Séance du vendredi 22 septembre 2023 à 18h10
3e législature - 1re année - 4e session - 24e séance

M 2802-A
Rapport de la commission des transports chargée d'étudier la proposition de motion de Marjorie de Chastonay, Françoise Nyffeler, Caroline Marti, Nicolas Clémence, Boris Calame, Grégoire Carasso, Marta Julia Macchiavelli, Pierre Bayenet, Glenna Baillon-Lopez, Jocelyne Haller, Sylvain Thévoz, Thomas Wenger, Dilara Bayrak, Didier Bonny, Nicole Valiquer Grecuccio, Alessandra Oriolo, Pierre Eckert, Olivier Baud, Adrienne Sordet : Pour un aménagement cyclable fonctionnel sur le pont du Mont-Blanc, bouclons le U cyclable bidirectionnel autour de la rade !
Ce texte figure dans le volume du Mémorial «Annexes: objets nouveaux» de la session IX des 26, 27 janvier, 2 et 3 février 2023.
Rapport de majorité de M. Souheil Sayegh (LC)
Rapport de minorité de M. Philippe de Rougemont (Ve)

Débat

La présidente. Nous passons à la M 2802-A, que nous traitons en catégorie II, trente minutes. Monsieur le rapporteur de majorité, vous avez la parole.

M. Souheil Sayegh (LC), rapporteur de majorité. Merci, Madame la présidente. Chers collègues, la commission des transports s'est réunie à quatre reprises pour traiter la M 2802. La première signataire a présenté son texte à la suite de l'inauguration de la piste cyclable sur le pont du Mont-Blanc. Il invite les services cantonaux à accueillir favorablement une autre motion déposée en parallèle en Ville de Genève, en novembre 2021. La piste cyclable actuelle ne répond pas aux besoins: elle relie deux pistes bidirectionnelles, mais est elle-même monodirectionnelle, forçant les cyclistes voulant passer de l'autre côté en suivant le U lacustre de la rive droite à la rive gauche à traverser la route jusqu'à sept fois. A cet effet, une vidéo que vous avez certainement pu regarder nous a été présentée pour documenter la difficulté de parcourir ce U lacustre essentiellement dans le sens antihoraire.

La motion concerne également la situation aux abords du pont: elle propose d'améliorer la bande cyclable sur le trottoir aval - problématique, comme tous les cyclistes l'auront remarqué - et demande de réaliser également une bande cyclable complète en site propre entre le pont du Mont-Blanc et la piste du quai Gustave-Ador.

Les commissaires ne doutent pas de l'importance de fermer le U lacustre, mais ils butent sur les moyens et le délai pour y parvenir. Le rapporteur de majorité vous fera l'économie du détail des discussions que nous avons eues en commission, peut-être que celui de minorité le précisera. Je vous en propose ici une courte synthèse, c'est surtout pour les personnes qui nous regardent.

Nous avons parlé des discussions avec la Ville de Genève - et Mme Perler a eu l'occasion de nous faire parvenir un rapport écrit que je résumerai plus loin - et de l'avancée de leurs travaux: le problème du débarcadère de la CGN et le demi-tour de ses bateaux, la répartition des coûts des travaux, l'éventuelle suppression d'une voie routière sur le pont du Mont-Blanc, la suppression de l'une des pistes cyclables aval ou amont, les problèmes au niveau du Jardin anglais, les touristes, l'horloge fleurie, les solutions proposées par la Ville de Genève, les vélos-cargos, les genres, la cohabitation avec les piétons, la passerelle des Bergues, le passage sous le pont du Mont-Blanc, le sentiment de sécurité des uns et des autres, la task force canton-ville-CGN, les auditions proposées, etc.

L'audition du département nous a rappelé qu'en 2017, la Ville et le canton avaient du mal à avancer à propos de la passerelle. La Ville de Genève a alors sollicité le canton, et s'en est suivie une collaboration entre ces deux entités. Le département avait commencé par faire un essai de piste cyclable sur le pont du Mont-Blanc dans le sens horaire, pour savoir s'il était compatible avec les mêmes charges de trafic. Ce résultat positif a mené à toute la discussion qui a suivi. Finalement, une piste cyclable d'un mètre soixante dans le sens horaire a été posée, et, dans l'autre sens, ont été créées toutes les chicanes et la piste cyclable actuellement plutôt balbutiante. Ces aménagements ont été réalisés l'été dernier.

Le U cyclable est un ensemble qui se construit petit à petit; le passage du pont du Mont-Blanc est la dernière pierre à poser, dont la passerelle représente une vraie plus-value pour les cyclistes.

Le département nous explique qu'il travaille avec la Ville de Genève sur les accroches rive gauche et rive droite, les piétons, les cyclistes, les touristes, les photographes, le Jardin anglais et la CGN. Il rappelle que prendre de l'espace sur la route, comme le veut la première invite, lui paraît aujourd'hui illusoire, car, comme l'a rappelé notre conseiller d'Etat, la voirie n'est pas extensible.

