Séance du vendredi 20 février 2015 à 20h30
1re législature - 2e année - 2e session - 13e séance

M 2156
Proposition de motion de MM. Stéphane Florey, Marc Falquet, Bernhard Riedweg, Antoine Bertschy demandant d'apprendre le cantique suisse aux élèves
Ce texte figure dans le «Recueil des objets déposés et non traités durant la 57e législature».

Débat

Le président. Nous abordons la motion 2156. Nous sommes en catégorie II, trente minutes. (Brouhaha.) Je passe la parole à l'auteur de la motion, M. Stéphane Florey.

M. Stéphane Florey (UDC). Merci, Monsieur le président. Chers collègues, aujourd'hui les élèves du primaire sortent de l'école sans avoir appris une ligne de notre hymne national, et c'est vraiment dommage, à plusieurs titres. Le premier, c'est que l'hymne national est quand même un élément fondamental de notre pays; c'est un point fort pour la cohésion nationale. Si chaque élève du pays apprend ce texte, c'est vraiment un pas important dans ce sens. La question que vous allez certainement vous poser, c'est: faut-il renvoyer cette motion en commission ?

Une voix. Non !

M. Stéphane Florey. Je vous répondrai bien évidemment que non ! La question est toute simple: voulez-vous que vos enfants sortent de l'école en connaissant l'hymne national, pour, par la suite, lors du 1er août, lors d'un grand événement sportif, comme c'est la tradition, arrêter de faire semblant de bouger les lèvres ou de bougonner deux ou trois mots par-ci par-là... (Brouhaha.)

Le président. Est-ce que je peux juste vous demander un tout petit peu de silence, Mesdames et Messieurs ? S'il vous plaît !

M. Stéphane Florey. ...pour donner l'impression qu'ils chantent ? C'est cette question-là qu'il faut vous poser. Les auteurs de la motion en sont convaincus, il faut que les élèves apprennent l'hymne national pour toutes les raisons qui sont expliquées dans l'exposé des motifs. Nous vous remercions donc de lui réserver un bon accueil et de la renvoyer directement au Conseil d'Etat.

M. Henry Rappaz (MCG). Mesdames et Messieurs les députés, un hymne, un pays et des citoyens un instant unis par le chant. On peut rêver ! La sensibilisation des élèves à la notion de patrie et l'encouragement à l'accomplissement de leurs devoirs civiques sont indispensables et ne seront que renforcés par cette motion 2156, tout comme le sont les cours d'histoire et d'éducation civique pour faciliter l'intégration des élèves naturalisés. Cette motion sera aussi l'occasion de rappeler que l'hymne national peut faire partie du programme qui a pour tâche de faciliter l'intégration de tout nouvel étranger. Il appartient à notre société, au canton et aux élus du domicile genevois de faire en sorte que l'hymne national fasse partie d'une démarche intégrative. Les attributs de la nationalité, on le sait, ne se limitent pas, et de loin, à tenir un drapeau ou à chanter l'hymne national; tout le monde en est conscient. De la même manière, le sentiment d'appartenance ne se limite pas à un passeport ou à un chant. Toutefois, c'est par un comportement approprié dans le pays dans lequel on se trouve que l'on marque sa volonté de l'aimer. Les notions de patriotisme, dans le canton berceau de la Croix-Rouge, peuvent difficilement trouver une contre-argumentation. Dans un pays pétri de démocratie tel que la Suisse, le MCG est conscient que ce n'est pas forcément en chantant l'hymne national que l'on deviendra un bon patriote. Le patriotisme est un élément important et un enjeu politique essentiel. L'attachement à la patrie est une sensibilisation à la future responsabilité qu'auront les nouveaux candidats à la naturalisation. Chanter un hymne national peut permettre de forger des convictions, de légitimer des aspirations. Le programme de chant donné aux enseignants du département de l'instruction publique doit rapidement être remis à l'ordre du jour. Toutefois, dans les faits, ce programme est diversement appliqué - osons cet euphémisme - pour ne pas dire oublié dans certaines classes...

