République et canton de Genève

Grand Conseil

M 1790
Proposition de motion de Mmes et MM. Christian Brunier, Alain Charbonnier, Brigitte Schneider-Bidaux, Mathilde Captyn, Laurence Fehlmann Rielle, Ariane Wisard-Blum, Catherine Baud pour que le plan d'économies "Victoria" des HUG ne devienne pas "Catastropha"

Débat

La présidente. Je vous rappelle que nous sommes en catégorie II, c'est-à-dire trois minutes de temps de parole par groupe, auxquelles s'ajoutent les trois minutes accordées au premier signataire de cette proposition de motion.

M. Christian Brunier (S). Mesdames et Messieurs les députés... (Brouhaha.) Il y a un peu de bruit, Madame la présidente !

La présidente. Un instant, Monsieur le député. (La présidente agite la cloche.)

M. Christian Brunier. Merci ! La dernière fois, le parti libéral nous disait que le projet d'économies Victoria était indolore pour les HUG. Et, à nouveau, ce parti demande aux HUG de réaliser des exploits ! En effet, je vous rappelle que le programme Victoria, c'est 100 millions d'économies sur trois ans... 100 millions ! Et l'on nous dit que c'est indolore ! Qu'ils vont tenir facilement ! Mais c'est douloureux pour n'importe quelle entreprise, institution ou organisation de se voir couper 100 millions en trois ans ! Et ça l'est même pour les HUG, qui ont certes un budget important, puisque c'est une grande organisation.

Je vous le rappelle, l'année dernière c'étaient 30 millions en moins, avec comme conséquence la suppression aux HUG de 100 lits et de 160 postes de travail ! A l'heure où l'on se plaint que les urgences n'ont pas toujours les moyens d'agir rapidement et que, de plus en plus, l'humanisation des soins aux HUG se dégrade, on voit que 160 postes, ça compte.

Nous ne sommes pas contre les réformes; nous pensons que, comme toute institution, les HUG doivent se réformer régulièrement et s'adapter aux nouveaux besoins. Nous soutenons donc bien entendu un régime de réformes, mais nous mettons un certain nombre de conditions, pour que ces dernières soient menées à bien. Or, là, nous avons l'impression que ces conditions ne sont pas remplies. Mais quelles sont-elles ?

La première, c'est la communication. Il y a eu de graves erreurs de communication, et le directeur général des HUG les a reconnues; certains patients ont été informés au dernier moment et le personnel a parfois appris son destin à travers les journaux. De plus, on ne va pas refaire le débat qui a eu lieu la dernière fois, mais je vous rappelle qu'on a fermé l'institution du Petit-Beaulieu pour prétendument réaliser des économies, et que cela a créé de graves tensions. Des patients sont venus en commission nous dire que les malades souffrant d'alcoolisme sont maintenant envoyés en psychiatrie, qu'ils doivent donc se rendre hors de la cité et qu'ils se plaignent des conditions. Or le montant de cette économie s'élève à 140 000 F par année ! Et ce n'est même pas une économie, puisque c'est un loyer que les HUG payaient à l'Etat, qui est le subventionneur principal des HUG. Ce sont donc de fausses économies !

Donc, concernant la communication, le directeur général des HUG l'a reconnu, il y a eu des défauts; il essaie toutefois de les corriger, et c'est tant mieux, parce que c'était l'un de nos soucis principaux lorsqu'on a rédigé cette proposition de motion.

Le deuxième élément, c'est le manque d'implication des parties prenantes. En effet, une réforme fonctionne si vous impliquez les gens qui vont être les propres acteurs de leur réforme: le personnel - en première ligne, bien entendu - les associations de patients aussi et celles qui s'occupent de la santé. Il faut mettre les gens en mouvement pour que la réforme réussisse, autrement on va droit dans le mur. Or là il y a aussi eu un déficit de participation et de dialogue, et c'était également une des inquiétudes que nous avons exprimée à travers cette proposition de motion. Nous espérons donc qu'il va maintenant y avoir des correctifs.

