Ecusson de la République et du canton de Genève


REPUBLIQUE
ET CANTON
DE GENEVE

Changer la couleur des liens Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer la page
ge.ch
 
Ge.ch > Archives

Archives

3. La Folle Vie et le premier traité de combourgeoisie

Les guerres de Bourgogne, où les Cantons suisses prirent fait et cause pour le roi Louis XI contre Charles le Téméraire, se déroulèrent en partie dans ce qui allait devenir la Suisse romande, et ne restèrent pas sans effet sur Genève.

Dès avant la guerre, les Genevois et surtout leur évêque Jean-Louis de Savoie s’étaient attiré le ressentiment des Suisses, particulièrement des Bernois, par une politique favorable aux intérêts savoyards et bourguignons. En 1475, Berne et Fribourg déclarèrent la guerre au Comte de Romont et firent main basse sur le Pays de Vaud savoyard, qui fut atrocement saccagé. Redoutant de subir le même sort, Genève négocia avec les cantons, et obtint leur protection moyennant le paiement d’une rançon astronomique de 26'000 florins du Rhin. Un impôt, une « taille », fut levé sur tous les propriétaires, grands et petits, pour réunir cette somme. On doit à cette opération un registre énumérant toute la fortune mobilière et immobilière des Genevois (AEG, Finances KK 2bis), qui est une source d’information de premier ordre sur l’état matériel de Genève dans la seconde moitié du XVe siècle.

Mais comme l’argent tardait à rentrer, les petits cantons campagnards commencèrent à soupçonner les gouvernements des villes suisses de s’entendre avec Genève pour les frustrer de leur part de la rançon. Une sorte de corps franc, qui s’intitula la « Folle Vie » (Das torechte Leben), se leva en février 1477 dans l’intention de marcher sur Berne, Fribourg et Genève pour obtenir la rançon par la force. Ce corps s'était pourvu d'une bannière portant, sur les illustrations de la chronique officielle bernoise de Diebold Schilling, un sanglier avec une massue ; toutefois une bannière attribuée à la Folle Vie, conservée au Musée historique de Zoug, porte un fou tenant une massue et jetant des glands à une truie qui allaite ses petits – ce qui, avouons-le, donnait une image plus pacifique du mouvement.

À grand peine, les gouvernements des villes parvinrent à les calmer et à les renvoyer chez eux avec la promesse de livrer leur part de la rançon. Genève dut promettre pour le 6 avril (fête de Pâques) au plus tard une somme de 8000 florins d'or du Rhin, faute de quoi le corps franc de la Folle Vie était résolu à venir jusqu'au bout du Léman, à piller la ville et à mettre le feu aux quatre coins de la cité. Leur avant-garde était déjà arrivée à Lausanne lorsque l'accord fut signé. Cette somme était un nouvel acompte à la rançon de 26'000 écus due aux Cantons, dont seuls 2000 avaient été payés. Des otages, choisis parmi les plus riches des citoyens, furent envoyés. Leur séjour à Fribourg, à leurs frais ou à ceux de la ville – ils devaient payer non seulement leur entretien, mais celui de leurs gardes – fut aussi extrêmement coûteux. La duchesse Yolande de Savoie, sollicitée par son beau-frère l’évêque Jean-Louis, fournit des joyaux et d’autres objets précieux comme garantie pour le paiement de la rançon. Mais il fallait trouver encore 16'000 florins du Rhin pour payer aux Suisses 8000 florins à Noël 1477 et 8000 à Pâques 1478. On s'efforça d'obtenir un prêt de Strasbourg de 11'000 florins, pour lequel il fallait obtenir la garantie de Berne et le dépôt à Berne des joyaux prêtés par la duchesse Yolande, qui avaient été confiés à Lucerne et à Uri. Pour compléter la somme due, Genève voulut augmenter la gabelle et le tarif des péages, ce qui pouvait irriter les marchands confédérés : nouvelles difficultés de la part des petits cantons, nouvelles menaces. Il fallut donc se résoudre à emprunter 3500 écus du Roi de France à la banque Médicis à Lyon.


