Séance du vendredi 14 octobre 2022 à 14h
2e législature - 5e année - 5e session - 30e séance

M 2572-B
Rapport du Conseil d'Etat au Grand Conseil sur la motion de François Baertschi, Ana Roch, Thierry Cerutti, Daniel Sormanni, André Python, Françoise Sapin, Jean-Marie Voumard pour la protection du Mur des Réformateurs
Ce texte figure dans le volume du Mémorial «Annexes: objets nouveaux» de la session V des 13 et 14 octobre 2022.

Débat

Le président. Le prochain objet qui nous occupe est la M 2572-B. La parole est sollicitée par M. François Baertschi.

M. François Baertschi (MCG). Merci, Monsieur le président. Ce rapport du Conseil d'Etat est tout à fait insatisfaisant, le gouvernement n'a pas pris en compte ce qui était demandé par notre Grand Conseil, c'est-à-dire un classement du Mur des Réformateurs. Le Mur des Réformateurs constitue tout de même l'un des monuments emblématiques de Genève, un monument qui mériterait une telle reconnaissance; il représente d'une certaine façon l'identité de Genève en mettant en scène les réformateurs, des prérévolutionnaires, pourrait-on dire... (Commentaires.) ...qui, à leur époque, remettaient en cause les fondements de notre société: société chrétienne, société médiévale, société en évolution. C'est aussi une forme d'humanisme dont le canton de Genève est porteur, dont nous sommes quelque part les héritiers et les descendants, et nous devons nous en montrer dignes.

Pour cela, il faut à tout prix accomplir cet acte de reconnaissance, c'est-à-dire procéder au classement. Malheureusement, le Conseil d'Etat, qui devrait pourtant être à la hauteur de ce défi, n'a pas compris à quel point il était important de classer le Mur des Réformateurs pour le protéger, car celui-ci est sujet à des dégradations de divers types, mais pas uniquement; de manière plus générale, c'est l'esprit de Genève qu'il convient de défendre, et ce avec une certaine hauteur de vue. Or on constate que le Conseil d'Etat n'a pas réussi à se placer à ce niveau.

Je le regrette, je le déplore très sincèrement. Le Conseil d'Etat est sans doute occupé par de nombreuses tâches - il y a le budget, il y a toutes les affaires quotidiennes - qui l'empêchent d'appréhender ces grands enjeux, des enjeux qui dépassent notre seule existence. L'exécutif doit impérativement réexaminer ces enjeux, et c'est la raison pour laquelle nous sollicitons le renvoi de sa réponse.

Nous pourrons également réenvisager la question de la statue de Michel Servet. Je ne vais pas refaire tout l'historique, nous avons déjà parlé de Servet, l'un des grands oubliés de l'époque, auquel nous devons rendre un hommage justifié. C'est pour ces raisons, Mesdames et Messieurs, que je vous demande de renvoyer ce rapport au Conseil d'Etat. Merci.

M. Pierre Vanek (EAG). Ah, nous avons déjà ferraillé sur cette question dans cette enceinte ! La réponse du Conseil d'Etat, en ce qui concerne les demandes concrètes de la motion, donne entièrement raison au rapport de minorité que j'avais présenté, parce que le Mur des Réformateurs est déjà suffisamment protégé, parce que le classement constitue une mesure qui protège essentiellement les monuments, les bâtiments, les biens immobiliers contre leur propre propriétaire et qu'en l'occurrence, la Ville de Genève est peu suspecte de vouloir laisser le Mur des Réformateurs à l'abandon.

Quant au classement de la statue de Michel Servet, le gouvernement dit ce qu'il faut en penser: Michel Servet était un grand homme, mais l'objet en lui-même est la reproduction modeste d'une statue dont il existe plusieurs exemplaires, notamment un à Annemasse. Alors c'est très bien d'avoir installé cette statue et nous sommes très favorables au fait de rappeler le souvenir de Michel Servet, mais enfin, la motion n'apportait rien de plus et Michel Servet a été ajouté à la soupe pour obtenir des votes à gauche.

C'est un peu incongru - je ne dirai pas indécent, parce que je me retiens: réunir, dans un même objet parlementaire, Michel Servet et les tortionnaires qui l'ont exécuté, notamment un certain Jean C. ...

Une voix. Calvin !

