Ecusson de la République et du canton de Genève


REPUBLIQUE
ET CANTON
DE GENEVE

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13. Genève, 1738-1762

Après les troubles politiques de 1734-1738, Genève connaît une période de calme et de prospérité économique. L’ordre règne à nouveau, avec l’adoption en mai 1738 par le Conseil général du Règlement de l’Illustre Médiation.

Au point de vue diplomatique, deux avancées majeures vont asseoir la souveraineté de la République et préciser ses frontières: en 1749, le traité de Paris signé avec la France améliore la configuration territoriale de Genève, en simplifiant l’enchevêtrement des souverainetés féodales dans les territoires de la campagne. L’accord permet ainsi une meilleure délimitation du mandement de Peney, la pleine possession de Chancy et d’Avully et l’acquisition de Russin.
 

AEG, P.H. 4766/3
Ratification du Traité de Paris entre la France et la République de Genève fixant les droits respectifs des deux parties dans le pays de Gex et le mandement de Peney. 8 septembre 1749 (AEG, P.H. 4766/3)

En 1754, le traité de Turin est conclu entre Genève et le royaume de Sardaigne, traité âprement et longuement négocié (mais le contentieux était bien plus ancien et épineux qu’avec la France). Grâce à des cessions - la République perd notamment Carouge et Bossey, Onex, Lancy et Presinge -, à des échanges et à des arrangements financiers, Genève acquiert des villages dans la région de Cartigny, de Chêne, ainsi que Sionnet et Gy. Dans les territoires cédés au roi de Sardaigne, la religion protestante pourra encore être professée pendant vingt-cinq ans.

Ces deux traités garantissent un espace territorial assaini, après les conflits récurrents de souveraineté qui perduraient depuis le XVIe siècle, en particulier avec la Savoie.
 

AEG, Plans annexes des traités 3
Plan annexé au Traité de Turin de 1754, fixant les délimitations entre Genève et la Savoie dans la région de Pressy-Vandoeuvres (AEG, Plans annexes des traités 3)

En matière de relations internationales, il faut souligner l’importance des Résidents de France à Genève. Depuis 1679, ces ambassadeurs, même s’ils occupent un rang subalterne dans la carrière diplomatique du royaume, sont bien introduits dans les grandes familles locales et jouent à la fois un rôle d’observateur et d’informateur de la vie politique dans la cité réformée.

Certains d’entre eux, en particulier Pierre de la Closure - que Rousseau visita en 1737 - et Félix Desportes, seront les principaux artisans des bonnes relations entre le royaume catholique et la cité réformée, au moment où la médiation de l’allié français se révèle incontournable. La France exerce en réalité un contrôle étroit sur Genève et cherche surtout à éviter l’installation d’un régime véritablement démocratique dans la cité, ce qui explique l’activité intense de ses diplomates, à la limite de l’ingérence dans les affaires publiques genevoises.

La stabilité politique de la cité lémanique garantit également la bonne marche des affaires du royaume de France: les banquiers genevois installés à Paris, toujours en étroite relation avec leurs familles restées dans la République, fournissent des capitaux permettant divers investissements, entre autres dans le financement de la guerre et dans les entreprises coloniales d’outremer.
 

AEG, Travaux B 2/10
Projet pour le bâtiment d’entrée de l’hôtel du Résident de France, sur la Grand-Rue, en deux variantes. Attribué à Jean-Michel Billon, 1740. La construction de l’hôtel a été entièrement financée par la Seigneurie, ce qui témoigne de l’emprise de la France et de son représentant sur Genève. La Société de lecture occupe actuellement l’édifice (AEG, Travaux B 2/10, 1 et 2)

Nous remercions A. WINIGER-LABUDA (IMAHGe) de nous avoir signalé ce plan dont elle a identifié l’auteur et précisé la date.

Le mythe de Genève
Genève, après avoir été qualifiée de «Rome protestante» au XVIe siècle, va incarner un nouveau mythe dans l’Europe des Lumières. En effet, l’article «Genève» de l’Encyclopédie, rédigé par d’Alembert et paru en 1757, fait de la ville réformée une cité modèle qui incarne les vertus de raison et de sagesse prônées par les philosophes: l’instruction y est accessible au plus grand nombre, les habitants y sont travailleurs et la religion elle-même, débarrassée du fanatisme et du surnaturel, se caractérise par sa tolérance et sa morale.

Comme on l’a vu auparavant, Rousseau y répondra par sa dédicace adressée au gouvernement de Genève, en préambule au Discours sur les origines de l’inégalité, non sans faire, à grand renfort de conditionnels, une critique subtile et caustique du gouvernement genevois.

L’article de l’Encyclopédie ne mettait l’accent que sur un point négatif: l’absence de théâtre. Ce reproche, largement inspiré par Voltaire, sera à l’origine de l’âpre controverse qui va opposer les deux penseurs des Lumières.

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