Dans la correspondance reçue de Mme Perler, celle-ci rappelle que les principales étapes à venir sont les suivantes: la fin des études du projet détaillé pour novembre 2022, une demande de crédit de travaux auprès du Conseil municipal début décembre 2022, le dépôt d'une requête en autorisation de construire en février-mars 2023 et le début des travaux en 2024.

Les prises de position des différents groupes indiquent que la motion est difficilement défendable, que les blocages sont le fait de la Ville de Genève, que le pont du Mont-Blanc est central pour circuler de part et d'autre de Genève, ce qui rend impensable de diminuer de quatre mètres la chaussée, et que la majorité des invites de cette motion sont déjà réalisées. Le département nous a enfin rappelé que la capacité actuelle du pont du Mont-Blanc était nécessaire au moins jusqu'en 2030.

En résumé, bien que cette motion parte d'une excellente intention, il se trouve que toutes les invites sont déjà réalisées, que les discussions entre tous les partenaires sont déjà avancées, et que la motion n'apporte rien de plus à la situation actuelle. Pour toutes ces raisons, la majorité de la commission a décidé de refuser la motion et vous recommande d'en faire de même. Je vous remercie.

M. Philippe de Rougemont (Ve), rapporteur de minorité. Les parlements font très facilement des déclarations, et aussi la population en votation, par exemple: liberté du choix du mode de transport, réduction des émissions de gaz à effet de serre - chiffrées, même datées -, lutte contre la sédentarité et pour la mobilité active. En théorie, tout ça, ça marche; en théorie, vient la belle saison, Monsieur et Madame Tout-le-Monde, ou même des écoliers, peuvent décider, tel jour, de ne pas circuler en transports publics ou de ne pas utiliser leur voiture ou leur scooter, mais de prendre plutôt leur vélo pour se déplacer. En théorie, des entrepreneurs qui doivent transporter des outils, parfois des machines ou des pièces, peuvent aller d'un quartier à l'autre en vélo-cargo, car c'est bien plus pratique de se garer directement devant l'endroit où on doit intervenir, et de plus en plus d'entrepreneurs le font.

En pratique, ce qu'on voit, c'est que ce sont les personnes les mieux portantes, ou les plus courageuses, ou celles qui n'ont jamais arrêté le vélo depuis leur enfance qui le font. Et on en voit beaucoup ici: auparavant, beaucoup de députés garaient leur voiture au parking du manège - qui n'existe plus maintenant et qui n'est plus un parking -, et maintenant, on voit leur casque à vélo à l'entrée, dans les vestiaires.

Mais cette théorie, justement, elle ne touche que les personnes bien portantes. Quand on pense aux écoliers, quand on pense aux personnes qui sont physiquement moins aptes, alors là, il n'y a plus personne. Pourquoi ? Parce qu'il y a la pratique. La pratique, c'est que vous avez sur les quais des deux rives des pistes larges, bidirectionnelles, avec des feux rouges à certains endroits: tout ça se passe très bien. Mais il y a les fameux points noirs - le pont du Mont-Blanc n'est pas le seul. Les points noirs, ce sont des goulets d'étranglement qui font que Monsieur et Madame Tout-le-Monde, tel écolier ou telle écolière, ne penseraient jamais à prendre son vélo, parce que c'est trop dangereux. C'est à ça que cette motion répond. M. le rapporteur de majorité a expliqué quel en était l'objet, je ne vais pas revenir là-dessus.

Je vais par contre revenir sur un débat qui animait cette salle et le canton quant au fait d'enlever, enfin de consacrer une piste automobile à un site propre pour les transports publics. Le débat était féroce - comme il le sera peut-être ici -, mais maintenant, dix ans après, qui penserait à revenir en arrière ? Qui penserait à dire: «Ah non, on va finalement enlever ce site propre, on va freiner la vitesse commerciale des transports publics et remettre les voitures là» ? Projetons-nous un peu dans l'avenir - c'est notre travail - et imaginons que cette motion soit réalisée, alors il resterait sur le pont deux fois deux voies: deux voies dans un sens, deux voies dans l'autre sens pour le transport individuel motorisé. Il y aurait en revanche une facilité pour se déplacer à vélo dans les deux sens: vous pourriez passer des Eaux-Vives aux Pâquis, dans les deux sens, sans problème, parce qu'on aurait eu ici le courage de voter, comme il y a dix ans, et de faire en sorte qu'une voie pour les voitures soit remplacée par une voie cycliste à double sens. Et puis, qui sait ? On peut se permettre de rêver, ça pourrait même rendre une passerelle à 40 millions caduque.