Le troisième élément, et non le moindre, c'est qu'on travaille essentiellement sur des coupes budgétaires; il est clair qu'on peut couper à droite et à gauche de temps en temps, mais on réfléchit peu en matière d'optimisation des processus et de simplification des procédures, ce qui est, selon moi, dommageable. Une réforme doit avoir pour but avant tout d'améliorer les conditions, de simplifier et d'optimiser les choses, et à cela peuvent ensuite s'ajouter éventuellement des conséquences financières. Et lorsqu'on fait des réformes uniquement pour diminuer les coûts, on n'atteint en principe jamais l'objectif, parce que c'est démotivant pour les gens, qui, par conséquent, mettent souvent les pieds contre le mur. Nous avons donc envie de revoir les réformes différemment.

Le quatrième principe, c'est l'évaluation...

La présidente. Monsieur le député...

M. Christian Brunier. Je conclus, je conclus !

La présidente. Je veux juste vous rappeler que vous avez dépassé les trois minutes qui étaient à votre disposition et que vous mordez maintenant dans celles de votre groupe.

M. Christian Brunier. Alors je finis tout de suite ! Donc concernant l'évaluation, je crois que n'importe quelle réforme doit être évaluée pour qu'elle réussisse. Elle doit en outre être adaptée continuellement, car une réforme ne marche pas du premier coup. Or, là, nous avons vu qu'en matière d'évaluation de réformes il n'y avait pas grand-chose, et cela nous inquiète.

Le dernier point, c'est la diminution des prestations. Je crois que les Genevoises et les Genevois paient suffisamment de cotisations de caisse maladie pour bénéficier de soins dignes de ce nom, et là nous sommes aussi très inquiets.

Nous vous appelons donc à voter cette proposition de motion, pour donner aux HUG un signal clair et leur dire: «Continuez certes à réformer, mais dans d'autres conditions et avec d'autres moyens.»

La présidente. Je salue à la tribune le groupe d'apprenants adultes du bâtiment conduit par M. Bottazzoli, coordinateur pour la formation professionnelle, qui vient nous rendre visite afin de mieux se familiariser avec le fonctionnement de nos institutions. (Applaudissements.)

M. Michel Forni (PDC). Le monde de la santé n'échappe pas à un diagnostic sévère, et nombreux sont les établissements qui présentent des critères de vulnérabilité. Je l'ai déjà dit lors d'une précédente intervention, mais ce terme risque de démontrer la fragilité de certains de ces établissements, suite à des remaniements sanitaires qui découlent de programmes fédéraux et internationaux; suite à des mutations d'activités, parce que certains secteurs deviennent prédominants et d'autres moins; suite au vieillissement des populations, dont nous avons parlé tout à l'heure, qui entraîne une affectation de nouvelles ressources, et enfin, suite à des changements démographiques, que nous sommes plus ou moins en mesure de planifier.

C'est la raison pour laquelle il a été demandé un nouvel élan prioritaire avec un projet collectif, qui correspond à une réforme telle que celle qui se cache derrière le nom de Victoria.

Concernant ce plan Victoria, les HUG ont décidé d'engager une véritable réorganisation de leurs services, pour maintenir leur mission spécifique d'intérêt général, et également de collaborer avec le monde universitaire, en permettant un développement du service public hospitalier, mais dans un cadre d'économicité. Or ce plan d'économies implique de redéfinir des besoins prioritaires et de réaliser parfois des arbitrages nécessaires.

Mais le but n'est pas de faire du chiffre: il faut des faits, ainsi qu'une évaluation critique des objectifs, avec surtout le souci d'apprécier leur pertinence et leur légitimité. Nous avons besoin de scénarios alternatifs, permettant de combler la disparition de certaines structures, de reporter des types d'activités sur d'autres, de reconstruire parfois, mais aussi de trouver des solutions intermédiaires.

