Séance du
vendredi 20 mars 2026 à
16h30
3e
législature -
3e
année -
10e
session -
55e
séance
R 1086 et objet(s) lié(s)
Débat
La présidente. La prochaine urgence est constituée de deux points liés, la R 1086 et la M 3209, que nous traitons en catégorie II, trente minutes. Je passe la parole à M. Conne.
M. Pierre Conne (PLR). Merci, Madame la présidente. Mesdames et Messieurs les députés, je me suis réveillé à la commission judiciaire et de la police jeudi dernier, et j'ai commencé à rédiger cette proposition de résolution. Je me suis réveillé non seulement en ouvrant les yeux, mais aussi lorsque j'ai mieux réalisé - alors que nous auditionnions les représentants des associations de commerçants et d'hôteliers sur différents objets en lien avec les risques relatifs aux manifestations entourant le G7 à Genève - que, finalement, tous les dispositifs qui étaient déjà en place pour assurer la meilleure sécurité possible des biens et des personnes pendant cette période méritaient d'être améliorés.
Comme je le disais il y a un instant, nous travaillons sur un certain nombre d'objets, et je pense qu'il est important de rendre à César ce qui lui revient. En août 2025, François Baertschi a déposé pour le MCG la M 3147 «Protégeons Genève contre les "black blocs" [...]». En juillet 2025, Le Centre, sous la plume de M. Thierry Arn, avait déposé la M 3144 «[...] tirons les leçons de 2003». Plus récemment, en janvier 2026, M. Arber Jahija, pour le MCG, a déposé la M 3197 «Protégeons nos commerces [...]».
En rédigeant cette résolution, j'ai procédé à une accélération du processus. En effet, la commission judiciaire a travaillé au pas de sénateur - et j'en prends la responsabilité puisque j'en fais partie. Il m'a semblé absolument nécessaire de marquer cette volonté d'accélérer le processus, de mieux nous préparer aux violences possibles en déposant cette résolution. Elle demande globalement trois choses.
La première est qu'il n'y ait pas de manifestation, de quelque nature qu'elle soit, culturelle, sportive ou politique, pendant une période que nous proposons et que nous avons chiffrée entre le 11 et le 19 juin. Je rappelle à cette occasion qu'il ne s'agit pas d'interdire de manifester, mais de restreindre le droit de manifester. Je fais référence à la restriction légitime du droit de manifester qui est prévue dans les conventions internationales relatives aux droits humains fondamentaux, notamment la CEDH. La jurisprudence dit que cette restriction est possible entre autres quand il existe des conflits avec un événement majeur mobilisant déjà les forces de l'ordre. Nous nous trouvons exactement dans cette situation. Les forces de l'ordre seront appelées à sécuriser les délégations qui transiteront - parce que Genève n'a que les externalités négatives de ce G7 - de l'aéroport à leur destination en France, où elles résideront, ou à Evian, sur les lieux du sommet. Il est donc tout à fait possible d'interdire, pendant cette période, toute manifestation.
La présidente. Vous passez sur le temps de votre groupe.
M. Pierre Conne. Cette résolution demande en outre de permettre à la fois aux commerçants et aux communes de participer aux travaux de la cellule de crise, parce qu'ils ont non seulement des choses à dire pour améliorer la sécurité et la préparation de cet événement, mais également des informations à recevoir.
Enfin, il s'agit de prévoir une indemnité pour les commerçants menacés, qui leur donnerait les moyens de sécuriser leurs devantures - parce que, même s'il n'y a aucune manifestation, il y aura quand même des violences - et qui leur permettrait ensuite, à Dieu ne plaise, les dégâts ayant été constatés, de bénéficier d'un dédommagement qui serait subsidiaire à celui versé par leurs assurances.
Je vous remercie de faire bon accueil à cette résolution et de la voter. Merci, Madame la présidente.
