Ecusson de la République et du canton de Genève


REPUBLIQUE
ET CANTON
DE GENEVE

Changer la couleur des liens Diminuer la taille du texte Augmenter la taille du texte Imprimer la page
ge.ch    
 
Ge.ch > Nature

Nature

Coléoptères du bois

Les grands coléoptères du bois: Lucane Cerf-volant, Grand Capricorne et Pique-Prune

Des indicateurs de santé de l'environnement

Les coléoptères "xylophages" (qui se nourrissent de bois) et plus particulièrement les "saproxylophages" (qui ne vivent que dans le bois en décomposition) contribuent activement à la transformation de la cellulose en terreau fertile (humus). Ils sont l'objet de nombreuses études visant à mieux appréhender leur rôle écologique, notamment les relations qu'ils entretiennent avec les arbres vieillissants (sénescents) qu'ils affectionnent tout particulièrement ainsi qu’avec le cortège des organismes vivants (mammifères, lichens, champignons) qui bénéficient directement ou indirectement de leur  présence. Ces travaux ont révélé que les grands coléoptères du bois sont souvent très sensibles aux modifications environnementales. Le Lucane Cerf-Volant, le Grand Capricorne et le Pique-Prune sont donc des sujets de choix pour évaluer la qualité des secteurs boisés de toute dimension et leur gestion à long terme. Il ne faut pas oublier non plus qu’ils sont une ressource alimentaire (apport de protéines) de premier ordre pour certains mammifères tels que les hérissons et les chauves-souris mais aussi pour quelques batraciens et plusieurs grands oiseaux et rapaces.  

Des espèces menacées, sous haute protection

En forte régression dans le nord de l’Europe et de la Suisse depuis le milieu du 20ème siècle, suite à l’arrachage systématique des vieux arbres et au déblaiement du bois mort pour des raisons sécuritaires et sanitaires souvent excessives, ces coléoptères majestueux figurent respectivement sur les annexes III et II de la Convention de Berne des espèces protégées en Suisse et en Europe. Les dernières grandes populations de Suisse subsistent dans quelques localités du canton de Genève, du Tessin et du Valais. Les instances fédérales ont mandaté depuis 2001 des recherches afin d'évaluer la répartition et l'abondance actuelle des coléoptères du bois sur l’ensemble du territoire helvétique. Ce processus a abouti en 2011 à la publication par l'Office fédéral de l'environnement (OFEV) d'une liste d’espèces prioritaires d'intérêt patrimonial au niveau national, appelées aussi  "espèces parapluies" en raison du cortège d'organismes qui leur est associé. Le Canton de Genève a mis en œuvre des plans d’actions spécifiques pour ces trois coléoptères emblématiques : leur protection est qualifiée de priorité nationale, garantissant sur le long terme la qualité de notre patrimoine environnemental. Les principales mesures qui sont faites en leur faveur sont :

  • la gestion et le maintien des vieux arbres
  • la gestion et la création de lisières et de haies arborées structurées
  • le renouvellement du patrimoine arboré
  • la création d’îlots de vieillissement en forêt
  • la création de gîtes artificiels
  • la création de corridors transfrontaliers
  • la reprise de méthodes de gestion sylvopastorales traditionnelles dans certaines parcelles forestières.
Le Lucane Cerf-volant

Le Lucane Cerf-volant (Lucanus cervus L.) est l'un des plus grands insectes d'Europe. Représentant de la famille des lucanidés, son nom provient de la taille et de la forme des mandibules du mâle, qui ressemblent aux bois des cerfs. Sa taille varie de 25 à près de 80 mm.
Les larves se développent dans les souches ou les racines des arbres mourants, parfois sous les grosses portions de troncs débités et laissés au sol. Le cycle larvaire dure de 3 à 6 ans.

 L'activité des adultes se déroule entre début mai et fin août, plutôt au crépuscule. Ils se nourrissent alors de sève s'écoulant des blessures fraîches des arbres et sont aussi parfois attirés par les fruits mûrs en fermentation. Mais leur activité se limite souvent à la reproduction, où lors de la parade sexuelle, les mâles se livrent des combats virulents pour séduire une femelle. Les Lucanes sont relativement sédentaires et bien qu'ils soient habiles en vol, les adultes s'éloignent rarement à plus de 1 ou 2 km de leur lieu de naissance. Le Lucane est un insecte généralement forestier mais il tolère également des surfaces moins arborées de type campagnardes ou urbaines, comme les haies, les allées et les bocages. On le trouve principalement dans les forêts matures de feuillus riches en vieilles souches en décomposition et dans les grands parcs arborés.
Bien qu’en régression en Suisse, ses populations sont encore importantes dans le canton de Genève et au Tessin, mais sa répartition est encore mal connue et les données restent insuffisantes pour statuer sur la dynamique des populations.