Cela entraîne une crainte: les conséquences financières, de 100 millions, sur le social et la restructuration, ce qui déclenche généralement - et c'est le cas - protestations et manifestations de défense. Cette proposition de motion et son titre le démontrent indirectement !

Mais augmenter l'activité à moyens constants, comme on le dit, ne signifie pas faire travailler plus, mais plutôt travailler mieux. Par exemple, l'évolution technologique permet de réduire certains types de prises en charge et d'affecter les moyens là où résident les nouveaux besoins. C'est aussi, notamment, une nouvelle gestion budgétaire - cela a été décidé et discuté en commission - par le biais d'une tarification, appelée «facturation par pathologie», qui se fera prochainement en Suisse selon des normes fédérales et non plus cantonales. C'est également une réallocation de moyens en fonction des besoins et de l'évolution technologique, qui se heurte, il est vrai, au corporatisme, à la défense des droits acquis - et à la conviction sincère que chaque discipline est, bien sûr, plus importante que celle des autres !

Mais ce qui compte, c'est surtout la façon de mettre en oeuvre cette réforme, qui est plus importante que la réforme en elle-même. Il ne faut pas non plus réduire ni morceler la gouvernance moderne d'un hôpital, fondée sur des outils d'évaluation, en se gargarisant de mots et d'interprétations, au lieu d'accomplir un réel travail d'évolution et d'évaluation et d'éviter ainsi d'accoucher d'une nouvelle réformette, dont l'intérêt réel est toujours inversement proportionnel...

La présidente. Je suis désolée, Monsieur le député, il vous faut conclure.

M. Michel Forni. Eh bien je conclus, Madame la présidente ! Cette démarche n'empêche donc pas l'idée de la performance et le contrôle des résultats, et c'est la raison pour laquelle je vous invite, au nom du parti démocrate-chrétien, à refuser cette proposition de motion.

M. Charles Selleger (R). Le texte qui nous est proposé est quasiment une motion de défiance par rapport au plan Victoria. Mais en quoi consiste-t-il ? C'est un plan d'économies, lancé voici deux ans, qui veut que les hôpitaux universitaires diminuent leurs dépenses de 80 à 130 millions d'ici à 2009, soit environ 30 millions chaque année. Cette somme représente beaucoup, me direz-vous, mais tout est relatif, parce que ces 30 millions ne constituent que 2% d'un budget qui s'élève à 1,4 milliard.

Alors est-on en phase d'austérité nécessaire ou bien face à une catastrophe, comme nous le suggèrent les motionnaires ? A les entendre, la République est en danger: elle renie son engagement pour le développement durable et abandonne sa politique sociale au profit du «tout-économique»; de plus, les réformes se mènent au pas de charge, au mépris des travailleuses et travailleurs hospitaliers, sans compter les vives réactions des patients - que, pour ma part, je n'ai jamais entendues.

Alors qu'en est-il en réalité ? L'opération Victoria - dont le but est d'atteindre ses objectifs par une amélioration de l'efficience, par la recherche des synergies et par la lutte contre le gaspillage, tout en préservant la qualité des soins, de l'enseignement et de la recherche - est en excellente voie de réalisation. Au 30 septembre dernier, les objectifs étaient atteints à plus de 50% pour douze départements sur treize, la palme revenant au département de médecine génétique et de laboratoire, avec un objectif atteint à 221%. Tout cela, sans licenciement, sans perturbation, sans révolution ni au sein de l'institution ni au sein de la population.

On peut donc conclure que l'opération Victoria est un exemple de politique d'économie bien conduite, et que la République et, surtout, les patients ne sont pas en danger.

Pour toutes ces raisons, le groupe radical vous recommande le rejet de cette proposition de motion.