Le président. Il vous reste trente secondes.

M. Henry Rappaz. ...comme le soulignait un ancien doyen député, bien au courant du programme. Il n'est pas pensable, voire impossible, sauf avec une mauvaise foi patente, de refuser un tel projet de loi, qui se veut rassembleur. (Commentaires.) Une telle motion, oui, exactement. Au vu de ces explications, nous vous remercions, Mesdames et Messieurs, de réserver un accueil patriotique à cette motion.

M. Jean Romain (PLR). Chers collègues, quand j'ai lu cette motion, j'ai été, dans un premier temps, frappé de stupeur, mais j'ai compris qu'il ne s'agissait pas de chanter l'hymne national en classe, la main sur le coeur, comme dans une sorte de karaoké géant, et comme cela se fait à Cuba ! Je me suis dit, finalement, chers collègues, que vous veniez d'accepter qu'on remette l'accent sur l'histoire suisse; au nom de quoi, alors, il n'y aurait pas, dans le cadre de l'histoire suisse, également l'histoire de la musique, l'histoire des hymnes et, pourquoi pas, l'histoire des cantiques ? Il ne s'agit pas d'être d'accord, il s'agit de comprendre. Et je me suis dit qu'au fond, ce ne serait pas une mauvaise chose, non pas tellement d'apprendre l'hymne national - ça, c'est un aspect - mais simplement d'étudier son histoire et de voir comment cet hymne national patriotique et suisse s'inscrit dans cette histoire suisse que nous appelons tous de nos voeux, même la gauche. C'est pourquoi le PLR - mais je vais donner la parole à M. Barrillier tout de suite - propose de renvoyer cette motion directement au Conseil d'Etat. (Quelques applaudissements.)

Des voix. Bravo !

M. Gabriel Barrillier (PLR). Monsieur le président, chers collègues, il vous est arrivé à tous de devoir chanter le cantique suisse: à la Restauration, à l'Escalade... Chaque fois les gens se regardent et espèrent avoir un voisin qui connaît les paroles pour essayer de suivre ! Eh bien moi, ce soir, j'aimerais vous proposer de chanter; vous avez reçu le texte en annexe, avec les quatre strophes. Alors on ne va pas faire les quatre strophes, mais j'aimerais qu'on chante la quatrième strophe ! (Exclamations.) Parce qu'on ne la chante jamais ! Donc prenez votre quatrième strophe... (Brouhaha.)

Le président. S'il vous plaît !

M. Gabriel Barrillier. ...et je vous invite à vous lever, parce que c'est un hymne national ! (Brouhaha. L'assemblée se lève, à l'exception des députés d'Ensemble à Gauche, et chante la quatrième strophe de l'hymne national. Applaudissements.) Voilà, très bien, je vous remercie ! Parfait !

Le président. Je vous remercie, Monsieur le député Gabriel Barrillier ! Ce soir vous avez réussi à faire parler, ou en tout cas chanter d'une seule voix ce parlement; je crois que c'est assez rare pour le relever ! (Applaudissements.) Je passe la parole à M. le député Guy Mettan.

M. Guy Mettan (PDC). Merci, Monsieur le président. J'avoue que je vais vous chanter une autre chanson ! Tout à l'heure, on a eu le plaisir de débattre sur le civisme, et j'ai constaté que M. Romain était contre l'éducation civique mais pour le chant; c'est une excellente chose, mais j'aurais préféré qu'on inverse l'ordre et qu'on soit d'abord pour l'éducation civique, et peut-être ensuite pour le chant. (Commentaires.) J'ai également écouté avec beaucoup d'intérêt l'intervention de M. Florey, qui nous a expliqué qu'on ne pouvait pas enseigner l'éducation civique à l'Ecole de culture générale parce que les enseignants et le DIP étaient surchargés d'heures et que c'était impossible de prendre encore du temps pour ça. Mais tout d'un coup, il arrive avec une motion sur le cantique suisse, et là, comme par miracle... (Commentaires.) ...on trouverait du temps pour l'enseigner. Je m'excuse, ça n'a aucun sens et c'est totalement incohérent ! Notre parti ne suivra donc pas cette motion, pour la raison très simple que si on n'a pas le temps de faire de l'éducation civique, on n'aura pas le temps de faire du chant non plus. Il faut que le DIP prenne du temps sur les cours de chant et de musique, mais il n'y a pas besoin de consacrer des heures exprès pour enseigner le cantique suisse, qui peut être appris dans beaucoup d'autres circonstances. Monsieur Florey, ici aussi soyez donc conséquent avec vous-même. Mesdames et Messieurs, je vous invite à refuser cette motion, et on priera le DIP de trouver un petit moment, de prendre une heure dans les cours d'éducation primaire ou secondaire, pour le cantique. Il n'y a pas besoin de faire un cours exprès là-dessus. (Quelques applaudissements.)

