Séance du vendredi 31 octobre 2025 à 18h20
3e législature - 3e année - 5e session - 30e séance

M 3039-A
Rapport de la commission des transports chargée d'étudier la proposition de motion de Cédric Jeanneret, Louise Trottet, Pierre Eckert, Sophie Bobillier, Julien Nicolet-dit-Félix, Emilie Fernandez, Angèle-Marie Habiyakare, Philippe de Rougemont, Léo Peterschmitt, Laura Mach, Lara Atassi, Marjorie de Chastonay, Yves de Matteis, Uzma Khamis Vannini, Céline Bartolomucci, Matthieu Jotterand, Yves Nidegger, Thomas Bruchez : Camions-vélos : comment faire cohabiter l'éléphant et la souris
Ce texte figure dans le volume du Mémorial «Annexes: objets nouveaux» de la session III des 28 et 29 août 2025.
Rapport de M. Cédric Jeanneret (Ve)

Débat

La présidente. Nous abordons maintenant la M 3039-A en catégorie II, trente minutes. Le rapport est de M. Jeanneret, à qui je cède la parole.

M. Cédric Jeanneret (Ve), rapporteur. Merci beaucoup, Madame la présidente. La commission des transports a étudié cet objet, déposé le 22 août 2024, durant sept séances très riches qui ont eu lieu entre novembre 2024 et mars 2025. Les commissaires ont bénéficié des apports de M. David Favre de l'OCT, du lieutenant-colonel Patrick Pulh, du major Thierry Roulin, chef de l'unité routière du DIN, de l'association Pro Vélo, du professeur Patrick Rérat de l'Observatoire universitaire du vélo et des mobilités actives, des représentants de l'ASTAG et de l'UPSA ainsi que, par écrit, d'une prise de position très intéressante du Bureau de prévention des accidents (BPA).

Cette proposition de motion a été lancée suite à un accident tragique ayant coûté la vie à un cycliste sur une piste cyclable de la route des Acacias, drame précédé de nombreux autres, par exemple à Thônex - en espérant que ce soient les derniers. On constate malheureusement que le nombre d'accidents graves impliquant des cyclistes augmente chaque année. Si les collisions entre camions et cyclistes - sont inclus sous ce terme vélos, vélos électriques et trottinettes - restent rares, avec une moyenne annuelle d'environ quatre accidents, leurs conséquences sont cependant lourdes et font toujours les grands titres de la presse.

Le texte tel qu'accepté en commission comprend trois invites. La première vise «à privilégier les pistes cyclables séparées du trafic motorisé partout où cela est possible et, là où ça ne l'est pas, à différencier clairement les aménagements cyclables, par exemple en colorant l'asphalte». Ceux qui ont déjà eu la chance de pédaler dans des régions comme les Pays-Bas, le Danemark ou le nord de l'Allemagne, où des infrastructures cyclables séparées permettent à un enfant de 5 ans de se déplacer en toute sécurité, sont unanimes: c'est un vrai bonheur.

La deuxième invite demande de «renforcer la signalisation aux points accidentogènes». La commission n'a pas voulu préciser le genre de signalisation et a préféré laisser au Conseil d'Etat la liberté d'appréciation, mais des équipements simples, comme des miroirs, ont été évoqués durant les travaux.

Voici la troisième invite: «promouvoir et soutenir activement l'installation d'équipements optiques et électroniques permettant de minimiser les angles morts des camions et d'alerter les conducteurs de la présence de véhicules à proximité». A ce titre, le BPA estime que si l'ensemble des véhicules en étaient équipés et que les conductrices et conducteurs les utilisaient à bon escient, le nombre d'accidents graves sur les routes suisses pourrait être réduit de 50%.

La moitié des autres invites de la motion d'origine n'a pas trouvé grâce aux yeux de la majorité de la commission. Je reviendrai volontiers dessus dans le cadre du débat si vous le souhaitez, chers collègues, mais pour l'instant, je vais m'arrêter là, d'une part parce qu'il est tard, d'autre part parce qu'il s'agit encore d'un sujet sur les deux-roues - c'est le dernier ! - et enfin parce que la motion a obtenu une jolie majorité de 10 voix contre 2 à la commission des transports. Aussi, je vous remercie de lui réserver un bon accueil. Merci, Madame la présidente.

