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Culture

Daniel Dewar et Grégory Gicquel

Novembre 2017

Mixed Ceramics (N°11), 2012
Porcelaine, grès, faïence émaillés
35.4 x 102.5 x 89 cm
n° inv. 3252
crédit photo : Serge Frühauf

Daniel Dewar (1976, Forest of Dean, Angleterre)
Grégory Gicquel (1975, Saint-Brieuc, France)
Vivent à Bruxelles et Paris

Une paire de jambes en ciment; des lavabos et des bidets en grès ou en granit rose; une moto, une ancre ou des bottes en bois; une Ferrari taillée en plusieurs blocs de pierre dure; un hippopotame grandeur nature en terre glaise qui s'effondre; un bouquet d'Ikebana avec pompons de laine; des instruments de musique andine démesurés; des photos et des Gifs animés présentant des personnages modelés en plein air, se transformant par exemple au rythme d'un menuet; une tapisserie monumentale où trônent une robe de chambre, un homard, des baskets et le chien préféré de la reine d'Angleterre; un pull torsadé géant tricoté main, ou coulé en ciment; un carrelage en céramique d'où émergent des poissons, un chien de chasse, des ocarinas ou une collection de pipes; des bancs de bois sculptés de motifs floraux et ornés de coussins brodés; un énorme mocassin taillé et poli dans le marbre; un robinet et des fesses en marqueterie de pierre… Sujets déroutants parce que justement extraits parfois d'un quotidien trop banal, et anoblis par l'emphase des proportions et des techniques, qui s'ancrent aussi bien dans l'antiquité, les canons académiques, l'artisanat d'art, les traditions populaires ou les usages d'internet… Daniel Dewar et Grégory Gicquel, qui se sont rencontrés aux Beaux-Arts de Rennes où ils ont commencé à collaborer dès la fin des années 90, nous entraînent d'œuvre en œuvre sur un voyage narratif et fantaisiste, à la fois critique et affectueux, au pays des goûts et des couleurs, des pratiques d'amateurs et des normes artistiques. Ils s'y investissent pleinement, donnant sans compter de leur imagination et de leur humour, de leur temps, de leur savoir-faire ou de leur amateurisme, dans un corps à corps souvent très physique. Plutôt que d'interroger les techniques artisanales elles-mêmes, cette approche décomplexée leur permet d'intégrer le temps de production comme facteur essentiel à la réalisation, leur donnant ainsi l'occasion de tester un nouveau rapport au matériau, voire de changer d'avis en cours de route… Cette liberté expérimentale influe sur les formes élaborées, puisque le duo ne s'astreint pas à suivre un schéma programmatique préétabli, mais invite au contraire toutes les surprises du processus. L'inattendu des sujets choisis se voit ainsi renforcé par les accidents assumés de la mise en œuvre, tandis que le sens même des pièces émerge de la matière rétive et de son traitement spécifique, en une gageure à chaque fois renouvelée.

La pièce acquise par le Fonds cantonal, Mixed Ceramics (N°11), est caractéristique du travail inclusif et débridé de Dewar et Gicquel, puisqu'elle se compose à elle seule d'un conglomérat de multiples éléments céramiques trouvés, industriels ou artisanaux, utilitaires ou décoratifs, issus de diverses sources techniques et formelles: des pieds de lavabo côtoient un tube de canalisation, des mugs, des briques, des pichets, des pots de fleurs… L'ensemble chaotique entassé a été émaillé en larges gestes désinvoltes, puis cuit à très haute température, provoquant l'effondrement des pièces de faïence, qui semblent couler encore comme une pâte molle, tandis que des bulles d'air percent la surface visqueuse d'une lave en fusion. Les émaux colorés se répandent, les textures lisses ou grumeleuses s'entrecroisent, les brillances ou matités se répondent, le magma fluide semble presque prendre vie… (ABLB)