M. Laurent Seydoux (LJS). Mesdames et Messieurs les députés, l'organisation du sommet du G7 à Evian en juin 2026 place notre république au centre d'un défi sécuritaire, en raison de notre proximité immédiate. Le Conseil d'Etat a déjà pris une décision forte l'année dernière en interdisant les grandes manifestations sportives et culturelles durant tout le mois de juin. C'est une mesure qui a des conséquences importantes pour les organisateurs concernés.
Toutefois, la cohérence exige d'aller plus loin. Comment justifier l'annulation d'événements festifs tout en laissant le champ libre à des rassemblements revendicatifs dont l'histoire nous montre qu'ils dégénèrent quasi systématiquement en violences urbaines ? Et ne parlons même pas d'un village alternatif, programmé dans le parc des Bastions, dont nous espérons qu'il a déjà fait long feu.
Une précision, cela étant, s'impose. Nous avons conscience que, sur le calendrier, une manifestation de la Grève féministe est prévue le 14 juin. Que les choses soient claires. Nous ne nous opposons pas à cette cause légitime. Cependant, la sécurité ne tolère aucune zone d'ombre. Nous demandons que ce rassemblement soit strictement limité à un périmètre défini, non mobile et, surtout, qu'il ne serve pas de cheval de Troie à des groupements radicaux pour porter des revendications étrangères à son objet.
Pourquoi cette rigueur est-elle indispensable ? D'abord, pour une question de saturation des forces de l'ordre: nos policiers seront totalement mobilisés par la protection des délégations et des sites sensibles. Disperser ces effectifs pour encadrer des cortèges à haut risque sur l'ensemble du territoire est une stratégie dangereuse. Ensuite, la protection de l'économie locale l'exige: nos commerçants ne doivent pas subir les conséquences matérielles de dégradations gratuites. Le droit de manifester ne doit pas s'exercer au détriment du droit de la propriété. Pour terminer, il y va de l'image de Genève qui, en tant que capitale de l'humanitaire, doit offrir un visage de sérénité. Des scènes de chaos urbain nuiraient gravement à l'attractivité de notre canton.
Cette motion propose une trêve sécuritaire limitée du 10 au 22 juin. Il s'agit d'une mesure d'exception pour un événement exceptionnel, lors duquel la sécurité publique doit primer sur le risque de troubles graves à l'ordre public. Il est du devoir de l'Etat de prévenir plutôt que de guérir. En protégeant nos concitoyens et nos infrastructures, nous garantissons la pérennité de nos institutions.
Pour toutes ces raisons, le groupe LJS vous invite à soutenir cette proposition de motion, ainsi que la résolution du PLR. Merci.
Mme Joëlle Fiss (PLR). Mesdames et Messieurs, chers collègues, le G7 de juin 2026 se tient dans un contexte mondial très turbulent. C'est un vrai test logistique pour la France.
Dans ce débat et dans le précédent que nous avons eu aujourd'hui, on oppose très souvent des droits: le droit de manifester contre le droit à la sécurité ou, dans une autre variante que nous avons entendue, la liberté d'expression contre la liberté de commerce.
Franchement, ce prétendu équilibre n'existe pas. Tout a été pensé et discuté dans le droit. Les droits civiques, politiques et économiques coexistent très bien. Le PLR a mentionné à plusieurs reprises que, tant au niveau du droit suisse que du droit européen, la liberté de réunion peut être temporairement restreinte pour protéger la sécurité et l'ordre public. La jurisprudence dit la même chose. En d'autres termes, interdire dans certaines circonstances, ce n'est pas du tout violer les droits de l'homme, mais les appliquer. Voilà mon argument juridique.
Maintenant, je vais passer à un argument politique. Un cocktail d'ingrédients très dangereux est réuni. Il existe des précédents graves, des groupes radicaux se sont annoncés, les citoyens sont préoccupés, et tout ce qu'il faut faire aujourd'hui, Madame la conseillère d'Etat... Souvent, vous évoquez des arguments juridiques; il faut passer à des arguments politiques. Tout ce qu'il nous faut, c'est un peu de courage politique pour tenir bon. Merci. (Applaudissements.)
