République et canton de Genève

Grand Conseil

M 1850
Proposition de motion de Mmes et MM. Sylvia Leuenberger, Ariane Blum Brunier, Brigitte Schneider-Bidaux, Emilie Flamand, Mathilde Captyn, Catherine Baud, Morgane Gauthier, Pierre Losio, Stéphane Florey, Hugo Zbinden, Eric Bertinat, Christian Bavarel, Christian Brunier, Laurence Fehlmann Rielle, Frédéric Hohl, Jacques Jeannerat, Andreas Meister, Alberto Velasco, Antoine Bertschy, Eric Ischi, Sandra Borgeaud pour une réduction des feux de signalisation

Débat

Le président. Nous sommes en catégories II: trente minutes, donc trois minutes de parole par groupe.

Mme Sylvia Leuenberger (Ve). Mesdames et Messieurs les députés, personne ne peut penser que je suis une pro-voiture, et pourtant je dépose, avec d'autres députés, une motion qui veut réduire de manière drastique les feux de signalisation sur le réseau secondaire, ainsi que favoriser le clignotement des feux de signalisation pendant la nuit, car je suis convaincue que trop de feux ou trop de technique sont plus nuisibles qu'utiles, tant face à la pollution qu'au bruit qu'engendrent les files de voitures à l'arrêt. On a tous constaté que pendant les travaux routiers, lorsque les feux sont hors service, la circulation est souvent fluidifiée et les conducteurs plus attentifs. Par exemple, à la place Neuve, il n'y a aucun feu de signalisation, mais que des stops ou des cédez-le-passage, et tout se passe très bien alors que bus, trams, piétons et automobiles se côtoient sans arrêt. Par contre, 100 mètres plus loin, vers Uni Dufour, il y a des feux; la situation est pratiquement comparable, mais là, il y a des files d'attentes, ce qui est tout à fait illogique. Des expériences de suppressions des feux ont été menées avec succès dans les villes du nord de l'Europe et une diminution des accidents y a été constatée. (Brouhaha. Le président agite la cloche.) Cette motion ne prétend pas détenir la vérité en matière de circulation mais voudrait inciter à un nouveau mode de fonctionnement... (Brouhaha.)

Le président. Une petite minute, Madame la députée ! Mesdames et Messieurs, s'il vous plaît, un petit peu de silence ! Il reste encore un quart d'heure, alors veuillez écouter Mme Leuenberger !

Mme Sylvia Leuenberger. Et en plus, j'ai presque terminé ! ... un nouveau mode de fonctionnement moins onéreux, moins polluant, pour ralentir mais fluidifier le trafic, diminuer la pollution et responsabiliser les conducteurs. Je vous prie donc de faire bon accueil à cette motion.

Mme Sandra Borgeaud (Ind.). Je soutiendrai également cette motion puisque je l'ai cosignée. Je soulignerai de plus l'économie non négligeable de l'électricité qui est utilisée pour ces feux. Pour une fois, les Verts ont eu une bonne idée: fluidifier la circulation.

Des voix. Ha ! (Exclamations.)

Mme Sandra Borgeaud. De temps en temps, il faut le dire ! (Brouhaha.) Fluidifier la circulation est beaucoup plus intelligent que de vouloir supprimer à tout prix les véhicules à Genève. Il est évident qu'une circulation régulée polluerait un peu moins l'air que cinquante voitures stoppées les moteurs allumés - par exemple à 7h30 sur la route de Chancy ! Voici un autre exemple de la stupidité de ces feux: sur la voie centrale, il apparaît, après calcul, que le feu vert dure sept secondes et le rouge, une minutes trente ! Là, on peut vous le dire: «Vive la pollution !» - les embouteillages, les crises de nerfs à la sortie du travail... Je vous demande clairement, tous partis confondus, pour une fois, de soutenir cette motion si vous désirez continuer à prétendre vous soucier de l'environnement.

M. Antoine Bertschy (UDC). Je remercie notre collègue Verte de vouloir des feux au vert. Je pense que c'est une excellente idée, mais je pense aussi qu'il faut travailler cette motion; comme elle est trop vaste, elle devrait être renvoyée à la commission des transports.