M. Stéphane Florey (UDC). Heureusement que la proposition de motion a été amendée, et même assez significativement ! Malheureusement, en tout cas pour ce qui nous concerne, il reste encore un point qui pose problème, celui de la coloration du revêtement routier préconisée par le texte. En effet, on nous a expliqué en commission que quand vous roulez sur une piste cyclable à l'asphalte coloré, ça crée un faux sentiment de sécurité, parce que vous croyez que vous avez indéfiniment la priorité, alors que c'est faux. A certains carrefours, on a coloré l'asphalte des bandes cyclables, mais ce sont des endroits où les vélos n'ont pas la priorité.

Prenons un exemple: la place de Neuve. Les cyclistes n'y ont pas la priorité. A la place de Neuve, une priorité est certes donnée, mais elle n'est pas continue... (Remarque.) C'est la priorité de droite, oui, effectivement, mais elle n'est pas continue. Les cyclistes, voyant la coloration de la voie en rouge, se pensent en sécurité alors que dans la réalité, ils devront bien s'arrêter à un moment donné. Voilà pourquoi cette mesure pose problème, c'est en raison du faux sentiment de sécurité qu'elle procure.

Pour le reste, ce sont des éléments qui sont déjà en vigueur. La population genevoise a voté, il y a plus de dix ans, l'initiative 144 qui demandait la même chose, à savoir d'installer des pistes cyclables un peu partout dans le canton. Le texte avait d'ailleurs été accepté pour une différence de 0,3% lors du résultat final, après deux recomptages. De fait, ces dispositions sont déjà appliquées.

La dernière chose que je voudrais souligner, c'est qu'on a beaucoup stigmatisé les camions et autres poids lourds alors que dans les faits - on a eu les chiffres en commission, la police est venue avec des statistiques et nous a montré des graphiques -, si les accidents impliquant camions et vélos conduisent souvent à un décès - malheureusement, oui, c'est vrai -, la majorité des collisions aujourd'hui ont plutôt lieu entre vélos et vélos ou vélos et piétons.

Si on continue sur cette lancée, à vouloir tout sécuriser dans tous les sens, un jour, on en arrivera à des accidents piétons contre piétons ! (Rires.) Dès lors, Mesdames et Messieurs, je vous invite à refuser cette proposition de motion qui crée un faux sentiment de sécurité. Merci.

M. Cédric Jeanneret (Ve), rapporteur. Pour répondre à l'intervention de M. Florey, je le remercie d'abord d'avoir abordé la question du revêtement coloré du bitume, il s'agit effectivement d'un point qui a été évoqué en commission. Les associations de vélos soutiennent que c'est la panacée, que des villes comme Rotterdam mettent cette mesure en pratique depuis une vingtaine d'années à l'entière satisfaction des cyclistes, mais le département nous a indiqué que cela faisait l'objet de certaines discussions. On se laisse le droit d'avoir une opinion différente, et c'est la raison pour laquelle l'invite initiale a été reformulée ainsi: «par exemple en colorant l'asphalte». Nous avons légèrement bémolisé la demande suite à cette remarque de M. Florey qui est tout à fait pertinente. (Brouhaha.)

En ce qui concerne l'autre propos de M. Florey, sur la stigmatisation des poids lourds, ce n'est pas tout à fait correct. Dans le cadre des travaux de commission, on a reconnu le traumatisme qu'engendre, chez un chauffeur, le fait de percuter un cycliste, qu'il s'agisse d'un conducteur professionnel de transports publics - on a eu la chance de recevoir un représentant des transports publics - ou d'un autre; c'est quelque chose qui n'est pas drôle à vivre du tout. (Brouhaha.) 

La présidente. Excusez-moi, Monsieur le député. S'il vous plaît, est-ce qu'on pourrait avoir un peu de silence ? Ce brouhaha est vraiment pénible. Voilà, merci. Je vous laisse continuer, Monsieur Jeanneret.

M. Cédric Jeanneret. Je m'inscris donc en faux contre cette prétendue stigmatisation des poids lourds. Les conducteurs de bus ou de camion ne font pas exprès d'écraser des cyclistes, on est bien d'accord, c'est toujours un incident regrettable. (Commentaires.) Non, je parlais de la prétendue stigmatisation: il n'y a pas de stigmatisation dans cette motion; son seul but est d'éviter les interactions entre poids lourds et cyclistes, c'est l'unique sens de ce texte. Je vous remercie.

La présidente. Merci beaucoup. Nous procédons au vote.

Mise aux voix, la motion 3039 est adoptée et renvoyée au Conseil d'Etat par 65 oui contre 13 non et 3 abstentions (vote nominal). (Applaudissements à l'annonce du résultat.)

Motion 3039 Vote nominal