Séance du jeudi 28 mai 1998 à 17h
54e législature - 1re année - 9e session - 23e séance

P 1178-A
6. Rapport de la commission des pétitions chargée d'étudier la pétition : Pour le développement de la photographie et des images contemporaines à Saint-Gervais. ( -)P1178
Rapport de Mme Salika Wenger (AG), commission des pétitions

Lors des séances des 12 et 26 janvier et des 2 et 9 février 1998 la commission des pétitions a traité la pétition 1178.

En date du 1er décembre 1997, un document, pétition en la forme, était adressé au Grand Conseil sous les signatures de MM. Pascal Volery et Michel Auer. Cette pétition intitulée "; Pour le développement de la photographie et des images contemporaines à St-Gervais " a la teneur suivante :

PÉTITION

(1178)

pour le développement de la photographie et des images contemporaines à Saint-Gervais Genève

Depuis de nombreuses années, les activités dans le domaine de la photographie et des images contemporaines se sont fortement développées à Saint-Gervais Genève. De multiples expositions, des manifestations, des stages, des séminaires et des ateliers, de nombreuses publications ont ainsi pu répondre aux attentes diverses d'un large public grâce à la mise à disposition d'infrastructures adaptées (galeries d'expositions, studios, laboratoires et ateliers de photographie) ; les compétences et l'engagement des responsables artistiques, en particulier de M. Jacques Boesch en charge de "; Saint-Gervais photographie ", ont permis de déployer une vie culturelle intense et unique, originale et de qualité de par ses exigences, qui a exercé une influence positive sur la vie de la photographie de notre ville, de notre région et de notre pays, confirmée par des signes évidents de reconnaissance. Aujourd'hui, on ne peut plus simplement opposer la photographie aux autres images, ni les images fixes aux images en mouvement ou les images argentiques aux images électroniques, car il convient de développer cette diversité, et ses potentialités renouvelées, comme autant de richesses en interaction. Saint-Gervais semblait l'avoir compris puisque, ces dernières saisons, une place importante avait été laissée à la novation, à la diversité et à un travail de fond empreint de recherches contemporaines. Partout la photographie et les images d'aujourd'hui sont en plein essor. Alors qu'à Genève, si l'on se réfère aux quelques informations disponibles (par exemple, l'article de la Tribune de Genève du 25 janvier 1997, signé E. Dumont ou à des "; bruits de couloirs ", ce que confirment malheureusement la fermeture des studios et laboratoires de photographie et l'absence de programmation "; photographique " cet automne, etc.), on s'apprêterait à liquider ces activités nécessaires et remarquables.

Les soussignés, utilisateurs de Saint-Gervais Genève dans le domaine de l'image, constatant la disparition progressive de la photographie dans ce lieu qui lui est consacré, et l'absence d'information si ce n'est l'intention du Conseil de fondation de démettre de ses fonctions le responsable des activités "; photographie " pour d'obscures convenances "; politiques " et "; dogmatiques ", comme le suggère M. Dumont dans son article, et par conséquent d'éliminer à terme la photographie, en appellent aux autorités subventionnantes afin d'être informés et d'obliger à une réelle concertation avec les utilisateurs. En tout état de cause, ils demandent la poursuite et le développement de la photographie, ce qui ne peut être garanti que par le maintien dans ses fonctions de son responsable à Saint-Gervais Genève. Certes, un vague projet de Centre pour l'image contemporaine est annoncé. Mais il apparaît que le Conseil de fondation de Saint-Gervais soit actuellement beaucoup plus préoccupé d'asservir politiquement cette institution que d'assumer ses plus élémentaires responsabilités. Il dit avoir des ambitions dans le domaine de l'image mais se révèle incapable d'entreprendre les moindres travaux d'adaptation de ses équipements, de trouver des ressources financières suffisantes, de maintenir en fonction cette institution unique consacrée à la création et à la diffusion, à la formation, aux échanges et aux débats. Plus, les autorités veulent concrétiser leur soutien en diminuant les subventions de 5 à 10 % ! Saint-Gervais Genève ne doit pas devenir la danseuse de quelques édiles verts en quête de légitimité culturelle ou la proie d'obscures manipulations ! Ainsi, par exemple, la disparition des stages et des séminaires ainsi que la fermeture des laboratoires de photographie privent de nombreux utilisateurs d'un service public irremplaçable (de 150 à 200 personnes, sans compter les utilisateurs des ateliers de photographie).