Et je vais prendre l'exemple de cette magnifique ville pentue de Lausanne où, à partir de minuit durant les jours de semaine, les feux sont au clignotant orange - et là, orange, c'est plutôt les collègues qui se trouvent à côté des Verts... Donc, à Lausanne, lorsque les feux clignotent, ça circule parfaitement bien à partir de minuit et durant la nuit. Je pense qu'il est inutile, en pleine nuit, de faire arrêter, pendant trente secondes, une minute, une minute et demie ou deux minutes, des voitures, en attendant qu'une hypothétique autre voiture arrive par la gauche ou par la droite, alors qu'elle n'arrivera jamais parce qu'il n'y a pas de véhicule à moins de 300 mètres de là.

C'est pour cette raison que le groupe UDC vous propose de renvoyer cette motion en commission des transports.

M. Roger Deneys (S). Mesdames et Messieurs les députés, les socialistes soutiendront le renvoi à la commission des transports, parce que, c'est vrai, cette proposition a le mérite de...

M. Fabiano Forte. D'exister ! (Remarque. Rires.)

M. Roger Deneys. ...vouloir fluidifier le trafic à certains endroits, en évitant les arrêts et les redémarrages. On peut penser notamment à la place Bel-Air, où ça se passe relativement bien. Fondamentalement, c'est quelque chose qui mérite d'être étudié.

Maintenant, j'aimerais quand même, en tant que cycliste, vous faire part d'un petit bémol. Nous en avons parlé à PRO VELO et nous sommes dubitatifs: en effet, cela fonctionne peut-être à Lausanne, mais nous ne sommes pas certains que les automobilistes genevois aient, la nuit, le même sens du respect de la priorité des plus faibles, des piétons et des cyclistes. (Remarque. Le président agite la cloche.) Et, dans ce sens-là, nous aimerions éviter qu'une personne soit victime d'un automobiliste fou, comme cela peut se produire.

Donc, une expérience pilote: oui. Des mesures de précaution pour éviter d'éventuels danger: oui. Je pense que la commission des transports pourra procéder aux auditions nécessaires. Ce qui est proposé est certainement à mettre en pratique, mais dans des endroits bien spécifiques à étudier.

M. Fabiano Forte (PDC). Le groupe démocrate-chrétien soutiendra le renvoi à la commission des transports puisque la proposition du groupe des Verts - on disait tout à l'heure «a le mérite», je me suis permis de dire: «a le mérite d'exister». Je crois qu'il faut qu'elle soit étudiée, que nous puissions procéder en commission à toutes les auditions utiles et nécessaires. C'est la raison pour laquelle nous vous invitons, Mesdames et Messieurs les députés, à renvoyer cette motion à la commission des transports.

M. Ivan Slatkine (L). Pour le groupe libéral, cette motion est intéressante, mais nous n'avons pas signé ce projet car nous sommes quelque peu «z»'étonnés de voir les Verts déposer... (Remarque.) ...«étonnés», excusez-moi ! (Commentaires. Rires.) Nous sommes quelque peu étonnés de voir les Verts déposer un tel projet et on se demande finalement ce que ça cache... (Exclamations.)

En entendant Mme Leuenberger, on ne peut qu'être derrière elle. On s'étonne d'ailleurs que le même groupe Vert se soit opposé à la motion concernant la fluidité du trafic par rapport aux mesures et aux travaux liés au TCOB... Parce que c'est typiquement le genre de mesures que nous soutenons ! Or, si l'idée est de se dire: «Il faut fluidifier le trafic, mais derrière chaque feu rouge il va falloir construire un petit îlot en béton pour ralentir les voitures et entraver la mobilité dans ce canton», nous sommes contre !

C'est pour cela que nous soutiendrons le renvoi en commission, afin que cette motion y soit attentivement étudiée. Et permettez-moi de dire que pour les cyclistes, que nous respectons et que nous apprécions, cette motion est effectivement une mauvaise chose, car ils ne pourront plus griller de feux rouges, puisque c'est leur grande spécialité ! Et ils pourront aller où ils veulent puisqu'ils savent entraver le trafic de manière perpétuelle. Donc, nous nous réjouissons de discuter de cette motion en commission des transports, mais nous serons très vigilants car le but est bien de fluidifier le trafic, et non pas de l'entraver.

