Séance du
vendredi 26 septembre 2025 à
16h
3e
législature -
3e
année -
4e
session -
20e
séance
M 2981-A
Débat
La présidente. Nous traitons à présent la M 2981-A, dont nous débattons en catégorie II, trente minutes. Je passe la parole à M. Sangdel.
M. Djawed Sangdel (LJS), rapporteur de majorité. Merci, Madame la présidente. Chers collègues, cette proposition de motion intitulée «pour une Ecole hôtelière 100% genevoise» nous a tous intéressés quand nous l'avons traitée, et la quasi-majorité de la commission était favorable à l'idée d'une école hôtelière à l'ancrage 100% genevois. Néanmoins, à l'issue des travaux, après avoir écouté Mme la conseillère d'Etat et mené des auditions, la commission a décidé de ne pas soutenir ce texte, et ce pour plusieurs raisons.
Tout d'abord, aucun problème structurel n'a été identifié à l'issue des auditions: aucun dysfonctionnement majeur ne met en cause la gouvernance ou la qualité de l'enseignement. Cette école, dont on nous a expliqué pendant la présentation qu'elle est en difficulté, n'est pas en crise. La performance éducative est confirmée: tous les indicateurs liés au contrat de prestations signé avec le canton (qualité pédagogique, employabilité, suivi des diplômes, satisfaction des parties prenantes) sont positifs.
La surveillance est déjà assurée par l'Etat de Genève: celui-ci, par le truchement de l'OFPC, surveille activement cette école via un contrat de prestations de 800 000 francs par an. La gouvernance n'est pas contrôlée par l'Etat.
Surtout, la surprise de cette motion est qu'elle propose de vendre cette école privée: cet objet avance l'idée d'un rachat de l'Ecole hôtelière de Genève. Or, cette école n'est apparemment pas à vendre, et aucune fondation genevoise ne manifeste de l'intérêt pour l'acheter. En outre, le coût de cette école est estimé à environ 10 millions de francs, mais sans aucune garantie d'amélioration. Nous serions en train de discuter de cette question alors même que le propriétaire de l'école n'est pas au courant que celle-ci est à vendre.
Cette motion part d'une bonne intention dans la mesure où elle vise à améliorer l'ancrage genevois de l'Ecole hôtelière de Genève, mais apparemment, cette école n'est pas en difficulté. Durant la période covid, il y avait certains problèmes, comme pour tous les établissements éducatifs, mais aujourd'hui, cette école ne connaît pas de problèmes majeurs. Pour ces raisons, la majorité vous invite à rejeter ce texte, qui ne reflète pas la situation actuelle de ce lieu de formation. Je vous remercie.
Mme Virna Conti (UDC), rapporteuse de minorité. Mesdames et Messieurs les députés, ce texte relève tout d'abord que l'Ecole hôtelière de Genève a connu, il est vrai, une progression remarquable au cours de la dernière décennie et qu'elle figure aujourd'hui parmi les dix meilleures écoles hôtelières au monde. Pourtant, force est de constater qu'elle fait face depuis quelques années à divers problèmes d'organisation, de fréquentation et surtout de gestion. Donc oui, cette école est en difficulté, malgré ce qu'on a pu entendre de la part du rapporteur de majorité.
Jusqu'alors, la gestion était principalement assurée par GastroSuisse à Genève, avant d'être transférée à Zurich. Or, il est particulièrement évident que l'éloignement progressif de la gestion ne répond plus à l'intérêt premier de l'école. La motion vise dès lors à garantir que l'Ecole hôtelière demeure ancrée dans son environnement genevois - purement genevois !
Effectivement, l'une des pistes envisagées dans l'exposé des motifs consiste en un rachat de l'école par une fondation genevoise, ce qui permettrait une gestion locale renforcée avec une implication accrue de l'OFPC. Cette proposition trouve son origine dans la crise traversée par l'établissement, imputable à la fois à la pandémie du covid et à des carences de gouvernance. Il s'agit d'une piste envisagée, nous restons donc libres de proposer autre chose dans le cadre d'une motion.
Il est également important de relever qu'à ce stade, ce texte ne vise pas du tout l'étatisation de l'Ecole hôtelière de Genève, comme on a pu l'entendre.
Par ailleurs, le premier signataire soulève que durant plusieurs années, GastroSuisse s'est fortement désengagé de l'école, créant chez ses partenaires le sentiment d'un établissement en déclin.