Le Grand Capricorne

Le Grand Capricorne (Cerambyx cerdo, L.) est lui aussi l'un des plus grands coléoptères de Suisse. Représentant de la famille des cérambycidés, il est caractérisé par ses très longues antennes : il est qualifié de longicorne. Sa taille varie de 25 à plus de 60 mm.
Les larves sont xylophages et se développent dans des chênes sénescents, bien exposés. Le cycle larvaire dure généralement de 3 à 4 ans. L'activité des adultes se déroule de mai jusqu'à fin septembre. Plutôt crépusculaire et localisé autour de l'arbre qui l'a vu naître, le Grand capricorne est en général très sédentaire et les femelles pondent souvent dans l'arbre dans lequel elles se sont développées. Ils sont attirés par les émanations des arbres blessés et se nourrissent volontiers de la sève s'écoulant des blessures de l'arbre. Bien qu’ayant de bonnes aptitudes en vol, leur capacité maximale de dispersion semble toutefois limitée à 2 km.

Le Grand Capricorne apprécie les milieux chauds de plaine, abritant de grands et vieux chênes, y compris des habitats fortement anthropisés (parcs urbains, bords de routes). Il ne colonise que des arbres dont le tronc est suffisamment gros et ensoleillé pour assurer un abri hivernal à ses larves. Il a une prédilection pour les allées, les parcs, les bocages et les arbres isolés.
Le Grand Capricorne est devenu très rare dans le nord du pays. Les dernières populations importantes se situent dans le bassin genevois, en Valais et au Tessin, ce qui donne au Canton de Genève une grande responsabilité pour sa conservation. Le maintien des gros chênes sénescents constitue la mesure clé pour la conservation de l'espèce.

> Dépliant Le Grand Capricorne

Le Pique-Prune

Récemment redécouvert dans le canton (2009 et 2015), Osmoderma eremita (Scopoli), appelé vulgairement Pique-Prune ou Barbot, est une espèce énigmatique dont le mode de vie est peu banal puisqu’il se développe dans de grandes cavités à terreau d’où il ne sort presque jamais !
C’est une espèce assez grande (entre 25 et 30 mm) de couleur brun-noir à reflets métalliques et sans caractères anatomiques particuliers, contrairement aux deux espèces précédentes.

Les larves ont un régime alimentaire saproxylophage, se nourrissant uniquement du terreau et du bois en décomposition situés à l'intérieur et sur le pourtour de cavités bien exposées de vieux arbres mourants, avec une nette préférence pour les arbres feuillus.
Comme leur nom latin l'indique, les adultes sont peu enclins à quitter leur gîte : dans chaque population, seuls quelques individus partent à la recherche d'un nouvel habitat. En ajoutant à cela une distance de dispersion de quelques centaines de mètres et le sédentarisme des larves qui ne colonisent pas de nouveaux gîtes, le maintien d'une population se voit par conséquent intimement lié à la pérennité de sa cavité natale.
L'habitat originel du Pique-Prune se situe dans les grandes et vieilles forêts peu exploitées, riches en arbres à cavités, devenues très rares aujourd'hui par suite d'exploitations intensives aux cours des siècles derniers. Suite à la création accélérée de cavités découlant de la taille d'arbres en "têtards" (issue des pratiques sylvopastorales du siècle dernier, favorisant les bocages et les vergers de hautes tiges), l'espèce s'est progressivement déplacée de son habitat d'origine vers un habitat de substitution moins hostile, entièrement façonné de manière artificielle par l'homme. Suite à l’abandon progressif de ces pratiques, l’espèce est aujourd'hui l'une des plus menacée d'Europe et c'est l'entretien et le renouvellement de son habitat qui lui permettront de se maintenir sur le territoire helvétique.

Pour en savoir plus:

Photos et sources: Mickaël Blanc, entomologiste, Genève


Mise à jour : 26.04.2016