud soutient donc la démarche en cours de la conférence des directrices et directeurs de l'instruction publique auprès de la Commission suisse de maturité afin de pouvoir continuer à enseigner l'histoire de l'art dans la discipline fondamentale arts visuels.»
Il me reste encore un peu de temps et je sollicite votre patience ! L'histoire de l'art a de nombreuses vertus. (Rires.) Je ne serai pas exhaustif, sinon nous sommes là jusqu'à minuit, mais j'en citerai quelques-unes.
La présidente. Vous passez sur le temps de votre groupe.
M. Sébastien Desfayes. D'abord, cet enseignement est transversal. Par l'entremise de l'histoire de l'art, on acquiert une formation dans de nombreuses disciplines: l'histoire bien entendu, la littérature, les religions - on comprend mieux toutes les religions du monde grâce à l'iconographie -, la philosophie, la géographie. Quand l'histoire de l'art a été correctement enseignée, on est capable de se déplacer dans une ville sans guide en suivant simplement les monuments - sans vouloir m'ériger en exemple. On apprend aussi la tolérance par la connaissance des civilisations. C'est donc un enseignement transversal fondamental et il serait particulièrement dommage de s'en passer.
Et puis on acquiert également une sensibilité à la beauté du monde. On connaît mieux et l'on apprécie davantage la beauté des paysages, des couleurs et des formes. Dans une époque de plus en plus violente, où l'on met en avant les casseurs, on trouve dans l'histoire de l'art l'amour de la création, de ceux qui créent. Un historien de l'art, quelqu'un qui a étudié l'histoire de l'art, préférera toujours une personne comme Botticelli à quelqu'un comme Savonarole. Enfin, dans un monde où les jeunes sont abreuvés d'images, grâce à l'histoire de l'art, on acquiert un oeil critique qui permet de mieux comprendre les manipulations. Chers députés, chers collègues, chers amis, je vous invite à soutenir cette motion. Merci. (Applaudissements.)
Une voix. Bravo !
M. Thierry Oppikofer (PLR). Mesdames et Messieurs les députés, nous l'avons compris par ce long plaidoyer, cette motion s'inscrit dans une série d'objets parlementaires liés à la réforme de la maturité gymnasiale, qui constitue elle-même la réponse de notre canton aux obligations imposées par la réforme fédérale de la maturité. Nous assistons en effet depuis quelque temps à une pluie de pétitions, motions, lettres et résolutions portant sur des branches spécifiques; la dernière réforme datant de 1995, on profite de la réforme actuelle pour demander par chacun de ces textes que l'on préserve ou, si possible, développe son domaine privilégié, sa branche favorite.
Nous ne comprenons pas très bien l'idée d'avoir requis l'urgence sur ce texte, à plusieurs reprises d'ailleurs, et sur ce sujet précis, à savoir l'histoire de l'art. C'est la raison pour laquelle le groupe PLR a refusé l'urgence. (Commentaires.)
Puisque nous sommes entre nous et au début de ce débat, je vous fais part d'une petite remarque. Cette curieuse alliance de socialistes, Verts et centristes, où voisine pour la première fois, je pense, la signature de notre excellent collègue Desfayes avec celle de notre non moins excellent collègue Thévoz, pourrait laisser penser que le but caché de cette motion est de taquiner une conseillère d'Etat qui n'est ni du parti socialiste, ni des Verts, ni du Centre. (Commentaires.) Mais chassons ce vilain soupçon !
Madame la présidente, chers collègues, nous sommes en présence de la défense non plus d'une branche, mais d'une partie d'une discipline, c'est-à-dire l'histoire de l'art au sein des arts visuels: c'est exactement ce que notre très cher collègue Alexandre de Senarclens a l'habitude d'appeler du micromanagement. Or, il va de soi que l'horaire des élèves n'est pas extensible, que la tâche du DIP est complexe, parce qu'il doit respecter les impératifs fédéraux, conserver les spécificités genevoises et aboutir à une grille équilibrée, adaptée à notre époque. (Remarque.) Je termine bientôt, rassurez-vous !
On nous a démontré en long et en large l'intérêt de l'histoire de l'art, et à vrai dire, nous en étions déjà convaincus. (Brouhaha.)
La présidente. Un peu de silence !
