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17. Farel et Calvin à Genève

Le duo Guillaume Farel et Jean Calvin à Genève (1536-1538)

Jean Calvin arrive à Genève en juillet 1536. Averti de sa venue, Guillaume Farel va le voir pour lui demander de rester et l’aider à asseoir la Réforme qu’il est parvenu à faire adopter deux mois auparavant et à organiser la nouvelle Eglise. Jean Calvin est mentionné pour la première fois dans les registres du Conseil le 5 septembre 1536, comme «ille Gallus», «ce Français» (n° 1). Débutant ses activités à Genève comme lecteur des Saintes Ecritures, il est rapidement nommé ministre.

Le 10 novembre 1536, Guillaume Farel se présente devant le Grand Conseil pour proposer plusieurs articles qu’il a élaborés avec Jean Calvin pour asseoir la nouvelle Eglise réformée. Ces articles comprennent des mesures disciplinaires visant à assurer la célébration décente de la Cène ainsi que l’obligation faite à chacun de faire une confession de foi, qui provoquent le mécontentement d’une partie de la population genevoise.

Au début de 1538, les élections portent au pouvoir les opposants des ministres, qui, le 11 mars, font adopter par le Conseil l’unification cérémonielle avec Berne. Interrogés le 19 avril sur leur intention en la matière, Jean Calvin et Guillaume Farel répondent que «totalement ne veulent prêcher ni donner la Cène à la forme de la dite missive» sans plus ample discussion. Le 21 avril, jour de Pâques, Jean Calvin et Guillaume Farel refusent d’administrer la Cène et, malgré l’interdiction qui leur a été faite, montent tous deux en chaire, le premier à Saint-Pierre, le second à Saint-Gervais. Aussi le 23 avril, le Conseil général décide-t-il de leur bannissement de la ville dans les trois jours (n° 2).

Jean Calvin et Guillaume Farel tentent de se justifier auprès du Conseil de Berne (n° 3), qui écrit en leur faveur au Conseil de Genève, mais sans succès. Guillaume Farel se rend à Neuchâtel qu’il ne quittera plus, à l’exception de quelques voyages, et Jean Calvin part pour Bâle, avant d’être appelé à Strasbourg par Martin Bucer.


Le retour de Jean Calvin à Genève (1541-1544)

Les partisans des ministres bannis remportent la majorité aux élections genevoises de février 1540 et les rappellent à Genève. Le jour même de son retour, le 13 septembre 1541, Jean Calvin se met au travail pour «mettre ordre sur l’Eglise», si bien que le 26 septembre déjà, il présente un projet (n° 4) au Conseil, qui sera approuvé le 20 novembre en Conseil général.
 

AEG, Cp Past. R 1

4. Ordonnances ecclésiastiques (1541) (AEG, Cp Past. R 1, p. 1), éd. dans S.D.G., t. 2, n° 794, p. 377.

Transcription

Au nom de Dieu tout puissant, nous syndics, Petit et Grand Conseil, avec notre peuple assemblé au son de trompette et grosse cloche, suivant nos anciennes coutumes, ayant considéré que c’est chose digne de recommandation sur toute les autres que la doctrine du saint Evangile de notre Seigneur soit bien conservée en sa pureté en l’Eglise chrétienne dûment entretenue, que la jeunesse pour l’avenir soit fidèlement instruite, l’Hôpital ordonné en bon état pour la sustentation des pauvres, ce qui ne se peut faire sinon qu’il y ait certaine règle et manière de vivre, par laquelle chacun état entende le devoir de son office. A cette cause, il nous a semblé avis bon que le gouvernement spirituel, tel que notre Seigneur l’a démontré et institué par sa parole, fût réduit en bonne forme pour avoir lieu et être observé entre nous. Et ainsi avons ordonné et établi de suivre et garder en notre ville et territoire la police ecclésiastique qui s’ensuit, comme nous voyons qu’elle est prise de l’Évangile de Jésus-Christ.
 

Les ordonnances ecclésiastiques définissent quatre ministères au sein de l’Eglise, ayant chacun un rôle bien déterminé: aux pasteurs la prédication et l’administration des sacrements, aux docteurs l’instruction de la jeunesse, aux anciens, ou commis, la discipline ecclésiastique et aux diacres la charité. Elles réglementent également les sacrements de la Cène et du baptême, ainsi que le mariage et la sépulture.

L’une des dispositions des ordonnances ecclésiastiques stipule «que les commis susdits dont il a été parlé s’assemblent une fois la semaine avec les ministres, à savoir le jeudi, pour voir s’il n’y a nul désordre en l’Eglise et traiter ensemble des remèdes quand il en sera besoin». C’est l’acte de naissance du Consistoire, sorte de tribunal des mœurs (n° 5).

En matière de compétence, le Consistoire a le droit d’excommunier les coupables en cas de fautes graves. En ce qui concerne les cas qui réclament une punition plus sévère, qu’elle soit pécuniaire ou corporelle, le Consistoire doit renvoyer l’affaire au Conseil, comme dans l’affaire qui suit (n° 6).

Le 22 janvier 1545, épuisé par une longue maladie, Jean Vachat se donne la mort. Son frère, Pierre Vachat, officier au service de Genève, part chercher Jean Calvin qui exhorte Jean Vachat à se repentir. Si aujourd’hui le suicide n’est plus un délit, pendant longtemps il a été considéré comme un crime, triple, à l’encontre de l’individu, de la société et de Dieu, résultant d’une intervention démoniaque. En cette qualité, il relevait de la justice pénale. Malgré la requête de son frère, Jean Vachat n’est pas enterré «au lieu accoutumé», mais au pied du gibet et «par l’exécuteur des malfaiteurs».
 

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1. Première mention de Jean Calvin dans les registres du Conseil de Genève (5 septembre 1536) (AEG, R.C. 30, fol. 51), éd. dans R.C. impr., n.s., t. I, p. 130. [Non reproduit]

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2. Bannissement de Jean Calvin et de Guillaume Farel (23 avril 1538) (AEG, R.C. 32, fol. 35v°). [Non reproduit]

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3. Lettre de Guillaume Farel et Jean Calvin au Conseil de Berne (27 avril 1538) (AEG, P.H. 1201 A/17). [Non reproduit] 
Editée dans HERMINJARD, A.-L., 
Correspondance des Réformateurs dans les pays de langue française, recueillie et publiée avec d’autres lettres relatives à la Réforme et des notes historiques et biographiques, t. 4, n° 705, pp. 422-426.

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5. Description du Consistoire par François Bonivard (F. BONIVARD,
Advis et devis de l’ancienne et nouvelle police de Geneve, publié par G. REVILLIOD, Genève, 1865, pp. 153-155). [Non reproduit]

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6. Rapport de Jean Calvin sur le suicide de Jean Vachat, 23 janvier 1545 (le document original se trouve au Musée international de la Réforme). [Non reproduit.] 

Commentaire et transcription par S. CORAM-MEKKEY.

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