Une voix. Très bien.

M. Yves de Matteis (Ve). Je ne vous cache pas que le groupe des Verts était modérément enthousiasmé par cette motion, ce pour différentes raisons. Pour certains membres du groupe, cette motion est inutile puisque le nouveau plan d'études romand adopté en 2009 par les directeurs cantonaux de l'instruction publique, certes, n'impose pas l'apprentissage du cantique suisse, mais prévoit que les élèves découvrent quelques éléments du patrimoine culturel local et régional, parmi lesquels des chansons, le folklore, les hymnes, etc. Et pour nous, c'est en l'occurrence suffisant. D'autres membres de mon groupe vont également dans ce sens pour dire que les enseignants doivent avoir une certaine marge de manoeuvre concernant leur enseignement et qu'il n'est pas judicieux de les forcer à enseigner le cantique suisse. Plusieurs personnalités publiques, d'ailleurs, se sont exprimées à cet égard, parmi lesquelles Jacques Hainard, ancien responsable du Musée d'ethnographie de Neuchâtel, qui était du même avis, ou même le Conseil fédéral, qui en son temps avait refusé une motion de la conseillère nationale Yvette Estermann, qui exigeait qu'on attribue au cantique suisse le statut d'emblème officiel. Je crois que c'est surtout ce caractère d'obligation qui a rebuté la majorité des membres de notre groupe, et pas l'hymne national en soi, et qu'ils verraient probablement d'un meilleur oeil l'éducation aux droits humains et par exemple l'examen de certains principes constitutionnels qui, eux, ont été acceptés par la majorité de la population et qui sont de fait obligatoires pour toute personne résidant sur le territoire du canton de Genève.

D'autres pensent par ailleurs que dans tous les cas, ce cantique - et là nous rejoignons passablement de personnes qui se sont déjà exprimées ce soir - ne doit pas être enseigné tel quel, mais expliqué dans un contexte qui pourrait être soit l'enseignement de l'histoire suisse ou de la géographie, soit une autre branche. En effet, il s'agit d'un texte écrit dans un contexte bien précis, à une période bien particulière, ce qui en explique les particularismes. En conclusion, je dirai que le groupe des Verts ne votera pas cette motion ce soir. (Commentaires.) Merci, Monsieur le président. (Quelques applaudissements.)

M. Pierre Vanek (EAG). Cette motion, nous ne la voterons pas, Mesdames et Messieurs.

Des voix. Oh !

M. Pierre Vanek. L'exposé des motifs contient des choses idiotes... (Remarque.) ...mais il rappelle que cet hymne national l'est devenu en 1981. On déplore que des jeunes issus de l'immigration ne l'aient pas appris parce qu'ils n'ont pas fait leur scolarité ici, ou qu'ils l'ont faite sous l'influence de courants pédagogiques soixante-huitards. Moi, Mesdames et Messieurs, je suis né à Genève, je suis attaché à Genève, et j'ai fait toute ma scolarité à Genève; j'ai commencé l'école dans les années cinquante, et cet hymne national... (Protestations.)

Le président. S'il vous plaît ! Mesdames et Messieurs !