Mme Ariane Wisard-Blum (Ve). Concrètement, cela a été dit, l'opération Victoria, c'est 100 millions d'économies en trois ans à l'Hôpital universitaire de Genève. C'est également la suppression de 100 lits - malgré un taux d'occupation dans certaines unités dépassant régulièrement 100% - et de 160 postes de travail. Même si cette dernière mesure ne prévoit pas de licenciements, son impact est loin d'être négligeable sur le personnel. En effet, le non-renouvellement ou le renouvellement partiel de départs à la retraite ne vont faire qu'accroître la charge de travail des équipes, qui doivent déjà trop souvent faire face à un sous-effectif chronique. Par ailleurs, les HUG engagent passablement de personnel sous contrat à durée déterminée, et nous doutons que, une fois leur mandat terminé, ce personnel soit remplacé. Ces postes de travail sont donc certainement à comptabiliser en plus des 160 suppressions de postes prévues.

Sous l'ère Victoria, certaines unités ont déjà fermé leurs portes et d'autres ont été transférées dans différents services. Nous craignons de voir se développer ainsi une médecine à deux vitesses avec, d'un côté, une médecine de pointe, bien dotée en personnel, avec des crédits suffisants, même avec le soutien de l'économie privée, et, de l'autre, des départements de médecine générale devant se battre afin d'obtenir des subventions suffisantes pour survivre.

Un autre aspect que nous abordons au travers de cette proposition de motion est celui de la communication des Hôpitaux universitaires de Genève. En effet, la mise en place du plan Victoria s'est faite et se poursuit sans aucune transparence et sans information ni au personnel, ni aux patients, ni à leur famille. Et cette politique d'opacité est nuisible pour l'hôpital. Actuellement, les rumeurs - fondées ou non - de fermeture ou de transfert de certaines unités déstabilisent fortement le personnel, et il s'est installé entre celui-ci et l'hôpital une vraie crise de confiance. Communiquer ouvertement permettrait donc aux différents partenaires de participer, de comprendre et d'adhérer aux réformes entreprises. Il y a urgence ! Nous sommes en 2008, et la mise en place d'actions concrètes depuis plus d'un an a des effets secondaires négatifs. Les pétitions nommées «Non à l'opération Victoria», «Pour le maintien du Petit Beaulieu en l'état actuel», «Non à la fermeture du service des paraplégiques à Beau-Séjour», ainsi que les deux propositions de motions traitant des délais d'attente aux urgences ou pour se faire opérer à l'hôpital sont des symptômes du malaise Victoria.

Cette proposition de motion ne demande pas de stopper toute action engagée pour améliorer l'efficience des hôpitaux, mais invite le Conseil d'Etat à informer régulièrement la population et le Grand Conseil de la mise en place du plan Victoria, à associer le personnel à la mise en oeuvre de ces réformes, à les évaluer régulièrement et à encourager les HUG à économiser plutôt sur la bureaucratie que sur les soins et le personnel. Ce texte permettrait donc une mise en oeuvre moins douloureuse du plan Victoria et, en raison de l'urgence de l'intervention à mener, nous vous prions de le renvoyer au Conseil d'Etat. (Applaudissements.)

M. Eric Bertinat (UDC). Mesdames et Messieurs les députés, chers collègues, l'UDC vous propose de ne pas entrer en matière sur la proposition de motion 1790 pour les raisons suivantes.

Tout d'abord, parce que la démarche des socialistes et des Verts n'est que l'écho du SIT et du Syndicat des services publics, qui ne représentent qu'une partie du personnel des HUG. Ce faisant, les socialistes alignent les sempiternelles accusations d'autoritarisme, de manque de transparence, de diminution de la qualité des soins - j'en passe et des meilleures - pour combattre le plan d'économies Victoria. Cela dit, un tel plan concernant l'hôpital mérite à l'évidence que l'on s'inquiète des incidences sur la qualité des soins avant tout. C'est ce qu'ont pu faire les députés siégeant à la commission des finances, notamment lors de la discussion sur le budget 2008, pour prendre un exemple récent. Un des commissaires rapporteurs était mon collègue Velasco, qui s'est intéressé plus particulièrement au plan Victoria et a souhaité savoir si le projet avait des répercussions sur les prestations fournies à la population. M. Gruson, directeur des HUG, lui a garanti que ce n'était pas le cas et que les comités de gestion, dans lesquels siègent des représentants du personnel, veillaient à ce que la mise en oeuvre des mesures se fasse dans le respect des missions des HUG et des conditions de travail. Il n'y a pas eu de contestation à cette réponse.

