Ecusson de la République et du canton de Genève


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12. Les Artichauts

Le 3 avril 1539, Jean Lullin, Jean-Gabriel Monathon et Ami Chappeau Rouge, de retour d’ambassade à Berne, proposent devant le Petit Conseil, «comment jouxte leur charge, [ils] ont fait du mieux». Or, le 5 juin 1540, ils sont inculpés pour avoir trahi la Seigneurie, condamnés par contumace et tous leurs biens sont saisis (n° 1 et 2). De leur signature des articles vient leur surnom d’Articulants, rapidement transformé en Artichauts. Mais pourquoi avoir attendu une année?


AEG, P.H. 1229 B

1. Extrait de la 7e et dernière instruction à l’encontre des Articulants, faite le 14 mai 1540, en leur absence. L’ancien châtelain de Saint-Victor, Dominique d’Arlod, premier des 32 témoins, y confirme que les accusés se sont référés à des instructions écrites de la main d’Ami Chappeau Rouge, autres que celles données par les Conseils (AEG, P.H. 1229 B).

Transcription

(fol. 13)
Les tesmoings examinés à l’instance de monsr le lieutenant et du procureur general contre Amyed Chappeau Rouge, Johan Lullin et Johan-Gabriel Monathon, lesqueulx ce quatorziesme de may mil cinq centz quarante, ont juré, es maiens de Messieurs, de testiffié la pure verité sus cella que leur sera demandé, touchant les articles par lesdictzs instantzs produyctz

Et premierement, noble Domengne d’Arlod, de l’eage de quarante ans, de bonne memoyre etc., lequelt, par son seyrement, depose premierement sus le premier [les oppressions subies par Genève] et second article [les citoyens et habitants sont désireux de vivre en paix] depose iceulx estre veritables, notoyres et manifest.
Sus le tier [la citoyenneté des Articulants et leur connaissance des oppressions] depose qu’ilz sont citoyens et croyt qu’ilz sont et ont estés informés des oppressions mentionés audict article.
Sus le quart [leur devoir de favoriser le salut public, la paix et la tranquillité], depose qu’ilz debvoyent observer le contenus.
Sus le 5 [les Articulants ont été oublieux de leur devoir en diverses manières], depose n’en scavoier aultre.
Sus le 6 [la nécessité, pour tous, de rester vigilant], depose icelluy veritable.
Sus le 7 [la nécessité de suivre les instructions des Conseils, pour le bien commun], depose estre veritable.
Sus le 8 [la signature des articles par les Articulants, contre l’honneur qui leur était fait et de leur propre autorité, outrepassant leur charge], depose que les troys intitulés ont articulés comment s’appart par les articles (fol. 13v°), se refferissant aux articles et instructions de leur aucthorité privees fayctes, escriptes de la maien de Amyed Chappeau Rouge.
(…)

Le traité de 1536 entre Genève et Berne est source de trop nombreux différends entre les deux seigneuries pour pouvoir être maintenu. La rédaction d’un nouveau traité devient nécessaire. Après plusieurs rencontres, il est finalisé sous la houlette du germanophone Jean Lullin, partisan de la cause bernoise.

Rappelons que c’est bien sous la pression de Jean Philippe et des Lullin, que Calvin et Farel sont bannis en 1538 et que le Petit Conseil devient pro-bernois, en 1539. Aussi, au retour des ambassadeurs, le Petit Conseil ne prend pas le soin de lire le traité nouvellement signé. N’avait-il pas accordé «omnimode puissance sur le tout [à ses ambassadeurs], selon leur bonne conscience»!

Mais suite à plusieurs plaintes et réclamations du parti adverse, conduit par Michel Sept et Claude Savoye, favorables à Calvin, confortées par les continuelles infractions de juridiction des baillis bernois qui appliquent le nouveau traité, la Seigneurie de Genève en demande la traduction et s’aperçoit de l’ampleur des dégâts. Le pouvoir change de mains et Calvin est rappelé.

Cependant la teneur des articles ne peut être seule responsable. Outre les tensions entre les deux partis genevois, les prétentions bernoises sont au centre du débat. On peut lire en filigrane, à travers les derniers articles, les tentatives et tentations d’annexion des «très redoutés combourgeois de Berne», qui soutiennent dans un premier temps les Articulants, mais, faute de parvenir à un accord avec les Genevois, acceptent l’arbitrage de Bâle (n° 3a, 3b et 3c). Plus encore, ils préfèrent, devant l’échec de leur politique, favoriser le retour de Calvin, afin de maintenir la religion réformée à Genève, plutôt que l’abandonner au «papisme».
Par la signature du second «Départ de Bâle», le 3 février 1544, l’affaire est temporairement réglée et les relations retrouvent une certaine sérénité.


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2. Volumineux dossiers du procès des Articulants, des inventaires de leurs biens et des marches de Lausanne données suite à cette affaires (AEG, P.C. 2e série 484 et 484bis; P.C. ann. 3 et 3bis, et P.H. 1231). [Non reproduit]

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3a. Vue de Bâle au XVIe siècle. Bois gravé de la
Chronique de Iohann STUMPF (1547-1548), fol. 389r°. [Non reproduit]

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3b. Vue de Berne au XVIe siècle. Bois gravé de la
Chronique de Iohann STUMPF (1547-1548), fol. 248v°. [Non reproduit]

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3c. Vue de Genève vers 1550. Gravure sur bois de H. R. Manuel DEUTSCH, pour la
Cosmographia Universalis de S. MUNSTER, 1550 (AEG, Archives privées 247/I/90). [Non reproduit]

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