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9. Le Juvénat de Ville-la-Grand

Par sa position unique à l’intérieur d’une sinuosité de la frontière franco-suisse à l’est de Genève, le Juvénat de St. François de Sales à Ville-la-Grand est prédestiné à devenir un lieu de passage clandestin. Une partie des murs de sa propriété jouxte la frontière franco-suisse.

Les Pères du Juvénat estimeront à deux mille le nombre d’hommes, de femmes et d’enfants auxquels, personnellement ou indirectement, ils ont rendu des services vitaux pendant la Seconde Guerre mondiale: passages vers la Suisse de Juifs pourchassés et de résistants aux abois, passages dans les deux sens d’agents de divers services de renseignement - français, alliés et suisse.

Il arrive même que la gendarmerie de l’armée confie des refugiés juifs refoulés du territoire helvétique aux bons soins des Pères du Juvénat. Frère Raymond Boccard se charge de les conduire discrètement vers la gare d’Annemasse.
 

Juvénat de Ville-la-Grand, archives privées
Vue générale du Juvénat de Ville-la-Grand, fin des années 30 (archives privées)


En tant que responsable de jeunes gens en formation, le R.P. Frontin, directeur du Juvénat, conseille la prudence: il demande à l’ensemble de ses confrères de limiter leur dévouement au domaine strictement caritatif, comme le secours apporté aux Juifs pourchassés. Pourtant les Pères du Juvénat continueront d’œuvrer avec une grande efficacité pour la Résistance militaire française et les réseaux du renseignement alliés et suisse.

Les RR.PP. Louis Favre et Gilbert Pernoud, assistés par le Frère Raymond Boccard, seront élus «Justes parmi les Nations» par l’institution Yad Vashem. Quatre autres professeurs du Juvénat apportent occasionnellement leur aide à des Juifs: ce sont les RR.PP. François Favrat, Joseph Meynet, Claude Charbonnel et Michel Ticon.

Le dévouement clandestin des Pères finit par être trop connu. Pierre de Bénouville, responsable des relations extérieures des Mouvements unis de la Résistance (M.U.R.), demande alors à Lucien Mas, chef de l’Armée secrète (A.S.) locale, de convaincre le R.P. Louis Favre de réserver l’exclusivité des passages du Juvénat aux M.U.R. et aux organisations poursuivant le même objectif.

Voici la réponse du religieux, transcrite par Lucien Mas: «Je suis au service de Dieu et je suis donc au service de tous les hommes, de ceux qui fuient comme de ceux qui font face. Tu sais que tu peux tout me demander, mais je suis obligé de te refuser l’exclusivité… A ta disposition si je puis vous être encore utile». Et Lucien Mas de conclure: «Je ne pouvais que l’embrasser, les larmes dans les yeux»4.
 

Salle d'étude du Juvénat, archives privées
Salle d'étude du Juvénat (archives privées)
 

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4 Lucien MAS, Les chevaliers de la lune, s.l., 2001

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