Recensement architectural du canton de Genève (RAC-2015). Mandataires: Frédéric Python, Natalie Rilliet. Auteurs: Deborah Chevalier, Lola Cholakian-Lombard, Mélanie Delaune, Nathalie Desarzens, Frédéric Python, Natalie Rilliet. Evaluation patrimoniale: commission scientifique de suivi, 23 janvier 2018. © Office du patrimoine et des sites.
Versoix
Route de Saint-Loup 77
Parcelle: 1364
Bâtiment GE: 47:1148
EGID: 1030636
Versoix
Parcelle: 47:1364
Bâtiment GE: 47:2202
EGID: 295071702
Valeur: Intéressant
Villa construite en 1928 par le bureau Chaffard & Hutterli pour Sophie Elisa Drivet-Burk.
La villa est implantée au centre d’une parcelle bordant la route de Saint-Loup. Le plan, à base rectangulaire, est rendu complexe par un avant-corps au nord-ouest, un pan coupé à l’angle ouest et le traitement de l’angle sud, qui est placé en retrait par deux décrochements sur les façades sud-est et sud-ouest. Juché sur un haut soubassement crépi, l’édifice présente un comble sur rez-de-chaussée, coiffé par une toiture complexe à demi-croupes, croisée de deux pignons, le premier étant bas, à deux pans, le second placé à hauteur intermédiaire à demi-croupe. Les façades sont toutes différentes. Le porche d’entrée vitré forme une saillie sur la façade nord-ouest, articulant en une composition asymétrique le degré d’accès adossé à la façade, à gauche, et une porte de service percée dans le soubassement et surmontée de deux petites fenêtres, à droite. Deux fenêtres éclairent l’étage, dans le pignon. La façade gouttereau nord-est est plus équilibrée, comprenant deux travées de fenêtres au rez-de-chaussée : l’asymétrie est cependant apportée par leur différence de largeur et l’effet de décalage occasionné par le creusement d’un cul-de-four dans les deux registres inférieurs de l’angle est, où s’inscrit une fenêtre. La façade sud-est est centrée sur la composition pyramidale de deux fenêtres identiques au rez-de-chaussée, dominées par une loggia à balcon et large porte-fenêtre dans l’axe du pignon ; à gauche, une travée supplémentaire est abritée, en retrait, sous une prolongation de l’avant-toit, et percée d’une large fenêtre à meneaux. Enfin, la façade sud-ouest est totalement asymétrique : à gauche, le pignon bas s’ouvre d’une fenêtre au rez-de-chaussée et d’un petit jour à l’étage ; à droite, le mur gouttereau abrite une paire de fenêtres surmontées, en retrait du nu de la façade et d’un petit avant-toit, d’une terrasse et d’un pignon percé d’une fenêtre. Le porche d’entrée est structuré par des poteaux de bois dégageant, sous une arcature segmentaire, une porte et de larges baies vitrées. Les fenêtres du rez-de-chaussée sont elles aussi, pour la plupart, couvertes en arc segmentaire. Elles possèdent comme unique élément de chambranle visible une tablette d’appui saillante. Par leur caractère lisse, celles-ci forment, tout comme le soubassement, un vif contraste avec le crépi épais des murs. Au rez-de-chaussée, les huisseries des fenêtres se décomposent en un grand carreau vitré, surmonté par deux registres de petits carreaux. Sur la façade sud-est, les fenêtres sont précédées au rez-de-chaussée de jardinières en bois ajouré ; au premier étage, le balcon y est soutenu par un cul-de-lampe mouluré en talon et ceinturé d’un garde-corps en fer forgé. La toiture est percée d’une petite lucarne supplémentaire au sud-ouest et de deux lucarnes triangulaires (plus récentes) au nord-est. Son léger avant-toit s'appuie sur des têtes de pannes ; elle est couverte de tuiles en écailles.
Quoique tardive, cette villa est représentative de la production “Heimatstil”. Ce style architectural se réfère à des modèles vernaculaires pour créer, dans un programme de villa suburbaine, l’image idéalisée d’une maison de campagne. L’effet pittoresque est ici particulièrement accusé, grâce aux nombreux décrochements en plan et en élévation, à la composition légèrement déséquilibrée ou franchement asymétrique des façades, au traitement très complexe de la toiture ou encore au contraste des détails de bois et du ciment. Il faut noter cependant que la simplification des chambranles et l’usage d’un crépi épais dénotent une tendance au modernisme. De taille plutôt modeste, cette oeuvre démontre une grande originalité. Elle a été réalisée par un bon bureau d’architectes genevois de l'entre-deux-guerres, auteur notamment de nombreux immeubles locatifs en ville de Genève.