M. Eric Stauffer (MCG). Le groupe MCG soutiendra aussi le renvoi de cette motion à la commission des transports. Effectivement, nous avons aussi un peu de peine... (Brouhaha.) ...à faire confiance au parti des Verts qui veulent soudainement, comme ça, fluidifier le trafic. D'autant plus que nous, le MCG, nous sommes allés, il y a deux ans de cela, trouver l'un des dicastères de M. Cramer ici présent, celui qui régule les feux en ville de Genève. On a eu droit à un exposé pour savoir comment fonctionnaient les quatre centraux qui régulent les feux et nous avons eu confirmation - tenez-vous bien, Mesdames et Messieurs les députés ! - qu'instruction avait été donnée de désynchroniser les feux, afin de «polluer» - excusez-moi ! - la vie des automobilistes... Alors, on se réjouit d'avoir M. Cramer parmi nous, pour une fois qu'il nous fait le plaisir de partager une séance plénière parce qu'il n'est pas à Berne... (Protestations.) Eh bien oui ! Et c'est un plaisir et un honneur que de l'avoir ici ce soir. Donc, on se réjouit de connaître sa réponse.

Et puis, j'ai le grand plaisir et l'honneur de vous annoncer, suite à notre visite dans le dicastère de M. Cramer, que le MCG a réussi - et nous disposons d'un courrier à ce propos - à faire modifier vingt-trois carrefours sur le canton, pour instaurer ce qu'on appelle - excusez-moi, amis de la gauche ! - des «tourne à droite» ! (Exclamations) Je vous explique: quand vous arrivez à un feu qui est rouge, pour aller à droite... (Exclamations.) Pour aller à droite, eh bien, ça clignote orange - donc pour mes amis PDC - et vous pouvez passer même quand le feu est rouge: cela s'appelle des «tourne à droite». Et nous avons réussi - c'est confirmé par un courrier au Mouvement citoyens genevois - à faire modifier vingt-trois carrefours sur l'ensemble du canton. (Brouhaha.) Je m'étais engagé, vis-à-vis de ce département, à ne pas déposer un texte parlementaire, au vu des modifications qu'il avait réalisées sur l'ensemble du canton. Je profite donc de cette motion pour vous faire cette annonce.

Comme je vous l'ai indiqué préalablement, nous soutiendrons ce renvoi en commission, parce qu'effectivement nous n'avons, en matière de fluidité du trafic, aucune confiance en notre conseiller d'Etat Robert Cramer.

Le président. Merci, Monsieur le député. La parole est à M. Desbaillets, qui dispose d'une minute vingt.

M. René Desbaillets (L). Je m'exprimerai ce soir en tant que vice-président de l'Automobile Club de Suisse, Section de Genève, pour mettre juste un petit bémol à cette motion. Pour les invites, on est tous d'accord. Mais ce qui nous est proposé demande une maturité, une courtoisie et un sens civique des automobilistes, bien meilleurs que ce qu'on voit aujourd'hui sur les routes, où tout le monde force, c'est le plus gros qui veut passer en premier, etc. On est donc tout à fait d'accord avec cette motion, cependant il faudra revoir à la base, à l'école primaire, ce qu'est une priorité de droite, ce qu'il faut respecter, comment ne pas causer de bouchon et comment ne pas forcer le passage.

En tant que libéraux, nous sommes pour la responsabilité du citoyen, donc on va suivre cette motion. Toutefois, je crois que de nombreuses personnes devront revoir un peu leurs classiques... S'il n'y a plus de feux rouges, il faut qu'il y ait de l'intelligence: mais malheureusement, dans notre république, on voit que, parmi les automobilistes, il en manque passablement !

Le président. Merci, Monsieur le député. Monsieur Forte, il vous reste vingt-cinq secondes... (Remarque.) Vous renoncez à prendre la parole. Je la donne à M. le conseiller d'Etat Cramer.

M. Robert Cramer, conseiller d'Etat. Mesdames et Messieurs les députés, vous êtes un peu clairsemés - c'est le dernier objet de notre ordre du jour. Je me permettrai peut-être de prendre deux minutes pour vous répondre, dans la mesure où j'ai reçu des services en charge de la mobilité une lettre assez fouillée au sujet de cette proposition de motion. J'ai écouté avec attention les débats et, effectivement, j'ai entendu cette déclaration historique du groupe MCG qui nous explique que c'est le «tourner à droite» qu'il faut favoriser ! (Rires.) Vous avez cru comprendre qu'au fond c'est le «Ni gauche ni droite» qui est ainsi contesté... (Rires.) Il y a de ces moments magiques en fin de soirée, où un certain nombre de révélations sont faites à ce parlement !