M. Pierre Eckert (Ve). Mesdames les députées, Messieurs les députés, nous avons affaire à deux objets; je vais commencer par la motion de LJS. M. Seydoux vient de nous l'expliquer, mais elle demande en fait - je vous la lis - qu'il n'y ait «aucune autorisation d'occupation [...] à des fins revendicatives». Pour moi, ça ne veut rien dire du tout. La définition de ce qu'est une «fin revendicative» ne se fonde sur aucun texte de loi. A partir de là, je peux bien organiser une manifestation sur le G7 et un cortège pour le président Xi Jinping, le président Trump ou le président Macron, pour en rester à ceux-là, puisque je ne revendique rien. Je pourrais donc y aller.
D'ailleurs, je vous révèle un scoop: si des personnes manifestent contre le G7, ils ne vont rien revendiquer du tout ! Ils ne sont simplement pas d'accord avec ce que font les sept grands, mais ils ne revendiquent rien, puisqu'ils n'en attendent rien ! Je trouve donc que la motion de LJS, vu sa formulation, est inutile.
J'en viens au texte de la résolution «ventilateur» du PLR. Je vais commencer par les deux dernières invites, qui concernent l'indemnisation. Je suis tout à fait pour une indemnisation, mais tout ce que ça veut dire, c'est qu'on ne croit pas à la première invite, qui vise l'interdiction des manifestations. En effet, s'il n'y a pas de manifestation, il n'y aura personne à dédommager, donc c'est un peu contradictoire. Quant aux invites 2 et 3, qui sollicitent l'intégration des milieux professionnels et des communes, ça vaut ce que ça vaut. Ça vaut ce que le Conseil d'Etat...
Je vais vous faire part d'une anecdote, même si vous n'aimez pas mes anecdotes, Madame la présidente. (Rires. L'orateur rit.) Je faisais partie de la sous-commission de la commission des finances qui s'occupait de la politique H à l'automne dernier, et nous avons longuement parlé de ce G7. Le Conseil d'Etat est bien entendu en train de prendre des dispositions en vue des éventuelles manifestations liées à cet événement.
Enfin, la première invite concerne l'interdiction de manifester durant une certaine période, qui a été mentionnée. Une fois de plus, je reviens sur ce que j'ai dit tout à l'heure: le droit de manifester est constitutionnel. Il est d'ailleurs garanti, comme je l'ai dit, par le premier article de la loi sur les manifestations sur le domaine public.
Ce que je voulais dire, c'est qu'on ne peut pas restreindre de façon abstraite ces manifestations. (La présidente agite la cloche pour indiquer qu'il reste trente secondes de temps de parole.) Nous sommes bien conscients qu'une manifestation anti-G7 comporte un risque, mais je pense qu'une interdiction généralisée est clairement plus dangereuse que des autorisations. Je l'ai dit tout à l'heure, délivrer une autorisation permet de contrôler la manifestation. Si vous interdisez tout...
La présidente. Merci, Monsieur le député.
M. Pierre Eckert. ...ce sera beaucoup plus dangereux. Il y aura des rassemblements partout et ce sera parfaitement incontrôlable.
La présidente. Merci.
M. Pierre Eckert. Je vous recommande donc de refuser les deux objets. (Applaudissements.)
M. François Baertschi (MCG). On dit que l'enfer est pavé de bonnes intentions. Cette résolution est purement déclamatoire, donc nous la soutiendrons... (L'orateur marque une pause. Rires.) ...mais il y a un double discours. Ce n'est pas parce qu'elle est purement déclamatoire que nous la soutiendrons... (Commentaires.) ...mais parce que nous voudrions que les auteurs de la résolution fassent véritablement en sorte qu'on ait les moyens pendant le G7.