Mesdames et Messieurs les députés, les HUG sont la seule institution de l'Etat où existe depuis deux ans un véritable plan de rationalisation et de réduction des dépenses. Or la proposition de motion qui nous est présentée cherche à remettre en cause le plan Victoria qui, à ce jour, n'est décrié que par les syndicats qui n'y trouvent pas leur compte. L'UDC, quant à elle, salue les efforts des HUG - efforts qui prennent en considération les impératifs du secteur médical - et refusera donc cette proposition de motion.

La présidente. Merci, Monsieur le député. La parole est à M. Henry Rappaz, du groupe MCG.

M. Henry Rappaz (MCG). Si les socialistes et les Verts s'écrient en choeur pour dire qu'en aucun cas la dimension économique des Hôpitaux universitaires de Genève ne devrait prévaloir sur celle du social et des aménagements indispensables à leur vocation première, qui est celle de soigner, personne ne les contredira sur... (A la tribune, les quatre spectateurs se lèvent à nouveau, arborant toujours leur tee-shirt portant l'inscription: "Magouilleurs, Cogneurs, Girouettes".)

La présidente. Monsieur le député, je vous demande quelques instants... Messieurs, je vous prie pour la troisième et dernière fois de bien vouloir vous asseoir ! Sinon, je serai obligée de vous exclure de la tribune.

M. Henry Rappaz. Et on l'espère ! (Les quatre spectateurs s'asseyent.)

La présidente. Vous pouvez continuer, Monsieur le député.

M. Henry Rappaz. Je disais que personne ne les contredira sur le libellé, mais il faut toutefois mettre un bémol en étudiant davantage l'argumentation avancée dans cette proposition de motion qui, il faut l'avouer, est un plaidoyer qui ne repose que très peu sur la réalité du marché actuel. On devrait la défendre sous un autre angle pour qu'elle soit crédible. En effet, si les partisans de ce texte alignent vérités et contrevérités, en omettant de préciser que, dans toute réforme qui se respecte, il y a toujours un réajustement inévitable qui n'est pas forcément contreproductif, il est temps de souligner, puisque les HUG ont fait appel à des consultants extérieurs et que cela génère aujourd'hui cette agitation infondée, que le b.a. ba de la base de travail des consultants est justement de consulter et d'enquêter auprès de chaque employé dans le cadre de son travail, et d'en analyser ensuite les solutions les plus adéquates demandées par le mandataire du plan d'économies Victoria.

Alors, au lieu de reprocher cette économie de 100 millions sur trois ans aux HUG, ce qui en réalité est une sage mesure, on devrait plutôt féliciter ses instigateurs...

La présidente. Monsieur le député, excusez-moi, je dois vous interrompre... Messieurs les spectateurs, je vous ai prévenus tout à l'heure ! Puisque vous continuez d'arborer ces tee-shirts, je vous prie maintenant de quitter la tribune. Je vous remercie. Vous pouvez poursuivre, Monsieur Rappaz ! (Les spectateurs restent.)