C'est pourquoi des photographes, des plasticiens, des utilisateurs de Saint-Gervais-photographie, ainsi que des personnes qui ont participé à ses activités, demandent :

- le maintien et le développement des activités photographiques à Saint-Gervais Genève ;

- une vraie transparence et une réelle concertation, dans la mise en place du projet de Centre pour l'image contemporaine, de la part du Conseil de fondation et des autorités subventionnantes ;

- des moyens suffisants pour la poursuite de ces activités ;

- le maintien du responsable de Saint-Gervais-photographie dans ses pleines responsabilités.

I. Audition des pétitionnaires

Saint-Gervais est une institution culturelle qu'il n'est plus besoin de présenter. Jusqu'en 1996, 15 à 20 expositions de photographie ont eu lieu chaque année, certaines importantes. On pouvait y participer à des séminaires, des stages ou des ateliers animés par des photographes de renom. En outre, le département photo de Saint-Gervais a beaucoup fait pour faire connaître cet art, notamment en éditant des plaquettes et des livres d'une qualité artistique indéniable.

Il faut savoir qu'à Saint-Gervais il y avait deux directeurs du département photo. M. Boesch pour la photographie et M. Iten pour la vidéo. M. Volery pour sa part, animait des stages, mais ceux-ci ayant été supprimés, il a réussi à les déplacer à l'école-club Migros.

Le Conseil de fondation ayant décidé de changer la perspective générale de ce département, en la voulant plus tournée vers les techniques d'images mobiles ou numériques, la fermeture de la galerie d'essais, peut-être au profit d'expositions plus médiatiques ainsi que la fermeture des laboratoires au public, ces décisions font craindre aux pétitionnaires la disparition de la photo traditionnelle et avec elle de M. Boesch, qui fut l'artisan de ce département et dont la fonction semble être remise en cause pour des raisons politiques.

Cette pétition est aussi soutenue par 300 utilisateurs.

II. Audition du Conseil de fondation de la Maison de quartier de St-Gervais

Le Conseil de fondation est nommé par le Conseil municipal, le Conseil administratif et le Conseil d'Etat. Il se réunit tous les deux mois environ et dans l'intervalle les décisions sont prises par le bureau. Dans ces conditions, les accusations portées d'un Conseil partisan prétendument la proie d'un groupe politique paraît difficile.

Les procès-verbaux rédigés de chaque séance sont envoyés à la commission du personnel et permettent ainsi une transparence des débats et des décisions.

Les réformes que le Conseil de fondation a décidées de réaliser sont justifiées par les difficultés que rencontre la direction à gérer cette institution en l'absence d'une comptabilité analytique d'une part et par la volonté de moderniser le département photographie d'autre part.

Saint-Gervais aimerait rendre compte de toutes les possibilités de l'image, qu'elles soient mobiles ou pas. C'est une grande chance pour Genève d'avoir un Centre de l'image contemporaine, peu importe le support utilisé par les artistes. La photo ne disparaîtra pas mais se mêlera parfois à d'autres techniques.

Pour mener à bien cette réforme, le Conseil de fondation a dû choisir entre les deux directeurs en place et a retenu le nom de M. Iten, étant bien entendu que M. Boesch continuerait à bénéficier de son salaire ainsi que de tous ses acquis. Il faut souligner que la décision du Conseil ne remet absolument pas en cause les compétences de M. Boesch qui reste responsable de projets artistiques dans le Centre et particulièrement en ce qui concerne la photographie. Notons aussi que M. Boesch est un des cosignataires du nouveau projet "; Saint-Gervais, un centre pour l'image contemporaine " et qu'il se dit prêt à jouer le jeu.

Quant à la disparition des labos photo, il n'en a jamais été question, mais leur affectation est maintenant dévolue à des artistes présentant un projet intéressant mené jusqu'à sa finalité et pouvant être montré au public.

Il va de soi qu'après un an de fonctionnement, il sera fait un bilan de la nouvelle utilisation des locaux du Centre.

L'une des missions de Saint-Gervais étant d'aider les jeunes créateurs, le Centre va continuer à soutenir les talents émergents. Mais Saint-Gervais n'est plus un centre de loisir, il est devenu un centre culturel.

III. Audition de M. Jacques Boesch

Saint-Gervais doit s'adapter, mais deux alternatives sont possibles :

1. on mise sur les réseaux, sur les débats, sur l'ouverture et on devient un vrai laboratoire de l'image avec le développement d'une culture de projets,

2. on s'adapte à la pensée unique, on hiérarchise, on restreint, on exclut, on casse et on entre dans le futur à reculons.