M. Thierry Oppikofer. Mais toutes les autres branches qui défilent devant nos commissions sont aussi très importantes. Cette proposition de motion doit dès lors être travaillée et, comme la future grille de maturité, commentée en commission par le DIP et sa présidente. Elle ne saurait par conséquent être votée sur le siège et nous demandons son renvoi à la commission de l'enseignement. Si le renvoi est refusé, nous rejetterons cet objet. Merci, Madame la présidente. (Applaudissements.)
La présidente. Merci, Monsieur le député. Le texte n'ayant pas encore été traité en commission, le vote sur le renvoi aura lieu à la fin du débat. Je passe le micro à M. de Sainte Marie.
M. Romain de Sainte Marie (S). Merci, Madame la présidente. Mesdames et Messieurs les députés, non, l'histoire de l'art n'est pas une question de micromanagement ! Très clairement, la suppression d'une matière ne relève pas du micromanagement ! Il s'agit de la survie de l'enseignement de cette discipline au sein de la formation obligatoire, c'est-à-dire au secondaire II, dans le cadre de la maturité fédérale.
Sébastien Desfayes a très bien rappelé les enjeux et expliqué pourquoi, dans notre société actuelle, avec l'évolution de l'intelligence artificielle, si l'on veut avoir certains repères, certaines connaissances, il est important de comprendre d'où viennent les images, les symboles que nous côtoyons et ceux que les jeunes voient sur leur téléphone portable, générés par l'intelligence artificielle, sans même savoir de quoi ils s'inspirent et d'où ils proviennent. (Brouhaha.)
La présidente. Monsieur le député, un instant. Mesdames et Messieurs, est-ce qu'on peut avoir du silence ? C'est le dernier débat. Je sais que cette session était longue, mais terminons en beauté, s'il vous plaît, et écoutons tout le monde ! Vous pouvez poursuivre, Monsieur le député.
M. Romain de Sainte Marie. Merci, Madame la présidente. Vous me laisserez le temps additionnel, s'il vous plaît ! (Rires.)
La présidente. J'avais arrêté le chronomètre ! Vous pouvez continuer.
M. Romain de Sainte Marie. Je vous remercie. (Rires.) Il est donc essentiel de maintenir cet enseignement. Pourquoi y a-t-il urgence ? Parce que le DIP ferait visiblement preuve d'une certaine incompréhension de la norme fédérale dictée. Aujourd'hui comme autrefois, dans la grille de la maturité, cinq heures d'arts visuels sont dispensées en première année. A l'inverse de toutes les autres matières sur lesquelles nous avons débattu, il n'y a aucune difficulté à maintenir l'histoire de l'art. Pourquoi ? Parce que ces cinq heures se décomposent de la façon suivante - il en a d'ailleurs toujours été ainsi: trois heures d'arts plastiques (dessin, etc.) et deux heures d'histoire de l'art.
Or, selon l'interprétation du DIP - mais certains cantons ont clarifié les choses -, il s'agit de cinq heures d'arts visuels et l'histoire de l'art disparaît tout simplement du programme d'enseignement, car la Confédération nous indique que cette discipline n'existe pas. Non, ce n'est pas le cas ! Oui, il y a une possibilité d'agir ! Oui, Madame la conseillère d'Etat - vous transmettrez, Madame la présidente, à Mme Hiltpold qui pourra répondre à la fin du débat -, la possibilité d'agir de façon rapide en donnant un signal pour maintenir cet enseignement, à l'instar d'autres cantons romands, existe. Cela n'engendrera aucune difficulté en matière de grille horaire, puisque cela n'ajoutera aucune heure. Cela permettra de clarifier la pratique qui a eu cours jusqu'à présent et de maintenir l'enseignement de l'histoire de l'art. Pour conclure, le groupe socialiste vous invite naturellement à accepter cette proposition de motion.
Mme Danièle Magnin (MCG). Je voudrais vous dire que des enseignants d'histoire de l'art, qui sont des historiens et possèdent des connaissances approfondies en art, vont se retrouver sans boulot si on laisse faire le département de l'instruction publique, ce qui serait bien regrettable.
Près d'un élève sur deux à Genève serait incapable de distinguer une information d'une publicité, un contenu fiable d'un montage - ça figurait dans «Le Temps». Je cite le professeur Jan Blanc, qui enseigne à Lausanne: «Apprendre à voir n'est pas un luxe. C'est une exigence démocratique.»