M. Henry Rappaz. Je disais donc qu'on devrait plutôt féliciter les instigateurs de cette mesure, quand on connaît les nombreux défis et projets de construction futurs et en cours auxquels les hôpitaux universitaires vont devoir faire face dans les années à venir. Alors, certes, si une centaine de lits ont été supprimés depuis, il faut rappeler aux motionnaires que la médecine ambulatoire a fait aujourd'hui de surprenants progrès: combien de milliers de patients ont pu regagner le même jour leur domicile après une intervention bénigne alors que, il y a quelques années, ils restaient alités bien inutilement plus de sept jours ! Quant à incriminer les 160 postes supprimés, l'analyse et la pratique ont démontré que, avec un effort sérieux de réorganisation, on pouvait facilement redistribuer des tâches mal structurées en les remplaçant par de subtils aménagements horaires ou techniques, sans provoquer le moindre chaos.

Cela précisé, le Mouvement Citoyens Genevois soutiendra cette proposition de motion afin de la renvoyer au Conseil d'Etat, en émettant toutefois des réserves sur le fond de l'argumentation forcée de ce texte.

La présidente. Merci, Monsieur le député, il ne reste plus...

Mme Sandra Borgeaud. Je demande une suspension de séance !

La présidente. Non, Madame ! C'est la présidente qui décide de la suspension d'une séance, ce n'est pas vous ! Monsieur Jeanneret, excusez-moi, mais il ne vous reste plus de temps; votre groupe disposait de trois minutes et votre collègue les a utilisées. Je suis désolée !

M. Alain Charbonnier (S). Je ne serai pas trop long; je tiens simplement à rappeler certains faits, et surtout certains chiffres. Le plan Victoria, ce ne sont pas 100 lits et 160 postes supprimés en tout, mais bel et bien par année ! Au moment où - certains l'ont dit tout à l'heure - est mise en pratique au sein des HUG la facturation par pathologie, et non plus par patient - il s'agit donc d'un forfait - si un patient est hospitalisé par exemple pour une appendicite - comme il est maintenant dit qu'une telle opération vaut tant et que l'hôpital reçoit tant - eh bien, ce dernier a forcément intérêt à ce que le patient retourne au plus vite à son domicile et qu'il ne traîne pas trop longtemps dans les lits des HUG.

Par conséquent, le personnel se retrouve évidemment, rien que par ce fait, avec un surcroît de travail, parce qu'on sait très bien que dans les milieux hospitaliers les cas aigus demandent beaucoup plus de soins que les gens qui sont là suite à une opération depuis déjà quatre ou cinq jours. Donc, le personnel...

On se fait peut-être les rapporteurs des syndicats SIT ou SSP, comme l'a dit M. Bertinat - nous, nous ne venons pas d'Ecône, nous avons d'autres origines - et on défend effectivement le personnel sur ce sujet, mais qui paie en premier lieu lorsque ce dernier ne se trouve pas bien dans un système hospitalier ? Ce sont les patients ! Beaucoup de préopinants ont dit qu'ils n'avaient rien entendu, que tout va très bien à Genève et que les gens sont très contents des HUG... Mais ouvrez un peu vos oreilles ! Un médecin a dit tout à l'heure que, de son côté, il n'avait pas ouï dire de propos prouvant que la situation s'était détériorée au HUG: mais on croit rêver ! Ou alors il fait de la médecine sans consulter de patients, ce qui m'étonnerait ! Quoique, maintenant, avec la télémédecine à distance, on s'y achemine gentiment; on arrivera donc peut-être à de pareilles situations !

Alors, bien sûr que la population se plaint, et à de nombreux niveaux, à commencer par les temps d'attente. On a récemment vu une émission lors de laquelle notre conseiller d'Etat en charge de la santé avait quelque peu de peine à répondre aux questions des journalistes... Peut-être s'expliquera-t-il mieux tout à l'heure ? Quoi qu'il en soit, ses réponses sont restées plus que vagues et, surtout, il n'a pas pu répondre aux journalistes et à la population qui souhaitent savoir pourquoi il y a tellement d'attente, ce qu'ils font et ce qui va changer. Mais rien ne va changer ! Tout va même empirer, puisque le plan Victoria n'a commencé qu'en 2007 ! Nous sommes en 2008 et, au train où vont les choses, la machine est partie sur les rails et rien ne peut l'arrêter, pas même notre proposition de motion; on ne se fait aucune illusion, surtout après avoir entendu les positions prises par les différents groupes avant nous.

