Ecusson de la République et du canton de Genève


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DE GENEVE

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8. Genève 1707-1738

Pendant ces années où Rousseau est absent de Genève, la République est secouée d’événements qui vont affecter la vie politique de la cité et influencer indirectement le destin du futur écrivain et philosophe politique.

Depuis la révolte de 1707, qui avait vu s’affronter les bourgeois et les membres des Conseils et s’était terminée par l’exécution de Pierre Fatio, transfuge du patriciat et champion des droits du Conseil général, jusqu’à la proclamation de la Révolution genevoise en décembre 1792, on constate une continuité dans les crises politiques qui se succèdent durant tout le XVIIIe siècle.

L’exclusion de la petite bourgeoisie artisanale et marchande des affaires politiques sera le ferment des troubles. En 1715, les artisans et le parti bourgeois sont en colère contre une décision de levée d’impôt décrétée sans l’aval préalable du Conseil général. D’après les listes d’habitants par quartier, une majorité des révoltés vit alors dans celui de Saint-Gervais, qui, même s’il constitue d’un point de vue sociologique et économique une entité distincte de la ville haute, n’en fait pas moins partie de la cité, entouré de fortifications au même titre qu’elle.

Rousseau, installé depuis l’âge de cinq ans avec son père à la rue de Coutance, dans cette atmosphère bouillonnante où le monde des artisans discute politique, n’a pu échapper à cette ambiance de contestation et s’en trouvera probablement fortement imprégné au moment où il écrira ses pamphlets politiques.
 

AEG, Ms hist. 77
Lettres séditieuses parues anonymement en 1718. L’auteur présumé est Antoine Léger (1652-1719), professeur de théologie à l’Académie (AEG, Ms hist. 77)

Après la diffusion en 1718 des Lettres séditieuses, libelle anonyme dans lequel l’auteur s’interroge sur la légitimité de la décision des Conseils de lever de nouveaux impôts pour financer la reconstruction des fortifications sans recourir au Conseil général, l’opinion publique bruit à nouveau de rumeurs de contestation, non seulement dans le quartier horloger de Saint-Gervais mais aussi dans le reste de la ville. L’auteur de ces Lettres, au demeurant assez modérées, appelle plus à une réflexion politique qu’à une révolte ouverte.

La bourgeoisie, groupe qui se définit par sa position socio-économique et se compose des artisans de la Fabrique et des métiers hautement qualifiés, présente au gouvernement, après la diffusion des Lettres, des Représentations qui se solderont par un échec: un décret du gouvernement déclare les Lettres subversives et interdit tout rassemblement dans la cité.

Malgré cet échec, l’influence des Lettres séditieuses est pourtant incontestable: elles seront lues par les partisans des deux courants politiques et l’on s’y référera tout au long du siècle. Jean Cramer (1701-1773), professeur de droit à l’Académie et magistrat, n’hésitera pas à dire qu’«elles ont été le premier flambeau de la discorde. Elles respirent entièrement un air d’anarchie». Certains historiens ont même vu dans ces Lettres une préfiguration du Contrat social.

Une fois de plus, Jean-Jacques et son entourage familial n’ont pu rester à l’écart de cette agitation: François Terroux, l’un des meneurs des troubles de 1718, habite depuis quelques mois, après avoir quitté la Grand-Rue, dans le même immeuble qu’Isaac Rousseau, sa sœur Suzanne et ses deux fils.
 

AEG, Bibliothèque, 1117
Représentations des Citoyens & Bourgeois de Genève au gouvernement. 1734 (AEG, Bibliothèque, 1117)

Le prochain épisode de la lutte entre patriciens et bourgeois commence en 1734, quand de sérieux troubles ébranlent à nouveau la République: le ferment des révolutions genevoises a pris et conduira les Représentants à affronter directement les autorités.

Parmi eux, on retrouve nombre de ceux qui avaient participé aux mouvements populaires de 1718. L’enjeu porte à nouveau sur la question du financement des fortifications: la bourgeoisie présente au gouvernement une nouvelle Représentation pour rétablir les prérogatives du Conseil général en la matière.

Les autorités, qui s’apprêtent à rejeter cette demande, conscientes de probables réactions violentes des citoyens, décident de rendre inutilisables une vingtaine de canons d’une garnison de quartier. C’est l’Affaire du Tamponnement, ressentie par la population comme un complot des autorités, qui aura pour conséquence immédiate la démission de quelques magistrats et une première médiation des alliés bernois et zurichois.

Une nouvelle prise d’armes des bourgeois, appuyés par Jacques-Barthélemy Micheli du Crest (1690-1766), mathématicien et ingénieur, membre de l’aristocratie comme l’était Pierre Fatio, culmine en août 1737 par une journée de véritable guerre civile, qui fait dix morts.

Acculées, les autorités font appel à leurs alliés et en particulier à la France. Seule l’intervention de ces derniers permettra de rétablir l’ordre à Genève, grâce à l’Illustre Médiation, qui rend quelques compétences au Conseil général et permet, entre autres acquis, aux natifs, fils des habitants, d’accéder à tous les métiers.

La Médiation se conclut par un règlement adopté en Conseil général en mai 1738 qui, si imparfait soit-il, va assurer à Genève vingt-cinq années de paix.

 

AEG, Bibliothèque, 3169
Règlement de la Médiation, 1738 (AEG, Bibliothèque, 3169)

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