Du rocaille aux lignes néoclassiques
Pour son grand salon, la comtesse a astucieusement assorti des fauteuils en cabriolet et des bergères, aux lignes souples et arrondies. Epousant parfaitement la forme du corps, ces sièges typiques du style rocaille, en vogue sous Louis XV et au début du règne de Louis XVI, sont parmi les plus confortables créées par les ébénistes au XVIIIe siècle.
Dans l’appartement, ils côtoient d’autres fauteuils aux lignes plus sobres, d’inspiration néoclassique, dont le goût marque la dernière décennie de l’Ancien Régime et les années révolutionnaires. On les reconnaît à leurs lignes droites et à leur style qui évoque l’Antiquité (colonnettes cannelées, petits chapiteaux ioniques…).
Des estampilles prestigieuses
Sensible à l’esthétique anglaise, la comtesse a disposé dans sa salle à manger décorée des lambris du château écossais de Hamilton un bel ensemble de chaises dans le style "Chippendale", du nom d’un célèbre ébéniste anglais, Thomas Chippendale, en activité autour de 1755.
Ses créations, réalisées en bois précieux comme l’acajou, adoptent des formes graciles et sont caractérisées par leurs dossiers ajourés. Admirées en France, elles influencent considérablement les ébénistes parisiens à partir de 1780. Le siège chauffeuse installé dans le cabinet de Catherine II est typique de ces échanges. Cette production parisienne mêle l’esthétisme anglais appliqué au modèle des chaises basses Louis XVI. Ces influences sont particulièrement visibles dans le choix du bois d’acajou. Le dossier ajouré en forme de lyre attire tout particulièrement l’œil du visiteur du musée de la Fondation Zoubov.
La comtesse Zoubov a su rassembler un mobilier de qualité: certaines de ses assises portent des estampilles prestigieuses comme celles de George Jacob, Jean-Baptiste Boulard ou encore Claude Javoy.
Un canapé d’angle exceptionnel
Bien qu’il date de la seconde moitié du XIXe siècle, le canapé d’angle qui trône dans le grand salon est l’une des pièces maîtresses de la collection, en raison notamment de son caractère imposant et de sa forme originale, trapézoïdale. Garni d’un beau velours vert et offrant un riche décor sculpté et doré, ce meuble mêle avec habileté et harmonie diverses influences prégnantes de la fin du XVIIIe siècle: style transition pour la frise d’entrelacs et esthétique néoclassique pour les colonnettes détachées.
Malheureusement anonyme, ce meuble provient nécessairement d’une commande prestigieuse, ce qui n’a certainement pas laissé indifférente la comtesse Zoubov.