Pour ces raisons, Mesdames et Messieurs les députés, si vous souhaitez garantir la qualité et la pérennité de nos formations, il vous appartient de prendre en considération les améliorations manifestes que cette motion peut apporter. Nous vous demandons par conséquent de l'accepter. Je vous remercie.
M. Alexandre de Senarclens (PLR). Notre parlement a étudié des textes absurdes et inutiles, mais je pense que cet objet doit recevoir une mention spéciale, un prix spécial du jury, une palme, car en fait, l'Ecole hôtelière de Genève n'a pas de problème, mais fonctionne très bien. Cette école, son propriétaire ne veut pas la vendre et la fondation susceptible de l'acheter ne le veut pas. (Rires.) En outre, il n'y a pas de problème de gouvernance. C'est pourquoi je propose que l'on arrête d'en parler, que l'on évite de faire de grands discours sur cette motion et qu'on la refuse.
Puisque j'ai la parole, je constate que depuis le début de la session, soit hier à 17h, sauf erreur, aucun texte n'a été accepté.
Une voix. Si !
M. Alexandre de Senarclens. Tous les textes des affaires courantes ont été refusés par de très larges majorités. (Commentaires.) Dans les affaires courantes, pas dans les urgences. On a refusé très largement huit à dix objets; c'est dire l'utilité du temps que l'on passe dans ce parlement. Merci, Madame la présidente. (Applaudissements.)
Une voix. Bravo !
M. Guy Mettan (UDC). L'ironie de M. Alexandre de Senarclens lui fait sans doute plaisir, simplement, je vais me permettre de rappeler quand même un tout petit peu ses mensonges ou ses omissions.
Pourquoi ai-je déposé cette motion ? A l'époque où je l'ai rédigée, l'école allait mal. Elle allait mal, car il y avait un problème de gouvernance assez grave: la directrice nommée à Genève se partageait entre l'Ecole hôtelière de Zurich et celle de Genève et, au fond, ne faisait pas acte de présence à son travail, comme cela m'a été rapporté de façon tout à fait sûre par les étudiants et une partie des enseignants qui se trouvaient dans cette école. Ce qui s'est passé, c'est que comme on a attendu deux ans avant de traiter cet objet... (La présidente agite la cloche pour indiquer qu'il reste trente secondes de temps de parole.) ...les problèmes se sont réglés: l'école de Zurich a fait faillite et a donc fermé. A partir de là, effectivement, la directrice a pu se consacrer - enfin ! - à son école. Ça, vous ne l'avez pas mentionné. On ne peut dès lors que se réjouir qu'entre-temps, les choses se soient un peu améliorées.
Je rappelle aussi que les signes de ce déclin assez grave sont manifestes. Comme on l'a relevé, cette école faisait partie des dix meilleures du monde. A l'heure où je parle, elle ne figure même plus dans les cent premières. Alors on viendra me dire que c'est un gros effort vers la qualité, et M. de Senarclens peut user de son ironie, mais il est complètement à côté de la plaque, comme c'est souvent son cas ! (Rires. Commentaires.)
Ce que je tenais aussi à relever, c'est que le problème de cette école... C'est amusant, tout à l'heure, vous ne vouliez pas qu'on rassemble un peu les choses et qu'on transfère la formation professionnelle au DEE pour se rapprocher de l'économie, et maintenant que je propose de rapprocher de Genève une école qui était en mains étrangères, on va dire... (L'orateur rit.) ...près de Zurich, vous n'êtes pas d'accord non plus - c'est juste une petite remarque en passant !
L'autre problème, c'est que cette école a pris depuis quelques mois une orientation qui plaira peut-être à certains, mais qui va dans le même sens que ce que je disais avant, à savoir une «académisation» excessive. Ce qui faisait la réputation de cette école, c'était son professionnalisme: elle formait des cuisiniers, des serveurs professionnels. C'est de cela que l'hôtellerie et la restauration ont besoin. Elles n'ont pas besoin - elles n'ont pas besoin ! - que l'on forme des managers en bande, des managers en cuisine, des managers en service. Or, ce qu'on est en train de faire pour élargir le recrutement estudiantin... On va devenir une sous-école hôtelière de Lausanne...
La présidente. Il vous faut conclure, Monsieur Mettan.
M. Guy Mettan. ...alors qu'avant, nous avions une originalité, une force et que nous étions reconnus à l'international. Voilà ce que je déplore aujourd'hui.
