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1. Saint-Victor et Chapitre

Le prieuré Saint-Victor

Une église funéraire aux portes de Genève, abritant les reliques de saint Victor, un des martyrs de la légion thébaine, a donné naissance, à la fin du Xe siècle, à un prieuré de l’ordre de Cluny, donc dépendant directement de l’abbé de Cluny et du pape. Les donations affluent: au début, on compte sur le dynamisme des moines de Saint-Victor pour assumer des droits paroissiaux dans diverses églises de la région. Plusieurs petits prieurés sont placés sous la dépendance du prieur: Vaulx, Draillant, Sainte-Hélène dans la vallée d’Aoste, Bonneguête. Et pour leur permettre d’assumer ces tâches au service de la religion, des donations de terres, de droits de juridiction et de revenus divers sont procurées à ces quelque dix moines sous la direction de leur prieur et sous celle, plus lointaine, mais réelle, de l’abbé de Cluny.

Qui sont les donateurs? L’évêque de Genève, divers seigneurs de la région et le comte de Genève, qui, vers 1124, puis en 1137, s’engage à renoncer à toute exaction injuste sur les hommes du prieuré. En outre, une procédure de dénonciation et de jugement est prévue en cas d’infraction commise par des hommes du prieur contre ceux du comte, et inversement.

Cela signifie que dans cette société du Haut Moyen Age, où la puissance publique est divisée, éparpillée en une quantité de mains, les terres du prieur et les familles qui dépendent de lui sont étroitement imbriquées dans celles du comte de Genève.

Ce dernier, dans sa lutte pour conserver le pouvoir en ville de Genève, et surtout pour défendre ses terres contre la puissance montante de l’époque, le comte de Savoie-Maurienne, a continuellement besoin d’argent. On le voit donc s’endetter auprès des institutions ecclésiastiques qui bénéficient de donations en argent qu’il faut placer pour assurer les rentes d’anniversaire.

Ainsi endetté, pris à la gorge, le comte de Genève voit ses terres et ses hommes, donc son pouvoir et ses richesses progressivement grignotés par le prieuré de Saint-Victor. La carte des possessions du monastère, au demeurant très difficile à dessiner, montre que la plupart des villages appartenant au prieur sont enclavés dans les terres du comte de Genève.

D’autres seigneurs de la région, les sires de Ternier, de Gex, de Langin, de Viry, ou encore des hommes du comte de Genève, font des donations importantes au prieuré. A la fin du XIIIe siècle, Saint-Victor est seigneur de plusieurs dizaines de villages et il faut conclure des accords avec les seigneurs laïques pour l’exercice de la justice et la répartition des droits utiles. Ces textes du début du XIVe siècle marquent l’aboutissement d’une politique de constitution d’un temporel important, qui ne s’agrandira plus guère. Surtout, ils précisent comment s’exerce le pouvoir dans cette seigneurie ecclésiastique.

Le Chapitre de la cathédrale Saint-Pierre

A l’origine formé de clercs entourant l’évêque, lui servant de conseil et assurant le culte à la cathédrale et la continuité du gouvernement du diocèse, le Chapitre est attesté depuis le milieu du XIe siècle.

Il était un riche seigneur, probablement à la suite d’un partage des biens de l’Eglise de Genève entre l’évêque et le corps des chanoines. Dès le XIIIe siècle, des donations de toutes sortes sont documentées. Au XIVe siècle, le Chapitre de Saint-Pierre possède non seulement de nombreuses dîmes et droits paroissiaux, mais encore se trouve être le seigneur de quelque vingt-cinq villages dans la région genevoise, parmi lesquels Vandœuvres, Cologny, Onex, Lancy, Carouge, Valleiry, Vétraz et quelques hameaux tout autour, Bossey et Evordes, Sierne près de Veyrier, diverses granges à Arenthon, Moëns et quelques autres villages dans le Pays de Gex, Desingy près de Clermont en Albanais, et plusieurs hameaux dans cette région.

Les nombreuses fondations de chapelles et d’autels, ainsi que les fondations d’anniversaires, font affluer les capitaux dont le Chapitre dispose pour pratiquer le prêt hypothécaire. En effet, les innombrables «ventes de cens», faites au Chapitre par des bourgeois de la ville ou des hommes libres de la campagne, et surtout par des seigneurs, sont en fait des emprunts au 5 pour cent, garantis par des biens-fonds ou par des amis ou des parents.

Mais l’enjeu du pouvoir, c’est surtout le droit de justice sur les villages, avec les profits qui en découlent. Là, comme dans les terres du prieuré Saint-Victor, le Chapitre doit s’entendre avec les voisins, avec l’évêque ou avec les couvents propriétaires, s’agissant des dîmes et des droits paroissiaux; et avec le comte de Genève lorsqu’il s’agit des droits de nature temporelle sur les villages et sur les hommes. C’est ainsi qu’en 1295, à Lancy, l’évêque Martin approuve un accord conclu entre le comte Amédée de Genève et le Chapitre : par ce traité, le comte reconnaît que le Chapitre possède tous droits de juridiction sur les hommes habitant ses villages – donc ceux dépendant du Chapitre – situés dans le comté de Genève, sauf sur les habitants de ces villages qui se trouveraient être du fief du comte – donc dépendant de lui par un lien d’homme à homme. Le comte possède le droit de dernier supplice sur tous ces hommes. Dans ces villages, le Chapitre reçoit en outre, ou se voit confirmer, toutes les redevances, donc tous les droits économiques liés aux tenures. Ses hommes ne seront tenus à aucune chevauchée, sinon pour la défense du pays.

En 1336, le comte de Genève explicite quelques passages ambigus du texte de 1295, en particulier la notion de défense du pays. Si un château du comte est attaqué, tous les hommes de la châtellenie doivent accourir à son secours, mais seulement dans les limites du comté.
 

Les terres de Saint-Victor et Chapitre
© M. Baudrion

Les terres de Saint-Victor et du Chapitre, version PDF

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