Ne plus donner de cours d'histoire de l'art parce qu'à l'article 11 de l'ordonnance sur la reconnaissance des maturités gymnasiales de 2023 cet enseignement serait mentionné différemment est à mon avis une erreur. La CDIP s'en est aussi mêlée. Il y a un domaine commun de disciplines fondamentales et des options spécifiques. C'est un petit peu compliqué si l'on n'a pas lu attentivement, mais je l'ai fait.
Je peux vous dire que sans notions de ce qu'est l'histoire alliée à l'art, on est perdus: on ne sait pas d'où l'on vient, on ne sait pas où l'on va et on n'est pas capable d'apprendre à regarder et à interpréter le monde. C'est pour cela qu'à titre personnel, je vous engage à voter cette motion. En revanche, le MCG désire la liberté de vote. Merci.
Une voix. Bravo.
Une autre voix. Merci, Danièle !
M. Stéphane Florey (UDC). Notre caucus a longuement parlé de cette motion... (Brouhaha.)
La présidente. Un peu de silence, s'il vous plaît !
M. Stéphane Florey. ...et nous nous sommes posé plusieurs questions, dont une principalement: pourquoi vouloir absolument maintenir l'histoire de l'art alors qu'au collège, la majorité des collégiens n'ont quasiment aucune notion ne serait-ce que de l'histoire suisse ? Si vous leur demandez quels sont les trois Waldstätten signataires du pacte de 1291, à coup sûr, ils n'en mentionneront au mieux que deux: c'est comme les rois mages, il vous en manque toujours un ! Or, cette motion ne s'intéresse qu'à une partie de l'histoire, voilà ce que nous déplorons.
Il ne s'agit pas de dire si l'on est pour ou contre l'art ni d'affirmer qu'il faut absolument maintenir cette matière. A l'UDC, nous considérons l'histoire dans son ensemble. Elle devrait faire partie de tout le cursus scolaire, de la 1P jusqu'au plus haut degré du cycle... (Brouhaha.)
La présidente. Un instant, Monsieur Florey, plus personne ne vous écoute.
M. Stéphane Florey. Ça ne fait rien ! C'est comme d'habitude ! (Rires.) J'ai bientôt fini.
La présidente. Mesdames et Messieurs, écoutez l'orateur, s'il vous plaît ! Quand on ne vous écoute pas, vous n'êtes pas contents. Alors laissez-le parler et écoutez-le ! Monsieur Florey, vous ne pourrez pas dire que je suis partiale ! (La présidente rit.)
M. Stéphane Florey. Nous préférerions qu'il y ait un cursus complet de la 1P jusqu'à la fin du cycle où l'on apprenne l'histoire, y compris l'histoire de l'art, cette branche étant optionnelle au collège. Aujourd'hui, on nous dit qu'il n'est plus possible de maintenir cet enseignement de manière obligatoire, que celui-ci doit être en option: ça nous suffit largement.
De toute façon, on débat encore d'une motion qui ne servira à rien, comme toutes les pétitions qui demandent de maintenir telle ou telle discipline, car on connaît déjà la réponse du Conseil d'Etat. Nous soutiendrons cependant le renvoi en commission pour voir si malgré tout une solution miracle pourrait sortir du bois. Si le renvoi en commission est refusé, nous rejetterons cette motion. Je vous remercie.
Mme Céline Bartolomucci (Ve). Comme l'a souligné le député Oppikofer, nous sommes en présence d'un cas rare, celui d'une alliance inhabituelle qui se noue autour de cette motion et de la demande d'urgence. J'ai décelé dans ce commentaire une once de paranoïa. Je tiens cependant à rassurer mon préopinant - vous transmettrez, Madame la présidente: non, vraiment, cette alliance n'a rien à voir avec une quelconque attaque contre la conseillère d'Etat responsable.
Nous parlons ici d'art. N'est-ce pas justement le propre de ce dernier que de créer un lien entre des personnes qui, habituellement, ont du mal à se comprendre ? Par ailleurs, nous vivons dans une société avant tout saturée d'images, et chaque jour, les jeunes sont confrontés à des milliers de contenus visuels sur les réseaux sociaux, dans la publicité et dans les médias. A cela s'ajoutent désormais les images générées par l'IA, de plus en plus réalistes et souvent difficiles à distinguer de la réalité. Dans ce contexte, apprendre à regarder une image, à en comprendre les codes et à identifier son contexte, son intention et la manipulation qu'elle opère constitue une véritable compétence citoyenne. (Brouhaha.)