Pour toutes ces raisons, je vous invite à voter en faveur de cette motion et à nous dire: soyons aussi bons dans nos mesures pour mettre en oeuvre nos déclarations d'intentions que dans ces déclarations d'intentions elles-mêmes ! Votons simplement oui ! Je vous remercie de votre attention. (Applaudissements.)

M. Thomas Bruchez (S), député suppléant. Mesdames et Messieurs les députés, aller de la rive droite à la rive gauche à vélo en suivant le tracé prévu pour les vélos, c'est un vrai parcours du combattant ! En arrivant au bout du quai du Mont-Blanc, juste avant le pont, vous finissez dans un sas où vous devez attendre une première fois que le feu passe au vert. Ensuite, vous traversez de l'autre côté du quai du Mont-Blanc, et vous devez attendre à nouveau. (Exclamation.) Quand le feu passe enfin au vert, vous avez la possibilité incroyable de rouler pendant un petit moment, puisque vous pouvez traverser; vous arrivez de l'autre côté. Là, vous vous retrouvez dans une zone où circulent à la fois des piétons et des cyclistes, où vous devez slalomer, tel Marco Odermatt, entre les piétons, qui sont souvent du mauvais côté, pour arriver au bout du pont du Mont-Blanc. A ce moment-là, on vous propose un petit manège autour duquel il faut un peu tourner pour finalement arriver sur le quai Général-Guisan. Sur ce quai, très bonne surprise, vous vous retrouvez à nouveau à un feu, même un double feu, avec un double sas, et vous devez attendre encore une fois pour traverser le quai et arriver au niveau de l'horloge fleurie.

Vous n'êtes pas encore au bout de vos peines, puisque vous vous retrouvez dans une zone mixte, avec des piétons, jusqu'au moment où vous arrivez sur les aménagements cyclables de l'autre côté, qui sont vraiment un acquis important, mais qui ne sont eux-mêmes pas idéaux, puisque des piétons surgissent de temps à autre sur la voie cyclable et que vous n'avez pas de possibilité réelle de dépassement, c'est donc très compliqué.

Vous le savez, actif-trafiC a mesuré ce trajet: pour un parcours qui devrait prendre une minute environ, on se retrouve à six minutes: c'est inacceptable !

M. Aellen parlait plus tôt de la possibilité de bien exercer son métier. Il se trouve que moi, je suis coursier à vélo, et avec l'aménagement actuel, je ne peux pas correctement exercer mon métier. Je ne peux pas me permettre, en tant que coursier à vélo, de passer six minutes à traverser une infrastructure absolument nécessaire pour tous les trajets que je fais quotidiennement pour joindre une rive à l'autre. C'est donc profondément navrant d'entendre cette position du côté de la droite.

L'hypocrisie ne s'arrête bien entendu pas là: quand il s'agit de mettre des sous dans les poches de ses amis propriétaires immobiliers, la droite peut nous parler d'urgence climatique, comme elle l'a fait hier, mais quand il faut agir réellement sur le domaine qui aujourd'hui est le plus polluant au niveau suisse, là, bien sûr, on ne l'entend plus.

C'est pour toutes ces raisons que je vous invite à voter cette motion. Merci beaucoup. (Applaudissements.)

Mme Fabienne Monbaron (PLR). Personne ici, je pense, ne nie la nécessité d'offrir une infrastructure cyclable sûre et bidirectionnelle sur le U lacustre; elle est évidente, tout comme il est évident que si sa réalisation était plus simple, elle serait achevée depuis longtemps, dans une version définitive.

Nous avons appris en commission que la collaboration entre les services cantonaux et la Ville de Genève fonctionne bien, aucune des deux instances n'a attendu cette motion pour faire avancer ce dossier. Et la Ville nous l'a d'ailleurs confirmé, puisqu'elle nous a dit qu'un accord avait été trouvé avec la CGN et qu'elle envisageait le début des travaux en 2024, ce qui est une bonne nouvelle.

En ce qui concerne les nouvelles mesures à mettre en place en attendant la mise en service des aménagements définitifs, il faut quand même relever qu'un aménagement provisoire a été réalisé par prélèvement de plus d'un mètre et demi de la chaussée. Par ailleurs, la commission a pris bonne note que la réduction de la capacité du pont du Mont-Blanc n'est pas envisageable avant plusieurs années sans créer d'immenses bouchons au centre de Genève et qu'un nouvel aménagement temporaire serait moins sécurisé que l'actuel, ce qui n'est évidemment pas souhaitable.

Il ne reste donc rien à conserver dans cette motion. Aussi, nous vous proposons de la refuser. (Applaudissements.)

La présidente. Je vous remercie. Nous allons procéder au vote... (Remarque.) Non ! Je donne la parole à M. Daniel Sormanni.