Nous sommes en train de discuter de crédits supplémentaires en commission, notamment pour la police. Je vous parie que mercredi prochain - je prends le pari ici -, les groupes PLR, Le Centre, LJS et UDC ne voteront pas ces crédits supplémentaires qui nous permettraient... (Remarque.) L'UDC nous dit déjà oui. (Commentaires.) C'est déjà un peu... Comment dire ? Il y a à ce moment-là quelque chose de... On ne ment pas, on dit la vérité sur ces bancs, bravo ! Pas bravo, en revanche, pour la manière de faire, parce que c'est un double discours. On dit: «Il faut de la sécurité», mais on ne donne pas les moyens d'affronter le G7.
Le MCG, bien évidemment, sera cohérent et fournira à la police et au Conseil d'Etat les moyens de faire face aux enjeux du G7. Nous voterons la résolution: il n'y a pas de raison qu'on la vote, mais c'est comme si on ne la votait pas, puisqu'elle n'aura aucun effet, malheureusement ! (Commentaires.)
Une voix. Par contre, les budgets, oui !
M. François Baertschi. Oui. Les budgets, eux, ils ont un effet. Donc à bon entendeur, et à mercredi prochain ! Je laisse la place au débat. (Applaudissements.)
Des voix. Bravo !
M. Jean-Marc Guinchard (LC). Mesdames et Messieurs, chères et chers collègues, je remercie le député Conne d'avoir rappelé les quelques objets qui ont été déposés. Je vous incite à cet égard à accepter en même temps que cette résolution l'excellent amendement du Centre.
Mesdames et Messieurs, en 2003, j'habitais les Rues Basses et j'ai dû passer une nuit à l'hôtel, parce que les casseurs avaient envahi le secteur. Quelques commerces qui ne disposaient pas de planches de protection ont été complètement saccagés. Je pense toujours - car je voyais ça de loin - au pillage de la boutique Lacoste, par des casseurs mais aussi par des gens très bien, qui ne faisaient pas du tout partie des premiers et qui pourtant se sont permis de se joindre au saccage. Cela a duré jusqu'à ce que la police allemande intervienne avec une efficacité redoutable, parce que beaucoup plus légère que la nôtre; en tout cas, la nôtre avait reçu l'ordre de ne pas intervenir.
Le Centre soutiendra donc la résolution et vous recommande d'accepter l'amendement qu'il a déposé. Quant aux appréciations de notre collègue MCG sur le budget, je ne sais pas d'où il tient ses informations puisque rien n'a encore été décidé concernant les dotations de la police. Je vous remercie.
M. Yves Nidegger (UDC). La leçon que personne n'a envie de tirer du fiasco de 2003, c'est que celui-ci n'était pas dû à un manque de moyens d'agir. Si on se rappelle bien la situation, nous avions les moyens; il y avait même des renforts, des mercenaires allemands venus en grand nombre, qui trépignaient et voulaient intervenir, mais à qui on a dit de ne surtout pas le faire. Le fiasco de 2003, c'est un fiasco politique. Nous avions un Conseil d'Etat divisé, une responsable du département quelque peu sur la touche, et chacun jouait son médiateur privé, surtout à gauche, pour se faire mousser à l'occasion du G7, parce que, de coeur, ils étaient avec les manifestants, et les casseurs ne leur faisaient pas peur du tout.
Si on veut tirer une leçon de ce qui s'est passé à l'époque, c'est qu'on avait les moyens - et ce serait bien d'en avoir au moins autant cette fois-ci -, mais que, quand bien même tous les moyens sont là, si le courage politique et la volonté d'en découdre lorsque c'est nécessaire ne sont pas là, on s'achemine vers une répétition du G8 de 2003. La seule chose qui pourrait nous en sauver dans cette hypothèse serait que M. Trump décide de ne pas venir. Dans ce cas-là, il n'y aura pas de G7 puisque, sans lui, les patrons des filiales européennes de cette holding en mains américaines qu'on appelle l'Union européenne n'auront strictement aucune raison de se réunir et même pas d'ordre du jour.