La présidente. Il vous faut conclure, Monsieur le député !

M. Alain Charbonnier. J'aimerais revenir sur la transparence, parce qu'on a quand même demandé, aussi bien à la commission de la santé qu'à celle de contrôle de gestion, des explications sur ce plan Victoria. On nous a répondu qu'on ne pouvait pas nous remettre de documents de synthèse...

La présidente. Il vous faut conclure, je suis désolée !

M. Alain Charbonnier. Oui, je finis ! Je finis ! La boîte privée américaine qui a mené cette enquête pour plus de 3 millions nous a indiqué qu'elle n'avait pas rédigé de document de synthèse et qu'il fallait venir consulter dix classeurs fédéraux pour comprendre quelque chose. Je doute quand même de l'honnêteté de ces gens et je crains que ce manque de transparence ne soit défavorable à toute la population.

M. Renaud Gautier (L). J'ai écouté avec délectation notre collègue Charbonnier, qui a une épaisseur de lunettes noires tout à fait étonnante, parce qu'à l'entendre on peut s'imaginer qu'il n'y a que des gens décédés qui quittent l'hôpital ! Or je crois savoir que ce n'est pas le cas et que ceux qui en sortent sont, somme toute, relativement contents du traitement qui leur a été réservé.

On pourrait discuter toute la nuit de la question de savoir si le plan Victoria est bon ou non. De toute façon, personne n'aura de réponse. J'ai tendance à penser que les Genevois sont contents de leurs hôpitaux. J'en veux pour preuve que lorsque, il y a quelques années, on a demandé aux Genevois s'ils voulaient fusionner avec Lausanne, la trouille de ne pas pouvoir se faire opérer de l'appendicite à Genève a fait que tous les Genevois ont dit qu'ils souhaitaient garder leur hôpital. Je n'ai pas l'impression qu'ils aient changé d'opinion depuis.

Le fait que l'hôpital s'adapte à une réalité du marché, ou du moins à une réalité qui est celle des finances difficiles, me paraît extrêmement louable, et je trouve légèrement curieux, pour ne pas dire amusant, que les socialistes viennent ici nous dire qu'on doit faire mieux et davantage à l'hôpital, alors que l'un des leurs préside une institution genevoise autonome dont le moins qu'on puisse dire est que le terme de transparence n'apparaît pas dans le nom, puisque ce sont les SIG et que ce sigle ne contient pas la lettre «t» pour «transparent» !

Les Genevois sont satisfaits de leurs hôpitaux; dans le cas contraire, ils le feraient savoir. Quant au personnel, j'imagine que, s'il n'est effectivement pas toujours content, il est néanmoins satisfait de ce qui se passe. Par conséquent, la meilleure chose qu'on puisse faire, c'est de refuser l'entrée en matière de cette proposition de motion, celle-ci ressemblant un peu à un vieil adage selon lequel c'est l'hôpital qui se fout de la charité.

M. Pierre-François Unger, conseiller d'Etat. Je ne serai pas trop long, même si j'aurais préféré attendre que les bancs se garnissent un peu, afin d'être écouté par l'ensemble de ce parlement.

J'aimerais dire qu'on a entendu beaucoup de choses et que c'est vrai que la communication a été un problème au début de l'opération Victoria. M. Gruson l'a reconnu, il a accepté de venir s'exprimer une ou deux fois par année devant la commission de la santé pour dire où ils en étaient, mais il n'entend pas, pas plus que le conseil d'administration, où vous avez des représentants, participer à un modèle de cogestion de l'hôpital par la commission parlementaire de la santé. Il a sous sa responsabilité 11 000 collaborateurs pour surveiller un établissement public autonome que vous avez voulu comme tel et qui est défini ainsi depuis cent cinquante ans dans la constitution, et ce dernier donc doit être géré par une équipe composée du conseil d'administration et de la direction, sous l'impulsion de l'exécutif et sous le contrôle parlementaire.

