Ecusson de la République et du canton de Genève


REPUBLIQUE
ET CANTON
DE GENEVE

Changer la couleur des liens Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer la page
ge.ch    
 
Ge.ch > Nature

Nature

Lichens

 

 

 

 

 

Cladonia rangiformis, l'espèce de lichen terricole la plus fréquente à Genève

Les lichens terricoles du canton de Genève, inventaire, liste rouge et mesures de conservation, 2006

Il existe des lichens qui poussent sur le sol. Ils sont dits terricoles et croissent de préférence dans les prairies sèches, là où la sécheresse handicape les plantes à fleurs, mais ne gène pas les lichens. Il y a sur le territoire du canton de Genève de telles prairies, abritant plusieurs espèces menacées de lichens terricoles. Une étude de ces organismes a permis d’en savoir plus et d’envisager leur protection.

Les lichens sont autant de trésors cachés dans nos campagnes. Discrets, ils se remarquent à peine. Mais, pour qui s’y penche, ils réservent une infinité de formes, de couleurs et de belles histoires...

Les lichens, qu’est-ce que c’est ?

On parle d’un lichen, mais, si l’on regarde au microscope, on voit deux organismes ! Les filaments translucides d’un champignon et les sphères vertes d’une algue ! Par algue, il faut comprendre une algue terrestre, capable de vivre hors de l’eau, sous forme unicellulaire. Par champignon, il faut comprendre la partie cachée du champignon et non ses fructifications « en chapeau ». Les lichens sont à distinguer des mousses, qui sont des organismes uniques, formant de petits buissons de minuscules feuilles vertes. 

Un modèle de symbiose !

C’est comme si, un jour, un champignon avait proposé à une algue : « Je te bâtis la maison de tes rêves, agréable et solide, et, en échange, tu me nourris. D’accord ? » L’algue a accepté ! Ce que l’on voit, c’est cette « maison » que forme le champignon en entremêlant ses filaments, avec un toit qui protège des chocs, de l’excès de rayonnement et des prédateurs. A l’intérieur, les algues reçoivent ce qu’il faut d’air, d’humidité et de lumière pour faire la photosynthèse et produire les sucres qu’elles donneront comme nourriture au champignon. 

Où les voir ?

Les lichens n’ont donc pas besoin de sol pour vivre. Au contraire, ils colonisent les endroits nus, où il y a le moins de compétition avec les plantes à fleurs : les troncs d’arbre et les rochers ! Ils se développent quand ils sont humides, mais sèchent avec leur substrat, sans mourir pour autant. Ils redeviendront actifs à la pluie suivante. C’est ce que l’on appelle la reviviscence ! Ils sont ainsi capables de supporter de longues périodes de sécheresse, de fortes chaleurs ou de grands froids.

C’est beau !

Les lichens possèdent des formes et des couleurs absolument hors du commun des plantes à fleurs. Leurs couleurs vives proviennent des différents pigments que le champignon utilise pour filtrer la lumière du soleil. Plus le lichen est ensoleillé, plus il a une teinte vive. Le lichen « bronze » ainsi en gris, brun, jaune ou orange, suivant les espèces ! Regardez-les de près, si possible à la loupe, ils vous réservent de multiples surprises !

Y en a-t-il beaucoup ?

Il y a 1700 espèces de lichens, rien qu’en Suisse ! 1700 couples algue-champignon à suivre ce même modèle de symbiose, et plusieurs autres milliers dans le monde ! On distingue les lichens formant des croûtes, dits crustacés, des lichens formant des « feuilles », dits foliacés, des lichens en buissons, appelés lichens fruticuleux (du latin frutex, le buisson).

Combien de temps vivent-ils ?

Les lichens poussent très lentement, mais très longtemps ; surtout sur les pierres ! Un lichen pousse de manière centrifuge ; d’un centre, il croît vers l’extérieur, en deux ou trois dimensions. On a mesuré des croissances de quelques dixièmes de millimètre de diamètre par an, pour les plus lents sur les rochers, et jusqu’à 1 cm de diamètre par an pour les plus rapides sur les arbres. Ce qui reste plutôt lent ! Ainsi, un lichen, sur un rocher, de 2,5 cm de diamètre, grand comme une pièce de 2 francs, peut déjà avoir plus de 25 ans ! En mesurant ainsi les lichens, on a pu dater des moraines, des menhirs ou des statues !

Que nous apprennent-ils ?

Avec l’augmentation des industries et du trafic routier, on s’est aperçu que les lichens avaient disparu des villes ! Il s’est avéré que ces organismes étaient particulièrement sensibles à la pollution atmosphérique. Dans les années 1980, on a pu cartographier la pollution des zones urbaines grâce aux lichens des arbres. Moins il y a de lichens, plus l’air est pollué ! Aujourd’hui, grâce aux filtres des usines et à l’essence sans plomb, ni soufre, on respire beaucoup mieux et les lichens recolonisent les villes !

Ce ne sont pas des parasites !

S’ils se développent sur les troncs, c’est qu’ils y trouvent lumière et humidité, à l’abri de la compétition des plantes à fleurs. Ils ne tirent absolument rien de l’arbre, c’est pour cela qu’ils peuvent croître également sur des rochers. Ce ne sont donc pas des parasites !

Ni du chenit !

Il est inutile de frotter les troncs à la brosse métallique pour les éradiquer! De même, il est dommage de nettoyer au jet d’eau sous pression les murs, les parois de béton ou les pavés des lichens qui s’y trouvent. Les lichens sont juste une forme de vie, discrète et subtile, qui cherche une niche pour se développer à l’abri de la compétition. Ce dont nous rêvons tous, non ?

Texte et photographie : Mathias Vust, lichénologue.


Mise à jour : 11.07.2013