En dehors de cela, si notre Conseil d'Etat continue à tergiverser, à dire qu'il va autoriser certaines choses et pas d'autres, et à brûler des cierges à Notre-Dame en espérant que ça se passe mieux que la dernière fois, nous allons tout droit à la catastrophe. Il y a des cas où brûler des cierges à Notre-Dame n'est pas contraire à la laïcité, Madame Zuber-Roy, et c'est ce cas-là, parce que c'est mieux que ne rien faire du tout. (Rires.)
Or, «mieux que ne rien faire du tout», c'est à peu près ce qui se passe en ce moment dans ce parlement: on nous présente des textes qui ne valent pas tripette, très honnêtement, mais que nous soutiendrons néanmoins parce qu'il vaut mieux faire quelque chose que rien du tout. Ainsi, au moins, le parlement aura dit qu'il n'est absolument pas satisfait de la vacance du pouvoir qui s'exerce actuellement au Conseil d'Etat. Une tour Baudet vide, muette, nous explique au doigt mouillé qu'il y a des discussions avec la France, que toutes les décisions seront prises ailleurs mais pas chez nous, qu'on verra bien ce qui se passera et qu'on s'avance d'ores et déjà vers de gros dégâts dans la mesure où la raison d'être d'un Etat, ce qui fait que l'Etat est légitime en tout premier lieu, c'est-à-dire garantir la sécurité, a l'air d'être le cadet des soucis de Mme Kast. (La présidente agite la cloche pour indiquer qu'il reste trente secondes de temps de parole.) Cette dernière trouve beaucoup plus important de distribuer des autorisations ou d'en préciser les limites, alors que les manifestations quelles qu'elles soient, dans des cas de rigueur et dans des situations extrêmes, lorsqu'il y a péril en la demeure - et c'est le cas -, doivent être interdites parce qu'évidemment que, dans l'ordre des choses, si on ne garantit pas la sécurité des citoyens...
La présidente. Merci, Monsieur le député.
M. Yves Nidegger. ...on n'a plus le droit de s'appeler Etat.
M. Sylvain Thévoz (S). «La peur est mauvaise conseillère»: un dicton que vous connaissez bien. Quatre textes avaient déjà été déposés sur le G7; s'y ajoutent deux autres. Nombre de questions écrites ont été posées, et la panique a saisi la droite bourgeoise, majoritaire au parlement. Cette inquiétude est nourrie par les milieux économiques qui revivent le grand traumatisme de 2003, et peut-être celui de 1602, lorsque Genève était attaquée par le duc de Savoie ! (Des députés entonnent le «Cé qu'è lainô».) Aujourd'hui, ce sont les black blocs qui vont converger de toute l'Europe pour assaillir notre république. Sortez vos marmites, Mesdames et Messieurs ! Vous allez réussir à repousser les quelques dizaines... (Des députés continuent de chanter.) Un peu plus fort, la musique ! J'adore parler en musique ! Les quelques dizaines de black blocs qui viendront peut-être, sur le «Cé qu'è lainô» nous les repousserons ! (Commentaires.)
Une voix. Madame la présidente !
La présidente. Monsieur Thévoz, s'il vous plaît !
M. Sylvain Thévoz. Et c'est bien parce qu'avec quelques chants nous arriverons à les repousser que nous n'avons pas besoin de ces textes ! (Applaudissements.)
Des voix. Bravo !
M. Sylvain Thévoz. Blague à part, franchement, Mesdames et Messieurs les députés de droite, vous vous accrochez à vos bouts de papier en disant: «Ça ne vaut rien, mais c'est important. C'est déclamatoire.» On dirait un enfant qui s'agrippe à son nounours, et j'ai plus de respect pour les nounours - et pour les enfants d'ailleurs - que pour vous.
«Il ne nous arrivera rien. Nous n'avons pas confiance dans le Conseil d'Etat ni dans la France... (Remarque.) Nous ne faisons confiance ni au canton de Vaud, ni à celui du Valais, ni à la Confédération, avec qui nous travaillons main dans la main. Nous ne faisons pas confiance aux polices, à Fedpol, aux polices européennes qui, toutes, ont les yeux fixés sur cet événement. Nous croyons à nos textes qui ne valent rien.» Voilà ce que vous nous avez dit durant dix minutes, Mesdames et Messieurs, et c'est pathétique !
