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Culture

Guillaume Pilet

Juillet 2017

Sans titre, 2014
acrylique sur toile
40 x 40 cm
n° inv. 3212
crédit photo : Serge Frühauf

 

Guillaume Pilet (1984, Payerne)
Vit à Lausanne

Guillaume Pilet  aborde la planète artistique avec l'esprit critique et distancé, mais aussi la curiosité et la gourmandise d'un explorateur insatiable. Il s'approprie formes, supports, techniques, contenus, pêchés comme au hasard de ses rencontres, qu'il mêle, remâche et digère à sa façon, pour reconstituer un monde hybride mais bien personnel, habité de présences plus ou moins reconnaissables, clins d'œil souriants à ses pairs et à son public. Les pièces qu'il produit, peintures, sculptures, photos, installations, performances, vidéos, convoquent sans tabou des références à des œuvres occidentales très contemporaines comme à des techniques d'artisanat populaire ou extra-européen, ou encore à des champs plus surprenants comme l'anthropologie et la primatologie. L'aficionado se plaît à suivre les détours des jeux de pistes ainsi ouverts, qui brouillent frontières typologiques et champs d'action en un mille-feuilles sémiologique plein d'humour : ici un pneu de bicyclette encadre un tondo de batik néo-africain, voire hippie, et les noms de Marcel Duchamp, Jasper Johns, Ugo Rondinone affleurent à la conscience; là, des sculptures céramique hésitent entre cadeau pour fête des mères, art brut et décoration kitsch; ailleurs, un acteur déguisé en singe s'applique à…singer les gestes de l'artiste; là enfin, des méandres dessinés sur le corps d'un performeur évoquent à la fois art cinétique et peinture tribale rituelle, dissolvant la nudité sous le motif, tandis que le corps peint et peignant devient l'instrument de l'artiste-scénographe modifiant le décor… On est surpris par la variété formelle et  la liberté de ton des ensembles proposés, mais aussi par leur force expressive et leur cohérence, par les liens organiques qui se tissent, à chaque exposition, entre les œuvres disparates qui s'y confrontent. C'est que l'exposition même se construit comme un dispositif à vivre dans son entier, avec un soin extrême porté aux couleurs des cimaises, aux présentoirs conçus sur mesure, aux enchaînements d'une œuvre à l'autre, ménageant échos, surprises, rebondissements. Pour l'artiste, c'est une façon toute naturelle – et donc toute culturelle – de démontrer en acte qu'une œuvre seule n'est qu'un fragment de matière et de pensée, qui se déchiffre, s'apprécie et s'enrichit par sa mise en contexte.

On retrouve le regard inclusif et décomplexé de Guillaume Pilet dans les trois œuvres acquises par le Fonds cantonal: le "shaped canvas" sans titre ondule comme un petit Philippe Decrauzat malhabile, lui-même nourri d'Op Art; Bossa Nova danse et se contracte, s'inspirant peut-être du même artiste, d'un boomerang océanien ou d'un serpent de Pierre Vadi; Cage Painting oscille entre figuration frontale (un mur de brique, une fenêtre à barreaux, comme celle de la performance I ape therefore I am) et abstraction néo géo, une grille de Peter Haley surplombant les briques de Jean-Luc Manz. Voici encore, entre peinture et objet, des éléments joueurs, ouverts et savoureux. (ABLB)