Malheureusement, tout laisse à penser que les responsables ont choisi la deuxième possibilité et ne veulent pas d'une évolution positive.

C'est à divers titres que l'Etat est impliqué à Saint-Gervais : par la subvention de Fr. 300 000.- par an, par le projet de loi sur la culture, par le représentant du Conseil d'Etat au sein de la Fondation. Ce Conseil est composé de 4 Verts et de 4 membres du département de M. Vaissade et seule une personne montre un réel intérêt pour la photo : M. Zumthor. Les autres membres ne sont pas compétents ou ne s'y intéressent pas. D'ailleurs, ils ne viennent jamais aux vernissages des expositions.

En 20 ans, Saint-Gervais est devenu un pôle d'excellence en ce qui concerne la photographie, de renommée nationale aussi bien qu'internationale. Dans ce lieu culturel, M. Boesch et son équipe ont organisé 160 expositions environ dont 110 de photographies. Ce travail a permis à Saint-Gervais de s'enrichir d'un fond de 300 ou 400 oeuvres de valeur. Quelque 1500 personnes ont profité des stages qui y étaient offerts, des dizaines d'autres ont suivi des séminaires pour réfléchir sur l'avenir de la photographie. Le budget photo s'élevait à Fr. 35 000-40 000.-, sans compter les salaires de la petite équipe. Ces dépenses étaient plus que largement couvertes par un sponsoring qui rapportait Fr. 120 000.-, et des recettes diverses de l'ordre de Fr. 40 000.-. De plus de nombreuses publications ont été réalisées à Saint-Gervais, qui n'étaient pas au seul bénéfice des artistes mais induisaient aussi un gain pour les graphistes, les imprimeurs, etc.

Depuis un an, il n'y a plus de stages, plus de séminaires, plus d'utilisateurs, la galerie d'essai est fermée depuis septembre et 3 expositions seulement sont prévues pour cette année. Le rétablissement de la photo à Saint-Gervais est indispensable si l'on ne veut pas perdre le bénéfice de longues années de travail.

M. Iten et M. Boesch sont rémunérés par les services administratifs et financiers du DIP (par la CCCLR) qui facturent ces montants au Conseil de fondation. Contrairement à ce qui est dit, M. Boesch n'est pas fonctionnaire et peut à toute heure être licencié. Mais on ne licencie pas dans les milieux culturels, on assassine. On commence par écarter une personne de ses responsabilités, puis on l'interdit de parole et on ne la laisse plus travailler. Après quoi il devient difficile de trouver un autre travail.

Pourquoi le Conseil de fondation a-t-il fait ce choix ? Dans le projet initial, il n'a jamais été question de laisser tomber la photo mais d'un espoir de transformation du traitement de l'image à Saint-Gervais. Aujourd'hui un bon travail se fait en réseau et la nomination d'une seule personne à la direction photo empêche la mise en commun des diverses connaissances qui se côtoyaient à Saint-Gervais. Il est difficile à M. Boesch de travailler efficacement, car n'ayant plus de réelles responsabilités, son nouveau titre de "; chargé de projets " est trop flou pour lui permettre la somme de liberté d'initiative que sa fonction requiert.

IV. Discussion et vote

Les subventions du Canton ne représentent que 10 % du budget alloué à la Fondation de Saint-Gervais. Aussi, son poids décisionnel n'est-il que de peu d'importance, le principal bailleur étant la Ville de Genève.

Dans l'option culturelle prise par le Conseil de fondation, il se dessine, entre autre, un conflit entre anciens et nouveaux et dont l'arbitrage n'est pas du ressort du Canton et ce même si la commission s'inquiète de voir disparaître un des fleurons culturels de la Ville qu'est la photographie à Saint-Gervais et dont M. Jacques Boesch a été l'artisan opiniâtre, éclairé et talentueux.

La commission comprend les inquiétudes nourries par M. Boesch en ce qui concerne l'avenir de son département et de ses fonctions au sein du Centre culturel de Saint-Gervais, d'autant que le Conseil de fondation n'a rien à lui reprocher professionnellement. Là encore, il est impossible au Canton d'intervenir compte tenu de la liberté dont doit jouir une organisation culturelle.

En conséquence, la commission décide donc à l'unanimité de déposer la pétition 1178 sur le bureau du Grand Conseil à titre de renseignement.

Mises aux voix, les conclusions de la commission des pétitions (dépôt de la pétition sur le bureau du Grand Conseil à titre de renseignement) sont adoptées.