Ecusson de la République et du canton de Genève


REPUBLIQUE
ET CANTON
DE GENEVE

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6. La monnaie

Peu après la fuite, en 1533, de Pierre de La Baume, évêque de Genève, et la défaite du duc de Savoie, en 1536, les Genevois accaparent les pouvoirs seigneuriaux, parmi lesquels figure le droit régalien de frapper monnaie (n° 1).
 

AEG, R.C. 28

1. Décision de fabriquer de la monnaie aux armes de la ville, prise le 10 octobre 1535, par le Petit Conseil. Elle sera confirmée, le 26 novembre, par le Grand Conseil (AEG, R.C. 28, fol. 134v°)

Transcription

(Armigeri.) — (…) De solutione fuit advisum quod debeamus facere monetam sub nostris signis et de eadem solvere meliori modo quo fieri poterit; et datur onus thesaurario providendi de materia ad faciendum dictam monetam.

(Soldats) — (…) Du paiement, a été avisé que nous devons frapper monnaie avec nos armes, et de la payer de la meilleure façon qu’il sera possible, et a été donné charge au trésorier de pourvoir au matériau, pour faire la dite monnaie.
 

Ni l’évêque de Genève, prince légitime de la ville, ni l’Empereur, ni le duc de Savoie, ni le roi de France, ne semblent s’y être opposés. Seuls les Bernois demandent aux Genevois de prouver leurs droits en matière de monnaie, qu’ils acceptent en mai 1537. Les pièces circulent alors rapidement sur les principaux marchés avoisinants.

Régulièrement, les pièces sorties de l’atelier sont discutées, soit parce qu’elles n’ont pas reçu l’aval définitif de la Seigneurie, soit parce qu’elles sont de mauvaise qualité, soit parce qu’elles sont décriées par les Etats voisins, soit parce qu’elles ne correspondent plus à l’image que la Seigneurie entend donner.

Les pièces fabriquées par l’atelier genevois entre 1535 et 1544 sont pour l’essentiel en billon, mélange de cuivre et d’argent. Il s’agit de deniers (la plus petite valeur nominale), de quarts et de sols (n° 2). Viennent ensuite, dès 1535, les testons et demi-testons d’argent. Enfin les écus et demi-écus d’or, produits à partir du début des années 1540, qu’il ne faut pas confondre avec les écus d’or au soleil français, la monnaie étalon à Genève, qui sert également de monnaie de compte, au même titre que le florin. Un écu vaut alors 4 florins et 8 à 10 sols, et un florin vaut 12 sols, soit 144 deniers.

Les éléments de décors, eux, se succèdent: la croix, l’aigle bicéphale impériale, les armes de la ville, le trigramme «IHS» [en latin] ou «IHΣ» [en grec], inséré dans la croix ou dans un cimier, et diverses inscriptions. La devise «Post Tenebras [Spero] Lucem», tirée de la Vulgate (Job, XVII-12), aurait été choisie lors des batailles pour l’indépendance de 1530. Elle est remaniée en 1542, peu après le retour de Calvin, pour devenir «Post Tenebras Lux» (n° 3).

Ces nombreuses variantes, même si elles irritent un peu les Bernois, ont l’avantage de contrer les faux-monnayeurs, qui opèrent aussi bien sur les terres genevoises, que sur celles des pays voisins (n° 4). L’entraide, sur ce point, est totale, même lorsqu’il y a conflit politique ou religieux, et les faux-monnayeurs sont rapidement condamnés, le plus souvent à avoir la tête tranchée.
 

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2. Pièces de monnaie en billon, frappées à Genève entre 1535 et 1540. Les sols comportent une croix et les armes de la Ville. Le quart, avec les textes «Deus Noster Pugnat / Pro Nobis» et «Genava Civitas / 1535», sera finalement remplacé à la demande de la Seigneurie, qui préfère y voir graver les armes de la ville. Toutes cependant portent la devise «Post Tenebras [Spero] Lucem». [Non reproduit]
a - Quart de 1535 (MAHs, Cabinet de numismatique, n° 23080).
b - Sol de 1536 (MAHs, Cabinet de numismatique, n° 622).
c - Sol de 1539 (MAHs, Cabinet de numismatique, n° 623).
d - Sol de 1540 (MAHs, Cabinet de numismatique, n° 624).

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3. Ecu pistolet genevois de 1562, avec le trigramme «IHS» dans un cimier et portant la nouvelle devise «Post Tenebras Lux» (MAHs, Cabinet de numismatique, n° 1079). [Non reproduit]

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4. Les faux-monnayeurs au travail. Diebold SCHILLING, Luzerner Bilderchronik, 1513, p. 586. [Non reproduit]

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