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11. Deuxième "période française" (1737-1754)

Après son passage à Genève en 1737, Rousseau rejoint les Charmettes où, dès 1738, il est remplacé dans le cœur et le lit de Madame de Warens par un certain Wintzenried, qui reprend aussi le poste d’intendant des Charmettes occupé auparavant par Rousseau. Ce dernier y séjourne cependant seul et poursuit ses lectures érudites. Il se met également à l’écriture.

En 1740, il se rend à Lyon, où il occupe pendant quelques mois un poste de précepteur chez les Mably. Il expérimente ses talents de pédagogue avec plus ou moins de réussite mais, pour l’heure, sa passion de la musique l’occupe principalement: de retour à Chambéry, il se met à la composition, puis travaille à un nouveau système de notation musicale, basé sur des chiffres, pour lequel il recevra en 1742 un certificat de l’Académie des sciences de Paris.
 

J.-J. Rousseau, Dictionnaire de musique, Amsterdam, 1769, vol. 2, pl. F
Système de notation musicale chiffrée que Rousseau avait proposé à l’Académie des sciences de Paris en 1742. J.-J. Rousseau, Dictionnaire de musique, Amsterdam, 1769, vol. 2, pl. F (Oeuvres de Jean Jaques Rousseau, t. 11) (Collection privée)

L’entourage de Madame de Warens aime la musique et en joue volontiers en amateur. Cet art est aussi prisé dans le royaume sarde qu’en France et l’on y encourage sa pratique.

A Genève par contre, où elle est réglementée par les ordonnances somptuaires, on fait de la musique uniquement dans le cadre de la religion ou du cercle familial. Voltaire fustige la cité où selon lui «on hait le bal, on hait la comédie, du grand Rameau on ignore les airs: pour tout plaisir Genève psalmodie du bon David les antiques concerts, croyant que Dieu se plaît aux mauvais vers.» On sait que Mozart y joua en 1766, à l’âge de 10 ans, lors de sa tournée des villes européennes avec son père, mais cela reste une exception. Il faudra attendre les années 1770 pour que des concerts soient offerts sous forme d’abonnement dans une salle de l’hôtel de ville.

A Paris, Rousseau fréquente quelques familles de la bonne société. Grâce à ces relations, il va vivre une expérience unique: de septembre 1743 à août 1744, il occupe le poste de secrétaire auprès du comte de Montaigu, ambassadeur de France à Venise. Pendant son séjour dans cette ville, il découvre ou approfondit sa connaissance de la musique italienne, grande rivale de la musique française. Mais l’incompétence notoire de l’ambassadeur fait que, les deux hommes s’étant pris en grippe, l’expérience se termine mal et Rousseau quitte son emploi au bout d’un an.

De retour à Paris où il se fixe dès 1744, il rencontre la femme qui sera sa compagne jusqu’à la fin de ses jours, Thérèse Levasseur. Elle est encombrée d’une famille qui ne cessera de peser financièrement et moralement sur Rousseau. Thérèse et lui auront cinq enfants, tous mis à l’assistance - comme cela se pratiquait facilement à l’époque.

Les années suivantes voient se confirmer les deux vocations majeures du Rousseau de la maturité: la réflexion politique et l’écriture musicale. En 1750, il reçoit le prix de l’Académie de Dijon pour son Discours sur les sciences et les arts. Ayant vécu une forme d’«illumination», il affirme dans ce texte que «l’homme naît bon [et que] ce sont les institutions qui le corrompent». Rousseau qui, il faut le noter, se qualifie de «citoyen de Genève», s’y érige en contradicteur des idées du siècle des Lumières et se met à dos les (mauvais) philosophes: il fustige la décadence des mœurs, en se plaçant de manière fictive à l’époque romaine pour mieux contester les temps modernes.

Soutenu par Diderot, malgré la dénonciation de la modernité qu’il contient, le Discours, au départ exercice de style académique, est le premier ouvrage politique de Rousseau. Il obtient un grand succès auprès d’un public plus vaste que celui auquel il était destiné. On y découvre un style engagé et vigoureux qui sert avec conviction les thèses présentées. Vantant les petits peuples vertueux qui cultivent les vertus de simplicité, de sincérité, de liberté, Rousseau fait l’apologie d’une cité ressemblant à Genève et, consciemment ou non, prépare son retour dans la ville de son enfance.
 

AEG, Bibliothèque, 1657
Discours sur les sciences et les arts de J.-J. Rousseau. 1750 (AEG, Bibliothèque, 1657)

Son succès dans la société parisienne se concrétise par l’exécution en 1753 de son portrait par le peintre Maurice Quentin de la Tour: représentation la plus connue de Rousseau au temps de ses débuts littéraires et musicaux, ce tableau a fixé son image pour les siècles à venir.

En tant que théoricien de la musique, il collabore dès 1749 à l’Encyclopédie de Diderot et d’Alembert, pour laquelle il rédige de nombreux articles sur cet art. Il oppose alors à l’opéra français, incarné par Rameau et son «chaos», l’opéra italien, représenté entre autres par Pergolèse, présent à Paris de 1752 à 1754. Ce qui deviendra la «querelle des bouffons» sous-tend les articles que Rousseau rédige pour l’Encyclopédie.

En tant que compositeur, il écrit un premier opéra, Les Muses galantes, suivi d’une autre œuvre, à succès celle-là, Le Devin de Village, qui sera représentée devant le roi de France en 1752. Elle démontrera la supériorité de la musique à l’italienne sur la musique française et, surtout, qu’un compositeur musicien et poète peut également écrire un livret et réaliser ainsi un parfait accord entre la musique et le texte.

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