M. Pierre Vanek. ...n'existait évidemment pas en tant que tel. (Protestations. Quelques applaudissements.)

Le président. Monsieur Spuhler, Monsieur Medeiros, s'il vous plaît !

M. Pierre Vanek. Il a été imposé par la suite, mais il n'a aucun caractère historique, aucun caractère sérieux... (Protestations.)

Le président. Monsieur Spuhler !

M. Pierre Vanek. ...il n'est d'aucune manière le reflet d'un élan patriotique quelconque, mais d'une décision de la Confédération - tardive - en 1981. C'est une première raison.

Mais ensuite, Mesdames et Messieurs, nous avons tous, ici, prêté le serment de respecter la constitution de la république et du canton de Genève, qui dit que nous sommes un Etat laïque, Mesdames et Messieurs ! Alors j'ai beaucoup de respect pour la liberté de croyance, j'ai beaucoup de respect pour la liberté d'opinion, j'ai du respect pour ceux qui croient en Dieu et ceux qui n'y croient pas, mais imposer une référence religieuse dans nos écoles, en disant que Dieu bénira des cieux, etc., etc., soit c'est du pur formalisme, et alors c'est un manque de respect pour ceux qui y croient vraiment et c'est de l'hypocrisie, soit alors, si on veut vraiment imposer le contenu de ce texte, eh bien c'est contraire à la constitution, Mesdames et Messieurs, que vous tous avez juré de respecter ! C'est donc un motif supplémentaire de ne pas voter ce texte.

Enfin, Mesdames et Messieurs, votre petite démonstration de tout à l'heure était une démonstration d'hypocrisie ! D'hypocrisie ! D'hypocrisie ! (Huées. Quelques applaudissements.) Vous êtes des faux-culs, Mesdames et Messieurs ! (Brouhaha.) Parce que que dit ce texte, notamment ? Il appelle à «mettre sur l'autel de la patrie tes biens, ton coeur, ta vie» ! Et quand nous, ici, nous, de ce côté... (Exclamations.) ...nous demandons que les habitants de ce canton, que les citoyens de cette république...

Le président. Il vous reste trente secondes !

M. Pierre Vanek. ...mettent une portion un tout petit peu accrue - un tout petit peu, de quelques dixièmes de pour-cent ! - de leurs biens sur l'autel de la patrie, sur l'autel du bien commun, eh bien ce sont ceux qui se sont levés pour chanter cela qui votent non, non et encore non ! (Exclamations.) Vous êtes donc des hypocrites et des faux-culs ! (Protestations.)

Le président. S'il vous plaît !

M. Pierre Vanek. La patrie... (Huées. Applaudissements.) La patrie genevoise et la patrie suisse méritent mieux que d'être servies par des hypocrites et des faux-culs ! (Applaudissements. Brouhaha.)

Le président. Merci, Monsieur le député. (Brouhaha.) S'il vous plaît ! S'il vous plaît ! (Certains députés commencent à chanter «L'Internationale».) S'il vous plaît maintenant ! (Les députés continuent de chanter. Exclamations. Applaudissements.) Bien ! Je pense que dans les prochains jours nous pourrons inaugurer le choeur du Grand Conseil; que tous ceux qui veulent s'inscrire envoient leur candidature au Bureau ! Je passe la parole à M. Christian Dandrès.

M. Christian Dandrès (S). Je vous remercie, Monsieur le président. Mesdames et Messieurs les commissaires, le débat que nous avons ce soir est à mon avis à l'image de l'exposé des motifs de l'UDC, à savoir de la camelote extra. Si vous lisez ce document - M. Jean-Romain Putallaz l'a fait tout à l'heure - vous verrez quoi ? Que l'UDC ressort son ennemi imaginaire, part en croisade contre le mouvement post-soixante-huitard; il propose même l'intégration par le chant et prend pour modèle des pays dont les élèves saluent le drapeau au réveil - vous parlez sans doute de la Corée du Nord. (Remarque.) Alors j'aimerais mettre le doigt sur un paradoxe, qui a été relevé en partie par M. Vanek tout à l'heure: vous avez un parti qui boute le feu, depuis vingt ou trente ans, à l'unité nationale, qui dénonce les faux Suisses, les faux travailleurs, les faux assurés sociaux; vous avez déposé une dizaine d'initiatives, vous avez torpillé l'économie suisse avec la votation du 9 février, et aujourd'hui vous venez plaider, ici, l'intégration par le biais du chant !