Tout cela s'est beaucoup amélioré et, lorsqu'on entend dire que les syndicats sont très mécontents, j'observe personnellement que, depuis quatre ou cinq mois, les relations se sont renouées de manière extrêmement harmonieuse entre les syndicats et la direction des hôpitaux, contrairement à ce qui a été dit. Il se trouve que, pas plus tard que cet après-midi, je suis allé au conseil d'administration des hôpitaux, et il y a quelques éléments qu'il convient de préciser. J'ai entendu dire que l'opération Victoria visait à réaliser des économies. Mais ce n'est pas le cas ! Victoria est non pas une opération mais un processus, car ceux qui parlent de changement comme ils l'ont fait tout à l'heure devraient savoir que c'est un processus que de changer aussi profondément la capacité que l'on a de s'adapter à de nouvelles techniques, à de nouvelles connaissances, à de nouvelles clientèles et à de nouvelles contraintes. Ce n'est pas quelque chose que l'on fait une fois, le grand soir qui précède le grand jour, mais bien qui se réalise de manière continue. Cependant, je comprends bien que, pour certains, le grand soir qui précède le grand jour, celui où on pend les adversaires, a plus d'attrait que celui du processus.

Deuxièmement, le processus Victoria doit générer une optimisation de l'efficience, ce qui signifie fournir un effort de rationalisation sur un certain nombre d'actes et de facturations. Le bilan Victoria 2007, qui pourra être épluché dans le détail par les commissaires aux finances qui rencontreront les hôpitaux la semaine prochaine, leur permettra de constater que, sur les 31 millions - parce que ce sont 31 millions d'amélioration du bilan des hôpitaux que l'on peut observer sur 2007 ! - la moitié - 14 millions et demi en réalité, pas tout à fait la moitié mais presque ! - est due simplement au fait de facturer des prestations qui ne l'étaient jamais auparavant. L'autre moitié porte effectivement sur des économies, mais pas du tout uniquement sur le personnel ! Ce sont aussi des économies sur la manière d'administrer les médicaments, sur le choix de ces derniers et sur des processus logistiques qui permettent de diminuer les coûts d'un certain nombre d'éléments.

Alors, si cette proposition de motion Victoria devait être renvoyée au Conseil d'Etat, ce n'est pas à celui-ci que vous donneriez un signe catastrophique, mais bel et bien aux hôpitaux. Ces derniers se trouvent certes dans un processus difficile, mais il s'améliore de mois en mois, à la fois quant à son efficacité et à la manière dont les gens se l'approprient. Alors ce serait un signal catastrophique que celui de dire aux hôpitaux: «Arrêtez tout, ouvrez les vannes et dépensez de l'argent ! Nous n'avons enfin plus les coûts de la santé les plus chers de Suisse, alors redevenons les premiers, et peu importe la qualité qui permet de se comparer les uns aux autres et celle que l'on défabrique lorsqu'on fait des actes inutiles. Laissez-vous couler, ça ira mieux !»

Mesdames et Messieurs, j'espère et je suis sûr qu'une majorité de ce parlement aura compris que le message est exactement inverse: «Persévérez, communiquez - et, là-dessus, je suis d'accord avec vous - n'hésitez pas à négocier un certain nombre de choses et acceptez des idées, quelle que soit leur provenance, pour enrichir votre capacité de réforme !» Donc, Mesdames et Messieurs les députés, je vous en supplie, ne donnez pas le signe à l'hôpital, que notre population aime et respecte, de tout arrêter ! (Applaudissements.)

Mise aux voix, la proposition de motion 1790 est rejetée par 40 non contre 34 oui.