Illustration
Les compagnons de la Folle Vie arrivent par bateau devant la ville de Lucerne (dessin de la chronique officielle de Berne par Diebold Schilling)


La signature du traité de combourgeoisie entre l’évêque Jean-Louis de Savoie et la ville, d’une part, et les villes de Berne et de Fribourg d'autre part, longtemps ignorée de l’historiographie, s’inscrit dans le contexte diplomatique extrêmement complexe de la fin des guerres de Bourgogne. Aussi bien le roi Louis XI que les ducs de Savoie et de Milan, l’empereur Frédéric III que son cousin le duc Sigismond d’Autriche font la cour aux Suisses, qui sont considérés à cette époque comme la principale puissance militaire d’Europe. Il s’agit aussi de savoir quel sera le sort de la Franche-Comté, dont le roi de France a entrepris la conquête, et celui du Pays de Vaud, occupé par Berne et Fribourg, et que l’ensemble des cantons refusent de restituer au duc de Savoie avant que le prix de rachat de 50'000 florins du Rhin, fixé en 1476, ait été payé.

Mais en Suisse, la mésentente et la crainte réciproque entre les villes et les cantons campagne créent une ambiance délétère. Aussi bien Berne que Fribourg sont désireux de se concilier la ville de Genève, la « clé de la Confédération », selon l’expression qui commence à s’imposer à la fin du XVe siècle. Aussi les ouvertures faites par l’évêque et les délégués des citoyens au cours des négociations sur la rançon de Genève vont-elles aboutir à la signature d’un premier traité de combourgeoisie entre l’évêque et la ville de Genève d’une part, les villes de Berne et de Fribourg d’autre part, le 14 novembre 1477. L’évêque était reçu bourgeois de ces villes pour la durée de sa vie. Les parties s'engageaient à se secourir mutuellement contre toute agression contre l'une d'entre elles. En outre, l'évêque et la cité de Genève assuraient aux deux villes de Berne et de Fribourg la libre circulation des biens et des marchandises sur leurs terres et s'engageaient à favoriser les marchands des deux villes combourgeoises en matière de péage et d'autres droits.

Illustration Illustration Illustration
Sceau de l'évêque
Jean-Louis de Savoie
Sceau de la
ville de Berne
Sceau de la
ville de Fribourg

Ce traité complétait le renouvellement du traité d’alliance entre Berne et le duché de Savoie, signé le 20 août 1477, ainsi que l'alliance héréditaire entre Zurich, Berne, Lucerne, Uri et Soleure, d'une part, et le duc Sigismond d'Autriche, conclue le 13 octobre 1477. Mais dès cette époque – et ce phénomène ira s’accentuant dans les périodes suivantes –, les autres cantons manifestaient de la méfiance à l’égard des velléités expansionnistes de Berne en direction de la France. Plus généralement, les cantons campagnards, les « pays », comme on disait, craignaient la puissance des villes à l’intérieur de la Confédération. Ces craintes se manifesteront encore en 1814-1815 face à l’entrée de Genève dans la Confédération.

Auteur: Catherine SANTSCHI
 

Illustration
Les compagnons de la Folle Vie se rassemblent devant la porte de la ville de Zoug sous leur bannière portant un sanglier, symbole de force et d'indépendance (dessin de la chronique officielle de Berne par Diebold Schilling)


• Traité de combourgeoisie conclu par l'administrateur de l'évêché de Genève Jean-Louis de Savoie pour lui et la ville de Genève, mais seulement pour la durée de sa vie, avec les villes de Berne et de Fribourg le 14 novembre 1477. Les parties se promettent aide et secours réciproque en matière militaire, et se garantissent la libre circulation des biens et des personnes sur leurs territoires (photographie de l'original conservé aux Archives d'État de Berne, StAB : Fach Savoyen, 1477 November 14) [document exposé mais non reproduit ici]
 

Illustration
Registre de la levée de l'impôt extraordinaire pour payer la rançon de Genève aux Confédérés (AEG, Finances KK 2bis)

haut de page