Mesdames et Messieurs les députés, l'intégration est une question sérieuse, qui mérite des mesures qui le sont également. Et ces mesures, quelles sont-elles ? Ce sont les propositions que vous avez refusées, notamment, au sein de la Constituante; c'est la possibilité, pour une partie de la population étrangère, de prendre part au débat qui soude la communauté nationale, à savoir le droit de vote. (Commentaires.) Cet élément-là a été refusé. L'autre élément, c'est la question du service public. Pour intégrer une communauté, il faut la comprendre; pour la comprendre... (Brouhaha. Le président agite la cloche.) ...il faut une école qui soit forte, une école dont le but n'est pas de développer une espèce d'esprit de képi tel que proposé par cette motion. Cette motion, Mesdames et Messieurs les députés, je pense qu'il faut l'enterrer, et c'est la raison pour laquelle le groupe socialiste ne la votera pas. (Huées. Applaudissements.)

M. Gilbert Catelain (UDC). Je suis, pour ma part, un peu désabusé par la tournure des débats. Il semblerait que chanter le cantique suisse soit une tare; j'ai le privilège d'avoir pu envoyer ma fille faire sa dernière année de scolarité obligatoire aux Etats-Unis, et là-bas chanter n'est pas une tare. Elle se trouve au lycée français de New York, et à l'occasion du septantième anniversaire de la commémoration du débarquement de Normandie, le lycée français a invité des anciens combattants américains qui y ont participé. Ils ont reçu la légion d'honneur de la part de l'ambassadeur de France, et tous les élèves - tous ! - ont chanté, en anglais, l'hymne national américain et, en français, l'hymne national français. Ils n'en sont pas morts, cela ne les a pas traumatisés, mais les anciens combattants qui ont sacrifié leur temps, qui ont risqué leur vie pour la liberté, sur ce continent, l'ont certainement apprécié. Et je trouve regrettable que, pour des prétextes, on renonce à transmettre un élément de notre culture nationale à nos jeunes générations, qu'elles soient suisses ou étrangères. Je vous recommande d'accepter cette motion. (Applaudissements.)

Une voix. Bravo !

Le président. Je vous remercie, Monsieur le député, et passe la parole à Mme Marion Sobanek.

Mme Marion Sobanek. C'est une erreur, Monsieur. (Exclamations. Rires.) Monsieur le président !

Le président. Ne m'appelez pas «mon Dieu», ça me gêne ! (Rires.) Je passe la parole à M. le député Julian Murat Alder.

M. Murat Julian Alder (PLR). Merci, Monsieur le président; c'est Murat Julian - vous pouvez aussi m'appeler Murat Alder, ça va très bien, Julian est mon deuxième prénom; l'erreur a déjà été commise à mainte reprise, ce n'est pas grave, elle se reproduira encore et encore.

Mesdames et Messieurs, chers collègues, je vous rappelle que nous apprenons tous le «Cé qu'è lainô» à l'école publique à Genève. Je ne vois donc pas où est le problème dans le fait d'enseigner également le cantique suisse. Il y a un romancier français d'origine russe qui s'appelait Romain Gary, à qui on attribue la célèbre citation: «Le patriotisme, c'est l'amour des siens, le nationalisme, c'est la haine des autres.» S'il vivait encore aujourd'hui, il aurait trouvé un qualificatif pour la haine des siens, et ce qualificatif serait «Ensemble à Gauche». (Quelques applaudissements.)

