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Culture

Tobias Madison

Mai 2017

Dilemma 10, 2015
néoprène, fermeture Eclair
63 x 422 x 7 cm
n° inv. 3210
crédit photo: Serge Frühauf

Tobias Madison (1985, Bâle)
Vit à Berlin et Zurich

Tobias Madison fait partie de cette nouvelle génération d'artistes aux profils mobiles qui parallèlement à leur carrière personnelle s'investissent dans la création de structures indépendantes, étant à la fois curateur, – il a été un des fondateurs de New Jerseyy à Bâle, réputé pour sa programmation – éditeurs ou responsable d'un cinéma. De la même manière, il multiplie les collaborations avec d'autres artistes, tout en menant une production solo sous son propre nom.  Artiste multimédia constamment en éveil sur son environnement, il fait aussi librement appel à d'autres moyens d'expression – l'écriture, la musique, le théâtre, la pédagogie – qu'il ramène dans le champ de l'art contemporain, et réalise le plus souvent  des univers dans lesquels le spectateur est appelé à s'immerger, produits à partir de matériaux bon marché ou récupérés.
Une rapide lecture permet de relier son travail à une démarche appropriationniste. En effet, Madison puise  quasiment « en live » dans le répertoire des artistes qu'il côtoie, sans le recul temporel minimum requis – ce qui lui vaut au passage quelques inimitiés – invalidant en direct le besoin constant de nouveautés du marché de l'art. Le regard  politique et critique que porte Madison sur la société et le système de l'art est en rapport étroit avec les idéaux qui sous-tendent ses activités autogérées. Ainsi il pointe aussi par ses modes de production les dérives du musée contemporain, devenu une expression de l'économie capitaliste, plaçant son travail dans la lignée de la critique institutionnelle des années 60. Il se positionne, par exemple, contre l'esthétique relationnelle qui, en amenant des évènements au musée, devient un relais du système pour capter de nouveaux publics à l'aide de dispositifs artistiques créant du lien social. En réponse, invité par une institution, Madison utilisera de préférence le budget mis à sa disposition pour organiser quelque chose à l'extérieur de celle-ci.

En marge de ses installations immersives, Madison produit aussi des pièces. Dilemma 10 (2015), qui fait partie d'une série, est une de celle-ci. Composée de onze petites figurines cousues dans du néoprène – le tissu des combinaisons de plongée sous-marine – de couleur chair, la pièce est directement inspirée d'une série de petites figurines en céramique créée en 2013 par  Mai-Thu Perret, une artiste genevoise à la carrière internationale. La  série de Madison, articulée autour de la notion d'isolement, représente la communauté comme une combinaison insoutenable d'individus liés entre eux par un rapport qui n'est qu'extérieur, de surface, produisant un hiatus, une discontinuité avec le moi intérieur de la personne, et donc un dilemme. Mais toujours en mouvement malgré tout, l'artiste voit aussi dans l'aliénation la possibilité d'une force libératrice. (MD)