M. Julien Nicolet-dit-Félix (Ve). L'essentiel a été dit par MM. Sangdel et de Senarclens. L'école en question ne connaît pas de problème de gouvernance; elle n'est pas à vendre et il n'y a pas d'acheteur. Il aurait sans doute mieux valu retirer cette motion.
Par ailleurs, comme mon collègue de Senarclens, j'observe la chose suivante: voilà le cinquième texte d'affilée que nous traitons rédigé par des gens mal informés sur la base de rumeurs et qui propose des solutions parfois stigmatisantes. Or, sur ces cinq objets, quatre viennent de l'UDC. C'est un petit rappel aux électeurs: ce parti ne se soucie pas nécessairement de l'intérêt public, ne s'informe pas avec rigueur lorsqu'il dépose des textes - nous le constatons et le regrettons. Evidemment, il faut refuser cette motion et en tirer les conclusions qui s'imposent pour l'élection de ce week-end. Je vous remercie.
Une voix. Manipulateur !
Mme Sophie Demaurex (S). Mesdames et Messieurs les députés, cette motion a été rejetée pour les raisons expliquées par le rapporteur de majorité. Il est rassurant de constater que l'Etat, par l'entremise de l'OFPC, exerce une surveillance sur la qualité de l'enseignement et que l'école bénéficie d'un contrat de prestations de 800 000 francs.
Néanmoins, au-delà de la question de la gouvernance, demeure un enjeu fondamental: l'accessibilité de la formation hôtelière de niveau ES à Genève. C'est cette tournure-là des débats qui a interpellé le parti socialiste. Aujourd'hui, l'Ecole hôtelière de Genève est une école privée, avec des frais d'écolage qui s'élèvent à près de 60 000 francs. Même si une fondation genevoise octroie des bourses, cela ne suffit pas à garantir une véritable accessibilité à tous les jeunes motivés, notamment ceux issus d'un milieu modeste.
Je crois que la thématique de la formation est au coeur de nos débats; et nous savons que la formation ES est hautement employable, souvent plus que les formations HES ou universitaires, que le secteur de la restauration à Genève connaît une pénurie et a besoin de main-d'oeuvre et qu'il n'existe aucune école hôtelière publique de niveau ES dans notre canton.
Dans ce contexte, il est véritablement légitime de s'interroger. Pourquoi Genève ne propose-t-elle pas une formation hôtelière publique, accessible et de niveau ES ? Une telle école permettrait de répondre aux besoins du marché, de renforcer l'ancrage local et d'offrir à de nombreux jeunes une vraie voie de formation valorisante.
Nous ne remettons pas en cause la qualité actuelle de l'Ecole hôtelière de Genève ni sa légitimité dans le paysage genevois, mais nous pensons qu'il est temps d'ouvrir une réflexion plus large sur l'offre publique en matière de formation hôtelière.
Aussi, le parti socialiste vous invite à refuser cette motion pour les raisons évoquées et encourage plutôt les motionnaires à proposer une nouvelle motion qui aurait pour objectif d'étudier la création d'une école hôtelière publique de niveau ES à Genève, accessible financièrement et en lien étroit avec les besoins du tissu économique local. Merci de votre attention.
Mme Anne Hiltpold, conseillère d'Etat. J'interviens très rapidement, Madame la présidente, Mesdames et Messieurs les députés, pour essayer de rassurer le groupe UDC qui demande que l'EHG, l'Ecole hôtelière de Genève, s'intègre pleinement dans le paysage genevois de la formation professionnelle, qu'on lui alloue les moyens financiers nécessaires et que l'on s'assure qu'ils restent bien à Genève. Nous le faisons, nous le faisons régulièrement, nous avons des contrats de prestations. Et puis, nous pouvons vous confirmer (mais vous l'avez appris - c'était quelque chose qui vous préoccupait) que la directrice habite Genève, si c'est ça qui vous posait un problème. Vous le savez donc aujourd'hui.
Pour ces raisons, je pense que cette motion n'a plus lieu d'être. Je vous invite également, au nom du Conseil d'Etat, à la refuser, si l'on veut éviter des heures de travail destinées à vous répondre sur un texte qui ne nous semble pas utile. Merci beaucoup.
La présidente. Je vous remercie, Madame la conseillère d'Etat. Mesdames et Messieurs, je vous propose de passer au vote sur cet objet.
Mise aux voix, la proposition de motion 2981 est rejetée par 64 non contre 17 oui (vote nominal).