M. Stéphane Florey (UDC). Je suis un peu déçu que Mme Sobanek ait renoncé; je pensais qu'elle nous chanterait une strophe en schwyzertütsch, comme elle sait si bien le faire ! (Exclamations.) Blague à part, je voulais juste rassurer le groupe PDC: la proposition ne demande pas, contrairement à la motion sur les cours citoyens, qu'il y ait des heures supplémentaires ! Nous souhaitons simplement que le cantique suisse soit enseigné. On pourrait largement, entre une chanson d'Henri Dès - parce qu'Henri Dès s'apprend à l'école, il faut le savoir ! - et de Chantal Goya... (Commentaires.) ...glisser le cantique suisse, sans prendre une heure de plus sur ce qui est prévu. A l'école primaire il y a la chorale, il y a des cours de musique, donc enseigner une chanson spécifique est parfaitement compatible avec le PER et avec l'enseignement en général. C'est pour cela que je vous invite à soutenir cette motion. Je vous remercie.

M. Bertrand Buchs (PDC). Je crois qu'on a un problème avec notre hymne national. D'abord il a été créé tard, comme l'a dit M. Vanek; l'avantage, c'est que personne ne connaissait les paroles, donc personne ne s'est rendu compte qu'on parlait de Dieu à toutes les strophes - et personnellement j'en suis très content, étant chrétien pratiquant. Quand on sait que dans notre constitution, on a supprimé, dans le préambule, la notion de Dieu, et qu'à l'école publique laïque, on fait attention à ne pas trop mettre en avant... (Commentaires. Exclamations.)

Le président. Monsieur Stauffer, s'il vous plaît ! Il vous reste vingt secondes, Monsieur Buchs.

M. Bertrand Buchs. Je dis simplement que de nouveau... (Commentaires.)

Le président. S'il vous plaît !

M. Bertrand Buchs. Je vous rappelle, Mesdames et Messieurs, qu'on doit respecter les autres, on doit respecter tout le monde. La Confédération s'en est bien rendu compte, puisqu'elle est en train d'étudier la possibilité de changer les paroles de l'hymne national ! (Commentaires.) Même la Confédération veut changer les paroles de l'hymne national...

Le président. Il vous faut conclure, Monsieur le député.

M. Bertrand Buchs. ...et qu'est-ce qui se passe ici ? (Brouhaha.) Parce qu'on parle du pays, de nouveau, c'est le peuple bêlant qui prend la parole, et tout le monde est au garde-à-vous...

Le président. Il faut conclure !

M. Bertrand Buchs. ...parce qu'on parle de la Suisse...

Le président. Je vous remercie. (Le micro de l'orateur est coupé. Quelques applaudissements.) Je passe la parole à M. le député Jean-Michel Bugnion.

M. Jean-Michel Bugnion (Ve). Merci, Monsieur le président. Mesdames et Messieurs les députés, c'est intéressant: M. Rappaz a utilisé le terme de patriote, de patriotisme, et M. Murat Alder a avancé celui de nationalisme. Qu'est-ce que le patriotisme ? Le patriotisme est un attachement sentimental à sa patrie, se manifestant par la volonté de la défendre, de la promouvoir. Je suis entièrement acquis à ce type de sentiment. Dans ce cas-là, on parle de quelqu'un qui fait partie de la patrie, qui veut la promouvoir, voire la défendre. Qu'est-ce que le nationalisme ? C'est un mouvement politique d'individus qui prennent conscience de former une communauté nationale en raison des liens qui les unissent, langue et culture. (Remarque.) Maintenant, vous allez obliger...

Le président. Il vous faut conclure, Monsieur le député.

M. Jean-Michel Bugnion. ...une population qui est à 61,2% issue de la migration... (Commentaires.) ...qui comprend plus de 40% d'étrangers, à apprendre un hymne...

Le président. Merci, Monsieur le député.

M. Jean-Michel Bugnion. ...qui est un cantique... (Protestations.)

Le président. Monsieur Medeiros et Monsieur Spuhler ! S'il vous plaît ! Monsieur Spuhler ! (Protestations.) S'il vous plaît, regagnez votre place ! Monsieur Bugnion, c'est terminé. (Le micro de l'orateur est coupé. Brouhaha.) S'il vous plaît, merci de garder votre calme. Je passe la parole à M. le député Stéphane Florey.