Une voix. Chut !
Mme Céline Bartolomucci. L'histoire de l'art offre précisément ces outils d'analyse critique. Elle permet de développer le recul nécessaire pour comprendre ces images, savoir les décortiquer et ne pas les subir.
Cette motion rappelle également que l'accès à la culture doit être garanti à toutes et tous. Or, limiter l'histoire de l'art à une option spécifique reviendrait à réserver cet enseignement à une minorité d'élèves, souvent les mêmes qui baignent dans un environnement déjà propice, alors que cet enseignement contribue pleinement à la formation générale et à l'esprit critique que doit promouvoir la maturité gymnasiale. Les Vertes et les Verts soutiendront ce texte: l'histoire de l'art n'est pas un luxe qui doit être limité à quelques spécialistes, c'est pour nous un outil essentiel qui permettra à nos jeunes de comprendre le monde qui les entoure. Je vous remercie. (Applaudissements.)
La présidente. Merci, Madame la députée. La parole revient à Mme Danièle Magnin pour une minute onze.
Mme Danièle Magnin (MCG). Merci, Madame la présidente. J'ai oublié de parler de l'urgence, tout à l'heure. Pourquoi est-ce urgent ? Parce qu'il y a la rentrée scolaire en septembre. Voilà déjà la première explication: le temps nous presse. Ne pas considérer que c'est urgent est donc un petit peu dommage. (Brouhaha.)
La présidente. S'il vous plaît, calmez-vous !
Mme Danièle Magnin. Cet enseignement est déjà dispensé dans d'autres cantons, et avant l'entrée en vigueur de cette ORM 23 en 2024, des cours d'histoire de l'art étaient donnés de façon régulière. Or, il serait vraiment regrettable de tout à coup les supprimer parce que quelques Suisses allemands ont décidé de rédiger quelque chose qui ne correspond ni à notre culture ni à nos valeurs. Merci. (Brouhaha.)
La présidente. Je vous remercie. Je cède la parole à... (Brouhaha.) On peut rester un peu plus longtemps, ça ne me dérange pas ! (Rires.) Ce soir, il n'y a pas de match de la Nati ! Je passe la parole à M. Seydoux.
M. Laurent Seydoux (LJS). Merci, Madame la présidente. En début de session, le Bureau avait proposé, dans sa grande sagesse, de ne pas traiter d'urgences. Combien il avait raison ! Un sujet de cette sensibilité, dont on voit bien l'importance qu'il peut avoir pour certains et certaines d'entre nous, mérite mieux que cette fin de session: la question doit être débattue en commission. Je pense aussi qu'elle peut être plus large que le seul sujet de l'histoire de l'art. Pour ces raisons, le mouvement Libertés et Justice sociale soutiendra le renvoi en commission. Merci, Madame la présidente.
Mme Anne Hiltpold, présidente du Conseil d'Etat. Mesdames et Messieurs les députés, je pense qu'il faut absolument soutenir ce renvoi en commission, tant j'ai entendu de choses inexactes ! Mesdames et Messieurs, vous n'êtes pas bien informés. Vous prétendez que nous n'avons rien compris, que nous allons supprimer une matière. C'est faux ! C'est faux ! C'est totalement faux !
Savez-vous qu'aujourd'hui tous les élèves ne suivent pas une formation en histoire de l'art ? Savez-vous qu'aujourd'hui, l'histoire de l'art n'est enseignée qu'à ceux qui choisissent la discipline fondamentale arts visuels et que les élèves ont le choix entre musique et arts visuels comme discipline fondamentale ? Ceux qui optent pour la musique n'ont pas de cours d'histoire de l'art. Il y a donc énormément de choses que vous pourriez apprendre et qu'on pourrait vous expliquer en commission, mais vous allez visiblement refuser le renvoi. Je vais par conséquent vous répondre sur le fond.
