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10. Passage à Genève pour récupérer l'héritage de sa mère (1737)

Jean-Jacques Rousseau séjourne incognito à Genève en 1737 pour tâcher de recueillir l’héritage de sa mère. En fait, d’après les Confessions, Jean-Jacques est venu plusieurs fois à Genève pendant ses années en Savoie et il y a rendu visite à des membres de sa famille.

Il voit en particulier sa tante, Théodora Rousseau, veuve depuis peu: son mari, Gabriel Bernard, parti en 1734 en Amérique pour exercer une fonction militaire dans la ville de Charlestown en Caroline, y est décédé en 1737. Elle n’a d’autre part aucune nouvelle depuis plusieurs années de son fils unique Abraham, compagnon de Rousseau à Bossey, probablement mort au service de la Prusse, comme de nombreux jeunes gens partis en tant que mercenaires au service d’armées étrangères.

Rousseau rencontre également le Résident de France, Monsieur de la Closure, qui avait autrefois connu sa mère. Le diplomate sera le principal artisan de la médiation de la France en 1738, qui permettra de mettre fin aux troubles politiques.

En 1737, à l’âge de 25 ans, ayant atteint sa majorité selon la loi genevoise, Rousseau entreprend de récupérer sa part d’héritage maternel. Les magistrats chargés de régler cette affaire ne lui font aucune difficulté, malgré son statut d’apostat qui, théoriquement, lui interdit de résider à l’intérieur de la cité. Cependant Rousseau ne recouvre qu’une modeste somme d’argent, la part de son frère François, dont la mort n’est pas prouvée, ne pouvant pas encore lui revenir.
 

AEG, Notaire Jean-Louis DELORME 1
Acte notarié réglant la question de l’héritage de la mère de Jean-Jacques Rousseau. Ce dernier reçoit 6500 florins. 31 juillet 1737 (AEG, Notaire Jean-Louis DELORME 1, p. 146-147)

Pendant ce séjour, Rousseau est témoin des violents troubles d’août 1737 dont il a été question auparavant. Il est profondément choqué de voir s’affronter des membres d’une même famille, chacun partisan d’un clan différent: «Lorsqu’on prît les armes en 1737, je vis, étant à Genève, le père et le fils sortir armés de la même maison, l’un pour monter à l’hôtel de ville, l’autre pour se rendre à son quartier, sûrs de se retrouver deux heures après l’un vis-à-vis de l’autre exposés à s’entrégorger. Ce spectacle affreux me fit une impression si vive, que je jurai de ne tremper jamais dans aucune guerre civile.»
 

AEG, Ms hist. 93/16
Placard du 1er novembre 1737, dans lequel les autorités genevoises annoncent une amnistie pour tous les troubles qui ont ébranlé la ville depuis le 27 novembre 1736, en vue de la Médiation proposée par la France et les alliés de Berne et de Zurich (AEG, Ms hist. 93/16)

A cette époque, Rousseau a encore une attitude qu’on peut qualifier d’hostile envers sa patrie d’origine, en témoigne l’épisode suivant. Lors de ses visites à sa tante, Rousseau a l’opportunité de consulter les papiers laissés par son oncle Gabriel Bernard, mort en Amérique. Il y découvre un mémoire imprimé de Micheli du Crest, confidentiel, qui contient une critique sans concession des fortifications de Genève.

Rousseau commet alors ce qu’on peut qualifier de trahison: il transmet ce mémoire à la Savoie! Probablement voulait-il «faire l’intéressant», et lui-même minimise l’incident dans les Confessions.

La transmission à Turin du mémoire de Micheli n’a vraisemblablement pas changé le cours de l’histoire, mais cet épisode met en lumière l’ambivalence de Rousseau vis-à-vis de Genève.
 

AEG, Ms hist. 93/12
Mémoire des représentants de Berne et de Zurich du 25 septembre 1737 aux autorités genevoises, suite aux événements des 21 et 22 août 1737, pour offrir leur médiation en vue de rétablir l’ordre à Genève, avec le concours du roi de France. Deux conditions sont exigées: le Petit Conseil et le Conseil des Deux Cents verront leurs droits rétablis et le Conseil général ne sera pas convoqué sans la présence des membres des deux autres Conseils. D’autre part, ceux-ci doivent pouvoir revenir dans la cité sans craindre «d’être insultés par voye de fait, parole, ou de quelqu’autre manière que ce soit.» (AEG, Ms hist. 93/12)

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