Sans titre n°11, 2007
fusain sur papier
105 x 156 cm
n° inv. 3089
crédit photo : Serge Frühauf
Peter Stämpfli (1937, Deisswil bei Münchenbuchsee, Suisse)
Vit à Paris, France
Immédiatement identifiable par ce qui est en quelque sorte la marque de fabrique de l'artiste, l'œuvre de Peter Stämpfli, procède méthodiquement depuis la fin des années 60 par développements successifs autour d'un seul motif, celui du pneu.
Mais ce caractère univoque occulte les caractéristiques d'une œuvre plus complexe et traversée par les ambiguïtés des positions toujours légèrement décalées que l'artiste suisse adopte vis-à-vis des deux mouvements, avec lesquels sa production, essentiellement picturale, entre successivement en dialogue – le pop art et l'abstraction géométrique – et qui en font une œuvre à part dans le paysage artistique.
La peinture figurative de Stämpfli – reliée à ses débuts à la branche européenne du pop art des années 60 – se concentre avant tout paradoxalement sur la question formelle du rapport entre un objet et son image, au travers d'une vision qui est toujours médiatisée. Mais si Stämpfli trouve ses sujets – figure ou objet – dans les photographies de magazines qu'il découpe, c'est pour n'en restituer qu'un détail le plus souvent tronqué – une main qui tient un verre, des pieds chaussés d'escarpins, le tableau de bord d'une voiture – recherchant pour ses cadrages l'effet de zoom d'un appareil photo ou d'une caméra. Sur la toile, le sujet est traité dans des aplats uniformes aux couleurs sourdes, en l'absence de tout effet pictural, alors que son pourtour net se trouve encore accentué par la présence d'un fond presque toujours blanc. Ce n'est qu'en toute fin de processus que l'artiste définit le format de sa toile, afin d'obtenir le cadrage le plus adapté au sujet figuré. Dans les peintures de Stämpfli, l'iconographie populaire cède ainsi le pas à la composition et à un rendu froid et distancié, tendus vers la recherche d'une forme d'objectivité picturale de laquelle la critique ou l'ironie, habituellement constitutives du pop art, sont ici absentes.
Parmi les sujets de l'artiste, la voiture, emblème s'il en est de la culture pop, se retrouve toile après toile par les zooms successifs que lui applique Stämpfli, réduite à la roue puis au détail de la gomme d'un pneu. C'est à partir de cet artefact figuratif exclusif que Stämpfli, dès 1969, élabore désormais sa recherche picturale qu'il déplace paradoxalement dans le champ de l'abstraction géométrique, alors que dans un même temps, l'objet représenté passe en tant que tel au second plan pour être le cadre et le support d'une recherche méthodique.
En 1971, parmi les différents développements explorés, Stämpfli entreprend sa première série de dessins à la mine de plomb – pratique qu'il poursuit encore aujourd'hui – et dont le corpus permet à lui seul de sonder au plus profond le rapport entre le réel et sa représentation, et les infinies transcriptions que le médium, l'angle de vision, la composition et le cadrage autorisent sur la base d'un seul et même présupposé. Traités frontalement, leur linéarité mise en avant, les stries d'un pneu se transforment en une froide abstraction géométrique, alors qu'à la faveur des effets de surface et de profondeur permis par la mine de plomb ou le fusain, elles se muent en labyrinthe ou paysage urbain vu du ciel ou qu'encore, cadré au plus près, le détail modulaire d'une gomme révèle ainsi ses qualités sculpturales (MD).