Oui, jusqu'à maintenant, ceux qui choisissaient la discipline fondamentale arts visuels au lieu de la musique avaient deux heures de cours d'histoire de l'art sur les cinq dédiées aux arts visuels - c'est juste, ça a été relevé. En l'occurrence, les enseignants d'histoire de l'art, qui enseignent cette branche dans la discipline fondamentale arts visuels, ne possèdent pas une formation reconnue au niveau fédéral. Or, avec la nouvelle ordonnance, dans les disciplines fondamentales, les enseignants doivent l'acquérir.
Nous avons interrogé la CDIP et la Commission suisse de maturité pour savoir si nous pouvions continuer comme nous l'avions fait jusqu'à présent, parce qu'il nous importait de maintenir l'enseignement de l'histoire de l'art. Il nous a été répondu que ce n'était pas possible. Nous avons donc dû à un moment donné décider si l'on voulait une maturité qui risquait de ne pas être reconnue sur le plan fédéral en maintenant cette spécificité, et sur la base de la réponse de la Commission suisse de maturité, nous avons dû faire ce choix de ne plus permettre aux enseignants d'histoire de l'art d'enseigner dans la discipline fondamentale arts visuels. Tout le monde s'en est ému - à juste titre, à juste titre !
Cela étant, ce n'est pas avec l'histoire de l'art que vous allez savoir si une photo a été générée par l'IA ou pas. Cet enseignement n'est pas destiné à apprendre à distinguer le faux du vrai; c'est bien autre chose. Cet enseignement est très intéressant, en effet, et très important, et il nous a été demandé de l'ajouter. Or non, nous ne pouvons pas ajouter de nouvelles disciplines fondamentales, sauf la philosophie. Je relève à l'attention de ceux qui ont lu l'ordonnance et qui l'ont bien comprise que ça, c'est possible. Les choix que l'on peut encore faire concernent les langues, entre le latin et le grec. Outre ces choix, la seule possibilité qu'il nous restait était d'ajouter une discipline, qui n'était pas fondamentale, l'histoire de l'art; cela nous a semblé difficile, parce que nous aurions ajouté aux élèves des heures dans une grille déjà chargée. C'est la raison pour laquelle nous sommes arrivés à cette situation.
Comme nous avions bien travaillé, nous avions un peu pris les devants. Le Tessin, le Valais et Vaud sont dans la même situation, mais Vaud va prendre plus de temps pour effectuer sa réforme, parce qu'il doit faire passer la durée du gymnase de trois à quatre ans dans le cadre de la réforme de sa maturité. Nous avons rediscuté de cette problématique en comité et avec la CDIP, et comme Vaud, le Valais et le Tessin, j'ai demandé une dérogation à la Commission suisse de maturité. Sa réponse est tombée hier, mais n'est pas encore tout à fait claire. Nous attendons donc de l'analyser avec mes collègues des autres cantons. Si nous pouvons conserver notre spécificité, soit que des enseignants qui n'ont pas le titre requis au niveau fédéral puissent enseigner deux heures dans la discipline fondamentale arts visuels, nous agirons ainsi.
J'aimerais aussi vous dire que ce choix, s'il doit être maintenu, ne mettra personne au chômage: l'histoire de l'art continuera d'être enseignée en option spécifique; par ailleurs, l'histoire de l'art reste enseignée à l'école de culture générale et au CFP arts. Non, nous n'allons pas mettre des gens au chômage, les enseignants ne perdront pas leur travail.
Il faut nous faire confiance. Si nous pouvons sauver l'histoire de l'art dans la discipline des arts visuels, dont la dotation a d'ailleurs augmenté de deux heures - mais malheureusement pas pour l'histoire de l'art -, alors laissez-nous avancer ! Oui, nous souhaitons sauver l'histoire de l'art, mais jusqu'à la réception de cette lettre, ce n'était techniquement pas possible. Voilà pourquoi je pense que cette motion n'est pas utile; si vous voulez en savoir un peu plus et vraiment bien comprendre la matière, s'il vous plaît, renvoyez cet objet en commission. (Applaudissements.)
La présidente. Je vous remercie, Madame la conseillère d'Etat. Nous procédons au vote.
Mis aux voix, le renvoi de la proposition de motion 3224 à la commission de l'enseignement, de l'éducation, de la culture et du sport est adopté par 49 oui contre 36 non et 1 abstention. (Applaudissements à l'annonce du résultat.)