M. Daniel Sormanni (MCG). Merci, Madame la présidente. Je crois effectivement que ce sujet mérite quand même quelques mots, compte tenu de ce qu'on a entendu tout à l'heure, avec l'idée de réduire encore la capacité du pont du Mont-Blanc pour les véhicules automobiles, ce qui est complètement illusoire. Je crois d'abord que pour la passerelle, ce ne sont pas 40 millions qui sont devisés, mais 26 millions qui ont été demandés au Conseil municipal. (Remarque.) Pas du tout, puisque c'est ce crédit qui nous a été proposé il y a un mois, donc ne dites pas des choses qui sont erronées ! (Commentaires.)

Je pense qu'il faut réaliser cette passerelle piétonne, de façon à pouvoir maintenir les vélos tels qu'ils sont à l'heure actuelle. Je crois que c'est la bonne décision à prendre. Et compte tenu des différentes choses qui sont en train de se réaliser... C'est assez compliqué avec la CGN, semble-t-il, je ne sais pas quand les travaux de la passerelle piétonne pourront démarrer; normalement, pour obtenir la subvention fédérale, il faudrait entamer les travaux avant 2025. On commence à être très inquiets.

En raison de tous ces éléments, il est absolument évident qu'il faut refuser cette motion de façon à ce qu'on puisse maintenir la circulation automobile actuelle. C'est un peu votre faute: vous refusez toute nouvelle traversée du lac, à quelque niveau que ce soit. Par conséquent, il n'y a que le pont du Mont-Blanc qui permet aux véhicules de traverser. Les vélos, soit dit en passant, peuvent passer par le pont des Bergues, ça fonctionne très bien. (Applaudissements.)

La présidente. Je vous remercie. Je donne la parole aux rapporteurs, en commençant par le rapporteur de minorité, M. Philippe de Rougemont, pour deux minutes dix.

M. Philippe de Rougemont (Ve), rapporteur de minorité. Merci, Madame la présidente. Je n'aurai pas besoin d'autant de temps. C'est pour répondre - vous transmettrez, comme on dit, Madame la présidente - à M. Sormanni: 40 millions d'argent public, qu'il soit genevois ou fédéral, c'est de l'argent public; c'est...

Une voix. C'est 26 millions, pas 40 !

M. Philippe de Rougemont. ...de l'argent genevois, mais il y a aussi de l'argent fédéral, qui est alimenté par nos impôts et par les impôts des entreprises, 40 millions en tout. Mais pas seulement, aussi de l'acier, aussi de la circulation de camions, aussi du béton, aussi des collines que l'on creuse pour créer ce béton. C'est aussi ça, la discussion engagée par cette motion sur le U cyclable: c'est penser aux déplacements des personnes, et pas forcément à toujours faire les travaux les plus chers, les plus gros possible pour répondre à nos besoins. On peut aussi aller vers la sobriété et répondre à nos besoins par les moyens les plus simples et les plus rapides.

Voilà, je voulais juste dire ça. Il reste du temps pour mon groupe s'il souhaite le prendre.

La présidente. Je vous remercie. Comme je l'ai dit, j'ai donné la parole aux rapporteurs, ce qui clôt le débat. Je donne maintenant la parole au rapporteur de majorité pour une minute quarante secondes.

M. Souheil Sayegh (LC), rapporteur de majorité. Merci, Madame la présidente. Je rappellerai juste que cette motion ne doit pas être refusée pour ce qu'elle demande - ce qu'elle demande, c'est un U lacustre sûr pour les utilisateurs -, mais simplement parce que ses invites sont déjà réalisées: les rapports avec le Conseil administratif de la Ville de Genève, la collaboration avec la CGN, les discussions... toutes les invites sont déjà réalisées.

On ne la refuse donc pas pour ce qu'elle demande, pas pour son contenu, mais plutôt parce qu'elle ne sert à rien, parce que tout a déjà été dit. Et là, le centriste que je suis vous rappellera que ce U lacustre n'est qu'une étape, nécessaire, indispensable, à intégrer dans un O lacustre, duquel nous devrons bien discuter une bonne fois pour toutes, qui est cette traversée du lac que la population a aussi votée.

Diminuer le nombre de voies sur le pont du Mont-Blanc, on peut y rêver, mais pas sans O lacustre, parce qu'il faudra quand même les remplacer à un moment donné.

Pour ces raisons, parce qu'elle est déjà réalisée, le rapporteur de majorité que je suis vous recommandera donc de refuser cette motion. Je vous remercie.

La présidente. Merci, Monsieur le député. Madame de Chastonay, comme je l'ai dit, j'ai donné la parole aux rapporteurs, le débat est fini. Nous passons maintenant au vote. (Commentaires pendant la procédure de vote.)

Mise aux voix, la proposition de motion 2802 est rejetée par 55 non contre 27 oui (vote nominal).

Vote nominal