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Culture

Mathis Altmann

Janvier 2018

Untitled, 2015
Béton, métal, bois, plastique, LEDs, judas, rouleaux de papier de toilette
119 x 51 x 51 cm
n° inv. 3263

Mathis Altmann (1987, Munich, Allemagne)
Vit à Los Angeles (Etats-Unis)

Mathis Altmann fait partie de ces jeunes artistes investis non seulement dans une pratique personnelle - qui dans son cas a été rapidement repérée par les galeries et les centres d'art - mais aussi dans l'activité d'espaces artistiques autogérés : il a été en 2009 confondateur de Paloma Presentsà Zurich et a rejoint en 2012 l'équipe fondatrice de New Jerseyy à Bâle. Altmann a suivi sa formation à la Hochschule für Kunst de Zurich, dans le domaine de la photographie, dont il s'est détourné ensuite au profit de l'objet et de l'installation. Cependant, de ses études, il a gardé un intérêt marqué pour la capture du monde extérieur. Pour réaliser ses pièces, il utilise en effet des matériaux, des objets et des images pour la plupart trouvés. Ces recyclages évoquent la surabondance et le gaspillage de notre temps, sur un mode critique, empreint de cynisme face à la société de consommation. Mais ces constructions, avec leur utilisation de rebuts, ouvrent également sur une forme de narration dystopique, évoquant autant les laissés-pour-compte d'aujourd'hui que les bricoleurs d'un futur post-cataclysmique. Dès ses premières sculptures, l'artiste a procédé par accumulation de matériaux et d'objets hétérogènes, évoquant des organismes et des technologies malades. Après avoir donné forme à ses accumulations dans des arrangements linéaires, disposés le long des murs ou au sein de l'espace comme de dérisoires colonnes (clins d'œil à la Cathédrale de la misère érotique de Kurt Schwitters ?), Mathis Altmann a commencé à produire des ensembles de pièces dans lesquelles la relation entre l'intérieur et l'extérieur s'est faite prégnante. Ce sont d'abord des sphères éventrées et débordantes, monstrueusement hybrides, arrimées en suspension entre sol et plafond par des câbles et des cordes.

C'est ensuite l'ensemble intitulé The Sewager: Zwischen Krieg und Party, dont provient le Untitled du Fonds cantonal d'art contemporain. Ces pièces présentent des caractéristiques communes : elles s'organisent dans et autour de masses quadrangulaires en béton aux dimensions modestes, posées sur des socles qui font partie intégrante de l'œuvre, constitués soit d'objets domestiques récupérés (frigo, poubelle, coffre-fort, table,…), soit de cartons ou de plaques de matériaux usagés. L'artiste construit d'abord l'intérieur, puis coule le béton par-dessus. Il y place des judas qui permettent à l'œil de découvrir ce qu'il y a dedans, ici un conglomérat de débris évoquant le délabrement d'un cave. Cet espace intérieur n'est visible que lorsque les anneaux de LEDs fixés au-dessus sont allumés. Sur celle du Fonds cantonal sont placés, entre autres, un rectangle noir portant le logo d'UBS, image récupérée renvoyant ironiquement à l'histoire du monochrome, et un élément de mobilier aux volutes en fer forgé, qui indiquent que malgré l'aspect de bricolage approximatif, Altmann est attentif au détail et à la composition. Quant aux tuyaux de métal et de carton, ils fonctionnent comme des agents de liaison entre l'intérieur et l'extérieur. Ces microcosmes bétonnés, porteurs d'histoires, sont comme de boîtes mentales livrées à l'imaginaire du spectateur. (DD)