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Culture

Miriam Cahn

Février 2017

Zeitgenössiches Gefühl, 2009
Huile sur toile
125,2 x 81,5 cm
n° inv. 3251
crédit photo : Annik Wetter

Miriam Cahn (1949, Bâle, Suisse)
Vit à Bergell (Grisons, Suisse)

Après une période où les œuvres chargées émotionnellement étaient moins à l'honneur, le travail de Miriam Cahn attire à nouveau l’attention, tout en affirmant sa singularité. Des revendications féministes des années 1970, lors desquelles elle entame sa carrière artistique, elle rejette l’auto-exposition provocatrice pour une approche dans laquelle elle ne met pas son corps en scène, mais  en fait l’instrument de sa pratique, expliquant elle-même : « C’est l’élément central pour toutes mes techniques, un peu dans le sens de la performance des années 1970-80. » A ses débuts, elle dessine, essentiellement au fusain et à la craie noire, sur des papiers de grand format, ou dans la ville sur des piliers de pont ou de tunnel, ce qui lui causera en 1979 une arrestation par la police bâloise et un procès retentissant. Ses dessins sur papier sont réalisés à même le sol et souvent les yeux fermés. Accroupie ou à genoux, elle engage alors tout son corps, de manière performative. Les œuvres qui en résultent sont d’une énergie et d’une intensité poignantes. La fulgurance de ces grands dessins lui vaut une rapide reconnaissance : à 35 ans, en 1984, elle représente la Suisse à la Biennale de Venise, deux ans après avoir quitté avec fracas la Documenta de Kassel pour un désaccord sur l’accrochage de ses œuvres. Ce n'est qu'en 2017 qu'elle sera à nouveau conviée à la manifestation quinquennale de Kassel. Puis à la fin des années 1980, ne pouvant plus travailler au sol en raison de douleurs au dos, elle poursuit ses dessins debout, dans de plus petits formats et surtout, elle se met à la couleur en se révélant une coloriste remarquable. Dans ses peintures à l’huile, l'énergie de la couleur remplace l’expressivité de la ligne comme vecteur d’émotion. Jamais spectaculaires, ses thèmes (figures, animaux, paysages, architectures,…) sont toujours traités de mémoire, les images perçues se muant ainsi en images mentales. La production de l'artiste est foisonnante, tant en dessin qu'en peinture; elle travaille chaque jour, non à des « chefs d'œuvre » uniques, mais à des séries, et quels que soit la technique et le format, la rapidité d’exécution est la même, dans une concentration extrême.

Le corps n’est pas seulement un medium pour Miriam Cahn, il est aussi son sujet de prédilection. L'humain tel qu'elle le dessine ou le peint, parfois aux prises avec des événements réels de l’histoire contemporaine qui l’ont marquée, nous place face à des interrogations existentielles, comme le montre bien Zeitgenössisches Gefühl de 2009. Ce personnage, dépouillé de toute anecdote, se détache sur un fond  abstrait constitué de grandes plages de couleur. Sa nudité renvoie à sa vulnérabilité tout en soulignant une féminité marquée, loin de toute forme de voyeurisme. La dilution du corps et le visage spectral aux grands yeux vides donnent forme à une figure du doute qui pourrait bien refléter ce sentiment contemporain dont parle le titre. (DD)