Au-delà de cela, il est totalement exact que la signalisation lumineuse n'a pas pour but de faire des ondes vertes. Si vous croyez, Mesdames et Messieurs les députés, que tout est conçu pour permettre aux automobilistes d'avoir, grâce aux réglages des signalisations lumineuses, un couloir qui leur permette de se déplacer, c'est inexact pour plusieurs raisons. D'abord, créer un couloir pour certains, c'est dans le même temps causer des entraves pour d'autres. La hiérarchie du réseau routier - qui veut que l'on circule bien sur les routes du réseau primaire mais que les routes du réseau de quartier soient totalement défavorisées, puisqu'une hiérarchie implique que des automobilistes soient favorisés mais que d'autres soient défavorisés - eh bien, elle implique un réglage des feux qui vise à favoriser le réseau primaire.

Si l'on veut éviter de congestionner le centre, cela implique de stocker les voitures en périphérie et de ne laisser pénétrer au centre de la ville que les voitures que le réseau permet de supporter. C'est une autre fonction des signalisations routières, qui s'ajoute donc à leur fonction première qui est celle de la hiérarchie du réseau routier. Et puis, il y a les transports publics: ils sont prioritaires, on essaie de leur accorder une priorité à travers le réglage des feux. Et puis, bien sûr, il y a cette complexité qui vient de la multiplication des feux; à Genève, il y en a 430.

Peut-il y avoir une simplification ? C'est la première invite de la motion. C'est possible, mais pour cela il faudrait étudier des cas concrets et, surtout, les examiner avec les communes. J'ai entendu, sauf erreur, le groupe libéral se méfier en se disant: «Mais il y aura besoin de faire des aménagements»: c'est probable. Si l'on veut éliminer un certain nombre de signalisations lumineuses, cela passera par des aménagements, et ceux-ci le plus souvent seront à la charge des communes.

Quant à la deuxième invite, je dois vous avouer mon scepticisme. En effet, suggérer des clignotants durant la nuit est une fausse bonne idée dont je dois vous dire qu'elle est meurtrière. C'est une fausse bonne idée qui tue des gens, Mesdames et Messieurs les députés, et sur ce point je ne suis pas prêt à entrer en matière ! Jusque dans les années 70, les clignotants étaient la règle à Genève, puis, progressivement, on y a renoncé parce qu'on a constaté que, la nuit, il y avait trop d'accidents. Dans les années 80, une nouvelle tentative a été faite de rétablir les clignotants la nuit; on y a renoncé après trois ou quatre mois, car, déjà après ce laps de temps, on a constaté que 50% des accidents de la circulation se produisaient la nuit à cause de ces signalisations clignotantes. A mon sens, on devrait être extrêmement prudent avant de recommencer ce genre d'expérience, étant précisé bien sûr que, la nuit, il n'y a que 10% des voitures qui circulent - 10% des voitures: 50% des accidents avec la signalisation clignotante...

Et puis, il y a le troisième élément de cette motion: les boutons pressoirs pour les piétons. Ici aussi, mais de façon moins marquée, je dois vous avouer mon scepticisme. En effet, à Lausanne, qui est une ville ayant largement recours à ce procédé, on y renonce, et maintenant de façon systématique, parce qu'on s'est aperçu que ça ne fonctionnait pas de manière satisfaisante, que les piétons ne comprenaient pas bien le dispositif et que c'était aussi une source d'accidents.

En tout cas, il y a un point dans cette motion - on en parlera plus largement en commission - que, je crois, on doit oublier: faire clignoter les feux la nuit. C'est véritablement dangereux et cela va à contre-courant de toutes les mesures que l'on essaie de prendre et qui vont dans le sens d'une plus grande sécurité dans le trafic.

Cela dit, le Conseil d'Etat se réjouit de poursuivre avec vous cette réflexion en commission. Notre échange permettra aussi, je crois, que l'on évite d'évoquer l'objet suivant qui était un ardu débat sur des questions judiciaire et qui revenait à mon collègue Laurent Moutinot.

Le président. Merci, Monsieur le conseiller d'Etat. Nous sommes saisis d'une demande de renvoi à la commission des transports.

Mis aux voix, le renvoi de la proposition de motion 1850 à la commission des transports est adopté par 38 oui contre 20 non et 2 abstentions.