Ecusson de la République et du canton de Genève


REPUBLIQUE
ET CANTON
DE GENEVE

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10. Relations avec Berne

L’arrivée aux portes de Genève des troupes bernoises, conduites par le capitaine Hans Franz Nägeli (n° 1), le 2 février 1536, détermine l’avenir de la communauté genevoise. Rendue obligatoire par le traité de 1526, l’intervention aurait bien pu se terminer par l’annexion de la ville, comme il en a été des pays de Gex et de Vaud. Mais grâce à une situation géopolitique privilégiée, Genève put garder une certaine indépendance.

Sous la pression du roi de France, les Bernois laissent le pouvoir de la ville à la communauté, non sans contreparties. La double souveraineté sur la moitié des territoires avoisinants constitue l’essentiel du traité de 1536 (n° 2). Cependant, par divers conseils, ils s’immiscent dans les affaires de la cité, suggèrent la destruction des faubourgs de Genève, à l’origine de l’exil de nombreux habitants, sermonnent les Genevois au sujet de leur école, de leur Hôpital ou de leur absence de consistoire, et tentent d’imposer leur vision de la Réforme.

Jusqu’à l’affaire des Artichauts et du traité de 1539, les Genevois se soumettent, sans trop de réticence, au «protectorat» bernois (n° 3). Ceux-ci sont consultés pour les affaires religieuses et politiques, en particulier avec le roi de France. Mais suite à la perte du mandement de Thiez, faite avec l’aval de Berne, et à la difficile cohabitation avec les baillis bernois, les Genevois prennent leurs distances. Avec le désaccord sur le nouveau traité de 1539, qu’ils refusent de signer, ils finissent par irriter leur puissant protecteur. Aussi l’avoyer de Berne répond-il, au sujet des infractions de juridiction d’un de ses baillis qu’il «ne faisait rien sans leur commandement et qu’il nous [les Genevois] dusse piquer d’avantage et ne nous a pas piqués assez, car nous le méritons bien et que nous sommes fiers et que n’avons rien voulu faire pour eux, mais qu’ils mettront en avant leur force et puissance…».

D’un autre côté, malgré l’avertissement de l’Empereur, qui tente en août 1540 d’interdire à ses sujets de Genève de prêter hommage aux Bernois (n° 4), ceux-là cherchent obstinément à trouver un accord avec les alliés et combourgeois de Berne. Finalement, grâce à la médiation des Bâlois, les relations entre les deux seigneuries s’apaisent et Genève peut enfin atteindre à l’indépendance.


AEG, P.H. 1236

4. Lettre de l’empereur Charles V, adressée le 8 août 1540 de la Haye aux Conseils et aux citoyens de Genève, pour leur défendre de prêter fidélité et hommage aux seigneurs de Berne (AEG, P.H. 1236)

Transcription

Carolus divina favente clementia Romanorum Imperator Augustus etc.

Honorabiles, fideles, dilecti ! Relatum nobis est vos serio sollicitari ad praestandum honorabilibus nostris et Imperii sacri fidelibus dilectis, N. Sculteto et Consulibus civitatis Bernensis fidelitatem et homagium, et quamvis non possimus adduci, ut credamus vos ad eam inobedientiam delapsuros ut, in praejudicium nostrum et sacri Romani Imperii, cuiquam alteri fidelitatem praestare velitis, nihilominus tamen ea de re seorsim vos monere voluimus, vos serio requirentes et sub paena gravissimae indignationis nostrae mandantes, ut a praestando dicto juramento fidelitatis omnino abstineatis, neque in diversam sententiam ullo modo eatis, aut vos adduci sinatis ; quin potius in nostra ac sacri Imperii fide, et obedientia debita perseveretis. Quod etsi nobis persuademus vos facturos, et huic jussui nostro parituros, ut par est, nihilominus tamen a vobis petimus ut animi vestri voluntatem nobis literis vestris significetis, ut ea cognita providere possimus quemadmodum pro exigentia rei expedire judicaverimus. Scribimus etiam praefatis Bernensibus, ut et ipsi pro sua parte ab eo consilio velint abstinere, neque dubitamus quin etiam voluntati nostrae morem sint gesturi. Quod vobis ob id significandum duximus, ut in hac re vos ita gerati ne vobis ulla culpa possit imputari, facturi in eo voluntatem nostram expressam.

Traduction

Charles, par la grâce de Dieu, empereur des Romains.

Très honorés, chers et fidèles, il nous a été rapporté que vous étiez très fortement pressés de prêter serment de fidélité et hommage à nos très honorés et chers Avoyer et conseils de la cité de Berne, et bien que nous ne puissions être induit à croire que vous en veniez à ce point de désobéissance, que vous consentiez à jurer fidélité à qui que ce soit, à notre préjudice et à celui du Saint-Empire Romain, cependant nous avons voulu vous avertir tout particulièrement, vous signifiant énergiquement que, sous la peine de notre très grande indignation, vous vous absteniez complètement de prêter ledit serment, et que vous ne vous laissiez détourner d’aucune façon, mais que vous demeuriez dans la fidélité et l’obéissance que vous devez à nous et à l’Empire. Bien que nous soyons persuadé que vous vous conformerez à cet avertissement, nous vous demandons de nous faire connaître par lettre votre intention, pour que nous puissions aviser aux mesures qu’exigeront les circonstances. Nous écrirons pareillement aux Bernois que, de leur côté, ils aient à renoncer à leur dessein et nous ne doutons pas qu’ils ne se rangent de même à notre volonté.
 

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1. Portrait de Hans Franz Nägeli (Berne, Bibliothèque de la Bourgeoisie de Berne, XVIe). [Non reproduit]

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2. Carte des bailliages bernois et des territoires genevois (Service cantonal d’archéologie, Marion Berti). [Non reproduit]

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3. L’armée bernoise venant au secours de Genève. Dessin tiré d’un mémoire philosophico-historique du juriste lausannois Jean-Louis Blécheret, en hommage à Hans Franz Nägeli (Bibliothèque de la Bourgeoisie de Berne, Mss. hist. helv., VI/51, fol. 277r°). [Non reproduit]

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5. Reconstitution du plan cadastral des faubourgs de Genève en 1477, superposé au plan de la ville en 1919, réalisée par Louis Blondel. Les faubourgs seront rasés dès 1535, sur le conseil des Bernois, au profit des fortifications et d’un meilleur guet (S.H.A.G, Mémoires et documents, n° 5, plan hors texte). [Non reproduit]

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6. Vue panoramique et nomenclature de Genève (depuis le bois de la Bâtie). A Paris, chez Crepy, rue St-Jacques à l’ange gardien. (AEG, Archives privées 247/I/57, coll. Dumur). [Non reproduit]

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