M. Stéphane Florey (UDC). Merci, Monsieur le président. (Brouhaha.) Je voudrais juste vous lire la première phrase de la Constitution fédérale: «Au nom de Dieu tout-puissant». (Commentaires.) Il n'y a rien de rédhibitoire là-dedans, il n'y a aucune atteinte à quelque peuple que ce soit, c'est simplement inscrit. Je ne vois donc pas en quoi le texte pourrait offenser qui que ce soit... (Remarque.) ...puisque même la Constitution fédérale...

Le président. Monsieur Stauffer, s'il vous plaît !

M. Stéphane Florey. ...le mentionne. Je vous remercie.

M. Patrick Lussi (UDC). Je ne dirai pas que c'est intéressant, mais que c'est triste d'entendre ce qui a été dit. Quand j'écoute le groupe PDC, j'ai envie de dire, mon Dieu, pourquoi pas - je dis bien «mon Dieu», pourquoi pas - parce qu'en définitive, dans notre langue, dans notre tradition, dans notre culture, dans nos racines, on a l'habitude de parler de Dieu. C'est la dénomination de l'être suprême, d'autres utilisent un autre mot. De la même manière, certains veulent nous enlever la croix sur le drapeau; mais est-ce que nous souhaitons vraiment aller dans cette voie ? Permettez-nous de nous opposer et de simplement dire: aimons nos racines. Et puis oui, bien sûr on a dû changer, mais si vous vous souvenez - parce que personnellement...

Le président. Il vous faut conclure !

M. Patrick Lussi. ...personnellement je l'ai chanté, l'autre, «O monts indépendants» - c'est l'hymne britannique, en tout cas...

Le président. Il vous faut conclure, merci.

M. Patrick Lussi. ...en ce qui concerne la mélodie.

Mme Anne Emery-Torracinta, conseillère d'Etat. Je ne sais pas si la musique adoucit les moeurs... (Commentaires.) ...je n'en suis pas sûre, mais je vous invite néanmoins à méditer sur deux lignes de l'hymne national: «Loin des vains bruits de la plaine, l'âme en paix est plus sereine.» Vu d'ici, je crois qu'on oublie un peu le brouhaha qu'il y a. (Brouhaha.) Mesdames et Messieurs les députés, trêve de plaisanterie: nous avons déjà eu ce débat en 2009, à la suite d'une motion du MCG qui avait été massivement refusée par le parlement... (Commentaires.) Enfin, massivement: 56 non, 7 oui et 9 abstentions. Cela pour une raison bien simple, c'est qu'il n'y a que deux chants obligatoires, aujourd'hui, à l'école primaire: le «Cé qu'è lainô» et le cantique suisse. Actuellement nos élèves apprennent donc ces chants; en l'occurrence, le «Cé qu'è lainô» est obligatoire dès la 5P, mais très souvent c'est fait chez les plus petits. Cela fait partie du plan d'études romand, en plus des documents de liaison qui sont publiés par l'enseignement primaire et donnés à tous les enseignants. Le «Cé qu'è lainô» s'apprend donc dès la 5P, et l'hymne national, le cantique suisse, dès la 6P. Alors vous pouvez parfaitement renvoyer cette motion au Conseil d'Etat... (Brouhaha.) ...ça ne changera rien: je vous répondrai en trois paragraphes ce que je viens de vous dire maintenant.

Le président. Je vous remercie, Madame la conseillère d'Etat. Mesdames et Messieurs les députés, je vais donc vous faire voter sur la prise en considération de cette motion.

Des voix. Vote nominal !

Le président. Est-ce que vous êtes soutenu ? (Des mains se lèvent.) Vous l'êtes.

Mise aux voix, la motion 2156 est adoptée et renvoyée au Conseil d'Etat par 46 oui contre 36 non et 4 abstentions (vote nominal). (Quelques applaudissements à l'annonce du résultat.)

Motion 2156 Vote nominal