Il faudrait les ranger dans les tiroirs, vos textes, parce que vous alimentez la peur. Vous envoyez des signaux d'inquiétude et des signaux antidémocratiques à des gens de bonne composition qui ont déposé une demande d'autorisation pour le 14 juin. Vous leur dites: «On tire la prise, il n'y aura rien du tout», et eux, ils sont en train de dire à tout le monde: «Chez nous, on ne peut pas manifester, on a un parlement qui dit: "Zéro manif !"» Vous créez un appel d'air pour les plus extrémistes, les plus radicaux, les plus enragés, qui diront: «Ah, vous ne voulez pas de manifestations ? On sera là !» Vous êtes en train de créer les conditions du chaos que vous prétendez combattre. (Applaudissements.)
Une voix. Bravo !
M. Sylvain Thévoz. Et ça, Mesdames et Messieurs, c'est au mieux un sabotage, au pire une inconscience, et je vous prête un peu les deux. (Commentaires.)
Enfin, vous voulez quoi ? Vous voulez repousser toutes les manifs à Lausanne ? Vous voulez les envoyer dans le Jura ? Soyez un peu solidaires avec vos voisins ! C'est aussi une marque de défiance envers la police. (Commentaires.) Nous, nous voyons le travail qui est fait par le Conseil d'Etat; il s'en est expliqué hier. Nous avons confiance dans la police, nous avons confiance dans les institutions. Nous les respectons. (Remarque.) Oui, nous les respectons, mes camarades ! (Rires. Commentaires.) Nous avons confiance dans le fait que la police sera à la hauteur de l'événement et vous, vous faites preuve vis-à-vis d'elle d'un doute que nous déplorons. (La présidente agite la cloche pour indiquer qu'il reste trente secondes de temps de parole.)
L'image de Genève est importante. Nous avons une carte démocratique, alors que le monde est à feu et à sang. Nous sommes des démocrates, nous autorisons les manifestations et nous avons confiance dans nos institutions. C'est ça qui fait la grandeur de Genève et c'est ça que nous défendons ! Rangez vos textes sous vos oreillers, Mesdames et Messieurs ! (Applaudissements.)
La présidente. Merci, Monsieur le député. Monsieur Pasquier, vous avez la parole pour quarante secondes.
M. Jean-Pierre Pasquier (PLR). Madame la présidente, nous l'avons évoqué, nous avons tous en mémoire ce qui s'est passé en 2003: des commerces incendiés, des cocktails Molotov lancés sur l'Hôtel de Ville et sur l'Hôtel des finances. Nous ne voulons pas revivre cette situation de chaos. Le 14 juin, nous devrons déjà lutter contre l'initiative du chaos !
Nous proposons donc une décision simple pour le Conseil d'Etat, celle de prendre ses responsabilités et, la semaine prochaine, d'adopter un arrêté interdisant les manifestations. De cette manière, vous aurez le poids suffisant pour négocier avec les Français en disant: «A Genève, on ne veut pas de manifestations» et pour préserver ainsi la sécurité des Genevoises et des Genevois. (Applaudissements.)
Des voix. Bravo !
M. Arber Jahija (MCG). Chers collègues, il est crucial de rappeler l'importance de soutenir nos petites et moyennes entreprises, véritables piliers de notre économie locale. Nos commerces ne sont pas seulement des lieux d'achat, ce sont des espaces de vie, de rencontre, de culture, qui enrichissent notre communauté. Ils font face à des défis sans précédent et nous devons agir maintenant pour garantir leur survie.