M. Pierre Vanek. Calvin, oui, disons son nom ! Et puisque vous parliez des révolutionnaires et des Lumières, Monsieur le député, eh bien Voltaire disait de lui qu'il avait une «âme atroce»; c'est une opinion qu'on peut avoir, vous n'êtes pas obligé de la partager, mais en tout cas, dans l'affaire de l'exécution de Michel Servet, Jean Calvin a voulu donner des gages d'orthodoxie anti-humaniste et a commis un crime qui mérite en effet d'être rappelé; il l'est, il l'a été à l'occasion de l'inauguration du monument à la mémoire de Michel Servet.

Pour faire court, parce que l'essentiel du débat autour de cette question a eu lieu au moment où nous avons discuté de la motion, Mesdames et Messieurs, je vous invite à prendre acte de ce rapport et à ne pas le renvoyer au Conseil d'Etat, qui ne pourra rien faire d'autre que répéter les choses élémentaires qu'il a communiquées dans sa réponse.

M. Alberto Velasco (S). Je remercie notre collègue, M. Baertschi, pour sa proposition de renvoyer le rapport au Conseil d'Etat, à laquelle nous nous rallierons. Il faut avoir suivi les travaux de commission pour comprendre le but poursuivi par la mise en lumière de la statue de Michel Servet. Notre collègue demandait, s'agissant de ces grands démocrates qu'étaient les réformateurs - vous savez, ils sont à l'origine des principes démocratiques -, qu'on préserve les monuments et qu'on les classe. Alors que, comme vient de le rappeler notre collègue, monsieur...

Une voix. Vanek, je m'appelle !

M. Alberto Velasco. ...M. Vanek, il y a tout de même eu un meurtre, parce qu'un monsieur avait des arguments scientifiques; s'opposant à la science, M. Calvin a tué quelqu'un, l'a envoyé en prison et l'a exécuté. Je trouve que s'il faut classer le Mur des Réformateurs, il faut aussi classer, et encore plus - encore plus ! - la statue de Michel Servet. Celle-ci se trouve derrière l'hôpital, je crois d'ailleurs que c'est grâce à la Ville de Genève...

Une voix. Oui, c'est grâce à moi !

M. Alberto Velasco. Grâce à M. Pagani, oui, elle se trouve derrière l'hôpital. Bon, il a obtenu ce qu'il a obtenu, mais enfin, c'est un monument et il faut savoir qu'il existe. Il faudrait le mettre en avant, peut-être avec des fleurs autour, parce que Michel Servet mérite tout autant de reconnaissance, si ce n'est plus, que les réformateurs.

Nous allons renvoyer ce rapport au Conseil d'Etat afin que celui-ci relève ces éléments importants: faire honneur au Mur des Réformateurs, lequel illustre les grands démocrates, ainsi qu'à Michel Servet, qui a été exécuté de manière injuste. Merci.

M. Mauro Poggia, président du Conseil d'Etat. Mesdames et Messieurs les députés, le Conseil d'Etat vous demande de prendre acte de son rapport. Il ne peut pas aller au-delà de ce qu'il a indiqué. Je pense qu'il y a une discrépance entre le problème posé, qui est réel - les actes de vandalisme sont intolérables -, et la solution proposée.

On nous fait croire que le classement consisterait en un bocal grillagé qui serait glissé par-dessus le Mur des Réformateurs et qui le protégerait de toute attaque. Non, le classement ne protégera pas plus ce monument - ou ces monuments, puisqu'il est aussi question de la statue de Michel Servet - que la situation actuelle, car le Mur des Réformateurs appartient à la zone de la Vieille-Ville et au secteur sud des anciennes fortifications, qui sont protégés selon les articles 83 à 88 LCI, et je ne vois pas ce que l'on peut faire de plus, si ce n'est placer un garde à journée et à nuit faites.

Ce qu'il faut évidemment, c'est que les personnes qui s'adonnent à ces actes de vandalisme soient interceptées et sévèrement punies pour leur rappeler que ces actes coûtent à la collectivité et que si l'on a des oppositions à manifester contre quoi que ce soit dans notre société, il existe des voies démocratiques - et en Suisse plus qu'ailleurs - pour le faire. Je vous remercie.

Le président. Merci, Monsieur le président du Conseil d'Etat. Mesdames et Messieurs, vous êtes priés de vous exprimer sur la proposition de renvoi au Conseil d'Etat.

Mis aux voix, le renvoi au Conseil d'Etat de son rapport sur la motion 2572 est rejeté par 57 non contre 19 oui et 1 abstention.

Le Grand Conseil prend donc acte du rapport du Conseil d'Etat sur la motion 2572.