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20. La Course de l'Escalade, de la course populaire à l'événement populaire

Lors de sa création, en 1978, la Course de l'Escalade s'apparente aux autres courses pédestres du pays. Course populaire, on y distingue deux catégories de coureurs: les élites (coureurs invités par les organisateurs) et les populaires (les anonymes du peloton). Loin d'offrir la palette de possibilités qu'elle propose aujourd'hui à ses participants, l'Escalade est alors avant tout considérée comme un événement sportif. Bien que «populaires» et «élites» n'aient pas les mêmes moyens, il est implicitement entendu qu'ils poursuivent un seul et même objectif: la performance. C'est dans ce contexte qu'apparaissent les premiers déguisements. Ignorés par la presse sportive, ils ne sont alors considérés que comme une marque d'humour dans un monde résolument sérieux.

Lors de sa huitième édition, en 1985, la Course de l'Escalade change de visage: le phénomène du déguisement se diffuse à large échelle au sein du peloton et apparaît très vite comme un constituant identitaire de la manifestation. Ce qui ne va pas sans poser de sérieux problèmes organisationnels. En effet, comment concilier ces deux états d'esprits que résume d'une phrase un membre de l'organisation de l'époque: «Il y avait ceux qui couraient, et puis ceux qui s'amusaient»?

Ce qui apparaîtra très vite comme la meilleure des solutions voit le jour en 1991 avec la création d'une catégorie dont le nom fait directement allusion à la fête commémorative de la bataille de l'Escalade: la Marmite. Rompant avec les stratifications traditionnelles selon le sexe, l'âge ou encore le niveau de performance, cette catégorie offre la possibilité aux participants de se regrouper selon des critères familiaux ou d'affinité. Sa création marque le moment de l'institutionnalisation du déguisement, qui fait désormais entièrement partie de la manifestation. Du statut de «course populaire», l'Escalade acquiert ainsi celui d'«événement populaire» en offrant à ses participants la possibilité de courir selon la modalité qui leur sied: fête, santé et compétition en constituent désormais les trois valeurs phare.

Modèle de diversité, la Course de l'Escalade n'en demeure pas moins un tout cohérent. L'enquête menée auprès des coureurs a en effet permis de relever de nombreuses «transversalités», notamment entre les pôles festif (catégorie Marmite) et compétitif (catégorie Elite). C'est ainsi que trois quarts des coureurs de l'Elite déclarent considérer l'Escalade comme une fête. De leur côté, les déguisés de la Marmite semblent fortement marqués par l'identité de coureur, symbolisée par le port de la fameuse basket: bien qu'évoluant le plus souvent à l'allure du pas, seuls 5% d'entre eux renoncent à ce symbole suprême du coureur, lui préférant une chaussure s'intégrant au déguisement.

Circulation des états d'esprit entre les différentes sphères de la manifestation donc, mais aussi circulation des coureurs: non contents de devoir se cantonner dans une seule catégorie, certains d'entre eux n'hésitent pas à cumuler objectifs compétitif et festif en s'alignant dans deux catégories le même jour. C'est ainsi que se profilent des «voyageurs de contextes», capables de s'aligner dans leurs catégories respectives à la recherche d'une performance avant d'enfiler un déguisement pour s'aligner dans la catégorie Marmite. Pas moins de 15% des participants déclarent l'avoir déjà fait au moins une fois.

L'histoire de la Course de l'Escalade est donc celle d'une fête qui émerge dans le contexte hyper-codifié d'une course pédestre. Peut-être faut-il voir là l'expression d'un phénomène emblématique de nos sociétés modernes: orpheline de ses repères traditionnels, la fête carnavalesque ne peut exister qu'à la condition d'être encadrée par des structures fortes. Par les différents quadrillages qu'elle implique - quadrillage du temps, de l'espace et des rôles -, la course à pied offre précisément cette structure dont la fête a aujourd'hui besoin.

1. Weyermann-Tulu: la Course de l'Escalade, c'est aussi l'occasion de voir des athlètes de classe mondiale s'affronter dans le cadre somptueux de la Vieille-Ville. Ici la Suissesse Anita Weyermann aux prises avec l'Ethiopienne Derartu Tulu en 1996. [Non reproduit]

2. Déguisée dans peloton: résultant d'initiatives isolées, le déguisement sera considéré comme une «marque d'humour dans un monde sérieux» durant les sept premières éditions. [Non reproduit]​


Peloton de dos

3. Peloton de dos: la masse des anonymes sans visages, symbole fort de la manifestation.

4. Lune-Soleil Marmite: s'opposant aux courses d'«exclusion», la catégorie Marmite s'affiche comme une course d'«inclusion»: ce qui compte, c'est d'être ensemble. [Non reproduit]

5. Programme de la 16e Course de l'Escalade (illustration de F. Dumas et S. Lacroix, 1993): en proposant une véritable fête à la carte, où chaque participant à la possibilité de courir selon la modalité qui lui sied, la Course de l'Escalade fait sienne la célèbre devise de l'Abbaye de Thélème: «Fay ce que vouldras.» [Non reproduit]

6. Prix-souvenir de la 20e Course de l'Escalade (Roger Pfund, 1997): la Course de l'Escalade, temps de la performance? [Non reproduit]

7. Prix-souvenir de la 24e Course de l'Escalade (Pierre Wazem, 2001): la Course de l'Escalade, temps de la fête? [Non reproduit]

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