Par ailleurs, dire que la police ne fait rien est totalement faux. Elle assure notre sécurité avec professionnalisme et il est incohérent de lui demander de transmettre sa stratégie sécuritaire dans les médias, car cela pourrait compromettre l'efficacité de ses opérations et mettre en danger nos concitoyens. La sécurité ne se construit pas seulement sur la transparence, mais aussi sur une approche stratégique et discrète, qui protège nos commerces et notre communauté.
Ensemble, soutenons nos commerces et reconnaissons le travail minutieux de nos forces de l'ordre. Merci, Mesdames et Messieurs.
Mme Carole-Anne Kast, conseillère d'Etat. Mesdames et Messieurs les députés, le Conseil d'Etat s'est exprimé mercredi lors de sa conférence de presse hebdomadaire et je pense qu'il est important de rappeler le message que nous avons adopté, affirmé et fait passer. Je peux vous assurer qu'en tout cas au niveau de nos partenaires, le message est bien passé.
Oui, le souvenir de 2003 est encore présent pour beaucoup de personnes qui ont vécu ces événements. Oui, personne n'a envie de les revivre, c'est une évidence. Oui, la sécurité des biens et des citoyens est notre priorité, celle du sommet aussi, car nous ne sommes pas un Etat voyou et nous assumons nos responsabilités internationales. De plus, Genève ne pourrait pas, vu sa tradition de multilatéralisme, ne pas contribuer à un sommet multilatéral alors que justement, on a toujours plus besoin de multilatéralisme dans la situation internationale que l'on connaît, quand la loi du plus fort cherche malheureusement à s'imposer de plus en plus.
Dans ce cadre, Mesdames et Messieurs les députés, le Conseil d'Etat a travaillé avec différents partenaires depuis l'été 2025 - les cantons de Vaud et du Valais ainsi que la Confédération, principalement - afin de constituer une délégation suisse et de discuter avec les autorités françaises organisatrices du sommet pour que la sécurité de celui-ci et des populations qui l'accueillent soit assurée.
Nous ne voulons pas subir à nouveau les nuisances de 2003 et nous ne voulons pas hériter seulement - ça a été dit - des externalités négatives sans pouvoir bénéficier des retombées positives de cet événement. La préparation transfrontalière est essentielle, et elle est menée avec sérieux depuis maintenant plusieurs mois par les forces de police et par différents partenaires: la douane, Fedpol et l'armée.
Aujourd'hui, nous ne sommes pas encore en phase de finalisation et, comme toujours, vous savez très bien que les risques ne peuvent pas être évalués trois mois à l'avance. Je ne parle pas que des risques liés aux manifestations ou aux casseurs. Je parle de l'ensemble des risques du dispositif, de l'ensemble des enjeux auxquels les différentes autorités vont être appelées à répondre. Nous continuons à suivre la situation au quotidien et vous pouvez être assurés que, contrairement à ce qu'on a dit par là... (L'oratrice désigne les bancs de droite.) ...il n'y a bien entendu aucune vacance du pouvoir. Je transmettrai d'ailleurs à Mme la commandante; elle appréciera sans doute, vu le nombre de séances auxquelles elle participe, elle qui coordonne les forces de police lémaniques.
Il y a des enjeux financiers, Mesdames et Messieurs les députés. Croyez-vous vraiment que ce dispositif de sécurité ne coûtera rien ? Je l'ai dit à la commission judiciaire, je l'ai dit à la commission de contrôle de gestion, je l'ai dit à la commission des pétitions, qui ont toutes traité de ces objets, de l'un d'entre eux ou d'une partie de l'un d'entre eux: le G7 représentera pour les forces de sécurité genevoises - juste genevoises - l'équivalent de huit mois de mobilisation. Huit mois à faire en un seul. L'année 2026 équivaudra à vingt mois pour la police; évidemment, ça a un coût.
Il y a en outre des enjeux de responsabilité démocratique: là aussi, le Conseil d'Etat a rappelé à la France organisatrice que c'est son devoir de mettre en place un espace de débat démocratique autour du G7 parce que, quand on est un pays démocratique - et la France en est un -, quand on est un pays respectueux des droits de l'homme - et la France en est un -, eh bien on accepte que le débat politique, critique - pacifique mais critique -, puisse avoir lieu en même temps qu'un sommet de cette envergure. Tous ces éléments ont été étudiés, discutés et développés.
