Ecusson de la République et du canton de Genève


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6. Fuite et passage à Confignon (mars 1728)

Au soir du dimanche 14 mars 1728, Jean-Jacques Rousseau et ses camarades de sortie arrivent trop tard: la sonnerie de la garnison marquant la fermeture des portes de la ville a déjà retenti. Elle sonne une demi-heure après le coucher du soleil, selon un horaire saisonnier, à Cornavin, Neuve et Rive. La garde de la ville est assurée de manière permanente par des soldats de métier, le plus souvent étrangers, soit huit cents hommes armés, qui perçoivent une solde. A cette garnison s’ajoutent des compagnies bourgeoises, armées elles aussi, appelées en renfort le cas échéant.

Dans les Confessions, Rousseau précisera bien que le premier pont-levis était déjà levé et que l’accès à la ville était dès lors impossible. Selon toutes probabilités, ils se trouvent ce fameux dimanche devant la porte de Rive, la seule à posséder deux ponts-levis.
 

AEG, Archives privées 247/V/21, détail
Porte de Rive. Détail du plan de Genève de 1777 (AEG, Archives privées 247/V/21, détail)

Les ouvrages militaires qui donnent accès à la cité font partie de l’important système fortifié qui entoure Genève en ce début du XVIIIe siècle. On est encore dans le souvenir de l’Escalade de 1602: la ville est complètement enceinte de murailles et de bastions, de la ville haute sur la rive gauche jusqu’à Saint-Gervais sur la rive droite.

L’entretien et l’amélioration des fortifications grèvent lourdement les finances de la République et ces facteurs vont avoir une influence déterminante sur la vie politique genevoise. Le financement de leur réfection sera même au centre des troubles politiques de 1734-1738, notamment en raison des levées d’impôts qu’elle rend nécessaires et des décisions prises par les autorités, qui modifient le rapport de force entre les différents conseils.

Arrivé déjà trois fois en retard de ses promenades aux alentours de la ville, Jean-Jacques redoute la colère de son maître d’apprentissage. Ses camarades, eux, en prennent leur parti et attendent jusqu’au matin l’ouverture des portes. Jean-Jacques décide finalement de ne pas rentrer du tout: ce choix impromptu aura une influence considérable sur son destin. Un profond sentiment de liberté l’étreint au moment de prendre la résolution de ne pas rentrer dans Genève.
 

AEG, Archives privées 192.25.15
Jean-Jacques Rousseau quittant Genève. Dessin de J. Courvoisier (1884-1936), édité pour le bicentenaire de la naissance de Rousseau en 1912 (AEG, Archives privées 192.25.15)

Après quelques jours d’errance dans la campagne environnante où il est accueilli par des familles de paysans, Jean-Jacques Rousseau aboutit à Confignon, en terres savoyardes, donc catholiques: là exerce l’abbé de Pontverre, adversaire acharné des pasteurs de Genève, connu pour son prosélytisme et ses tentatives pour le moins interventionnistes de conversion au catholicisme de Genevois réformés.

Après les avoir bien reçus, le curé argumente avec ses hôtes et finit souvent par les convaincre, d’autant mieux lorsqu’ils sont, comme Rousseau, jeunes et inexpérimentés, encore empreints du respect dû à un ministre - fût-il catholique!

Le curé de Pontverre, après un bon repas un peu arrosé, n’a pas trop de peine à vaincre les résistances du jeune Jean-Jacques, alors à peine âgé de 16 ans, adolescent tourmenté et hypersensible, malheureux dans son apprentissage et virtuellement orphelin de père. Plutôt que d’avertir sa famille de sa fugue, le curé l’envoie à Annecy chez Madame de Warens.
 

AEG, E.C. Bernex 2
Registre de la paroisse de Confignon: mention de conversions de réformés par le curé Pontverre
(AEG, E.C. Bernex 2, p. 371)

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