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Culture

Sylvie Auvray

Mars 2017

Masque 3, Masque 4, Masque 5, 2015
trois pièces uniques
grès et porcelaine émaillée, cheveux en nylon
environ 110 x 30 x 10 cm chaque
n° inv. 3184, 3185, 3186
crédit photo : Yann Bohac

Sylvie Auvray (1974, Paris)
Vit à Paris

Au début de sa carrière, Sylvie Auvray se considérait surtout comme peintre, quoique sa formation, en France et en Angleterre, l'ait amenée à aborder toutes sortes de techniques et d'approches, bois, pastel, dessin, photographie, qu'elle a parfois appliquées au domaine de la mode. Ses peintures plutôt virtuoses font cohabiter des mondes hétéroclites, touches gestuelles échevelées et dessins linéaires, couleurs vives et plages en camaïeux, références à l'histoire de l'art comme à la culture populaire, BD, mangas, dans des compositions morcelées. Ses premiers accrochages juxtaposent des formats contrastés, où de nouveaux dialogues se tissent d'une toile à l'autre, souvent en bribes narratives. L'artiste introduit peu à peu dans ses expositions des objets d'atelier, jouets ou figurines récupérés aux puces, qu'elle customise avec malice dans du plâtre coloré, façonné en un geste de préhension énergique : ce sera sa série de "Bibelots projectiles", qu'on imagine joyeusement fracasser contre les normes du bon goût. Le ton est donné, l'approche ludique et iconoclaste innervera dorénavant ses sculptures. Les effets de libre collage subsistent parfois, comme dans son Totem de 2011, où se superposent avec désinvolture des tranches zoomorphes mal assorties, aux surfaces disparates. La céramique permet  dès lors à Sylvie Auvray de modeler avec vivacité des volumes ductiles et agrégables, tandis que les textures peuvent se strier, se boucler, se triturer, et que les émaux brillants se peignent, coulent et s'interpénètrent, avec en prime l'excitation des surprises magiques qu'apportera la cuisson. Les figures d'animaux sympathiques ou de personnages rondouillards pourraient sembler tirés d'un conte plein de douce nostalgie, si l'on n'y découvrait pas des yeux trop noirs, d'étranges blessures ou d'inquiétantes métamorphoses. L'esprit d'enfance n'est peut-être pas loin, mais pas l'enfance insouciante et mignonne, plutôt celle des peurs obscures, des expérimentations sauvages et des joies destructrices, qui chargent ces pièces d'une énergie jubilatoire.

Une même vitalité décomplexée irradie la série des masques hybrides de Sylvie Auvray. Une large constellation d'entre eux occupe tout un mur du Mamco en 2012 : des têtes vaguement humaines ou animales, toujours un peu monstrueuses, aux formats divers, s'assemblent en une population inquiétante et spectrale qui dévisage les visiteurs. Dans ses masques plus récents, dont le Fonds cantonal possède trois beaux exemplaires, la liberté technique et formelle s'affirme encore davantage : les yeux percés en cratères fleurissent, le crâne gonfle ou s'aplatit, la bouche s'efface ou s'hypertrophie, devient tube ou groin, les surfaces rêches des grès nus se heurtent aux émaux fluides et brillants, tandis que des cheveux synthétiques incongrus viennent allonger les silhouettes, agglomérant puis explosant formes et conventions. (ABLB)