Enfin, nous travaillons main dans la main avec la Confédération. Vous le savez, Mesdames et Messieurs les députés, il y a parfois des chicaneries entre les cantons et la Confédération, mais je crois que pour un événement de cette ampleur, tous les cantons et tous les organismes fédéraux ont bien compris que nous jouions dans le même camp et que nous étions solidaires, responsables et complémentaires les uns avec les autres.
Peut-être qu'il y aura des restrictions au droit de manifester, peut-être qu'il n'y en aura pas. Il faut vivre avec cette incertitude, ne serait-ce que parce que la situation géopolitique est incertaine. Je le disais encore en commission l'autre jour: qui aurait pensé, lorsque nous avons accueilli des pourparlers de paix bilatéraux sous l'égide d'Oman, qu'une semaine plus tard ces mêmes partenaires seraient en guerre ouverte, en vraie guerre, pas en guerre froide, mais en guerre chaude ? Personne n'aurait pu le prévoir. Moi, en tout cas, je ne l'avais pas prévu. Peut-être suis-je naïve, mais pour ma part, je ne l'avais pas imaginé.
Les contrôles aux frontières, eux aussi, sont encore une question ouverte. Seront-ils renforcés, seront-ils complémentaires à ceux que la France met en place ? Toutes ces questions-là doivent être affinées. Il est important que vous ayez conscience - et que la population ait conscience - que la situation est suivie de près, qu'elle est analysée, que les forces de police sont entièrement mobilisées et préparées à accueillir cet événement, tant pour le volet sécurité de la population que pour le volet sécurité du sommet.
Cela dit, il y a encore des inconnues, et il reste beaucoup de travail à accomplir d'ici au sommet. Il y a notamment des éléments que la France doit déterminer pour que notre dispositif soit parfaitement complémentaire avec le sien.
Mesdames et Messieurs les députés, vos positions ont été bien entendues, vos préoccupations sont partagées, mais il ne faut pas céder à la panique. N'ayez crainte, le Conseil d'Etat saura prendre les décisions qui s'imposent en temps et en heure; mais par pitié, faites confiance aux excellents professionnels de l'Etat de Genève et à ceux de la Confédération qui préparent cet événement, à la coopération et à la coordination qui est mise en place. Je vous l'assure, il ne saurait être question ni d'aveuglement ni de légèreté dans la gestion d'un événement comme celui-ci.
En conclusion, le Conseil d'Etat vous appelle à la confiance. Vous pouvez voter ces textes si vous le désirez dès lors qu'ils envoient un message, et c'est à ce titre que nous les recevrons. Reste qu'aujourd'hui, il faut continuer à faire confiance aux professionnels qui préparent cet événement et ne pas griller ses cartouches à l'avance, le cas échéant. Comme M. Jahija l'a bien rappelé, il y a des stratégies qu'il ne faut pas divulguer. Merci, Madame la présidente.
La présidente. Merci, Madame la conseillère d'Etat. Nous passons à la procédure de vote sur la R 1086. Nous sommes saisis d'un amendement du Centre qui se présente comme suit:
«2e invite (nouvelle, les invites 2 à 5 anciennes devenant les invites 3 à 6)
- à prendre les mesures nécessaires pour dissoudre immédiatement toute manifestation non autorisée tel que demandé dans la motion 3144 déposée par Le Centre en juillet 2025;»
Mis aux voix, cet amendement est adopté par 62 oui contre 33 non.
Mise aux voix, la résolution 1086 ainsi amendée est adoptée et renvoyée au Conseil d'Etat par 63 oui contre 33 non (vote nominal).
Mise aux voix, la motion 3209 est adoptée et renvoyée au Conseil d'Etat par 57 oui contre 33 non et 4 abstentions (vote nominal).